Chapitre 65
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 65
──────
L’Inconnaissable
— Srrk.
Le cou d’Arshtel se détacha de son corps.
Mon épée l’avait abattu.
Boum.
Son corps s’affala sur la table, tandis que sa tête roulait sur le sol de l’égout.
Voilà comment mouraient les Izenheim. Leur respiration s’arrêtait comme celle de n’importe quel humain. Sans jamais révéler qu’ils étaient des Izenheim, ils avaient servi la cause de leur espèce jusqu’au bout.
Et cette cause était l’extinction de l’humanité, une espèce venue d’un autre monde, unie par la doctrine la plus toxique qui soit.
« Tu l’as tué. »
Sonnet le constata. Son expression ne changea pas. Une violence de cette ampleur ne suffisait pas à l’ébranler. Peut-être même que ce que je venais de faire restait dans les limites de ce à quoi elle s’attendait.
Cette réaction éveilla en moi une peur inconsciente.
Parce que je n’étais pas réel, pas comme elle.
Même en tant que régresseur, je n’avais jamais exploré les ténèbres les plus profondes de l’Empire. Je n’avais jamais écrasé mes ennemis au terme d’une lutte politique impitoyable.
Ma force venait du futur, d’un endroit qui n’existait peut-être même plus.
Au fond de moi comme en apparence, je n’étais toujours pas un véritable Ebenholtz.
Je n’étais encore qu’à moitié formé, un parasite de la noblesse incapable de se faire pleinement confiance.
Mais…
« Oui. Votre entreprise a réussi, dame Kandel. »
Tant qu’elle ne le découvrirait pas. Tant que je ne révélerais pas à quel point j’étais instable intérieurement.
Un tremblement n’était qu’une vague vue de l’extérieur.
Il me suffisait de rassembler calmement tout ce qui s’agitait en moi.
« Je vous donnerai dix millions de dollars. »
Sans me presser, je rajustai mes vêtements. Je remis en place mes cheveux et mes manches, défaits par le coup d’épée.
« Sa tête valait bien ça. »
Ne perds jamais, Maximilian.
Au moins en public, à chaque instant et face à n’importe quel adversaire, je devais conserver une allure noble.
« Les informations qu’il détenait en valaient peut-être dix fois plus. »
« Je déduirai cette valeur en tenant compte de la possibilité qu’il ait été un agent double. »
« Même les agents doubles peuvent être utiles. Les espions livrent la vérité pour gagner la confiance. »
Je regardai Sonnet.
J’avais beau essayer de la déchiffrer, son visage restait impénétrable.
Si je ne pouvais pas savoir, alors je ne devais pas chercher à savoir.
Si elle était de celles qui savaient prévoir les autres, alors je devais devenir quelqu’un qu’elle ne pourrait pas prévoir.
Tout ce que je faisais devait rester vague, et aucune de mes intentions ne devait pouvoir être lue.
Aujourd’hui, Sonnet m’avait appris quelque chose de précieux.
L’inconnaissable suscite la peur. Celle qui naît de l’incertitude est la plus puissante.
« Ce genre de vérité ne nourrit personne. »
« …… »
Sonnet n’ajouta rien.
M’approuvait-elle, ou laissait-elle simplement passer ?
Ou m’avait-elle jugé incapable de me laisser convaincre pour le moment ?
« Je vous remettrai les dix millions séparément, d’une manière plus appropriée. »
Je n’avais qu’à veiller à ce que ses comptes affichent ce montant en bénéfice net.
« Avez-vous autre chose à dire ? »
Sonnet secoua la tête.
« Non. Vous n’avez pas à me rembourser. La maison Kandel vous doit aussi beaucoup depuis l’affaire du Mangeur de têtes. »
Elle se leva et fourra la tête d’Arshtel dans le sac qu’elle avait apporté.
« Prenez-la. »
Puis elle repartit d’un pas lourd vers le fond de l’égout.
« …… »
Je suivis son dos du regard, puis reportai les yeux sur le cadavre d’Arshtel.
Tressaillement—
Le virus bougea. Il tendit ses filaments vers le corps.
Il se tortilla—
Il absorba le mana des Izenheim qui subsistait dans le cadavre. Un courant rouge sombre remonta le long de mon bras.
« …… C’est fini ? »
Quand il eut terminé de se nourrir, je passai sur mon épaule le sac contenant la tête tranchée d’Arshtel.
Je me retournai pour partir, puis m’arrêtai.
Arshtel.
Cet officier de la Faction révolutionnaire pouvait assurément compter parmi mes hauts faits, mais cela ne contribuerait peut-être guère à ma sécurité personnelle.
« Pas besoin d’étaler des exploits militaires trop voyants. »
C’était une affaire qui ne concernait que l’Empire.
Je ressortis la tête d’Arshtel.
Plouf.
Je la jetai dans l’eau stagnante de l’égout, avec le corps.
Puis je l’abandonnai là pour qu’elle pourrisse et remontai à la surface.
Je traversai les couloirs étourdissants de la cité souterraine et pris l’ascenseur jusqu’au neuvième étage.
Une lumière chaotique se glissa par l’interstice qui se rétrécissait entre les portes, puis disparut.
Aujourd’hui, j’avais appris quelque chose sur les Izenheim, même si c’était peut-être une évidence.
Pour leur seul intérêt, ils trahiraient la Faction révolutionnaire, leurs autres camarades, voire les leurs si nécessaire. C’était ainsi qu’ils gagnaient la confiance, s’élevaient au sommet d’un groupe et manipulaient leurs convictions à leur guise…
Ding—
À l’instant où j’atteignis la surface.
« Messire chevalier ! »
Près de la sortie de la cité souterraine, Ashton, l’agent résident, m’aperçut.
Il tenait deux grands sacs de sport serrés sous les bras, comme un trésor.
« Messire chevalier ! »
Le voir sautiller dans ce petit corps avait quelque chose d’étrangement mignon.
« Messire chevaliiier ! »
« Je vous vois. »
Je levai la main et m’approchai.
« Bon travail. »
« Oh, ce n’est rien. Vous n’êtes pas blessé ? »
« Non. »
Ashton me tendit les sacs de sport et m’observa fixement.
Je me demandai pourquoi, puis me rappelai la promesse que je lui avais faite.
« Choisissez ce que vous voulez. Un seul objet. »
« Merci. »
Il ouvrit la fermeture éclair d’un sac, puis hésita longuement devant les différentes options.
Il avait dit plus tôt qu’il n’avait besoin de rien, mais maintenant qu’il en avait l’occasion, il semblait paralysé par l’embarras du choix.
« Euh… »
« …… »
« Hum… »
Celui-là ? Celui-ci ? Celui-là ? Il marmonnait pour lui-même en se frottant la nuque.
« Euh… »
« …… »
Non, franchement, ça prend trop de temps.
Je pris une boussole.
« Prenez celle-ci. »
« Non, mais je n’ai pas encore… »
« Elle m’a coûté cinquante mille quand je l’ai achetée, mais vous pourrez probablement la revendre deux ou trois fois plus cher. »
« Merci. »
Après m’avoir remercié, l’agent résident redescendit dans la cité souterraine en ascenseur.
« …… Ah. »
Je traversai seul le quartier inférieur de l’Empire.
Tout était en ruines, et les gens s’accrochaient au sol dévasté comme de la mousse.
Même ici, la vie naissait, mourait, puis renaissait. Ce cycle ressemblait à une marée naturelle, au flux et au reflux qui s’imposaient d’eux-mêmes.
Tout cela me semblait si lointain, comme si rien n’avait le moindre rapport avec moi…
Et pourtant, leur vie restait une vie. Ils étaient bel et bien vivants.
Aucun pays au monde ne pouvait rendre tout le monde heureux.
Cet endroit était l’une des innombrables preuves que l’Empire avait tort.
Malgré tout, la raison fondamentale pour laquelle l’Empire devait continuer d’exister engloutissait toutes ces contradictions.
Parce que nous devions survivre.
Même le mendiant au regard éteint, même l’enfant qui réclamait du pain tout en buvant une eau immonde : tout cela ne pouvait exister que si l’espèce humaine perdurait.
Ma cause se trouvait là, précisément.
Une révolution où tout le monde vivrait bien était impossible.
Nous devions nous battre pour simplement survivre tant bien que mal.
* * *
Un terrain encore inexploité du district central impérial 35.
Lorsque l’Académie Lorenzo y fut achevée, le quartier avait déjà pris vie.
Autour de l’académie, des dortoirs, des réfectoires et des bâtiments de recherche avaient poussé. En périphérie, on avait installé des unités de garde pour protéger les habitants des monstres, ainsi que des logements pour ces gardes et des postes de surveillance. Les parcs, les restaurants, les tavernes et les autres infrastructures destinées aux résidents s’étaient également multipliés, et la circulation avait considérablement augmenté.
Peu à peu, le quartier prenait la forme d’une ville.
« Il y a plus d’étudiants que prévu ? »
Aujourd’hui, je rendis visite au directeur de l’académie dans son bureau. Lorenzo esquissa un sourire gêné, mais fier à la fois.
« Oui. Je m’attendais à une centaine d’étudiants environ, mais la nouvelle s’est répandue et des jeunes doués sont venus de partout. »
J’en avais vu en arrivant. Certains étaient jeunes, comme Arman. D’autres étaient d’âge mûr, voire plus âgés, et poursuivaient le rêve d’inventer.
Ils étudiaient des applications concrètes. Par exemple, comment traiter les eaux usées chargées de mana de Golden Grain, que nous avions acquis. Ou comment les transformer en usine pharmaceutique. Ils travaillaient aussi sur les systèmes intérieurs des chars, de nouveaux modèles d’obus, et ainsi de suite.
« Je vous confie entièrement l’académie, directeur. Au fait, j’ai entendu dire que l’atelier avait fabriqué un nouveau cube de luxe cette fois-ci ? »
« Oui. Il est à peu près un demi-degré en dessous du vôtre, messire chevalier. De qualité maître. »
Je hochai la tête.
Un cube de qualité maître. Ça m’agaçait de devoir donner à ce salaud le deuxième produit de luxe de mon atelier, mais…
« Pouvez-vous ajouter à ce cube une fonction d’écoute et de mise sur écoute ? »
Une fonction d’écoute et de mise sur écoute.
La personne qui recevrait ce cadeau avait absolument besoin d’un tel mécanisme.
« Une fonction d’écoute et de mise sur écoute ? »
« Oui. De façon à ce que personne ne puisse jamais la détecter. »
« … Ça devrait être possible, mais la puissance diminuera un peu. »
Je regardai Lorenzo. Sa réponse avait été marquée par une hésitation subtile. Probablement parce qu’il avait encore une conscience.
« Lorenzo, je pense que ceci devrait suffire à justifier la chose. »
Je lui tendis le casier judiciaire de Leutern II.
Cet homme n’était pas un Izenheim, mais il figurait tout de même en tête de ma liste de personnes à tuer. Il était simple d’esprit, stupide et protégé par sa lignée, ce qui le rendait fort utile. Il serait également plus facile de gagner ses faveurs que celles des autres chiens du palais.
On pouvait résumer Leutern II en une phrase.
« Il aime les choses jolies, rares et chères. »
Il incarnait à lui seul la décadence du palais.
« …… »
Lorenzo continua de lire le dossier de Leutern, et son visage se fit peu à peu grave.
« Voilà comment je vois les choses. On peut contrôler et isoler les sous-espèces ; à l’exception des Izenheim, la plupart peuvent être gérées d’une façon ou d’une autre. Mais… »
Je désignai le document qui recensait les crimes de Leutern II.
« Il n’y a pas de solution, à moins de tenir en laisse des déchets pareils. Sa structure cérébrale et ses circuits de pensée sont déjà figés de cette façon. »
Lorenzo leva les yeux vers moi.
Ces derniers temps, je cherchais des gens que je pourrais faire entrer dans mes plans. Plus que des complices, des personnes qui me feraient confiance quoi que je fasse et suivraient mes ordres comme s’ils faisaient partie de leur quotidien.
Lorenzo était indéniablement l’un d’eux.
« D’accord. Je vais le fabriquer. Je vais aussi essayer d’ajouter la même fonction à d’autres cubes. »
Le voir prendre cette direction me fit sourire.
« Oh, et encore une chose. »
Je pris le sac de sport et en sortis toutes les inventions liées à la magie et au mana que j’avais achetées au marché noir souterrain.
Lorenzo eut l’air surpris.
« Servez-vous-en comme matériel pédagogique. L’ordre et la réglementation sont absolument nécessaires, mais ce genre d’émergence anarchique fleurit aussi là où la réglementation ne peut pas s’appliquer. »
Lorenzo était un génie. Arman aussi. S’ils démontaient et analysaient les inventions que mon virus avait jugées de haute qualité, ils pourraient en tirer des idées, voire rédiger des manuels intéressants.
« Oui. Merci beaucoup. J’avais besoin d’exemples concrets comme ceux-là. »
« Si vous avez besoin de quoi que ce soit, dites-le-moi quand vous voulez. »
Je sortis de nouveau mon chéquier.
« Il n’y a aucun plafond à l’aide financière. »
Je fis don de dix millions de dollars à l’académie, au nom de Maximilian, pour financer une bourse d’études.
Un sourire radieux s’épanouit sur le visage de Lorenzo.
* * *
Leutern II était d’une humeur exécrable depuis quelque temps. Il était furieux.
La cause en était la nouvelle tendance qui balayait le palais.
Les chevaliers du palais n’étaient pas les seuls à porter sous le bras un exemplaire du traité sur la « Garde d’aura sphérique » : même les personnalités de rang intermédiaire s’y étaient mises.
Après que des rumeurs eurent circulé sur son efficacité remarquable contre d’éventuelles tentatives d’assassinat, cette pratique était devenue la norme…
« Ah… »
Leutern II ne possédait pas ce traité.
Ce salaud qui lui avait promis de lui en donner un, ce putain de salaud, ne le lui avait toujours pas remis.
« Putain de salaud… même pas fichu de tenir une promesse. »
Pour Leutern II, Maximilian était un fils de pute. Il détestait aussi la façon dont ce type traitait ces derniers temps l’agence directe du palais.
« Putain ! Putain ! »
« Je vous en prie, calmez-vous, Votre Grâce. »
« Non ! Ce n’est pas ce qu’il m’a fait qui me met en colère. »
Leutern II regarda l’homme assis en face de lui dans son salon privé.
C’était Lutz, un chef de département de l’agence directe du palais.
« Ce putain de salaud n’a même pas réussi à faire taire Arnold. Qu’est-ce qu’il fout, ce petit con à l’air de poule mouillée ? »
Cette fois, le palais avait tenté de réprimer le milieu universitaire gravitant autour d’Arnold, mais Maximilian leur avait proprement planté un couteau dans le dos.
« Franchement, Lutz. Qu’est-ce que ça peut faire que vous soyez un roturier ? Ce salaud a de toute façon perdu les faveurs de son propre père. »
Le chef de département Lutz ravala un rire qui menaçait de lui échapper.
« Et maintenant, il s’est fait du fric avec des pierres de mana ou je ne sais quoi, et il se croit intouchable. »
Leutern était si vulgaire et puéril qu’on aurait eu du mal à croire qu’il avait du sang royal.
Son père était proche de l’Empereur, ce qui lui conférait un rang élevé au palais, et on l’avait choyé comme le fils unique né après deux fausses couches.
« Faites-moi confiance, Lutz. Je vais écraser ce salaud. »
« Non, je… »
« Hé. Faites-moi confiance, c’est tout. À partir d’aujourd’hui, je vous soutiens. Je vous le déclare ! »
Leutern II sortit en trombe, toujours furieux.
« Il se permet donc de traiter le palais comme une plaisanterie. »
Alors qu’il parcourait le couloir, un majordome s’approcha soudain et l’interpella.
« Votre Grâce… »
« Quoi ! »
« Une livraison vient d’arriver de l’extérieur. »
« Qu’est-ce que c’est encore ! »
« L’expéditeur est le chevalier Maximilian. »
« Quoi ? »
Un paquet en forme de livre. Une boîte carrée. Et ce qui ressemblait à une lettre.
Leutern déchira d’abord l’emballage du livre. Comme prévu, c’était le traité sur la « Garde d’aura sphérique ».
« Ha ! Sale vermine. Je le prends pour l’instant, mais dites-lui qu’il arrive déjà trop tard. »
« Bien. Que faire du reste ? »
Il y avait un autre objet. Un petit coffret en bois de santal rouge poli, dont la surface luisait d’un éclat discret.
« Qu’est-ce que c’est, maintenant ? »
Le design n’est pas mal. Mais qu’est-ce que c’est ?
Toujours en grommelant, il souleva le couvercle.
Fouuuush—
Une lumière éblouissante jaillit, assez vive pour aveugler.
Une radiance bleue parfaite, sans la moindre impureté, comme seule pouvait en produire un cristal de mana pur.
Le regard de Leutern s’adoucit brusquement, comme plongé dans l’extase.
« … Ouah. »
La rage et l’impatience qui couvraient son visage un instant plus tôt s’évanouirent sans laisser de trace. À leur place ne resta qu’un émerveillement pur, vide et innocent comme celui d’un nouveau-né…
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