Chapitre 63
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 63
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Ennemi de l’Empire (3)
Dans le bâtiment militaire, je regardai Arnold s’en aller avec Anton.
« Est-ce que ça ira ? »
demanda le Colonel Keynes.
« Le laisser partir comme ça… »
Je me tournai vers lui. Il n’arrivait même pas à soutenir mon regard.
« Les lettres de son disciple étaient trop fragiles pour servir de preuves. Si j’avais fait pression sur Arnold pour cette raison, seul mon prestige en aurait souffert. »
L’Agence directement rattachée au palais avait sans doute voulu exactement cela.
Si l’héritier de la maison Ebenholtz s’était plié sans résistance aux exigences du palais, l’autorité de celui-ci en serait naturellement sortie renforcée, tandis que le prestige des Ebenholtz aurait été terni.
Mais je n’avais aucune intention de me prêter à leurs minables jeux politiques.
La volonté du palais n’était pas celle de Sa Majesté. Depuis le début, ces salauds n’étaient que des opportunistes perfides, qui prétendaient servir la Maison impériale tout en poursuivant leurs propres intérêts.
« Mais l’Agence… »
« Colonel Keynes. »
Il avait toujours l’air mal à l’aise ; je lui coupai la parole.
« Vous pensez que l’Agence m’est supérieure ? »
Keynes blêmit. Il se redressa et secoua la tête.
« Non, elle ne l’est pas. »
« Bien. Alors, nous en avons terminé. »
À vrai dire, cela m’avait irrité.
Dès qu’un simple chef de service d’une quelconque agence s’était permis de me donner des ordres. Depuis le jour où j’avais dû affronter son expression insolente, le menton levé, les yeux écarquillés et sans la moindre politesse.
Je n’avais jamais eu l’intention de coopérer docilement avec eux. Il ne s’agissait pas seulement de fierté nobiliaire.
Jusqu’où devais-je grimper ? Et où devais-je m’arrêter ?
Je n’en connaissais toujours pas la réponse.
Mais une chose était claire.
Chacune de mes actions renforçait mon pouvoir.
Si je voulais régner parmi les puissants, je devais en être digne.
Autrement dit, je ne pouvais pas tolérer qu’un rat d’égout tente de me grimper dessus.
* * *
Le lendemain, un visiteur se présenta à mon domaine. C’était le chef de service de l’Agence directement rattachée au palais.
Il débarqua sans rendez-vous, s’inclina à peine et entra. Je le conduisis au salon de réception.
Un domestique posa des tasses de thé sur la table.
« Qu’y a-t-il ? »
« Vous le savez déjà. »
Son ton manquait de respect.
« À propos d’Arnold ? »
« Oui. C’est bien ça. »
« Je n’y pouvais rien. Les preuves matérielles étaient trop fragiles. »
Le chef de service fixa sa tasse en silence.
À bien y réfléchir, je ne connaissais même pas son nom.
« Vous avez déçu les attentes de la Maison impériale. »
Un rire m’échappa.
« Pas celles de la Maison impériale. Celles du palais. »
Son sourcil tressaillit.
« Puis-je vous demander pourquoi ? »
« C’est simple. »
Je pris ma tasse et le regardai.
« Arnold est un noble utile à l’Empire. »
Je soutins son regard et poursuivis :
« Et vous, vous n’êtes qu’un vulgaire roturier. »
Cet homme était un roturier. Les traces étaient encore là.
« Vous pouvez cacher vos origines autant que vous voulez, vous repeindre jusqu’à vous tromper vous-même, certaines choses ne changent jamais. Certaines choses ne peuvent pas changer. »
Sa posture et ses manières étaient assez soignées, mais la parole, elle, était révélatrice. L’accent.
« Vous êtes né différent. »
La façon de parler d’un homme se forge pendant plus de dix ans, dès sa naissance. Il pouvait la dissimuler autant qu’il voulait, elle ne disparaissait jamais. Ce léger accent des roturiers du sud de l’Empire.
Je l’avais perçu d’instinct.
« Un complexe d’infériorité ? »
« … »
Le chef de service me foudroya du regard.
« Vous imaginiez qu’obliger un noble impérial à s’agenouiller vous procurerait une sorte de plaisir ? »
Ses pupilles tremblèrent.
« Cette idée était si pitoyable que je n’ai même pas daigné entrer dans votre jeu. C’était puéril. »
Je me moquai de ses intentions ridicules et reposai ma tasse.
Toc.
Le bruit sec trancha le silence de la pièce.
« … Vous vous trompez. »
« C’est vous qui vous trompez. »
Je me penchai en avant.
« Réfléchissez bien. Ce n’est pas parce que vous travaillez au palais que vous êtes de sang royal. »
« Sa Majesté… »
« Sa Majesté. »
Je l’interrompis avant qu’il ait pu finir.
« Le ferait-elle vraiment ? »
À bien y réfléchir, c’était ridicule.
Le palais avait envoyé cette vermine parce qu’il savait que Sebestian m’avait pris en grippe.
« Faire confiance au fils de Sebestian ? »
Après tout, il restait mon père.
Même s’il n’avait jamais eu l’intention de m’aider de sa vie, même s’il ne m’avait jamais reconnu jusqu’au jour de sa mort.
Sebestian était le genre d’homme dont la seule existence faisait mon autorité. Les liens du sang ne se brisaient pas, même quand on le désirait.
« Ou bien lui ferait-elle confiance à vous… »
Je fusillai le chef de service du regard et lui demandai :
« À vous, vermine sortie d’un nid d’asticots ? »
« … »
Il tremblait d’humiliation tandis que je buvais tranquillement mon thé.
Il était plutôt bon.
« Écoutez-moi bien. »
Je pointai un doigt vers son plexus solaire.
« Vous avez dit que l’idéologie d’Arnold était subversive. »
Si les idées subversives étaient le problème…
« Alors, à mes yeux, des déchets comme vous qui défient les nobles sont tout aussi subversifs. »
Le complexe d’infériorité de ce roturier était en soi un crime. Je n’aimais pas le système de classes, mais, pour l’instant, c’était l’une de mes armes les plus puissantes.
Autant m’en servir.
Le chef de service finit par se lever, les dents serrées, et s’inclina brièvement.
« Oui. J’ai manqué de respect. »
Il tourna les talons et quitta le domaine. C’était un choix stupide.
Ce n’était pas ainsi qu’il fallait s’excuser.
Il aurait dû s’agenouiller. Coller le front au sol.
Il aurait dû en faire davantage.
S’il en était incapable, il n’aurait jamais dû venir ici.
« Je devrais le faire abattre. »
Il surestimait sa propre valeur. Un chef de service de l’Agence était facile à remplacer. Ce n’était même pas un engrenage, juste un boulon ou un écrou.
Les hommes comme lui affaiblissaient le pouvoir impérial.
Ce poste exigeait quelqu’un de bien plus rationnel et précis.
* * *
À l’Ordre des Sentinelles, le Club d’assaut aérien se réunissait deux fois par semaine.
Au début, les chevaliers y participaient par curiosité ou simplement pour s’amuser.
Puis leur nombre ne cessa d’augmenter, et près d’un tiers de l’Ordre se mit à apprécier l’entraînement à la descente aérienne au moins une fois par semaine.
« Répandez votre mana. »
Avant le début de l’entraînement à la descente aérienne, j’appelai Tiana et Leon dans la [Salle d’entraînement] pour leur donner un cours particulier. C’était une pièce rectangulaire et close, à l’intérieur de l’Ordre.
Tiana demanda :
« Répandre le mana ? »
« Ouais. N’y réfléchis pas, fais-le naturellement. »
Ils eurent l’air perplexes, mais libérèrent chacun leur mana hors de leur corps.
Fssssss…
Le mana se répandit uniformément autour d’eux, comme une brume de chaleur bleue.
Leur mana était de nature diffuse à tous les deux.
« Vous vous ressemblez beaucoup. »
« T’es malade ? »
« … Max. C’était franchement impoli. »
Tiana et Leon se raidirent en même temps.
« Bref, votre mana est de nature diffuse à tous les deux. »
Je leur expliquai :
« Cette particularité vous donne un avantage spécial pendant la descente aérienne. Si vous répandez largement vos particules de mana et maximisez la friction de surface, vous pourrez planer sans bruit, tourner en plein ciel et même freiner brusquement. »
C’était tout le contraire de ma méthode d’assaut : prendre appui sur le mana, concentrer toute ma puissance en un point et plonger.
Ils étaient bien mieux adaptés à une infiltration discrète des lignes ennemies qu’à une attaque frontale au sol.
« Alors, entraînez-vous à disperser le mana en plein vol. »
« Le disperser ? »
« Ouais. Si vous voulez que votre mana agisse sur votre vitesse de descente… »
Je scrutai la salle d’entraînement et réfléchis un instant.
Boum !
Le virus s’activa en premier. Les résultats de ses calculs instinctifs me parvinrent.
« Vous devez remplir cet espace en trois secondes, tout au plus. »
J’ignorais le volume exact de la salle. Mais pour que le mana crée une portance et une traînée significatives dans l’air — autrement dit, pour atteindre une densité suffisante afin d’interagir avec les molécules d’air —, mon instinct me disait que c’était la vitesse de libération nécessaire pour remplir un espace de cette taille en trois secondes.
« Si vous y arrivez… »
Il me fallait maintenant un terme approprié. Donner un nom à un concept n’était pas qu’une commodité. Un terme clair condensait une idée complexe en une seule image et offrait à l’élève un objectif précis.
Ce qui augmentait considérablement l’efficacité.
« Vous pourrez utiliser les Ailes de mana. »
« Les Ailes de mana ? »
« Une technique qui permet de créer et de contrôler directement les courants d’air autour de soi à l’aide du mana libéré par son corps. »
Et les termes devaient sonner le plus impressionnant possible, parce que cela stimulait la motivation. Une bonne présentation rendait tout plus attrayant.
Le manuel avancé distribué par le Nouveau Cabinet disait la même chose.
« Oh… Les Ailes de mana… Donc, il suffit de remplir tout l’espace de mana ? »
« Des ailes faites de mana… »
Un vif intérêt se peignit sur les visages de Tiana et Leon. Sous leur maintien chevaleresque et leur maturité forcée perçait l’enthousiasme de jeunes gens de vingt et un ans.
« D’accord. Je commence. »
Tiana retroussa ses manches, débordante d’enthousiasme, quand soudain…
Ding.
Mon terminal sonna. C’était Kairon.
« Une minute. J’ai du travail. »
Ils se mirent à s’entraîner seuls, et je montai au bureau de Kairon.
« Max. Assieds-toi. »
« Oui. »
Sur le bureau de Kairon, un cube de pierre de mana de qualité supérieure était bien en vue.
Il frimait ?
Kairon remarqua mon regard et eut un sourire amer.
« Tout le monde l’enviait. »
Il frimait donc bien.
« Ils n’arrêtent pas de me demander où j’ai trouvé une pierre de mana pareille. »
« Je vois. »
L’atelier Hermes avait recruté des maîtres artisans réputés dans tout l’Empire, et leurs apprentis gagnaient peu à peu en compétence.
Au bout du compte, tout était une question d’argent. Ils disposaient d’une réserve illimitée de pierres de mana de premier choix, alors leurs progrès étaient rapides.
« Messire Kairon. Par hasard… »
L’atelier en était encore à ses débuts et ne pouvait produire qu’environ neuf à dix pierres de qualité supérieure par an, mais les stocks destinés à la vente commençaient peu à peu à se constituer.
« Souhaiteriez-vous des bons de réservation premium ? »
« … Des bons de réservation premium ? »
« Oui. »
L’idée venait de me venir.
« Des bons qui vous permettent de réserver des cubes de pierre de mana de qualité supérieure. Je vous en donnerai cinq. Vous pourrez les offrir à qui vous voudrez. »
« … »
Kairon réfléchit un instant, mais son expression intéressée ne tarda pas à réapparaître.
« Je peux vraiment les accepter ? »
« Bien sûr. »
Je souris.
Publicité gratuite et nouveaux clients sans frais. Kairon m’avait rendu service de plusieurs façons ces derniers temps.
« Alors, je ne vais pas refuser. »
« Oui. Mais pourquoi m’avoir appelé ? »
« Ah… »
Kairon sourit avec assurance et me tendit une épaisse enveloppe de documents.
« Mon agent résident dans la ville souterraine a recueilli des informations sur le marché noir. »
Kairon avait le goût du risque aussi bien pour l’argent que pour l’ambition. Il faisait partie des rares chevaliers à investir des fonds personnels, en plus du budget officiel, pour bâtir son propre réseau de renseignement et de relations.
« L’endroit se trouve au niveau moins neuf de la ville souterraine. On y trouve toutes sortes de gens. Mais un objet vendu sur ce marché pose problème. D’après mon agent, un groupe terroriste semble le convoiter. Vous feriez mieux de vous en charger à ma place. »
La mission concernait le marché noir, et j’avais de l’argent.
Kairon m’avait déniché une mission facile, parfaitement à ma mesure.
« Très bien. Je m’en charge. »
En outre, les marchés noirs clandestins de la ville souterraine regorgeaient souvent d’objets utiles. J’avais gagné gros, autant en profiter pour faire quelques achats luxueux.
Le dollar allait bientôt perdre de sa valeur ; dès que j’en aurais le temps, je devrais le convertir en biens matériels.
« Ça ne devrait pas être difficile. »
« Très bien. Je vais vous laisser. »
Alors que je me levais, Kairon m’arrêta.
« … Attends. Et les bons de réservation premium ? »
« Mon officier vous les apportera demain. »
« Ah, oui. D’accord. »
Kairon avait vraiment un côté mignon qui ne lui ressemblait pas.
…
L’accès à la ville souterraine se trouvait dans le secteur le plus bas du quartier central. Une robe sur les épaules, je m’y rendis à pied.
Je traversai les secteurs quarante à quarante-trois, où les drogués et les affamés se débattaient entre la vie et la mort, puis m’enfonçai dans la ruelle la plus reculée du secteur quarante-trois.
L’entrée ne se distinguait en rien d’un taudis de la surface : une odeur d’humidité et l’obscurité. Mais plus on descendait, plus le décor changeait subtilement, jusqu’à ce qu’apparaisse un vieil ascenseur de marchandises.
« Halte. »
Un garde à la carrure imposante me barra le chemin. Je lui tendis silencieusement une épaisse liasse de dollars.
Le droit d’entrée ne coûtait que cent dollars, mais j’en proposai cinquante fois plus. Dès qu’il vérifia la somme, son regard s’adoucit.
« Par ici, je vous prie. »
Le garde me conduisit à un autre ascenseur. Pas celui des marchandises : un monte-charge mécanique propre.
« Bonne visite. »
Viiiiing.
La descente commença.
Dans la ville souterraine, l’argent et la force faisaient loi. C’était le territoire le plus étranger à l’ordre établi, au-delà des lois et de l’ordre public. Pourtant, l’Empire la conservait pour la même raison qu’on ne parvenait jamais à exterminer définitivement les cafards.
La ville souterraine était de fait un territoire autonome. Ses habitants connaissaient leur place et ne cherchaient pas à remonter à la surface ; en échange, ils payaient des impôts exorbitants. Paradoxalement, cette zone sans loi servait aussi de soupape, étouffant les troubles et les émeutes des taudis de la surface.
Même le Nouveau Cabinet, avant la régression, l’avait qualifiée de mal nécessaire et avait délibérément évité de l’annexer. Elle était même devenue un État indépendant nommé Authentic.
Ding.
L’ascenseur atteignit le niveau moins neuf. Dès que les portes s’ouvrirent, des lumières éblouissantes et un vacarme assourdissant m’assaillirent.
Un monde souterrain privé de soleil. Au lieu du ciel, la roche noire s’étendait au-dessus de nos têtes ; en contrebas, des enseignes au néon et des hologrammes de mana coulaient à l’infini comme un fleuve. Parfum bon marché, polluants inconnus, odeur de vomi et désirs humains.
« Écœurant. »
Ce n’était pas pour rien que l’industrie des masques à gaz s’était développée dans la ville souterraine.
Il me fallait d’abord une véritable identité. Je me dirigeai vers l’endroit le plus voyant parmi les innombrables enseignes : une boutique de cartes d’identité appelée « Nom ».
« Bienvenue~ »
Le propriétaire affichait un sourire rusé, mais, quand je déposai une épaisse liasse de billets sur son bureau, il reprit aussitôt son sérieux.
« Qualité supérieure. »
« … Un instant. Laissez-moi compter. »
Trente mille dollars.
Sans un mot, il fabriqua en quelques minutes une fausse carte d’identité parfaite et me la remit.
« Si vous avez un compte à la Banque centrale impériale, on peut aussi le relier à la carte… mais je suppose que vous ne le souhaitez pas. »
Bien sûr, je n’avais aucune intention d’y attacher une puce permettant de me tracer.
Je sortis.
Alors…
Boum.
Mon cœur eut un battement irrégulier.
Je m’arrêtai.
Lentement, je tournai la tête.
Dans la foule, je repérai une présence étrangère.
Boum.
Ils étaient trois.
Des silhouettes anonymes en robe se fondaient dans la foule en marchant. Deux hommes et une femme.
Mon cœur réagissait à l’un d’eux : un homme à la barbe épaisse qui encadrait sa mâchoire.
Il mesurait un peu plus d’un mètre quatre-vingts. Malheureusement, je ne parvenais pas à discerner quoi que ce soit d’autre.
Il fallait que je lui arrache cette robe.
Fouuuuu.
Je libérai un mince filet de mana et créai une bourrasque artificielle. Le vent les frôla.
« … ? »
La capuche de l’homme s’agita et, un instant, l’ombre qui dissimulait son visage se souleva.
Je le vis.
Il était recherché. Son visage figurait sur un portrait-robot archivé dans le serveur central de l’Ordre.
Un membre de la Faction révolutionnaire.
Ils étaient là.
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