Chapitre 60
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Traducteur : Coughing Baby
Relecteur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 60
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Danser avec la révolution
Un couloir silencieux de l’Ordre des Sentinelles.
Leon avançait, quelque chose dissimulé sous son manteau. Son visage était tendu par la nervosité, et il avait toutes les raisons de l’être.
« … Leon ! »
Tiana, venue lui prêter main-forte, surgit d’un coin.
« Par ici. Dépêche-toi. »
Leon balaya les alentours du regard et se hâta de la rejoindre.
Tiana chuchota : « Personne ne t’a vu ? »
« Non. Pas encore. »
« Ouf… Allons d’abord dans ton bureau. Le mien est près de la fenêtre, quelqu’un pourrait nous remarquer. »
Ils acquiescèrent et s’éloignèrent rapidement.
[Bureau des chevaliers : Leon]
À peine entrés et la porte verrouillée, ils déposèrent chacun un livre étroitement enveloppé de papier.
Tiana poussa un long soupir.
« Dans des moments pareils, Max manque vraiment de jugeote. »
« Je lui en suis incroyablement reconnaissant, pourtant. Le grand chevalier Max. »
« Hé, bon sang. Évidemment que je lui suis reconnaissante aussi, mais… »
Quelques jours plus tôt, Tiana et Leon avaient demandé à Max des recueils de formules. Ils n’en espéraient pas grand-chose. Ils étaient de la même promotion, mais n’étaient pas particulièrement proches.
Max avait accepté, et ils avaient pensé qu’il était simplement poli. Mais ensuite…
Les livres avaient bel et bien été déposés devant la porte de leurs bureaux, ce matin même.
« Comment Max a-t-il pu écrire un truc pareil ? Comme ça, sans prévenir, c’est sorti de nulle part. »
Tiana marmonna en retournant le recueil entre ses mains.
« J’ai entendu dire qu’il l’avait conçu tout seul pendant toute sa formation dans la section d’élite de l’Empire. »
« Ah bon ? C’est vrai qu’il aimait être seul… Enfin, étudions un peu, puis… »
Toc, toc.
Au bruit, tous deux sursautèrent et glissèrent les livres de théorie sous le bureau.
« Oui ! »
Leon répondit et la porte s’ouvrit. C’était le chevalier supérieur Raynel. Il regarda successivement Tiana et Leon, puis fronça les sourcils.
« … Qu’est-ce que vous faites, tous les deux ? »
« Nous parlions du travail… »
« Ah, peu importe. Flirtez si ça vous chante, ça ne me regarde pas. Au fait, vous avez réussi à mettre la main sur ce livre ? »
Ce livre. Cette nouvelle avancée révolutionnaire dans le domaine de l’aura protectrice, qui avait bouleversé les chevaliers.
« Garde d’aura sphérique ».
Leon déglutit et répondit : « Non. Je ne crois pas qu’on ait réussi à en obtenir un. »
« Ah, vraiment ? »
Raynel pencha la tête, l’air satisfait.
« Dommage. Moi, j’en ai eu un. »
« … Pardon ? »
Tiana et Leon clignèrent des yeux. Raynel leur adressa un petit rire.
« Eh bien… le chevalier Kairon me l’a obtenu. »
« Ah, c’est… c’est vrai ? »
« Ouais. Alors vous feriez mieux de mieux choisir vos relations. Arrêtez de vous accrocher à des trucs bizarres. Vous aurez beau faire tous les efforts du monde, des choses comme ça… »
Raynel sortit son recueil de formules de sous son manteau. Il l’avait même rangé dans un étui verrouillé à part.
« Vous pensez vraiment pouvoir en obtenir un ? »
« Ah… »
« Euh… »
Il était évident qu’il était venu se vanter, mais ils ne savaient trop quoi répondre.
« Enfin, continuez à travailler. Hahaha. »
Tiana pencha la tête.
« Qu’est-ce qui lui prenait ? »
« … Tiana. Et si on rentrait ? Les officiers d’état-major pourraient aussi débaucher. »
Ils n’avaient pas grand-chose à faire aujourd’hui. Il y avait toujours un calme plat juste avant et après les événements importants.
« D’accord. D’abord, injectons du mana. On ne sait jamais. »
Ils insufflèrent du mana dans les recueils de formules. Puis, comme si de rien n’était, ils sortirent ensemble du bureau et descendirent au parking.
* * *
« Je ne savais pas que vous aviez ce genre de talent, messire chevalier. »
Dans mon bureau, je reçus un appel d’Engi, pour la première fois depuis longtemps.
« Allons. C’est juste la mode du moment. Ce n’est pas si extraordinaire. Vous savez comment sont les chevaliers. Ils détestent le changement, mais ils détestent encore plus prendre du retard. »
« Non. Cela ne ressemble pas du tout à une mode passagère. »
La voix d’Engi débordait de joie. C’était rare. Il gardait toujours son sang-froid.
« J’en enverrai aussi un à Père. Même s’il ne s’en servira probablement pas. »
« Oui. Hum, jeune maître. »
Après s’être raclé la gorge, Engi m’adressa des paroles qui me firent grand plaisir.
« Je suis de plus en plus fier de vous, chaque jour. »
« … Merci. »
Un sourire sincère s’épanouit sur mon visage.
« Alors, reposez-vous bien. »
« Oui. Beau travail. »
Je raccrochai.
Toc, toc.
À cet instant, un officier d’état-major entra.
« Messire chevalier. Une lettre. »
Il me la tendit. Elle portait le sceau du palais impérial. Pas celui de la Maison impériale, mais celui du palais. L’expéditeur était Leutern II.
En gros, cette lettre me pressait de lui remettre rapidement la « Garde d’aura sphérique ».
« … Quel crétin. »
Je la froissai et la jetai.
« À partir de maintenant, si vous recevez une lettre de cet homme, inutile de me l’apporter. Débrouillez-vous avec. »
« Bien, messire. »
Leutern II.
Parmi ces soi-disant nobles du palais, pour la plupart pourris jusqu’à la moelle, il comptait parmi les pires.
Un ramassis d’ordures qui finirait par rejoindre le haut commandement militaire.
Je ne savais jamais exactement ce qu’il cherchait à faire, mais comme il n’apprenait rien, chacune de ses décisions tournait au fiasco. Il avait à lui seul ruiné toute une légion. Pour parler franchement, il avait davantage aidé la Révolution que la faction révolutionnaire. À la fin, il avait été exécuté non comme criminel de guerre, mais comme vulgaire criminel.
J’ouvris le profil de Leutern II sur l’ordinateur de l’Ordre.
· Accusation : agression sexuelle — Verdict : non coupable
· Accusation : meurtre par vengeance — Verdict : non coupable
· Accusation : exploitation d’un tripot clandestin — Verdict : non coupable…
Toutes les affaires se terminaient de la même façon : non coupable.
Cela dit, je n’avais pas le temps de gaspiller mon attention pour une ordure comme lui.
Des manifestations éclataient dans tout l’Empire. Les attentats terroristes se multipliaient peu à peu, eux aussi.
Ils étaient moins fréquents dans le centre impérial, directement contrôlé par la famille souveraine et l’armée. Mais l’ouest et l’est commençaient à bouillonner.
Bientôt, un incident majeur allait se produire.
L’Empire possédait une immense zone industrielle appelée Gigantes. C’était le centre de la production militaire, notamment de la fabrication d’armes. Depuis des centaines d’années, elle faisait tourner les rouages de l’Empire.
Mais je décrirais Gigantes ainsi :
Un golem rafistolé.
Une grande partie des infrastructures de l’Empire était déjà terriblement vétuste. Autrement dit, elles avaient simplement trop vieilli. C’était inévitable.
L’Empire avait tenu pendant mille ans. Aucun autre État n’avait duré aussi longtemps.
Mais face à mille années, aucune machine, aussi bien construite soit-elle, ne pouvait échapper à la rouille. Les rivières s’asséchaient. Même les hautes montagnes changeaient de forme.
Gigantes n’échappait pas à la règle.
Construite il y avait près de cinq cents ans, la zone avait forcé des installations autrefois destinées à fabriquer des épées et des lances à produire des fusils et des pièces d’artillerie. On avait transformé des équipements qui servaient jadis à fabriquer des armures de cavalerie en chaînes de montage pour pièces de chars. Les machines étaient rafistolées et recousues au gré des besoins.
D’une inefficacité catastrophique, elle demeurait pourtant une zone industrielle cruciale et fournissait une part considérable du matériel militaire impérial, tout simplement parce qu’elle était immense.
Elle allait être sabotée.
[Dernière minute] Attentat à l’explosif de grande ampleur à Gigantes, la plus vaste zone militaro-industrielle de l’Empire ; les réactionnaires seraient en cause
Et cet incident devait absolument me permettre d’obtenir quelque chose.
* * *
[ Le moment d’agir était venu. ]
Gigantes, l’immense zone industrielle de l’Empire. L’endroit qui avait longtemps fait tourner les rouages de l’Empire était déjà plongé dans une obscurité épaisse.
[ L’Empire se préparait désormais à entrer en guerre. ]
Les ouvriers étaient exploités pour des salaires dérisoires, et les nobles du palais s’appropriaient tout le surplus de profit arraché à leur âme.
« Hé, espèce de taré ! Plus vite ! »
Les soi-disant contremaîtres leur imposaient des quotas, les insultaient et les frappaient. Le visage vide, les ouvriers répétaient la même tâche encore et encore.
[ Non, on la poussait dans une situation où elle n’avait d’autre choix que de faire la guerre. ]
Quinze heures de travail pour une seule heure de repos. Leur humanité s’était déjà érodée. Leurs yeux étaient sans vie, ils n’avaient plus aucun espoir et, surtout, aucun avenir.
[ L’Empire était un malade en phase terminale. Et, dans le même temps, une cellule cancéreuse du continent. ]
Les équipements qui fabriquaient autrefois des lances et des arcs avaient été reconvertis à la production de balles et d’obus. Les fourneaux qui coulaient autrefois des armures avaient été modifiés pour emboutir des plaques de blindage.
Le comble de l’inefficacité, mais l’Empire comblait ce déficit en consumant sans pitié une immense main-d’œuvre. Une zone industrielle digne de l’Empire, en vérité.
[Gigantes était une chimère qu’ils avaient créée. Nous détruirons ce monstre, et même s’il est détruit… ]
« L’Empire n’aura d’autre choix que de poursuivre la guerre. »
Dans une caverne souterraine plongée dans l’obscurité et éclairée à la bougie, des camarades déchiffraient un ordre crypté du haut commandement.
« Car il ne peut pas régler ses problèmes internes autrement. Cette guerre le conduira donc inévitablement à sa perte… »
Un homme portant un masque de tigre posa le message déchiffré.
« Et voici un document classifié envoyé par Ours Lunaire. »
Ours Lunaire. Notre camarade infiltré aux plus hauts échelons de l’Empire. Il transmettait les secrets internes à la faction révolutionnaire.
Personne ne savait qui il était. Personne ne devait vouloir le savoir. Personne n’avait le droit de le savoir.
« Lisez-le. »
Une femme portant un masque de lapin le prit.
« … »
L’Empire s’effondrait. Inégalités de richesse extrêmes. Manipulations du palais. Ressentiment des soldats, ignorés par les nobles. Fureur des sujets poussés à bout. Volonté unilatérale de l’Empereur. Recettes fiscales en baisse constante. Corruption partout.
Si toute cette pression intérieure n’était pas tournée vers l’extérieur, l’Empire exploserait de l’intérieur.
« … Même les chiffres suffisent à prouver que la guerre est certaine. »
« Exact. C’est précisément pour cela que cette opération est plus importante que tout le reste. »
Le camarade au masque de tigre désigna le tableau des opérations, dans l’obscurité.
Leur cible principale était le point névralgique qui animait toute la zone de Gigantes.
« Nous frapperons ce qui fait tourner toutes les industries de Gigantes… »
Gigantes n’était alimentée que par une seule source d’énergie : un immense filon de minerai de mana enfoui profondément sous terre. Un cœur brut, qui fournissait assez de mana pour faire fonctionner d’innombrables machines.
La zone industrielle de Gigantes tout entière avait été construite autour de lui.
« Nous détruirons ce noyau. »
Ce plan avait nécessité des années de préparation. La faction révolutionnaire avait déjà infiltré Gigantes en grand nombre, et des camarades s’étaient également glissés parmi les cadres intermédiaires et les contremaîtres.
« … En avant. »
Le masque de lapin leva le poing. Les huit membres du noyau chargés de l’opération cognèrent leurs poings contre le sien.
« Pour la cause. »
Aux mots du masque de tigre, les autres masques d’animaux, lapin compris, répondirent :
« Pour la cause. »
Leur chant sourd résonna, empreint d’une détermination farouche.
* * *
Sur une colline non loin de Gigantes.
J’arrivai à la villa que Dieter avait achetée pour moi. Elle me servirait de base temporaire pendant les deux jours entourant la date de l’opération, avec une vue imprenable sur la ville industrielle désolée.
« … »
Assis dans un fauteuil à bascule près de la fenêtre, je contemplais les rangées d’usines qui crachaient une fumée grise.
Je devais mener cette opération seul. Elle était si importante.
« Quelle ville sinistre. »
Gigantes était un foyer d’exploitation. Sans doute parce que cet endroit appartenait aux nobles du palais.
Aucun groupe n’était aussi corrompu que le palais impérial. Franchement, Leutern II paraissait presque sympathique à côté de la plupart d’entre eux.
Un repaire de vermines où les descendants des maisons royales soumises par l’Empire, accompagnés de toutes sortes d’autres salauds, jouaient aux titres et aux rangs en traitant les sujets comme du bétail.
Ils dégageaient toujours une puanteur qu’aucun parfum coûteux ne pouvait masquer.
La Garde impériale pouvait entrer et sortir du palais à sa guise. Forcément, ses membres traînaient avec ces gens-là et formaient une seule et même meute.
Cette puanteur mêlée était
« la principale raison de la chute de l’Empire. »
Je fermai les yeux. Grâce au virus, je remontai le fil de mes anciens souvenirs. Un article de journal, paru avant ma régression, se dessina nettement dans mon esprit.
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[Dernière minute] Attentat à l’explosif de grande ampleur à Gigantes, la plus vaste zone militaro-industrielle de l’Empire ; les réactionnaires seraient en cause
… La nuit dernière, un attentat à l’explosif de grande ampleur, probablement perpétré par la faction révolutionnaire, a eu lieu dans la zone industrielle de Gigantes, le cœur de l’industrie militaire de l’Empire.
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Leur révolution, audacieusement tentée.
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Ils semblaient avoir visé le filon central de minerai de mana qui alimentait Gigantes, mais leur attaque a été repoussée grâce à une intervention efficace sur place…
… Certaines installations de production ont été détruites et des gardes ont été tués, mais un représentant de l’armée impériale a déclaré que la production de matériel militaire ne subirait pas de perturbations majeures.
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Cette fin tragique avait vu quelques membres importants s’échapper, tandis que tous les autres avaient péri.
Cet automne.
Mon objectif reprenait exactement là où il s’était arrêté.
« … Il faut que ça réussisse. »
J’allais contribuer à leur grand acte de destruction, à leur détermination révolutionnaire, et renverser ce golem rafistolé.
Cette fois, au moins, je m’assurerais que leur volonté triomphe.
« Haa… »
« Alors c’est toi, Max ? Le fils des Ebenholtz… Pas mal, comme minois. »
« Hahahahaha. Ebenholtz par-ci, Ebenholtz par-là. Tu es bien loin d’égaler Sebestian. »
« Pourquoi tu as si peur ? Quoi, tu crains que ton père te gronde ? Kuhahahaha… »
Les voix de ces salauds du palais, qui s’étaient moqués de moi autrefois, résonnèrent à mes oreilles.
Je n’étais pas du genre à ressasser les choses, mais ces salauds du palais me dégoûtaient toujours autant.
« Il y a quantité de types qui méritent de mourir. »
Quoi qu’il en soit, dans le sud d’Hermes, on construisait déjà en secret des usines militaires dotées d’installations bien plus avancées que celles de Gigantes. J’y investirais davantage et importerais les tout derniers modèles de Kanillan sans rien retenir.
Je ne pourrais pas retrouver à court terme la capacité de production colossale de Gigantes, mais l’efficacité et la qualité compenseraient.
Cet automne serait donc une scène que je partagerais avec eux.
La révolution me serait d’un grand secours, et aiderait aussi l’Empire. Elle affaiblirait la position des nobles du palais, et je récupérerais la part de l’industrie militaire laissée vacante.
« Tous les attentats ne sont pas mauvais. »
Bien sûr, d’innombrables ouvriers de Gigantes perdraient leur emploi, mais ils pourraient aussi voir cela comme une libération.
« Je t’attendrai… ce jour-là. »
Souriant, je me levai de mon fauteuil.
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