Chapitre 59
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste réticent
Chapitre 59
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Pénurie (3)
J’observai Jun Kandel et Sonnet courir. Tous deux coururent en silence pendant des heures. Jun avait étonnamment de l’endurance.
Sa foulée ne faiblissait jamais, comme s’il s’était entraîné dur.
« Nous devrions nous reposer un peu. »
À la tombée du jour, Jun désigna une grotte dans la forêt.
« D’accord. »
Nous entrâmes. Sonnet étendit son sac de couchage et s’y allongea aussitôt, tandis que Jun s’assit, le dos contre la paroi de la grotte.
J’allumai un feu de camp.
Flamboiement.
Le feu éclaira la grotte.
Je regardai Jun, puis Sonnet, et songeai à la maison Kandel, avant ma régression. Je n’en gardais pas le souvenir précis. Lors de sa chute et de son extermination, j’avais été trop occupé à sauver ma peau.
J’ignorais comment Jun avait trouvé la mort.
Pourtant, je me souvenais clairement d’une chose.
Sonnet Kandel avait été pendue.
« Maximilian. »
Jun m’appela soudain par mon nom.
« Oui ? »
« Comment as-tu… Pexy… »
Ses lèvres s’agitèrent un instant sans qu’aucun son en sorte, puis il lâcha dans un soupir :
« Comment as-tu su que cette chose était le coupable ? »
Ce souvenir le hantait encore.
« C’était plus simple que prévu. Dès que j’ai supposé que le Mangeur de têtes était un mage utilisant le “Cerveau chimérique”, tout s’est éclairci. Le Mangeur de têtes est apparu pour la première fois il y a trois ans, et cette sous-espèce est également arrivée dans la capitale à ce moment-là. »
« Il ne pouvait pas être le seul. »
À un moment donné, ce salaud s’était mis à me tutoyer, mais je m’en moquais.
Sur le papier, il avait de toute façon neuf ans de plus que moi.
« Même ainsi, c’était le seul noble sans aucun lien de parenté. Beaucoup de nobles n’avaient pas de mère, mais avaient encore un père ; pas de père, mais encore une mère ; ou ni père ni mère, mais des frères et sœurs. »
« … C’est vrai. Ce salaud a sûrement tué Pexy et sa famille avant de monter à la capitale. Quel gâchis, un visage pareil. »
Jun se mordit violemment la lèvre.
On aurait dit que ce n’était plus la douleur qui le tenaillait. Il n’avait toujours pas oublié la beauté de Pexy.
« Ha… »
Je le regardai en silence tandis qu’il passait les doigts dans ses cheveux.
« Messire Kandel. »
« … Pourquoi tant de formalités, tout à coup ? »
« Que veut la maison Kandel ? »
La maison Kandel était une grande maison. Elle soutenait la Tour de magie et l’ingénierie du mana, contrôlait les finances et le commerce, et façonnait les arts et la culture.
Pourquoi s’était-elle donc soudain enroulée autour de la Garde impériale ?
À ma question, Jun répondit par un sourire qui ressemblait à un soupir.
« Demande à mon père. »
Cette réponse m’était étrangement familière, et Jun me retourna la même question.
« Que veut la maison Ebenholtz ? »
« … »
Autrefois, je détestais Jun. Je n’avais jamais ressenti une telle rivalité, pas même avec mes camarades de la section d’élite de l’Empire ou les autres nobles de mon âge.
Ce ne fut qu’à cet instant que je crus comprendre pourquoi.
« Demande à mon père. »
On détestait les siens. La part de moi que je voulais le plus rejeter me renvoyait mon propre reflet, comme un miroir.
« … »
« … »
Je regardai Jun. Il me rendit mon regard. Dès que nos yeux se croisèrent, nous fronçâmes légèrement les sourcils et détournâmes la tête.
Quelle tronche détestable. Jun devait penser la même chose.
Je ne comprenais toujours pas. Comment pouvait-on s’appeler Jun ? À cet égard, Sebestian Ebenholtz valait légèrement mieux que Mateus Kandel.
Puis Jun se leva.
« Alors, prends soin de ma sœur. »
« Tu pars déjà ? »
« On a assez couru. »
Il haussa les épaules et sortit de la grotte. Il s’éloigna en traînant les pieds avec les gardes qui étaient arrivés entre-temps.
« … »
Je regardai Sonnet. Elle était allongée, les yeux fermés.
Elle faisait sans doute semblant, mais je fermai moi aussi les yeux, mon épée appuyée contre l’épaule.
Même les gardes avaient besoin de repos.
……
Nous continuâmes ainsi à courir pendant deux jours. La nuit, nous trouvions des endroits convenables où camper et dormions ; le jour, nous courions. Des monstres apparaissaient de temps à autre, mais nous les éliminions sans peine.
Sonnet ne m’adressa pas un mot pendant tout ce temps. Je ne pris pas non plus la peine de lui parler. Cela n’avait aucune raison d’être.
Après tout, nous étions les enfants de grandes maisons rivales, des ennemis, en quelque sorte.
« Hein ? »
Alors que nous courions, j’aperçus un lac de lait. Un lac profond, blanc comme le lait.
Il y avait aussi une grotte de cristal, ainsi que des arbres d’ornement entièrement recouverts de feuilles d’or. Des décorations installées à l’avance par les organisateurs. Un étalage de luxe et de gaspillage.
« Il y a beaucoup d’animations. »
« … »
Chaque fois qu’elle en apercevait une, Sonnet s’arrêtait un instant pour l’observer attentivement.
Impossible de savoir si elle les trouvait belles ou pitoyables. Son expression était indéchiffrable.
Puis elle repartit en courant dans la forêt. Je la suivis.
« Reposons-nous ici ce soir. »
Bientôt, le soleil se couchait de nouveau. J’installai le camp près d’un ruisseau.
J’allumai un feu et m’apprêtai à préparer des pâtes pour le dîner.
« Que pensez-vous de l’économie de l’Empire, messire chevalier ? »
Sans prévenir, Sonnet prit la parole pour la première fois.
« … L’économie ? »
« Oui. »
« Je ne suis pas économiste. »
« Pour faire simple, les dix pour cent les plus riches détiennent actuellement plus de quatre-vingts pour cent des richesses de l’Empire. C’est une structure très instable. »
Comme elle le disait, les inégalités dans l’Empire ne cessaient de s’aggraver, et elles avaient sans doute atteint un niveau sans précédent.
« Les classes inférieures peinent à se procurer ne serait-ce que le minimum de biens nécessaire à leur survie. Dans les quartiers pauvres du centre, des sujets meurent de faim… »
« Je vois. »
Je hochai la tête et plongeai les pâtes dans la casserole.
« … C’est inattendu. »
Sonnet me regarda d’un air étrange.
« Inattendu ? »
« Oui. Quand je parle de ce genre de choses, les impérialistes comme vous me demandent d’ordinaire si je renie l’Empire. »
Les impérialistes comme vous. Même venant de Sonnet, c’était une formule risquée.
Je lui retournai la question :
« Vous n’êtes pas impérialiste ? »
« Je suis écrivaine et la politique ne m’intéresse pas. »
« Vous êtes aussi une Aran impériale. Intéressez-vous-y un peu. »
C’était une épreuve. Nous ignorions où et par qui nous pouvions être écoutés.
Nous devions toujours nous en souvenir. La Maison impériale possédait l’Empire. Corrompue ou déclinante, elle gouvernait cet État depuis mille ans. Nous ne pouvions jamais la sous-estimer. Les yeux et les oreilles de l’Empereur étaient partout et nulle part.
« Pensez-vous que mes propos constituent une attaque contre l’Empire ? »
Sonnet posa la question d’un ton assuré.
« Non. Si quelqu’un le pense, c’est un imposteur. »
« Un imposteur ? »
« Oui. Nier la réalité ne sert en rien l’Empire. En fait, la concentration des richesses lui nuit. »
Est-ce que j’avais seulement des connaissances et de la culture dans la tête ?
Ce n’était pas comme si j’en étais dépourvu.
Ces derniers temps, je me disais que la meilleure chose que j’avais faite avant ma régression, c’était de lire.
Après la chute de l’Empire, le Nouveau Cabinet avait débattu avec enthousiasme des raisons de cette chute et de la manière dont il avait remporté la victoire. Les journaux, les revues et d’innombrables livres s’étaient remplis de récits victorieux et de travaux universitaires libres. Libérés de l’oppression impériale, leurs auteurs avaient diffusé un savoir d’une grande créativité.
« Quand les sujets des classes inférieures cessent de constituer une main-d’œuvre efficace et que les richesses se concentrent excessivement dans les classes supérieures, un cercle vicieux s’installe naturellement : les investissements dans le capital humain s’interrompent. »
Quand j’étais un fugitif errant, je lisais ce genre de choses.
Je n’avais pas le choix, il fallait bien que je lise.
En tant que criminel de guerre vagabond, j’avais tout mon temps. Ces piles de papier me servaient de couverture, de tapis de sol et d’oreiller. Comment aurais-je pu ne pas les lire ?
Grâce à cela, ce genre de conversation ne m’effrayait plus.
« Les sujets qui ne reçoivent aucune éducation ni formation technique perdent en qualité, ce qui entraîne directement des pertes pour l’ensemble de l’Empire. »
Une citation tirée d’une chronique que j’avais lue autrefois, « L’économie a fait chuter l’Empire ».
Sonnet me regarda et demanda :
« … Si cela nuit à l’Empire, ne devrions-nous pas régler le problème ? »
« Si. Je connais déjà la réponse. »
Les nobles qui vivaient de l’exploitation. Les bourgeois qui se prétendaient hommes d’affaires tout en exploitant les ouvriers.
Nous avions l’occasion de nous débarrasser de cette racaille en un seul coup.
« La guerre. »
La guerre consistait à resserrer les rangs à l’intérieur et à écraser l’extérieur. La guerre balaierait les parasites qui rongeaient l’Empire. Le pouvoir et l’autorité que j’avais bâtis les réduiraient en miettes.
Et alors, la lame la plus acérée, aiguisée à son tranchant ultime, exterminerait les Izenheim, cette espèce venue d’un autre monde et dissimulée à travers le continent.
« En tant que sujets de l’Aran impériale, nous soumettons toutes les races inférieures… »
C’était l’idée fondamentale des criminels de guerre impériaux. L’étendard même de l’Empire que la Faction révolutionnaire abhorrait, et pourtant le seul moyen de préserver l’humanité.
« Nous établirons une domination parfaite. »
Sonnet hocha doucement la tête.
« Alors, l’Empire peut-il gagner la guerre ? »
À la question naïve de Sonnet, j’adressai un sourire amer.
« Il le faut, à tout prix. »
L’Empire, haï par le continent, était le seul rempart de l’humanité.
La défaite n’était plus une option.
À l’instant où nous perdrions, toute existence s’éteindrait.
* * *
Sonnet traversa la forêt. Elle était tout près de la ligne d’arrivée. La course de fond était l’une des activités qu’elle détestait le plus, mais elle devait s’y plier pour comprendre les intentions de Maximilian, dont la renommée avait connu une ascension fulgurante.
« C’est là-bas. »
Maximilian sourit en regardant la ligne d’arrivée. Il semblait détester les marathons autant qu’elle.
Beaucoup de gens attendaient déjà là-bas.
« Les voilà ! »
« Ah, oui ! La participante qui franchit la ligne est dame Sonnet Kandel, de la maison Kandel ! »
Elle franchit la ligne sous les applaudissements et les acclamations. Hélas, elle ne figurait pas au classement, mais l’expérience en valait tout de même la peine.
« Oh ? Ravi de te voir, Max ! »
Alors qu’on la félicitait, quelqu’un appela Maximilian Max.
Sonnet se retourna elle aussi.
Des boucles familières et un visage d’une pâleur de cire.
Leutern II.
« … »
Maximilian le regarda sans rien dire. Leutern fronça légèrement les sourcils.
« Tu n’es pas content de me voir ? C’est quoi, cette tête ? »
Le père de Leutern II, le duc Leutern, était un géant de la politique impériale. Il comptait parmi les piliers du conseil aristocratique du palais impérial.
Il descendait d’une maison royale soumise par l’Empire il y a bien longtemps.
« Non, pas du tout. Je suis très heureux de vous voir. »
Quelle que fût la maison Ebenholtz, elle devait faire preuve de courtoisie envers les membres de la Maison impériale.
Maximilian sourit au duc Leutern.
« Duc Leutern, que faites-vous ici ? »
« Ah, rien de spécial, c’est à propos de cette histoire de Garde d’aura sphérique ! Vendez-m’en quelques exemplaires ! J’ai entendu dire qu’elle avait beaucoup de succès ces derniers temps. Même mon garde semble en vouloir. »
« … Oui. Je ferai de mon mieux. »
Les gens du palais impérial cherchaient délibérément querelle aux héritiers des grandes maisons, et ceux-ci mordaient souvent à l’hameçon, surtout Jun.
Contre toute attente, Maximilian dissimulait très bien ses véritables sentiments.
« Max, ça me fait plaisir de te voir en forme ces temps-ci. La dernière fois que je t’ai vu, tu avais l’air à moitié mort. Maintenant, tu as même pris du poids. »
« Vraiment ? Je n’ai pas pris un gramme. »
« Vraiment ? Allons donc. Tu es gros. »
Les paroles et le ton de Leutern II avaient clairement pour but de l’insulter.
« Bref, envoie-les-moi tout de suite. Tu connais mon adresse, n’est-ce pas ? »
« Oui. Entendu. »
« Mm, merci. »
Malgré tout, Maximilian ne laissa pas paraître son humiliation. Sonnet trouva cela plutôt intéressant.
« Allons-y, Sonnet Kandel. »
Maximilian lui fit signe de le suivre.
Sonnet marcha juste derrière lui et marmonna :
« J’ai entendu dire que la Garde d’aura sphérique était en rupture de stock. Il vous en reste tout de même ? »
« Non. Plus rien. Même si je voulais en envoyer, je ne pourrais pas. »
Une légère moquerie se dessina au coin des lèvres de Maximilian tandis qu’il marmonnait.
« Je vois. Quel dommage pour Leutern. »
Il ne faisait pas étalage de son orgueil devant les gens du palais impérial, mais ne se laissait pas non plus entraîner dans leurs mesquineries.
Un homme solide.
« Vous connaissez le duc Leutern ? »
À la question de Maximilian, Sonnet se retourna un instant. Son regard croisa celui de Leutern II, qui la dévisageait.
« Oui. »
Elle effleura le collier posé sur sa poitrine et répondit doucement :
« Je le voyais souvent quand j’étais petite. »
… Son passé lui revint soudain en mémoire.
Sonnet Ensiela von Kandel.
Fille de la maison Kandel, elle avait été élevée au cœur même de la Maison impériale dès son plus jeune âge. Cela avait été décidé dès sa naissance. On l’avait formée pour être les yeux et les oreilles de l’Empereur, et elle avait désormais pour devoir de suivre les ombres de l’Empire et de les rapporter à la Maison impériale.
La Maison impériale n’avait pas de nom officiel pour désigner ces êtres, mais tous les sujets de l’Empire les comparaient à une légende et les appelaient ainsi :
Agentes Augusti.
* * *
Un mois après la publication de « Technique chevaleresque : Garde d’aura sphérique » de Maximilian.
Kairon avait vu juste. La « Garde d’aura sphérique » avait fait fureur.
Désormais, les chevaliers comme les mages de tout l’Empire recherchaient le manuel de la technique, et la pénurie s’ensuivit naturellement.
Les chevaliers nobles répétaient comme des perroquets : « Il me faut la Garde d’aura sphérique. » Certains tentèrent même de demander une faveur à Maximilian, mais il les éconduisit tous en prétextant que la production prenait trop de temps.
« … Moi non plus, je n’ai pas réussi à en obtenir. »
« Pareil. »
C’était la salle privée de Kairon.
Il n’y avait pas que les chevaliers de première, deuxième et troisième années ; même ceux qui entamaient leur cinquième ou sixième année se plaignaient ainsi.
« Vous connaissez Eron, pas vrai ? Chaque fois que je le croise, il se vante d’en avoir obtenu un. Quel casse-pieds. »
« … Franchement, ça me fout en rogne. J’entends sans arrêt que des chevaliers à la retraite récupèrent les manuels. Mais ils ont presque cinquante ans, qu’est-ce qu’ils en font ? Ils pourraient céder un peu la place aux jeunes. »
Les chevaliers à la retraite, c’est-à-dire ceux qui avaient quitté l’Ordre pour ouvrir leur propre cabinet, suscitaient un ressentiment particulièrement vif. Voilà comment se manifestait le conflit des générations, mais jeunes ou vieux, ils étaient tous adultes. Tous les adultes aimaient l’excellence et voulaient posséder quelque chose d’impressionnant.
Les jeunes n’avaient pas le droit de les critiquer sous prétexte qu’ils étaient plus âgés.
« Hum. Assez de médisances, concentrez-vous. J’ai quelque chose à vous montrer. »
Kairon sortit un cube. C’était le cube de pierre de mana que Maximilian lui avait livré la veille au soir.
Les chevaliers ouvrirent de grands yeux.
« Regardez bien. »
Il le fixa sur sa poitrine et manifesta la Garde d’aura sphérique.
Vrouuui…
Sa puissance n’était pas encore pleinement développée, mais la forme d’une sphère translucide était nette.
Les chevaliers le regardèrent avec envie.
« Voilà pourquoi je vous ai fait venir. »
« … Pour nous montrer la Garde d’aura sphérique ? »
Raynel et les autres jeunes chevaliers firent la moue, agacés.
Si cela devait s’arrêter là, sa propre réputation en pâtirait.
« Hahaha. »
Kairon rit et claqua des doigts. Des domestiques entrèrent et déposèrent des coffrets luxueux à la place de chaque chevalier.
Tandis qu’ils les contemplaient, perplexes, Kairon prit un air sérieux.
« Je le sais aussi. Parmi les puissantes maisons nobles des Sentinelles, je peux sembler peu orthodoxe. »
L’orthodoxie était le fruit d’un temps très long.
Aucun individu ne pouvait vaincre le temps.
« Mais je veux vous le présenter ainsi : c’est précisément ce qui fait sa “nouveauté”. »
Il désigna les coffrets d’un signe de tête.
« Ouvrez-les. »
Les chevaliers les ouvrirent un à un. Leurs yeux s’écarquillèrent aussitôt.
À l’intérieur se trouvaient des exemplaires reliés plein cuir de luxe de la « Garde d’aura sphérique », qui brillaient d’un éclat argenté.
« Bien. À partir d’aujourd’hui, nous étudierons cette technique ensemble. »
Kairon poursuivit :
« Sa Majesté l’Empereur finira par vouloir la guerre, et nous ne pourrons pas l’éviter. »
Il savait bien lire la situation politique. Il avait une idée assez précise de ce que la Maison impériale désirait au fond.
« C’est mon cadeau, pour vous aider à être à la hauteur le moment venu. Vous pourrez au moins gagner quelques mois d’avance. »
« Messire chevalier, comment pouvez-vous nous offrir quelque chose d’aussi précieux… »
« Avons-nous vraiment le droit d’accepter ? »
Tous les subordonnés de Kairon semblaient émus.
« Ne vous sentez pas redevables. C’est simplement un cadeau du cœur. »
« … Messire chevalier. »
Alors, ils se levèrent un à un et le saluèrent.
Kairon promena son regard sur eux.
Beaucoup d’entre eux étaient issus de lignées plus prestigieuses que celle de la maison Kairon : des sangs véritablement orthodoxes. Raynel et Zionne, en particulier.
Et pourtant, ils lui témoignaient ainsi leur gratitude et leur loyauté.
« … Bien. »
Les choses qu’on pouvait acheter avec de l’argent étaient de bas étage.
Celles qu’on ne pouvait acheter qu’avec beaucoup d’argent étaient de moyenne qualité.
Mais les biens que l’argent ne pouvait acheter étaient nobles, et ils suscitaient une telle loyauté.
« Asseyez-vous, maintenant. C’est gênant. »
Kairon n’était pas différent. Maximilian lui avait remis dix exemplaires du traité théorique. Cette faveur était assortie d’une condition explicite.
Ces derniers temps, Kairon avait l’impression qu’un fil scintillait au-dessus de sa tête. Un fil d’argent, semblable au clair de lune, qui le reliait à la maison la plus prestigieuse de l’Empire.
Mais ce fil le mettait encore à l’épreuve. S’il s’en emparait trop vite, il risquait de lui glisser entre les doigts.
Il devait donc attendre que Maximilian lui fasse confiance. Il devait d’abord consolider sa propre faction.
« Remerciez Maximilian, l’auteur de l’ouvrage, pas moi. »
Kairon se souvenait encore de ce jour-là.
L’autorité qui avait fait fuir le maître de la Tour de magie Nicolaus d’une seule phrase.
Cette orthodoxie qu’il avait tant désirée.
Pour saisir le fil Ebenholtz, pour se tenir sur un pied plus égal avec lui,
il lui fallait d’abord se montrer digne de ce lien.
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