Chapitre 58
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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◈ The Reluctant Imperialist
Chapitre 58
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Pénurie (2)
[Revue des études magiques : nouvelle parution — « Garde d’aura sphérique », un nouveau paradigme pour la magie chevaleresque]
La « Garde d’aura sphérique » venait de paraître officiellement. Les érudits en magie la saluèrent comme « une nouvelle manière d’utiliser l’aura protectrice », mais les chevaliers de l’Empire se montrèrent tièdes. Ils avaient toujours été conservateurs dès qu’il s’agissait de changement.
Quelques-uns s’y intéressèrent toutefois en apprenant que Maximilian en était l’auteur.
Certains le prenaient pour un jeune noble prétentieux qui jouait les grands personnages et voulaient le rabaisser ; d’autres étaient simplement curieux, tandis que le chevalier Kairon, de l’Ordre des Sentinelles souhaitait trouver un terrain d’entente avec Maximilian…
« 40 000 dollars. »
Le prix dépassait de loin ses prévisions. Même la vérification d’identité était inutilement stricte.
« …40 000 ? »
— Oui.
Kairon retint un soupir.
Peut-être était-ce là que se révélait le caractère d’une personne : cette illusion que chaque formule conçue par soi-même était noble, spéciale et extraordinaire.
Mais il n’y pouvait rien. La maison Ebenholtz avait le poids nécessaire pour se le permettre, et peut-être n’avait-elle pas le choix.
Kairon décida plutôt de tirer parti de cette occasion.
Même si cette fameuse Garde d’aura sphérique ne fonctionnait pas, la maîtriser et la couvrir d’éloges, fût-ce de vaines paroles, resterait un geste politique. Cela pourrait renforcer ses liens avec la maison Ebenholtz.
« Il n’y a pas de réduction pour les chevaliers ? »
— Avec les 20 % de remise, cela fait 40 000.
« Tss. »
Kairon acheta le recueil de formules et rentra chez lui.
Assis dans son bureau, il l’ouvrit et découvrit qu’il était même protégé par un dispositif de sécurité au mana.
« Mais qu’est-ce que… »
C’était absurde, mais il insuffla du mana dans le dispositif et le déverrouilla.
[Pour exploiter pleinement cette formule, une pierre de mana d’une pureté supérieure à 96 % est nécessaire.]
Dès la première page, on lui réclamait une pierre de mana très pure. Une pierre à 96 % coûtait généralement entre 200 000 et 300 000 dollars ; la formule lui revenait donc déjà à au moins 240 000 dollars.
Kairon eut un rire sec et tourna la page.
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1. Introduction
Le mana est à la fois une force puissante offerte à l’humanité et un outil difficile à manier…
Grâce à de longues années d’entraînement et d’étude, les chevaliers impériaux maîtrisent la Garde d’aura qui enveloppe leur corps, ce qui en a fait les maîtres du champ de bataille. Cependant, sur les champs de bataille auxquels nous serons inévitablement confrontés à l’avenir, la Garde d’aura actuelle ne suffira pas à contenir la puissance de feu écrasante qui nous attend.
(passage omis)
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Kairon était un chevalier obsédé par le perfectionnement de soi. Il consacrait toujours son temps libre à s’améliorer, que ce soit en politique, à l’entraînement, dans ses lectures ou dans n’importe quel autre domaine.
Parmi tout cela, il excellait particulièrement dans le maniement du mana, autrement dit dans l’aspect théorique des formules.
C’était d’ailleurs un trait courant chez les maisons récemment enrichies. Leur escrime n’avait pas la profondeur acquise au fil des générations ; elles n’avaient donc d’autre choix que de compenser avec le « mana », dont les connaissances étaient largement accessibles.
On appelait ces chevaliers des « chevaliers-mages ».
Quoi qu’il en soit, même parmi les chevaliers, Kairon était un véritable spécialiste qui prenait les formules très au sérieux.
« …? »
Au début, il avait lu sans trop y penser, mais il se retrouva bientôt complètement absorbé.
Kairon dévorait les formules de mana de la « Garde d’aura sphérique ». Leur excellence n’allait pas jusqu’à percer les principes les plus profonds du mana et à ébranler les fondements des lois naturelles… mais ce n’était pas la question. À première vue, on aurait dit un amas incroyablement dense de circuits complexes ; en réalité, la formule reposait sur des principes élégants.
D’innombrables formules de mana s’imbriquaient avec une harmonie et une beauté remarquables. On aurait dit une œuvre d’art, comme si quelqu’un avait sculpté les circuits au ciseau.
Clac.
Kairon referma brusquement le recueil. Il était encore loin d’avoir fini de le lire, mais il sortit aussitôt.
Il monta en voiture, traversa les rues déjà plongées dans le crépuscule et arriva devant une boutique de formules de mana.
« Comment ça, il n’y en a plus ? »
— Oui.
Tout était déjà parti.
« Qui les a achetés ? »
— …Pardon ? Des chevaliers les ont tous achetés.
« Quand sera-t-elle réapprovisionnée ? »
— Euh… J’ai entendu dire que rien n’était décidé pour l’instant.
« Qu’est-ce que c’est que cette réponse ?! »
Kairon s’emporta avant même de s’en rendre compte.
— L-la quantité est déterminée directement par l’auteur, messire chevalier…
« … »
Si la décision revenait à Maximilian, il n’y avait rien à redire.
« Dès que vous en recevrez, contactez-moi immédiatement à ce numéro. »
— Ah, oui.
Kairon laissa son numéro de terminal et rentra chez lui.
Assis dans son fauteuil, il fixa le recueil de formules.
« Garde d’aura sphérique… »
Il percevait clairement la valeur pratique de la théorie qu’elle contenait. Elle serait redoutable non seulement sur le champ de bataille, mais aussi en combat singulier, où elle conférerait un avantage considérable.
Kairon sentit qu’une nouvelle tendance était en train de naître.
La Garde d’aura sphérique allait sans aucun doute s’imposer. Pas seulement chez les chevaliers, mais aussi chez les mages, toujours inquiets pour leur propre sécurité.
Kairon arriva devant le bureau de Maximilian. Il s’appuya un instant contre le mur et réfléchit à ce qu’il allait dire.
Max.
Non. L’appeler Max sans prévenir risquait de le froisser.
Maximilian… Non, est-ce que cela vous dérangerait si je vous appelais Max ?
Il fallait amener ça en douceur.
J’ai entendu dire qu’un recueil théorique intitulé « Garde d’aura sphérique » était paru. Je l’ai lu et j’en ai tiré quelques enseignements. C’est excellent.
Maximilian apprécierait-il les compliments ?
Mais il y a un problème.
Et s’il me demandait : Quel problème ?
Il n’y en a déjà plus. Les autres chevaliers de l’Ordre voudront sûrement l’étudier, eux aussi. Si possible… pourrais-je en acheter quelques exemplaires de plus ?
Kairon n’était pas seul. Il dirigeait une faction. Il savait que ses origines ne lui conféraient aucun prestige ; il devait donc prendre d’autant plus soin de ses subordonnés.
« Bien. »
Il hocha la tête, puis ouvrit enfin la porte du bureau de Maximilian.
« Max… ? »
La pièce était vide.
« Ah, oui. »
Le bureau de Maximilian avait été transféré au troisième étage.
Une sorte de promotion.
« …Ha. »
Kairon eut un rire sans joie.
Regarde-moi ça. Je n’avais aucune raison d’être nerveux et pourtant, je l’étais.
Ebenholtz ou pas, Maximilian n’avait que vingt et un ans. Inutile de le traiter comme un supérieur. Ils n’avaient que treize ans d’écart dans leur ancienneté de chevaliers.
« Hahahaha. »
Il força un rire détendu et remonta les escaliers.
* * *
Après l’incident du Mangeur de têtes, mon bureau avait été réaménagé.
À l’entrée se trouvait un espace de travail où deux officiers d’état-major s’occupaient des affaires courantes ; plus loin, au bout d’un couloir intérieur, se trouvait mon bureau privé. Il était plus petit que ceux des chevaliers supérieurs, mais correspondait parfaitement à ce qu’on imaginait en entendant « bureau de chevalier ».
Il me plaisait plutôt bien.
« Hum. À propos de la Garde d’aura sphérique ? »
Kairon fut le premier visiteur de mon nouveau bureau. Il était venu pour la « Garde d’aura sphérique », parue cette semaine-là.
« J’ai entendu dire que seuls dix exemplaires étaient arrivés en librairie. »
— Oui. Je n’en ai fait imprimer que dix, exprès.
Le plan consistait à faire monter l’intérêt, puis à adapter l’offre à la demande.
« Je vois. C’était une formule qui en valait la peine. »
— Merci.
« Voilà, justement… Il y a un problème. »
Je souris légèrement. Kairon comprenait vite, à bien des égards.
« Vous auriez besoin de quelques exemplaires supplémentaires ? »
— …C’est possible ?
— Dites-moi d’abord combien il vous en faudrait.
Kairon sembla compter mentalement ses subordonnés un instant.
Il devait avoir beaucoup de bouches à nourrir. Même pour quinze personnes, cela ferait 600 000 dollars. Mon rapport à l’argent était un peu faussé, désormais, mais 600 000 dollars représentaient encore le salaire annuel de Kairon.
Bien sûr, avec les primes et le reste, la somme serait plus élevée.
« Pour l’instant, dix exemplaires devraient suffire. »
— Oui. Je peux vous en fournir une dizaine. Repassez dans deux semaines environ.
La jambe de Kairon s’agitait légèrement sous sa chaise.
« Merci. Hum. Si vous avez besoin de quoi que ce soit un jour, n’hésitez pas… »
— Au fait, avez-vous acheté des pierres de mana très pures ?
« Non. Pas encore. Y a-t-il une marque en particulier ? »
— Non. N’importe quelle marque conviendra, du moment que la pureté dépasse 96 %.
Je sortis de l’intérieur de mon manteau ma pierre de mana personnelle.
C’était un cube de pierre de mana d’une pureté exceptionnelle, gros comme la paume, gravé de la Sculpture du mana par Lorenzo lui-même. Avec une pureté de 99 %, il émettait de lui-même une lueur bleue.
« Voici la pierre de mana que j’utilise personnellement. »
« … »
Kairon resta bouche bée en la contemplant.
« C-c’est une pierre de mana ? »
— Oui. La Sculpture du mana y a été gravée pour amplifier la « Garde d’aura sphérique ». D’une pureté exceptionnelle, une véritable pièce de luxe.
« Magnifique. Combien cela coûterait-il ? »
— Pour un objet de cette qualité, probablement entre quatre et cinq millions.
« Quatre millions… ? »
— Oui. Elle est si rare qu’on n’en voit que deux ou trois par an, tout au plus. Même la qualité supérieure juste en dessous coûterait deux millions de dollars.
Il contemplait mon cube de pierre de mana, les yeux brillants. Ses pupilles semblaient teintées de bleu et ses joues étaient rouges.
« Dans ce cas, un officier d’état-major vous apportera les dix exemplaires dans deux semaines. »
Je rangeai le cube. Kairon eut l’air déçu.
— Pour les pierres de mana, vous pourrez me demander plus tard. Je tiens un atelier.
Si l’utilité de la « Garde d’aura sphérique » était démontrée, même des pierres de mana haut de gamme à un ou deux millions pièce se vendraient sans peine. Les chevaliers nobles avaient de l’argent.
Il suffisait d’en vendre à cent personnes pour engranger entre cent et deux cents millions de dollars. Pas une mauvaise affaire.
« Non. Plutôt que de vous le demander plus tard, je voudrais en réserver une tout de suite. »
Kairon sortit un chéquier de sa poche intérieure et inscrivit rapidement deux millions de dollars.
« Le modèle haut de gamme. »
Comme prévu, il ne regardait pas à la dépense.
* * *
Comme je m’y attendais, les premières réactions à la « Garde d’aura sphérique » arrivèrent avant même que deux semaines se soient écoulées. Le recueil théorique était en rupture de stock depuis quelque temps déjà et, ces jours-ci, la rumeur voulait que les chevaliers de tout l’Empire s’activent pour en trouver des exemplaires.
« Max. Mission d’escorte. »
Yulian passa me voir et m’apporta une nouvelle affectation.
Les missions d’escorte n’étaient pas vraiment ma spécialité, mais enfin.
« C’est déjà la saison ? »
— Oui.
L’Empire comptait un événement à la fois très célèbre et parfaitement inutile aux yeux des nobles.
Il s’appelait la Traversée de la forêt.
Cet événement impérial consistait à traverser la forêt d’Ertion, que le fondateur de la dynastie aurait franchie à mains nues lors de la fondation de l’Empire. En pratique, c’était une épreuve de loyauté imposée aux nobles. Autrefois, les empereurs faisaient assassiner dans cette forêt les nobles qui leur déplaisaient.
À présent, les choses étaient bien plus détendues : cela n’arrivait plus et l’événement avait depuis longtemps dégénéré en une sorte de marathon mondain pour les nobles impériaux.
« Tu apprendras probablement dans la forêt qui tu devras escorter. »
— Oui. Compris.
À mes yeux, c’était exaspérant. Même alors que l’Empire déclinait, ils étaient toujours incapables de renoncer à ce genre de festivités.
C’était pour ça qu’ils couraient à leur perte.
« Alors, je te retrouve là-bas. »
« …Ah, messire Yulian. »
Je sortis du tiroir un exemplaire du recueil théorique « Garde d’aura sphérique ».
« C’est un cadeau. »
Je l’avais préparé à l’avance pour Yulian. Il ouvrit de grands yeux.
« La Garde d’aura sphérique… J’ai entendu dire qu’il était difficile d’en trouver, ces temps-ci. »
— Je pensais que ça ne vous intéressait pas.
« Tout le monde autour de moi ne parle que de ça. »
Yulian sourit et prit le livre.
« Je vais le lire. »
— Oui. J’apprécierais une bonne critique.
« Je n’y manquerai pas. »
Yulian quitta le bureau. Je réfléchis un instant à cet événement.
La Traversée de la forêt.
D’après mes souvenirs d’avant ma régression, rien ne s’était passé cette année-là.
Mais l’avenir avait déjà été déformé au point d’en devenir méconnaissable, par ma faute. J’étais peut-être déjà devenu une cible pour la Faction révolutionnaire.
« Hum… »
À partir de maintenant, des gens plus puissants que Dune Kan continueraient de défier l’Empire. Les forts détestaient depuis toujours qu’on les contrôle et méprisaient l’Empire par principe.
J’avais moi aussi pris mes précautions.
Je sortis de la poche intérieure de mon uniforme de chevalier une seringue spéciale.
Un élixir à effet rapide qui stimulait brutalement le mana du corps en un instant, poussant les capacités physiques au-delà de leurs limites : mana, force, réflexes, tout. On appelait généralement ça une injection de stimulants, mais celle-ci était un produit spécial, raffiné à une concentration bien supérieure et adapté à mes besoins.
Lorenzo recommandait d’attendre au moins six mois avant d’en reprendre. Fabriqué sur mesure avec des matières premières d’une pureté exceptionnelle, le produit ne laisserait pas d’effets secondaires permanents. En revanche, le contrecoup était inévitable ; deux mois de rééducation intensive étaient donc obligatoires.
Une seule seringue coûtait la bagatelle d’un million de dollars.
Le prix de ma vie ? Une broutille.
……
La forêt d’Ertion. Une immense forêt primaire qui séparait le centre de l’Empire de ses côtes. Le mana y était si dense et si profond que, sans parler des monstres forestiers, toutes sortes d’incidents chaotiques s’y produisaient fréquemment. Rien que pour cet événement, les fonds publics dépensés étaient colossaux.
Autrement dit, du pur gaspillage.
« Messire chevalier Maximilian ? »
Quelqu’un m’interpella avant le début de l’événement. À la seconde où je vis son visage, je me figeai.
Jun Kandel.
Pas possible.
« …Ce serait donc ça ? »
À ma question méfiante, Jun esquissa un sourire en coin.
« Félicitations, vous voilà chevalier d’escorte de la maison Kandel ? »
Espèce d’enfoiré.
J’eus presque le réflexe de l’empoigner par le col, mais je me retins.
Jun Kandel ne participerait jamais lui-même à un marathon pareil. Il viendrait probablement juste pour la forme, s’ennuierait et rentrerait chez lui.
Il haussa les épaules.
« Enfin, je n’y vais pas moi-même. Ni vous ni moi n’avons envie de nous attarder dans un endroit pareil, pas vrai ? »
Une autre personne apparut derrière lui. C’était Sonnet Kandel.
« Ravie de vous voir, messire Maximilian. »
« …Oui. Moi aussi, je suis ravi de vous voir. »
Je jetai un coup d’œil autour de moi. Les chevaliers de l’Ordre des Sentinelles m’observaient en s’efforçant de ne pas rire.
Je comprenais. Kandel était une grande maison. Pas facile à gérer pour un chevalier ordinaire.
En tant que jeune chevalier, on m’avait pratiquement refilé le sale boulot sous couvert d’une affectation.
« Salutations aux nobles aristocrates de l’Empire rassemblés ici aujourd’hui. »
Dans quelques instants commencera une antique tradition de l’Empire. L’exploit glorieux de notre fondateur impérial, qui traversa la forêt d’Ertion…
Les nobles bavardaient avec leurs chevaliers d’escorte et riaient avec élégance.
Sonnet Kandel gardait le silence, tandis que Jun bâillait.
« Le vainqueur de cette année recevra un prix spécial remis en personne par Sa Majesté l’Empereur ; donnez donc le meilleur de vous-mêmes ! »
La Garde impériale tira une fusée de signalisation dans le ciel. Des feux d’artifice multicolores s’épanouirent dans les airs comme par magie.
Bientôt, les nobles s’élancèrent dans la forêt depuis leurs points de départ respectifs.
« Nous irons ensemble jusqu’au point de mi-parcours. Si nous partons tout de suite, ça ferait mauvais effet. »
— Oui.
Jun et Sonnet s’enfoncèrent dans la forêt en courant ; je les suivis pour le moment.
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