Chapitre 44
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Traducteur : Coughing Baby
Relecteur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 44
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Tracer l’avenir à la plume (3)
Une cour d’assises fut réunie pour messire chevalier Maximilian von Ebenholtz.
Elle devait déterminer si les peines qu’il avait exécutées dans le cadre de ses fonctions étaient légales.
Après avoir été adoubé, Maximilian avait tué un cadet de la section d’élite de l’Empire ainsi qu’un noble meurtrier. La cour d’assises se tint bien après les faits et, même alors, seulement après que l’affaire eut été ballottée d’un bout à l’autre de la cour impériale.
Car personne n’osait traduire un Ebenholtz en justice lors d’une cour d’assises.
« Nous allons à présent examiner l’affaire de messire chevalier Maximilian. »
Telle fut la déclaration d’ouverture du juge. Par principe, les cours d’assises se tenaient à huis clos. Étaient présents les chevaliers chargés d’évaluer les circonstances et les preuves, les procureurs, ainsi qu’une vingtaine de jurés citoyens représentant toutes les couches de la société.
À part eux, il n’y avait que le juge qui présidait le jury et deux ou trois journalistes de médias spécialement désignés.
Le journaliste Alphonse observait la scène depuis les places réservées à la presse.
« Premier point à examiner : les exécutions sommaires du cadet de la section d’élite de l’Empire et du noble meurtrier. Nous allons commencer par entendre la déclaration du chevalier lui-même. »
Maximilian von Ebenholtz. Cheveux d’or, yeux d’or. Vêtu de l’uniforme d’apparat de l’Ordre des Sentinelles, il se leva, incarnation parfaite de l’idéal de l’homme aran pur que décrivait l’Empire.
À première vue, il ressemblait à un mannequin de propagande vivant.
« Selon la loi impériale, l’un était un meurtrier de noble, et l’autre s’était infiltré dans la section d’élite de l’Empire sous une fausse identité. Tous deux étaient passibles d’une exécution sommaire. J’ai estimé qu’il n’était pas nécessaire de les juger. »
Voilà comment Maximilian se défendit.
La cour d’assises ne s’éternisa pas. Après quelques questions et réponses de pure forme, le verdict tomba à l’unanimité : l’exécution était légale.
Personne n’allait rendre un verdict différent en regardant le visage de Maximilian, et Alphonse, présent en tant que journaliste, n’avait pas le droit de prendre la parole.
« La cour d’assises est donc terminée. »
Maximilian inclina légèrement la tête et quitta le tribunal.
Alphonse se hâta de le rattraper.
« Bonjour ! »
Clic. Il le salua à voix haute et prit son visage en photo. Il le fit exprès, pour le provoquer.
« Je suis le journaliste Alphonse. Je travaille pour le Zenith Times. »
Maximilian fronça légèrement les sourcils, puis afficha un sourire détendu.
« Oui. Enchanté. »
Il ne montra ni hostilité ni irritation.
Une question d’image, sans doute.
« Pourrais-je vous poser quelques questions ? Au sujet de Jacob Mack et de l’affaire Sana. »
« Sana ? »
Il pencha la tête en entendant ce nom.
« Ah, c’est donc ainsi que s’appelait la noble que j’ai tuée à l’époque. »
Le journaliste Alphonse laissa échapper un rire sec.
« Ha. Vous ne vous souvenez même pas du nom de l’enfant que vous avez tuée ? »
« Pourquoi le devrais-je ? »
Le visage d’Alphonse se durcit.
« … Savez-vous seulement ce que cette enfant, Sana, a vécu ? »
Sana avait tué un noble. Mais elle n’avait pas eu d’autre choix. Ce vieux salaud était une ordure humaine, indigne même du titre de noble.
Selon l’enquête de police, le manoir de la prétendue victime portait de nombreuses traces de sévices, et même sa famille endeuillée avait honte de l’affaire et s’était empressée de l’étouffer.
« Si vous l’ignoriez, regardez par vous-même. »
Alphonse lui tendit une enveloppe qu’il avait préparée. Maximilian l’ouvrit sans hésiter. Elle contenait des dizaines de photographies.
« C’était un pédophile. Un véritable monstre. »
Des scènes trop sordides pour être décrites. Maximilian parcourut les photos.
« Même après ça, pensez-vous qu’il n’y avait aucune circonstance atténuante ? »
Maximilian tressaillit d’un sourcil, puis hocha la tête.
« Oui. Il n’y avait rien à faire. »
« … Rien à faire ? »
« Selon la loi impériale, un roturier qui tue un noble est passible d’un jugement sommaire, quelle qu’en soit la raison. »
« Avec un procès… »
« Même jugée, elle aurait été exécutée. En outre, l’autopsie a révélé que l’enfant appartenait à l’espèce Aïn. Elle n’était pas impériale. »
Elle n’était pas impériale.
Alphonse foudroya Maximilian du regard. Celui-ci soutint ses yeux sans le moindre malaise et répondit :
« Journaliste Alphonse, je sais aussi qu’Eashton était une ordure humaine. S’il n’était pas mort… »
Maximilian fit un pas vers lui.
« Je l’aurais abattu moi-même. »
Il baissa les yeux vers Alphonse.
« Mais l’enfant a d’abord tué un noble, et à partir de là, l’affaire est devenue une question de jugement légal. Alors ne vous enfermez pas dans les arguments émotionnels. »
Maximilian sourit et lui rendit l’enveloppe de documents.
« Sinon, le monde risque de s’effondrer. »
« … Quoi ? »
Ces mots, dont il ne parvenait pas à saisir la portée, glacèrent Alphonse.
« Je vous laisse. »
Maximilian monta dans sa voiture. Alors qu’il s’apprêtait à partir, Alphonse lui cria :
« Et les deux immigrées condamnées à mort sous votre pression ?! »
Il sortit en toute hâte le brouillon de l’article qu’il devait publier ce jour-là.
« Je parle de l’affaire de l’usine à papier ! Une mère et sa fille, qui ne font pas partie de la Faction révolutionnaire, qui ont été utilisées par ses membres et qui ne parlent même pas impérial, vont être pendues ! Pourquoi ne voyez-vous pas que c’est exactement ce que veulent ces salauds de la Faction révolutionnaire… »
Vroum !
Le regard vide, les yeux fixés sur le pare-chocs arrière de Maximilian qui s’éloignait à toute vitesse, Alphonse cracha par terre.
* * *
De l’argent, de l’argent, de l’argent.
L’argent ne cessait de s’accumuler.
Le nouvel équipement conçu à partir de la théorie de Lorenzo augmenta considérablement le rendement du raffinage des pierres de mana, et la roue à aubes prototype d’Arman fut installée au fond de la mine. Pour accélérer les communications et les échanges, nous importâmes les tout derniers systèmes de traitement de l’information de l’État indépendant de Kanillan.
« C’est du fluide de mana ! On en a trouvé ici aussi ! »
Dans une autre zone voisine, de nouveaux filons ne cessaient d’apparaître, tandis que Dieter ouvrait de nouvelles voies de vente de pierres de mana auprès des Tours de magie et des entreprises d’ingénierie du mana de tout l’Empire.
La société se stabilisa en un instant.
Malgré tout, les pierres de mana étaient une affaire d’intérêts établis.
Il ne s’agissait pas seulement de posséder des pierres de mana, mais aussi d’avoir le droit de les vendre.
Les Tours de magie et les mages en achetaient à tout moment, mais les prix étaient fixés à la suite d’une stricte entente.
Bientôt, ces soi-disant maisons minières allaient commencer à jouer des coudes.
À nous de voir qui était le plus fort : eux ou la maison Ebenholtz.
« Messire chevalier ! »
Arman accourut hors de la mine, le visage rayonnant d’excitation.
« Regardez ça ! »
« Qu’est-ce que c’est ? »
Arman portait un masque. Il n’existait pas de masques de sécurité pour enfants, alors, comme il vivait pratiquement dans la mine, Lorenzo lui en avait fait fabriquer un sur mesure.
« J’ai trouvé quelque chose ! »
« Dis-moi. Qu’as-tu trouvé ? »
« Si on continue à extraire les pierres de mana comme on le fait, on les abîme beaucoup trop ! Vous le savez, non ?! »
« Les abîmer ? »
« Oui ! Les circuits à l’intérieur des pierres de mana se déchirent, voilà pourquoi ! »
Une pierre de mana se formait lorsque le mana s’infiltrait dans une roche naturelle ordinaire au fil du temps, créant une sorte de circuit de mana.
Ainsi, si on l’extrayait à coups de pioche, les circuits finissaient forcément par se déchirer.
« Comment éviter de les abîmer ? »
« Il faut changer la pioche elle-même ! »
« La pioche ? »
« Oui ! Regardez ! »
Même les pioches utilisées dans la mine étaient des inventions spéciales, qui se servaient du mana pour briser la roche.
« Pour l’instant, nos pioches se contentent de fracasser les pierres de mana à grands coups. »
« C’est vrai. »
Arman apporta la pioche qu’il avait inventée.
« Celle-ci ! Je l’ai appelée A-Kkaengi ! »
« … »
Elle ressemblait plus à une massue qu’à une pioche. Une pierre de mana assez grosse, traitée spécialement et d’une grande pureté, y était enchâssée sous une forme émoussée.
« Si on frappe le filon avec, ça fait résonner les circuits de mana à l’intérieur de la pierre. Alors le filon ne se brise pas de force : il vibre et se détache tout seul. Regardez ! »
Pour faire une démonstration, Arman frappa un bloc de roche où était enfouie une pierre de mana.
Boum. Boum. Boum. Boum.
« … À vous de le faire ! »
Après avoir frappé un moment, il devait être fatigué, car il me la tendit brusquement.
Je l’abattis de toutes mes forces.
Toc !
Le mana entra bel et bien en résonance, et la roche se fendit. Comme Arman l’avait dit, on aurait cru que la pierre de mana s’était débarrassée d’elle-même de la roche qui y adhérait.
« Il faudra peut-être un peu plus de force qu’avec l’ancienne pioche, mais… »
« Et la pioche elle-même coûtera beaucoup plus cher. »
« … Oui. C’est vrai. »
Le visage d’Arman s’assombrit un peu.
« La pureté doit-elle absolument être aussi élevée ? »
« Oui… c’est comme ça qu’on obtient une forte résonance. »
Voilà le problème. Chaque massue nécessiterait une pierre de mana coûteuse et très pure. Chacune coûterait facilement cent mille dollars, et si l’une se brisait, ce serait la catastrophe.
Je regardai Arman en silence.
Ce gamin était un génie. Mieux encore, il aimait ça. Un chercheur né, passionné par l’invention elle-même. Lorenzo ne l’avait pas recueilli pour rien.
« L’idée est bonne, mais… »
Il n’était pas un Aran pur-sang, mais la falsification de son identité avançait déjà sans accroc.
Dans quelques années, sur le papier, Arman serait un Aran parfait.
« Attends, Arman. Tu dis que ça repose sur la résonance, c’est bien ça ? »
« Oui. »
« Alors, que penses-tu de ça ? »
« De quoi ? »
Je saisis le manche d’A-Kkaengi.
« Ajoute aussi de la pierre de mana dans le manche et grave-y des circuits. Même avec une pureté moindre, augmente la quantité totale et ajoute une formule qui amplifie la résonance. »
J’étais expert en mana. Du moins, le virus en moi l’était.
Alors, si je transmettais à Arman l’intuition du virus sous forme d’indices…
« Euh… Oh ! Waouh ! Je crois que ça pourrait marcher ! Il faut que je réfléchisse aux circuits à utiliser, mais je… je vais y penser davantage ! »
Il sourit de toutes ses dents et partit en courant.
Je me tournai vers Dieter, à côté de moi.
« Dieter. Lance le développement de la nouvelle A-Kkaeng… massue, comme Arman l’a proposé. Demande d’abord à monsieur Lorenzo de l’examiner. »
« Bien, monsieur. »
Arman était encore jeune. Pour concrétiser son génie de façon plus réaliste, il nous fallait l’aide de Lorenzo.
« Et nous devons construire un aéroport. »
« Je me coordonnerai avec la province d’Hermès et trouverai un emplacement. »
« Achète autant de terrain que possible. À partir de maintenant, l’approvisionnement militaire est crucial. Des avions, des chars aussi. Dépensons aussi vite que nous gagnons. »
« Bien, monsieur. »
L’Empire devait devenir plus fort. Bien plus fort qu’il ne l’était à présent.
Assez fort pour affronter en même temps deux fronts, à l’est et à l’ouest, et les écraser tous les deux.
* * *
Dans mon bureau, je réfléchissais à une nouvelle doctrine de mobilité pour les chevaliers.
J’allais rédiger moi-même une nouvelle doctrine, destinée à remplacer les anciens manuels.
Bien sûr, je n’étais encore qu’un chevalier pitoyable de l’an zéro, mais je n’avais pas le choix. Si je ne m’en chargeais pas, personne n’essaierait même de changer les choses.
« Déployer les chevaliers par voie terrestre est extrêmement inefficace. Des notions comme l’avance et la marche ne sont que des vestiges de l’époque où l’on montait à cheval. »
Heureusement, Pourquoi l’Empire est tombé expliquait dans le détail, et de façon douloureuse, les raisons de l’échec des chevaliers.
Les chevaliers étaient une longue tradition de l’Empire. Ils se tenaient donc toujours honorablement en première ligne. C’était terriblement inefficace.
« Mais dès lors qu’ils restent sur le champ de bataille, ils deviennent inévitablement des cibles directes pour toutes sortes d’armes létales, des missiles guidés aux bombardements, en passant par les tireurs d’élite. Les chevaliers devraient donc se tenir en retrait du front, puis, lors de l’engagement, être largués directement du ciel pour frapper les cibles essentielles… »
C’était bien plus efficace.
Un chevalier était à lui seul une arme humaine. Largué au milieu des lignes ennemies, il broierait les défenses. Envoyé à l’arrière, il déchaînerait seul une puissance destructrice équivalente à celle d’une unité entière.
L’Empire n’avait pas su employer correctement son arme la plus puissante.
Tout en rédigeant le manuel, je réfléchis.
Je devais proposer une formation aéroportée à la section d’élite de l’Empire, et l’Ordre des Sentinelles devait lui aussi commencer immédiatement à s’entraîner au largage aérien.
Le coût… je pouvais le payer.
J’avais de l’argent, à présent. Si nous échouions malgré tout, tout cela ne deviendrait que du papier sans valeur. Rien ne justifiait donc d’être avare.
Je continuai à gratter le papier de ma plume jusqu’au matin,
et mon officier d’opérations m’apporta l’hebdomadaire encore plus tôt que la veille, en me montrant un paragraphe assez intéressant.
« Hum. »
C’était un petit article de société, enfoui dans un coin de la deuxième page.
La Faction révolutionnaire nous manipule-t-elle depuis l’au-delà ?
: Journaliste Alphonse von Stauffen
La peine de mort a été prononcée dans l’affaire de l’usine à papier. Daniel Matteo, qui a avoué appartenir à la Faction révolutionnaire, et deux immigrées (Fatima Muller et Maria Schulz) seront tous exécutés.
À première vue, le verdict peut sembler naturel : il punit des traîtres qui ont menacé la sécurité de l’Empire.
Mais nous devons nous interroger. Ce verdict est-il vraiment juste ? Sinon, sommes-nous simplement manipulés par le fantôme de la Faction révolutionnaire ?
Parmi ceux qui ont comparu au banc des accusés figuraient une mère immigrée et sa fille, qui ne parlaient même pas correctement la langue de l’Empire. Quand leur condamnation à mort a été prononcée, elles ont seulement fixé la salle d’audience de leurs yeux vides, comme si elles ne comprenaient pas ce que cela signifiait.
(passage omis)
Aucune preuve de l’adhésion des immigrées à la révolution n’a été présentée. N’en a-t-on jamais trouvé, ou bien en a-t-on trouvé sans la révéler ? Nous l’ignorons. Mais cette mère immigrée et sa fille, utilisées par des membres de la Faction révolutionnaire, sont aujourd’hui menacées de la peine capitale plutôt que d’expulsion…
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Je souris.
Alphonse von Stauffen.
Un journaliste qui pourrait devenir une lumière dans ce monde sombre.
Il m’avait mordu un peu.
Non, c’était le journal qui l’avait laissé me mordre.
Je m’y étais attendu, dans une certaine mesure. C’était une entreprise qui vendait des plumes et des phrases, mais Sebestian, si hautain, et la maison Ebenholtz avaient méprisé la presse pendant des générations.
Il était probablement temps de nouer des relations avec la presse.
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