Chapitre 42
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Traducteur : Bébé qui tousse
Éditeur : Bébé qui tousse
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◈ L’Impérialiste réticent
Chapitre 42
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Esquisser l’avenir à la plume
Ces derniers temps, je réfléchissais à l’avenir.
L’avenir ne serait pas le même qu’avant ma régression.
Non. Il ne devait pas l’être.
Je devais le changer. Dans ces ruines apocalyptiques, je représentais la seule variable.
Pourtant, l’Histoire était une tempête immense. La faire dévier à moi seul ne serait pas chose facile. Elle ne changerait pas non plus du jour au lendemain.
Je devais donc amorcer dès maintenant un courant de changement.
Pour l’instant, ni l’Empire ni l’armée ne réfléchissaient vraiment à la guerre. Plus exactement, peu de généraux nourrissaient des doutes concrets.
La position de l’Empire sur la guerre avait toujours été la même.
« Si nous gardons parfaitement le contrôle à l’intérieur, nous pouvons contraindre l’extérieur à se soumettre. »
L’Empire était-il donc tombé parce qu’il n’avait pas su maîtriser ses propres affaires intérieures ?
Pas du tout.
Les causes étaient bien plus complexes. À elle seule, l’Alliance orientale du continent n’était jamais un ennemi à prendre à la légère.
…… À vrai dire, je n’en connaissais pas non plus tous les détails.
Le fait d’avoir régressé ne rendait pas miraculeusement plus intelligent.
Bien sûr, je ferais ma part et continuerais à travailler, mais, dans le futur, un érudit bien plus brillant que moi avait écrit un texte sur le sujet.
Quelques années après la chute de l’Empire, un historien renommé avait publié une étude intitulée « Pourquoi l’Empire est tombé ».
Le livre avait connu un succès retentissant et s’était répandu dans les librairies et les magazines. Même moi, qui vivais en fugitif, j’avais pu m’en procurer un exemplaire et le lire sans difficulté.
« Souviens-toi. »
Je posai une main sur ma clavicule. Je demandai au virus de m’aider à me souvenir.
Ce texte que j’avais lu autrefois……
── « Pourquoi l’Empire est tombé » ──
…… Cette étude ne considère pas la chute de l’Empire comme le résultat d’un événement isolé, mais comme un effondrement inévitable provoqué par l’accumulation de contradictions structurelles jusqu’à leur point de rupture, et cherche à en analyser les causes fondamentales.
1. L’incompétence de l’Empereur, l’expansion de la Garde impériale et l’éclatement de l’armée
Le dernier Empereur de l’Empire avait imprudemment renforcé la Garde impériale pour accroître son propre pouvoir. Au-dessus des lois, celle-ci avait commis des actes de corruption et des atrocités dans tout l’Empire, provoquant de graves conflits avec l’armée traditionnelle et fracturant l’Empire de l’intérieur……
2. L’illusion du sang pur, le mythe Aran et l’échec du recrutement des talents
À la fin de l’Empire, le « sang-purisme » qui régnait sur la société était devenu un nœud coulant autour du cou de l’Empire lui-même. Se réclamant de la sacrée lignée « Aran », l’Empire avait rejeté et opprimé d’innombrables talents issus d’autres races.
Il avait ainsi rongé son propre potentiel……
3. Stagnation technologique et rigidité économique
L’Empire avait autrefois été à la pointe de l’ingénierie du mana, mais, à la fin de son existence, il était tombé dans une grave stagnation technologique. Les grands nobles qui détenaient le monopole de technologies essentielles, comme l’exploitation des mines de pierres de mana, avaient étouffé les nouvelles innovations en les qualifiant d’« actes blasphématoires contre l’ordre naturel », afin de protéger leurs intérêts acquis.
Ils s’étaient emparés des actifs d’entreprises prometteuses et avaient enterré leurs technologies……
4. Les chevaliers et l’échec de la puissance asymétrique
Les chevaliers étaient l’épée de l’Empire. Des armes humaines que seul l’Empire pouvait produire, au prix de ressources presque illimitées. À l’inverse, l’Alliance orientale et les États de l’Ouest avaient développé des armes de destruction massive et de précision plus avancées, comme les chars et les missiles guidés. Les chevaliers pouvaient presque sans peine venir à bout d’unités armées de fusils, mais face aux bombardements de chars et aux missiles guidés antipersonnel……
────
Les chevaliers n’étaient pas invincibles. Les mages non plus. Depuis l’invention des armes rudimentaires appelées armes à mana, les champs de bataille évoluaient peu à peu.
Un chevalier puissant pouvait abattre seul des centaines de soldats. Mais, à la guerre, aucun soldat ne combattait seul.
Le mana permettait de dévier facilement la force des balles. Mais il fallait esquiver les obus et les missiles. Bien plus gros que les balles, ils contenaient aussi une quantité non négligeable de pierre de mana.
Lors de la guerre contre l’Est, les armes qui avaient tué le plus de chevaliers étaient les chars, les missiles guidés antipersonnel et les attaques-suicides.
Malgré cela, l’Empire avait continué à se concentrer uniquement sur la formation de combattants « d’élite ». Sebestian n’avait pas fait exception. Mon père était noble jusqu’au bout des ongles, trop âgé pour suivre les progrès de son époque, et croyait aveuglément à cette doctrine de fer.
…… Cela dit, c’était aussi un monstre qui avait détruit des centaines de chars à lui seul.
Voilà pourquoi l’Empire n’était pas tombé uniquement à cause d’une rébellion.
Au fond, il avait succombé à sa propre corruption, à la Faction révolutionnaire de l’intérieur et à l’alliance de l’Est et de l’Ouest à l’extérieur.
« C’est ainsi que l’Empire a fini par perdre. »
J’étais assis dans mon bureau, à marmonner tout seul, quand soudain
une étrange question me vint à l’esprit.
Comment le Nouveau Cabinet avait-il pris le pouvoir sur les ruines de l’Empire ?
Les États et les territoires autonomes qui avaient été soumis de force à l’Empire avaient proclamé leur indépendance dès son effondrement. Pourtant, le cœur de l’Empire était aussitôt passé sous le contrôle du Nouveau Cabinet auquel appartenait Edmund.
Le transfert de pouvoir s’était déroulé avec une paix et un ordre étrangement exemplaires.
Mais réfléchissons-y.
Si j’avais été le Chancelier suprême de l’Alliance orientale, aurais-je vraiment laissé un cabinet tout neuf prendre la place d’un Empire qui avait sacrifié des dizaines de millions de vies ?
À tout le moins, j’aurais annexé des territoires au nom des réparations ou, pire encore, j’aurais tenté de réduire ce cabinet en pièces.
Voilà comment fonctionnent les rapports de force entre États.
Et pourtant, ils s’étaient retirés avec une paix excessive.
Pourquoi ?
Pourquoi, au juste ?
Comment Edmund était-il devenu Premier ministre du Nouveau Cabinet, et comment avait-il réussi à ne débusquer que les criminels de guerre de l’Empire pour les écraser ?
« Et si…… »
C’était peut-être une supposition téméraire de ma part.
Mais, pour avoir vu de mes propres yeux ce futur dévasté, je ne pouvais pas écarter cette possibilité.
« …… si le chef de l’Est… »
Je songeai au Chancelier suprême de l’Alliance orientale.
Varmil Lextun.
« S’il était Izenheim. »
Un fait sautait aux yeux :
les Izenheim ne se trouvaient pas uniquement dans l’Empire.
« La guerre est inévitable. »
Telle fut la conclusion qui s’imposa à moi.
* * *
Screeeeee-
Le matin, un char arriva dans un grondement de moteur. Dieter en avait acheté un en une seule journée et l’avait fait livrer chez moi.
« …… Qu’est-ce que c’est ? »
Freya, venue pour ma leçon, fixait avec perplexité le monstre d’acier au milieu de la cour.
« Un char. Le dernier modèle des industries Berton, à Zestpol. »
Le territoire autonome de Zestpol. Un endroit particulièrement pénible, mais aussi le seul de l’Empire capable de produire des chars.
Je passai la main sur le blindage et expliquai :
« Ce canon tire des obus magiques de 120 mm, chargés de mana hautement concentré et de fragments perforants. Un seul tir peut faire voler en éclats la plupart des murs de forteresse. »
« Vous avez vraiment trop d’argent. Pourquoi avoir acheté cette chose ? »
« Les chevaliers impériaux devraient au moins une fois ressentir ce poids, non ? Avant cela, je veux le tester sur moi-même et réfléchir à la façon de le combattre. Aidez-moi, Maître. »
« …… Allez-y d’abord. »
Je me postai à environ deux cents mètres du canon du char.
« Feu. »
J’eus beau attendre, aucun obus ne sortit.
« …… Bâille. »
Freya bâilla.
« Feu ! »
La trappe du char s’ouvrit et le conducteur me demanda, les larmes aux yeux :
« Je dois vraiment tirer…… ? »
« Si vous ne le faites pas, ça va poser problème. »
Il remonta à l’intérieur.
« Feu ! »
Kwaaaaaa-
Le canon cracha une lueur.
Tic.
Même au ralenti, l’obus fonça sur moi comme un trait de lumière. Je brandis mon épée longue.
Fshhh !
Je tranchai sa trajectoire. Coupé net en deux, l’obus alla s’enfouir dans un coin de la cour.
« Oh, pas mal. Qu’en pensez-vous ? »
« …… Ma mobilité est extrêmement élevée, alors esquiver devrait rester faisable. »
En poussant le mana à ses limites, un chevalier pouvait se déplacer assez vite. Mais il ne pouvait maintenir cette vitesse longtemps. Tous les chevaliers n’avaient pas une astuce comme la mienne et, même moi, je ne pouvais l’utiliser que quelques fois par jour.
« En cas d’impact direct, ce serait une blessure grave ou la mort. Mais les dégâts des éclats d’explosion devraient pouvoir être entièrement bloqués par la Garde d’aura d’un chevalier. »
Si l’obus frappait directement un chevalier, la pierre de mana comprimée à l’intérieur briserait sa Garde d’aura et lui infligerait une blessure mortelle.
Mais s’il touchait d’abord le sol et explosait, le souffle et les éclats restaient supportables.
« La zone d’impact effective est donc réduite. À lui seul, un char a peu de chances de toucher directement un chevalier. Mais les combats s’éternisent. Et des missiles guidés spécialement conçus pour viser les chevaliers finiront aussi par arriver. »
Les chevaliers n’étaient pas des machines. Plus ils s’épuisaient, plus ils ralentissaient, et plus les chances d’un impact direct augmentaient.
Malgré tout, si quelqu’un inventait un moyen d’annuler complètement ne serait-ce que deux ou trois impacts directs d’obus ou de missiles, les chevaliers pourraient redevenir des éléments imprévisibles sur le champ de bataille.
« Je pense qu’on pourrait résoudre le problème en maîtrisant plus efficacement la Garde d’aura. »
« Comment la maîtriser ? »
« La Garde d’aura épouse généralement la peau comme une armure. Il faudrait la déployer vers l’extérieur, lui donner une forme ondulatoire et envelopper le corps d’une sphère. »
« Vous demandez aux chevaliers de lancer des sorts ? La Garde d’aura est produite par les circuits de mana. Elle ne peut être maintenue une fois détachée du corps. »
Freya avait raison. Mais je n’étais pas de cet avis.
Plus exactement, le virus en moi avait une réponse à lui opposer.
« Ça pourrait marcher. Si on utilisait une pierre de mana de grande pureté comme support. »
Freya me regarda sans un mot. Après m’avoir scruté un moment, elle posa une étrange question.
« Laissez-moi vous demander une chose. Pourquoi ? »
« Pour les chevaliers, contre les chars… »
« Je vous demande pourquoi. Au fond, à quoi rime tout ça ? »
Je regardai Freya.
Elle me demandait quel était le principe qui me guidait.
Mais une seule réponse était vraie pour toutes mes actions, pour toute ma volonté.
« Uniquement pour l’Empire. »
* * *
Déployer la Garde d’aura sous forme sphérique était bel et bien possible.
Mais c’était une question d’instinct, pas de logique. Une connaissance instinctive que me transmettait directement le virus en moi.
Pourtant, Freya avait raison. Le mana était produit et maîtrisé par les circuits à l’intérieur du corps. C’était pour cela que l’aura protectrice ne pouvait jamais quitter la peau.
S’il existait un support extérieur, tout changeait.
Je plaçai dans ma paume une pierre de mana d’une pureté exceptionnelle, de la taille d’un doigt et valant trois cent mille dollars.
Si j’y insufflais mon mana selon un [format] précis, le flux entrerait en résonance avec la pierre et formerait une Garde d’aura sphérique autour de celle-ci.
Pour moi, le processus était aussi instinctif que la respiration. Plus la pierre était pure, plus la Garde d’aura qu’elle produisait était pure et puissante.
Le problème, c’était d’expliquer aux autres ce principe qui permettait de projeter la Garde d’aura à travers une pierre de mana.
Il me fallait une « formule » de mana capable de produire une Garde d’aura sphérique.
Pour comprendre l’intuition que me soufflait le virus, puis la transmettre aux autres chevaliers, je devais recourir au langage utilisé dans ce monde pour expliquer le mana.
Je pris les ouvrages spécialisés que j’avais achetés à Lorenzo. Heureusement, je n’étais pas un novice complet. À la section d’élite de l’Empire, j’avais presque été forcé de suivre des cours particuliers.
« Le mana s’exprime au moyen d’accords raffinés appelés formules…… »
Un chevalier calculait la quantité de mana nécessaire à l’effet recherché, le flux de mana et la nature du mana lui-même. Puis le concept prenait forme en formule magique dans ses circuits de mana, décuplant ses capacités physiques ou manifestant l’aura d’épée et l’énergie de l’épée.
Tout ce processus commençait par une plume.
« …… D’abord. »
Je pris ma plume.
Je devais au moins en rédiger une ébauche.
Même si elle était incomplète, ce n’était pas grave. Il fallait au moins que je couche d’abord cette idée sur le papier.
──[ Introduction ]──
Le mana est une force puissante accordée à l’humanité, mais aussi un outil difficile à manier……
Depuis des générations, les chevaliers impériaux utilisent la Garde d’aura qui enveloppe leur corps, au terme de longues années d’entraînement et d’étude. C’est ce qui a fait d’eux les maîtres du champ de bataille. Mais, sur les champs de bataille que nous devrons inévitablement affronter à l’avenir, nous ferons face à une puissance de feu écrasante que la Garde d’aura actuelle ne pourra pas entièrement arrêter.
(passage omis)
L’auteur propose donc une nouvelle méthode de manipulation du mana, qui utilise la pierre de mana comme support extérieur afin de déployer la Garde d’aura existante sous la forme d’une « barrière défensive sphérique ».
L’objectif est ainsi d’optimiser les chances de survie des chevaliers et de préserver la supériorité militaire de l’Empire dans un environnement de combat en pleine évolution……
Si je rédigeais un premier jet, monsieur Lorenzo le peaufinerait de toute façon comme il faut.
…… Pour être honnête, je ne pouvais nier que j’y pensais aussi.
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