Chapitre 40
WeTried Translations
Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ The Reluctant Imperialist
Chapitre 40
──────
La logique du plus fort (3)
« Akarius » était un corps de mercenaires basé dans l’État indépendant de Kanillan, une nation insulaire de l’ouest du continent où l’ingénierie du mana était particulièrement avancée.
« Un million de dollars impériaux… »
Son commandant, Ren, était un Aran de sang pur originaire de l’Empire, et la plupart de leurs principaux bailleurs de fonds étaient eux aussi impériaux. C’était précisément pour cette raison qu’ils s’étaient établis sur une nation insulaire indépendante de l’Empire.
« …Un million de dollars, juste pour retrouver un vieil homme. »
Ren était devenu commandant de mercenaires à seulement vingt-trois ans. Il s’était fait un nom dans le métier à la force du poignet.
« En plus, il a deux noms. »
Ren lut à voix basse les noms inscrits sur le formulaire de demande : [Giorgio Kirico, Lorenzo Carione].
« Devrions-nous accepter ? demanda son secrétaire.
— Attends. »
Avant d’accepter un contrat, « Akarius » procédait toujours à une vérification approfondie. Les nobles impériaux traitaient les mercenaires comme de vulgaires outils jetables, mais pour Ren, chaque membre était un précieux atout qui avait coûté des millions à former.
« Beaucoup de membres veulent s’en charger. Quelques-uns sont déjà entrés dans l’Empire et ont commencé à fureter.
— J’ai entendu. Tais-toi. »
Ren se gratta les cheveux roux et prit le formulaire de demande.
« Qu’un vieil homme s’enfuie seul, c’est bizarre. Que ce pingre mette un million sur la table, c’est bizarre aussi. Ça sent mauvais. Qu’est-ce qu’on a d’autre ?
— Nous avons déjà repéré l’endroit. Au sud, dans la province d’Hermès.
— Hermès, c’est un coin perdu du sud. D’autres nouvelles de là-bas ?
— Euh… une seconde. »
Le secrétaire Jecon consulta l’ordinateur. Grâce à ses sciences magiques et à son ingénierie du mana avancées, l’État indépendant de Kanillan suivait tous les faits et gestes de l’Empire ; les nouvelles impériales circulaient donc toujours sur son réseau.
« Ah, voilà. Un filon de pierres de mana a été découvert dans les monts Rommilton, dans la province d’Hermès.
— Un filon de pierres de mana a été découvert ?
— Oui. On dit qu’il est immense.
— Bande de veinards. Qui a décroché le gros lot ?
— Hum… ce n’est pas précisé. Ah, au fait, les membres déjà entrés dans l’Empire ont récupéré le registre de la boutique de mana de notre cible.
— Montre-moi. »
Jecon imprima les photos du registre et les lui tendit. Ren parcourut les transactions et les ventes.
Quiconque avait pu venir en aide à un vieil homme aux deux noms devait d’abord être un mécène. Ren se concentra donc sur les gros paiements récents…
Un nom attira l’attention du commandant Ren.
« Maximilian. »
Ren ne savait pas exactement lequel. L’Empire comptait quantité de gens portant le même nom, et Maximilian était assez courant. Cela dit, rares étaient ceux qui pouvaient débourser une telle somme d’un seul coup.
« …Ebenholtz. »
Ce n’était peut-être pas lui. Mais s’il s’agissait d’un Ebenholtz, se mêler de l’affaire revenait à signer son arrêt de mort.
Bien sûr, son esprit de contradiction pervers lui donnait envie de semer la pagaille, surtout si l’adversaire était Sebestian.
Mais pas encore.
« On laisse tomber pour l’instant. Dis à ceux qui sont déjà là de rentrer, à moins qu’ils ne veuillent se faire trouer le bide. »
* * *
La logique du plus fort était celle du pouvoir.
Les forts opprimaient les faibles. Ils le pouvaient, parce qu’ils étaient forts.
Mais cette logique ne pouvait s’appliquer uniquement quand cela nous arrangeait. Si l’on était assez fort pour dévorer les faibles, il fallait accepter qu’un être plus fort vous écrase de la même manière, à n’importe quel moment.
Si on ne pouvait pas l’accepter, ce n’était pas de la logique, mais du sophisme.
Et pourtant, la plupart des puissants ne supportaient pas de devenir eux-mêmes la cible. Ils criaient à l’injustice et se sentaient lésés.
C’était risible.
Un jeune chevalier d’Ebenholtz ordonna officiellement la révision du procès de Giorgio Kirico. Les faits, enfouis depuis plus de dix ans dans des archives poussiéreuses, refirent surface, et la Cour centrale impériale fixa une date d’audience à une vitesse inhabituelle.
Dès que la nouvelle se répandit, la Listman Company commença à s’effondrer.
« …Je ne crois pas que nous puissions poursuivre notre collaboration, président.
Le président de Terra Metals, principal fournisseur de Listman en pièces essentielles, annonça la fin de leurs relations commerciales. Son ton habituellement mielleux avait disparu, remplacé par une froideur toute officielle.
— Président Gunter.
— J’en suis désolé, mais nous n’avons pas le choix non plus. Ah, et concernant la lettre de change que vous nous avez remise la dernière fois, nous vous saurions gré de nous régler au comptant dès que possible.
— Vous aviez dit six mois. Vous vous moquez de moi, maintenant ?
— Vous vous moquer ? L’échéance initiale était le mois prochain. »
Gunter eut un rire sec, comme s’il trouvait la situation pitoyable. Les vaisseaux sanguins de Valerius éclatèrent dans ses yeux.
« Président, les rumeurs qui courent à votre sujet sont de plus en plus sordides. On raconte que vous avez passé une étrange commande à des mercenaires et que ça vous a explosé à la figure… »
Son partenaire de longue date le méprisait. Un vulgaire parvenu qui avait gagné un peu d’argent osait me regarder de haut…
« Si possible, vous devriez renoncer à votre avidité. »
Le président Gunter se leva en ricanant.
« Je vais donc prendre congé. N’oubliez pas la lettre de change. »
Resté seul, Valerius serra son verre de toutes ses forces.
…
Le juge qui avait donné raison à Valerius dans l’affaire Giorgio, plus de dix ans auparavant, ainsi que plusieurs policiers et procureurs chargés de l’enquête, présentèrent leur démission. Comme s’ils s’étaient concertés, ils invoquèrent tous des raisons personnelles.
Les fonctionnaires qui avaient autrefois favorisé la maison Listman leur tournèrent le dos en un instant, et Valerius reçut une convocation du tribunal. Il s’agissait d’une citation officielle l’enjoignant à comparaître comme témoin lors du nouveau procès.
Dans le même temps, ses appuis lui furent retirés les uns après les autres. La prolongation des prêts lui fut refusée. Les accords furent annulés. Les maisons alliées coupèrent les ponts. Même le restaurant, le club privé et le terrain de golf qu’il fréquentait refusèrent ses réservations.
La rumeur se répandit que le ministère impérial des Finances avait lancé un contrôle spécial ciblé contre la Listman Company.
Désormais, plus personne n’osait même s’associer à lui.
Valerius Listman se retrouva isolé en un instant.
Tout cela à cause d’un seul document envoyé par un chevalier d’Ebenholtz.
Valerius finit par tout lâcher. Il se rendit finalement en personne auprès de messire Maximilian, ne serait-ce que pour comprendre pourquoi tout cela lui arrivait et ce que le chevalier attendait de lui.
« Messire Maximilian ! »
Valerius entra en trombe dans son bureau.
Sous la lumière du soleil qui se déversait par la fenêtre, Maximilian se servait calmement du thé.
« M-messire, vous ne pouvez pas faire ça. Entrer de force dans le bureau d’un chevalier est un crime… »
L’officier administratif se précipita pour arrêter Valerius, mais Maximilian lui fit un léger signe pour lui montrer que tout allait bien. L’officier recula.
Maximilian prit la parole.
« Asseyez-vous, je vous prie. »
Sa voix était parfaitement égale, sans la moindre inflexion. Valerius hésita, s’assit, rajusta ses vêtements et s’efforça de reprendre son souffle.
« Désirez-vous une tasse de thé ? »
Comme si j’avais envie de thé.
Valerius demanda à Maximilian : « Pourquoi ? Pourquoi me faites-vous ça ? »
« … »
Maximilian but en silence. Même ce petit geste témoignait d’une élégance naturelle.
Valerius l’observa un instant, puis reprit :
« Giorgio Kirico est uniquement responsable de mes propres malheurs. Alors pourquoi prenez-vous le parti de ce vieil homme, messire chevalier…
— Hum. La raison, c’est… »
Maximilian l’interrompit.
« Parce que j’en ai envie. »
Une raison qui n’en était pas une.
Cette seule phrase cloua le bec à Valerius.
« Est-ce un problème ?
— … »
Valerius eut l’impression qu’une épée venait de lui transpercer le sommet du crâne. Son cerveau résonna.
Une maison capable de faire pression sur les Listman et de les écraser simplement parce qu’elle ne l’aimait pas. Un homme capable de rester aussi calme, dominant la scène depuis les hauteurs, loin de ceux qu’on étranglait à petit feu.
« Bien sûr, ce nouveau procès deviendra l’un de mes accomplissements. En termes de points, un point, peut-être deux. »
Valerius sentit se dresser devant lui un mur immense.
Un mur indistinct, qu’il ne pouvait toucher, ni atteindre, ni même regarder correctement tant il était haut.
« Cela reste bien peu comparé à la théorie que vous avez volée à Giorgio Kirico. »
Tac. Maximilian posa sa tasse de thé.
« Monsieur Valerius, je déteste les menteurs. »
Valerius tressaillit.
« Alors laissez-moi vous poser la question. N’avez-vous vraiment pas volé la théorie de Giorgio Kirico ? »
« … »
Valerius ne parvint pas à ouvrir la bouche.
Maximilian attendit longuement.
« C-cela… »
Une foule de mots se pressaient dans sa bouche, formant une masse informe. La peur de l’avenir, la honte de lui-même, la colère contre les autres, les regrets comme des flocons de neige. Aucun ne parvenait à devenir une phrase complète.
En le regardant, Maximilian tordit le coin de sa bouche.
« J’espère que vous serez capable de parler au tribunal. »
À cet instant, un officier d’état-major s’approcha et aida Valerius à se relever.
« Veuillez le raccompagner avec courtoisie.
— Oui, messire. »
Soutenu par l’officier, Valerius quitta le bureau.
— Boum.
Les yeux fixés sur la porte qui se refermait, il eut l’impression que le sol s’effondrait sous ses pieds.
Une pensée lui traversa l’esprit.
Son ancien maître avait-il ressenti la même chose ?
* * *
Le nouveau procès s’ouvrit. Avocats, procureurs, juges, Lorenzo et de nombreux autres témoins étaient présents.
J’y assistai en civil. J’avais même mis un chapeau et un masque pour ne pas être reconnu.
Je comptais observer le déroulement du procès depuis un coin de la galerie.
« La Cour centrale impériale ouvre à présent l’audience de révision de l’affaire nº III R 1317/4103, concernant l’accusé Giorgio Kirico. »
Le juge ouvrit l’audience.
L’avocat de Lorenzo commença par soutenir que l’accusé était innocent dans l’ancienne affaire de [tentative de vol de thèse et mauvais traitements envers un disciple], puis demanda à faire entendre de nouveaux témoins. Le juge accepta.
« …Il y a plus de dix ans, j’ai fait un faux témoignage dans cette salle d’audience. »
De nombreux visages familiers montèrent à la barre. C’étaient des collègues qui avaient autrefois témoigné contre Lorenzo.
Prêts à être poursuivis pour faux témoignage, ils déclarèrent que la théorie de Valerius était en réalité l’œuvre originale de Giorgio Kirico. Ils avouèrent également que Giorgio n’avait pas maltraité son disciple, mais qu’il avait au contraire agi avec bonté en lui versant une partie de son propre salaire pour financer ses études.
« Votre Honneur, nous déposons les rapports d’évaluation par les pairs à titre de preuve matérielle. »
La preuve décisive était le rapport d’évaluation par les pairs. À la Tour de magie, avant de rendre publique une nouvelle théorie, les chercheurs avaient coutume d’en débattre avec leurs pairs. Giorgio aimait échanger des idées avec ses collègues ; avant même que Valerius n’entre à la Tour, il avait donc déjà envoyé une ébauche de sa théorie et demandé leur avis.
L’un des témoins s’avança à la barre avec le document original qu’il avait conservé toutes ces années.
Depuis la galerie, je les observais. Un visage familier se trouvait aussi au premier rang.
« …Pourquoi est-elle là ? »
Ezel. Avec ses lunettes rondes, elle semblait prendre des notes détaillées sur le procès dans son carnet.
« Je suis désolé ! Je suis vraiment désolé, Giorgio ! »
Ce témoin était Jerome. Il s’écria en s’inclinant à plusieurs reprises devant Lorenzo, assis à la place de l’accusé.
« À l’époque, j’étais aveuglé… rongé par la jalousie… et terrifié… »
Ses excuses ne s’adressaient pas seulement à Lorenzo. C’était aussi une tentative désespérée de sauver sa propre peau.
Lorenzo observait d’un visage fermé l’état pitoyable de son ancien collègue.
« Après la suspension de séance, nous passerons à la deuxième audience. »
Le tribunal fit une courte pause.
Je sortis et gagnai l’arrière du palais de justice.
Tac. Tac. Lorenzo me rejoignit, appuyé sur sa canne.
« Valerius Listman ne tardera pas à arriver. »
Lorenzo eut un sourire amer à mes mots. Valerius assisterait au procès en tant que témoin.
Il viendrait dire ce qu’il avait à dire.
« Messire chevalier, le nouvel atelier que vous m’avez construit est bien mieux que le laboratoire que j’utilisais autrefois à la Tour de magie. Combien d’argent y avez-vous investi ? »
« Pas tant que ça. Le temps a passé, tout simplement. De toute façon, le matériel d’il y a quinze ans est bon à jeter, aujourd’hui. »
J’étais satisfait. En vérité, j’avais dépensé une fortune. J’avais fait fabriquer chaque pièce d’équipement avec les meilleurs matériaux disponibles.
Lorenzo et Arman valaient bien cet investissement.
« Merci, messire Maximilian. »
Sa gratitude était sincère.
« À ce stade, je crois avoir été suffisamment dédommagé. »
Je regardai Lorenzo.
La chute de la maison Listman était déjà inévitable. Les bobines de mana étaient devenues une technologie ordinaire, et ces ridicules redevances de brevet ne dureraient plus bien longtemps.
En plus, Valerius devrait verser à Lorenzo des dommages et intérêts astronomiques. Même en vendant sa maison, il ne pourrait pas tout rembourser.
« Je comprends vos intentions, messire chevalier. Les forts se soumettent aux plus forts, et le pouvoir est brisé par un pouvoir supérieur… »
Lorenzo sourit doucement. Sous le soleil, les rides autour de ses yeux s’approfondissaient, pareilles à des feuilles.
« Mais je ne suis qu’un vieux chercheur qui élève un disciple, et Valerius a lui aussi été mon disciple. »
Il avait l’air d’un gentil grand-père.
Du genre qui, si l’on croisait son chemin dans le quartier, offrirait un biscuit et un verre de lait à des enfants affamés, ou à un fugueur comme je l’avais été avant de régresser…
« Alors, je ne demande rien de plus. »
Je souris légèrement et hochai la tête.
« Oui. »
Si l’on voulait briser la chaîne de la haine, il fallait, une fois devenu le plus fort, la trancher de ses propres mains.
La plupart des gens, éblouis par le fruit qu’est la vengeance, ne parvenaient pas à trouver ce courage,
mais les gens de bien cherchaient toujours une meilleure voie.
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>