Chapitre 39
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 39
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La logique du plus fort (2)
« Ça s’est bien passé, hein ? Vous avez même échangé vos numéros. »
Sur le chemin du retour, les lumières du marché nocturne scintillaient le long de la rue.
Je haussai les épaules aux paroles d’Ezel.
« Qu’est-ce qui s’est bien passé ? Ce n’est que le début. »
« Allons. Cette histoire de Dévoreur de têtes, c’est du pipeau aussi, pas vrai ? »
« C’est vrai. On m’a réellement confié l’affaire. »
Ezel trottina devant moi et rabattit la capuche de sa robe. Elle s’éclipsa quelque part, puis réapparut avec une brochette de fruits enrobés de sucre à la main.
« Et tu t’intéresses toujours davantage aux affaires secondaires qu’à l’enquête ? »
« Eh bien… oui. »
Croc. Ezel mordit dans le fruit. La coque de sucre se brisa. Elle mâcha comme un écureuil, puis se couvrit la bouche et pouffa.
« …Alors, je dois continuer à faire semblant de ne rien comprendre ? »
Je tressaillis.
« De quoi tu parles ? »
« Hé. Tu crois que je ne te connais pas ? »
« J’ai demandé de quoi tu parlais. »
Croc. Croc. Crac. Le sucre éclata dans sa bouche. Elle agita la brochette vide et dit :
« Max. Quand quelqu’un te plaît, ou que tu es heureux ou excité, tes mains ne tremblent pas. Au contraire, tu as l’air plus calme. Mais tu n’entends plus ce que les autres disent. Comme si tes oreilles se bouchaient pendant que tu essaies de te calmer. »
« … »
Je m’arrêtai net. Ezel, qui avait pris une longueur d’avance, se retourna vers moi.
J’en restai franchement sans voix.
« Alors, tu le savais depuis le début ? »
« Quoi donc ? »
« Que tu me plaisais. »
« Il aurait fallu être idiot pour ne pas le voir. Enfin, ce n’est pas le sujet. Plus important… »
Ezel me demanda :
« Pourquoi est-ce que tu te rapproches de Pexy ? »
Son regard s’aiguisa soudain.
Je réfléchis à ma réponse, mais j’eus l’impression de pouvoir lui dire ce que je pensais vraiment.
« Elle me paraît suspecte. »
« …Comme étant le Dévoreur de têtes ? »
« Oui. »
Ezel garda le silence un instant. Les bras croisés, elle se plongea dans ses pensées.
Elle ne tirait jamais de conclusions hâtives. C’était dans sa nature. Elle ne disait jamais « impossible », ni « c’est certain ».
« Tu as une raison ? Franchement, je ne vois pas. »
« Une intuition. »
« …Pardon ? »
Elle plissa les yeux. Je laissai échapper un petit rire.
« Pexy von Arzen est arrivée dans la capitale il y a trois ans. C’est justement à ce moment-là que les meurtres ont commencé. »
« C’est tout ? Ça peut n’être qu’une coïncidence. »
« La méthode employée pour tuer était trop singulière. »
Ezel acquiesça en silence.
« Donc, la tête a été tranchée d’une manière si anormale qu’un mage est probablement en cause. Et comme les mages sont peu nombreux, il aurait dû être relativement facile de réduire le nombre de suspects ? »
« Oui. »
« Ça pourrait quand même être un épéiste, un mercenaire ou un vagabond qui aurait appris à manier le mana seul. Surtout les épéistes : s’ils utilisent une aura d’épée ou je ne sais quoi, ce genre de coupure… »
« Je suis chevalier. Les résidus d’énergie d’épée se distinguent facilement de la magie et du mana. Et ce n’était pas un vagabond non plus. Les sections des cadavres ont changé entre le premier meurtre et les plus récents. »
« Les sections ? »
« Au début, c’était grossier, comme si une bête avait arraché la tête. Récemment, la coupe était nette, comme faite au rasoir. »
« Donc le meurtrier s’est amélioré au fil de ses crimes. »
« Oui. Les vagabonds qui apprennent à manier le mana dans la ville souterraine ont du mal à progresser. Les caractéristiques de leur mana se figent avec le temps… Et si c’était un vagabond de ce genre, il serait bien plus facile à identifier. Impossible qu’il soit resté caché pendant trois ans. »
« C’est vrai. »
Nous continuâmes d’avancer dans la rue et je repris :
« Et il n’y a aucun noble de l’Est qui porte le nom d’Arzen. »
« Hein ? Tu en es sûr ? »
« Il y en avait, mais ils sont tous morts. Bien sûr, officiellement, Pexy von Arzen est considérée comme la dernière descendante de la maison Arzen, et les dates de naissance et de décès de ses parents concordent parfaitement. »
« Mais ? »
« Tout ça peut encore être falsifié. Au bout du compte, toute sa famille, qui aurait pu confirmer son identité, est morte. »
Ezel se frotta le menton et marmonna :
« …Franchement, j’ai du mal à y croire. »
« Évidemment. Elle doit être complètement différente de la Pexy que tu connais. »
« Non… »
Ezel fronça les sourcils.
« Qui a dit que c’était ça que je n’arrivais pas à croire ? Pas que Mage Pexy soit coupable. Les preuves. »
« …Les preuves ? »
« Neuf personnes ont été tuées et pas la moindre preuve n’a été découverte ? C’est insensé. Il devait y avoir quelque chose. Un indice, même infime. C’est juste que les enquêteurs ou les chevaliers ordinaires ne l’ont pas repéré. »
Puis, sans prévenir, elle me tendit la paume.
« Passe-moi le dossier. »
« Tu as dit que tu étais occupée par ta thèse. »
« Les amis peuvent bien s’entraider un peu. »
Des amis.
À l’instant où elle prononça ces mots, je me mis soudain à douter d’elle. Si nous nous rapprochions au point de partager des informations sur l’enquête, chercherait-elle à s’en servir au profit de la Faction révolutionnaire ?
« Si Mage Pexy est vraiment une meurtrière… »
Il existait en ce monde des gens qui résistaient à la pression impériale et s’en trouvaient renforcés dans leurs convictions. Des gens qui défendaient une cause plus grande qu’eux.
Comme Yulian, Edmund et Ezel.
Sans les Izenheim, ils seraient entrés dans l’histoire comme des pionniers et des héros.
« Alors, elle n’a rien à faire à la Tour de magie. »
J’acquiesçai.
« Je te l’enverrai. Passe à mon bureau de chevalier plus tard. »
« D’accord. J’enverrai mon secrétaire… »
« Viens en personne. »
« … »
Ezel me regarda en silence. Un vent qui s’était levé de nulle part fit tomber sa capuche. Ses cheveux noirs aux reflets bleutés ondulèrent.
Dans cette scène digne d’un tableau, elle me montra son majeur.
Je souris.
« Je vais te le casser, ce doigt. »
« …Non, je suis vraiment débordée par ma thèse. Pourquoi est-ce que je viendrais en personne ? Tu m’aimes encore ? »
« Bon, va-t’en, alors. »
Nous étions déjà devant la Tour de magie Sentio.
Je demandai à Ezel, qui s’apprêtait à partir avec un grand sourire :
« Mais ça ira ? »
« Quoi donc ? »
« Je suis presque certain que c’est elle. Tu risques d’en être contrariée. »
Ezel me fixa de ses yeux limpides, puis inclina lentement la tête.
« Si Mage Pexy est une meurtrière, pourquoi serais-je contrariée ? »
« …Vous n’étiez pas proches ? »
« Allons. On ne se connaissait que depuis six mois. Comment aurions-nous pu être proches ? On faisait juste… »
Ezel esquissa un sourire amer.
« …semblant de l’être. »
C’était vrai, elle non plus n’avait rien d’ordinaire. Une personne ordinaire ne serait pas née dans une grande maison comme la maison Runselot pour ensuite rêver de révolution.
« C’est vrai. On vit tous en faisant semblant. J’y vais. »
Je lui fis signe et m’éloignai.
« Max. »
Ezel m’arrêta.
« Mais toi, c’est différent. Toi et moi, on est vraiment proches. »
Elle dit cela avec un grand sourire. Je lui rendis volontiers le sien.
Puis je lui montrai mon majeur.
Le visage d’Ezel se décomposa aussitôt.
« …Je vais te le casser, ce doigt. »
Je m’éloignai vite, l’air de croire qu’elle risquait de lancer un sort à tout instant. Même en pressant le pas, je ne parvenais pas à cesser de sourire.
J’avais appris une chose de plus grâce à Ezel, aujourd’hui.
Il ne faut jamais juger les gens trop vite. Même si c’est Ezel, il faut toujours douter. Ne jamais baisser sa garde.
Parce que nous suivons des chemins différents.
Ding…
À cet instant, je reçus un message de Schatz. C’était un texte chiffré.
[Sauvetage de Lorenzo réussi. Fuite vers le sud.]
* * *
« Comment osent-ils ! Quels putains de salauds ! »
Valerius Listman reçut un message urgent alors qu’il était en déplacement professionnel. Lorenzo s’était échappé.
« Nous sommes à sa poursuite avec tous les moyens disponibles, mais tous les mercenaires engagés… »
Les mercenaires étaient tous à terre, hors de combat. Le travail avait été exécuté proprement.
« Ce ver de terre ose s’en prendre à Listman ? »
Il se leva d’un bond, la rage bouillonnant dans tout son corps.
« Faites prévenir Akarius. »
Akarius. Un corps de mercenaires qui opérait sur tout le continent, au-delà des frontières de l’Empire.
« O-oui. Et pour les détails de la mission… »
« Un million s’ils le ramènent vivant. »
Il ignorait d’où ce vieux débris tenait son assurance, mais c’était une décision stupide.
Voilà ce qui arrivait quand on couvait les gens. Ils vous prenaient pour un arbre et essayaient de grimper dessus. Il aurait dû l’écraser dès le départ. Il aurait dû le garder enfermé et le forcer à poursuivre ses recherches.
« Dites-leur qu’ils n’ont pas besoin de lui laisser tous ses membres. »
« Oui. Compris. »
Peut-être était-il devenu trop indulgent avec l’âge. Il n’avait aucune raison de lui témoigner autant de clémence.
Valerius mordit dans son cigare et tenta d’apaiser la chaleur qui montait en lui.
« … »
Il remarqua alors soudain une photo froissée dans son tiroir. Elle datait de ses années de chercheur et le montrait avec son directeur de thèse, Giorgio Kirico.
« …Non. »
Valerius la fixa, puis modifia ses instructions.
« Dites-leur de lui laisser les deux bras et une jambe. Si son corps est trop abîmé, il risque de perdre la tête. »
* * *
Avant de relancer l’enquête sur l’affaire « Giorgio Kirico », je convoquai d’abord les témoins de l’époque.
Le premier était Jerome, un mage qui avait autrefois travaillé avec Lorenzo.
« Enchanté, monsieur Jerome. »
« Oui. Bonjour. »
Il menait une vie aisée dans un très bel hôtel particulier du quatrième arrondissement de la capitale. Il avait quitté la Tour de magie, mais, à la tête d’une entreprise florissante dans le domaine de la magie, il semblait avoir acquis la richesse et la gloire qu’il désirait.
« Que me vaut votre visite, messire chevalier… ? »
« Rien de particulier. »
Rien de particulier.
Pas encore.
« Vous souvenez-vous du nom de “Giorgio Kirico”, il y a quinze ans ? »
« … »
Le visage de Jerome se figea aussitôt. Je lui tendis un document présentant le profil de Giorgio Kirico.
« Il devait être votre collègue à la Tour de magie. »
« Oui. Bien sûr que je m’en souviens. Mais il… »
Jerome esquissa un sourire amer.
« Il a été honteusement expulsé après avoir tenté de voler la théorie d’un chercheur en magie qui travaillait sous ses ordres. Je ne sais pas vraiment où il se trouve ni ce qu’il fait aujourd’hui. Nous n’avons plus eu le moindre contact depuis. »
On aurait dit qu’il croyait que je cherchais à mettre Lorenzo en cause.
« Non. Je ne m’intéresse pas à ce qu’est devenu monsieur Giorgio Kirico. Je compte rouvrir toute cette affaire. »
« …Rouvrir l’affaire ? »
« Oui. À y regarder de plus près, les témoignages recueillis à l’époque et les archives internes de la Tour de magie ne concordent pas. »
Jerome cligna des yeux. Il semblait très décontenancé.
« Des archives indiquent que monsieur Giorgio avait étudié et expérimenté la théorie de “l’induction par champ magnétique du mana”, directement liée aux bobines de mana, bien avant que Valerius Listman ne la présente. »
« Ah, eh bien, ces archives peuvent être falsifiées à tout moment, n’est-ce pas ? »
Il me mentait sans vergogne en pleine face, mais je m’y attendais.
Je déposai un dossier sur la table. Boum. Puis je poussai les épais documents vers lui.
« Qu’est-ce que c’est ? »
« Monsieur Jerome, vous avez récemment blanchi un peu d’argent. »
« …Quoi ? »
Son visage s’assombrit et se figea comme de la pierre. Dieter, mon administrateur, était un expert en traçage de fonds. Peut-être que, lorsqu’il examinait des documents, les flux financiers se dessinaient et s’organisaient d’eux-mêmes dans son esprit.
« On dirait que vous avez amélioré votre train de vie en vendant votre ancien collègue. »
« Le-vendre ? Je n’ai fait que témoigner de la vérité… »
« Vous deviez aussi être jaloux. Un simple roturier qui vous avait toujours surpassé. »
Je m’adossai à mon siège et désignai les papiers.
« Lisez. »
« … »
Jerome ne bougea pas. Il restait assis, immobile comme un bonhomme de neige.
Je fronçai les sourcils.
« J’ai dit : lisez. »
Ce n’est qu’alors qu’il tendit la main pour prendre les documents.
L’Empire cherchait désespérément à s’assurer des recettes fiscales, et le blanchiment d’argent comptait parmi les crimes les plus graves en ces temps troublés.
« Vous avez monté des sociétés écrans, fait croire que vous achetiez des œuvres d’art à l’étranger, puis détourné les fonds. Une méthode classique. Mais si l’une des nombreuses sociétés impliquées dans ce blanchiment avait le moindre lien avec un “groupe subversif”… »
Le blanchiment d’argent était une opération complexe. Même celui qui en donnait l’ordre ne pouvait savoir exactement par quelles entreprises l’argent transitait. Il fallait creuser pour le découvrir.
C’est pourquoi la Garde impériale avait une méthode qu’elle affectionnait particulièrement.
« Par exemple, si vos fonds ont transité par une entreprise qui soutient secrètement la Faction révolutionnaire. »
Jerome blêmit.
Il avait dû se réjouir en vendant son collègue. Il avait dû être heureux d’empocher l’argent. Il avait probablement même ressenti du soulagement, persuadé qu’un simple roturier avait été trop prétentieux trop longtemps.
« Je le jure au nom de la maison Ebenholtz. »
Je lui dis :
« Vous ne serez pas envoyé en prison. Vous disparaîtrez discrètement de ce monde. »
L’heure était venue de payer sa dette.
……
Boum-boum-boum.
Dans le sud de la province d’Hermès, à l’intérieur d’une usine où des machines raffinaient la pierre de mana dans un grondement régulier et puissant,
Dieter guida Lorenzo et Arman à travers les installations et demanda :
« Voyez-vous un moyen d’améliorer encore le rendement de ce procédé de raffinage ? »
Lorenzo examina en détail la structure des machines, tandis qu’Arman courait partout, débordant d’enthousiasme.
« La méthode actuelle vise uniquement à accroître la pureté du mana. Si nous appliquons la “théorie du catalyseur de conversion de phase”, nous pouvons réduire les pertes de mana de plus de trente pour cent et doubler la vitesse de production. Bien sûr, il faudra encore approfondir les recherches. »
« Oui. Je transmettrai vos propos tels quels au patron. »
Ding-ding…
À cet instant, Maximilian appela.
« Oui. Oui, compris. »
Après avoir échangé quelques mots, Dieter tendit le terminal à Lorenzo. Celui-ci s’éclaircit la gorge, l’air tendu.
« Oui. Lorenzo à l’appareil. »
« Comment est l’usine ? Voyez-vous un potentiel d’expansion ? »
« Je pense qu’il faut que je l’examine plus attentivement, mais… »
« Faites tout ce que vous voulez. Il n’y a aucune limite. Des millions, des dizaines de millions, des centaines de millions : dépensez autant que vous voulez. »
Entendre Ebenholtz parler avec désinvolture de centaines de millions laissa Lorenzo abasourdi un instant.
« Ouah ! Wouaaah ! »
Le cri d’Arman tira Lorenzo de sa torpeur. Il ne comprenait pas pourquoi ce petit bonhomme aimait tant les machines.
« Ah, oui, il y a aussi une chose dont vous m’aviez parlé, messire chevalier. L’invention d’Arman, la roue à aubes à pierre de mana. On dirait qu’on pourrait l’utiliser dans les mines d’ici, dans une certaine mesure… Est-ce qu’elle risque d’enfreindre la loi ? »
Un rire léger résonna au bout du fil.
« Non. Elle n’enfreindra pas la loi. Faites autant de recherches et d’installations que vous le souhaitez. Je ferai aussi construire un atelier pour vous deux très bientôt. »
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