Chapitre 4
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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◈ L’impérialiste malgré lui
Chapitre 4
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Méthode
Un chevalier adulte, sur le point d’intégrer l’Ordre des Sentinelles, avait tué un cadet.
L’agresseur était le fils aîné de la maison Ebenholtz. La victime, un cadet sans le moindre appui.
L’affaire aurait dû être facile à étouffer, mais quelques médias qui se proclamaient la conscience de l’Empire s’en étaient emparés.
« Ça n’a aucun sens ! Si on s’appelle Ebenholtz, on peut donc tuer des gens comme ça ? »
Ils campaient devant l’entrée principale du commissariat impérial de Saheran. Le chef fit un geste de la main et ordonna à ses hommes de les retenir.
« Je vous ai dit qu’il y avait une raison. Rentrez chez vous, maintenant… »
« Quelle raison ?! Quelle raison pourrait justifier qu’on tue un cadet de quinze ans ?! »
« Vous en avez, des choses à dire… »
Tss. Le chef claqua la langue tandis qu’un subordonné s’approchait pour lui murmurer quelques mots.
Les yeux du chef s’écarquillèrent.
« … Sérieusement ? »
« Oui. On dirait qu’ils sont plutôt sûrs d’eux… »
« Très bien. »
Le chef regarda les journalistes et claqua de nouveau la langue.
« Une autopsie publique est prévue. Vous n’aurez qu’à venir y assister. »
Seule une autopsie permettait de déterminer la race. Comme l’avait affirmé le fils aîné, si le cadet mort s’avérait appartenir à une race minoritaire et non aux Impériaux, cela suffisait à justifier une condamnation sommaire.
Ici, « suffisait » signifiait « selon la loi impériale ».
« Une autopsie publique ? »
« Ils vont l’effectuer en public ? »
Les journalistes échangèrent des regards perplexes.
L’autopsie en elle-même allait de soi. Même pour les Ebenholtz, il était impossible de s’en dispenser. Mais une autopsie publique était difficile à truquer ; s’il y avait quelque chose à cacher, la vérité finirait par éclater.
« C’est à vingt heures, ce soir, à la morgue d’Eton. Alors, dépêchez-vous. »
Le chef retourna dans le commissariat. Les journalistes échangèrent quelques mots à voix basse, puis se précipitèrent vers leurs voitures. « À Eton ! » et d’autres cris du même genre fusèrent de toutes parts.
* * *
Vingt heures.
« … L’autopsie est terminée. »
Le médecin légiste déposa le cœur du défunt sur un plateau. Une foule observait la scène derrière la paroi vitrée.
« Résultat de l’analyse. »
L’autopsie publique se déroulait en toute transparence. De nombreux journalistes étaient venus, et même les ennemis de la maison Ebenholtz s’étaient déplacés. Si le mort s’était révélé être un citoyen impérial innocent, Maximilian aurait été inculpé.
« Le défunt, Jacob Mack, n’était pas un Impérial. »
Un tumulte éclata.
L’analyse magique du cœur révélait clairement les différences raciales. Les cœurs de cinq races, en particulier, se distinguaient nettement : les Dromon, descendants des nains, les Elina, descendants des elfes, les Yaken, descendants des hommes-bêtes, ainsi que les Izenheim et les Edellem.
L’Empire ne les classait pas comme des races, mais comme des espèces Aïn.
« Jacob Mack était probablement un Izenheim ou un Elina. »
Seuls les Impériaux pouvaient intégrer la section d’élite de l’Empire. Falsifier son identité constituait un crime capital au regard de la loi impériale.
Maximilian Ebenholtz avait donc pris la bonne décision.
Certains journalistes partirent précipitamment. D’autres restèrent figés sur place, comme s’ils n’arrivaient pas à assimiler la nouvelle. Les gens de la maison Ebenholtz semblaient soulagés.
« … Rien n’a été trafiqué ? »
À l’inverse, les ennemis politiques des Ebenholtz avaient l’air déçus.
« Non. L’un des médecins légistes était de notre côté. »
« Tss. »
Maximilian, le fils aîné de la maison Ebenholtz, avait tué un Izenheim qui s’était fait passer pour un Impérial. De plus, le défunt était un cadet brillant de l’académie, promis à une quasi-certitude d’être fait chevalier.
C’était un mérite militaire indéniable. Il avait démasqué un espion qui avait failli pénétrer au cœur de l’Empire.
« Pour un type qui avait atteint le rang de cadet, il ne se méfiait vraiment de rien. »
Ken, le second fils de Bertem, accusa le mort sans même s’en rendre compte.
Son homme de confiance renchérit comme un flagorneur.
« Vous croyez qu’il ne s’attendait pas à ce que Maximilian le démasque ? »
« Ha. Peut-être. »
Maximilian avait la réputation d’être un demi-idiot dans la haute société. Il avait l’air plus impérial que quiconque, ce qui lui valait l’envie de nombreux nobles, mais c’était tout ce qu’il avait pour lui.
« Il a trébuché et attrapé un rat au passage. »
« Exactement. »
« Rentrons. »
« Oui. »
Les journalistes qui n’avaient pas encore renoncé à leur conscience interpellèrent le médecin légiste :
« … Il n’était vraiment pas impérial ? »
« Si vous avez tant de doutes, vérifiez vous-mêmes. »
Le médecin légiste désigna le cœur posé sur le plateau.
Le mana demeurait assez longtemps dans un cadavre, et la quantité restante permettait d’estimer l’heure de la mort. Impossible de remplacer un cœur.
« Argh… »
Le journaliste Alphonse contempla le visage du garçon, étendu sur la table de métal. Il n’était pas impérial, mais restait un gamin dont les rondeurs de l’enfance n’avaient même pas totalement disparu.
Ce visage paisible avait quelque chose de chaleureux, ce qui rendait la scène d’autant plus triste.
Quelque chose clochait.
Crac.
Alphonse serra les dents.
* * *
Je restai assis, les yeux fermés.
Ce n’était pas une prison.
À vrai dire, ceux qui étaient derrière les barreaux, c’étaient les cadets.
« … Waouh. Vous avez vraiment bien caché ça dans ce roman. Impressionnant, vraiment. »
C’étaient des détectives qui me complimentaient. Un homme moustachu me tendit une page du livre.
« Dommage qu’il n’y ait pas l’emplacement d’une cachette. J’imagine que c’était leur règle. »
« Laissez partir ces gamins, je vous prie. Ce sont des cadets tout ce qu’il y a de plus ordinaires. »
Je désignai les barreaux du menton. Les trois cadets qui se trouvaient à l’intérieur ressemblaient toujours à des squelettes.
On aurait dit qu’ils n’arrivaient toujours pas à croire que leur ami de longue date était mort, et ils avaient encore peur.
« Non, il faut quand même enquêter, au cas où. Leur façon de penser pourrait être déformée. »
« … Qu’est-ce qui leur arrivera si vous enquêtez ? »
« Ah. Parlez librement, messire chevalier. Je suis le sergent Georges. »
Je changeai aussitôt de ton.
« Qu’est-ce qui leur arrivera ? »
« Eh bien… Puisque l’un de leurs camarades était Aïn, leur avenir sera forcément compromis. C’est normal. »
« … »
C’était injuste.
L’oppression des races minoritaires par l’Empire était clairement injuste.
À une exception près.
Les Izenheim.
Ce n’était pas une race, mais une espèce, et même pas des Aïn. C’était un peuple extraterrestre.
Donc, s’ils n’étaient pas Izenheim, tout allait bien. Et ces cadets n’étaient pas Izenheim.
La chose dans mon corps ne réagissait pas ; j’en étais donc sûr.
« … Laissez-les partir. »
« Allons, quand même… »
« J’ai dit que ça suffisait. Je ne me répéterai pas. »
« Euh… oui. Hé, ouvrez ! »
Clang. La grille s’ouvrit. Les trois cadets sortirent.
« Bande de petits imbéciles. Choisissez mieux vos amis. »
À mesure qu’ils passaient, le sergent Georges leur donnait à chacun une tape sur la tête avec un dossier.
« Avancez. Inclinez-vous devant lord Ebenholtz avant de partir. »
« … »
« … »
« … »
Les cadets me jetèrent un coup d’œil, puis s’inclinèrent en silence.
Je leur posai la question au passage.
« Vous étiez proches ? »
C’était la seule façon dont je pouvais le demander. Je ne savais pas comment exprimer autrement ce que j’avais en tête.
« … Non. »
L’un d’eux répondit. C’était une fille. Elle s’appelait Hanna, peut-être ?
C’était une bonne réponse.
Je fis signe au détective.
« Écrivez-le dans le procès-verbal. Ils n’étaient pas proches. »
« … Ah, oui. »
Joshua ajouta une phrase au procès-verbal, puis je me retournai. Le résultat de l’autopsie était tombé ; je comptais rentrer.
Mais Hanna m’attrapa par la manche.
« Vous êtes fou ! »
Le visage du sergent se déforma comme celui d’un démon, et les autres cadets l’injurièrent, lui demandant si elle avait perdu la tête.
« … »
J’empêchai le sergent de frapper Hanna. À la place, je plongeai mon regard dans le sien. Dans ces yeux où brûlait un sens aigu de la justice. Je la regardai et songeai au monde dévasté. Je me souvins d’Edmund, qui s’éteignait comme une bougie. Je revis ce grotesque dévoreur dimensionnel qui s’était jeté sur moi.
Je crachai le noyau formé par ces souvenirs du futur et du présent.
* * *
La demeure principale des Ebenholtz.
« Voici le rapport d’autopsie. »
Sebestian n’avait jamais rien attendu des petites choses. À vrai dire, il n’avait pas non plus attendu grand-chose des grandes.
Cela faisait longtemps qu’il n’attendait plus rien du tout.
Cette fois, toutefois, la nouvelle était étonnamment importante.
Le premier rapport avait déjà eu de quoi surprendre.
Max n’était pas du genre à tuer facilement. À vrai dire, il était plutôt du genre à en être incapable. Il avait le cœur tendre, et n’avait toujours pas oublié le chien qu’il avait élevé à l’âge de huit ans.
Pourtant, ce garçon avait tué un cadet de quinze ans à peine. Il lui avait tranché la tête d’un seul coup.
C’était déjà assez choquant en soi, mais en plus, le cadet appartenait à une race minoritaire.
Un Aïn insolent qui avait osé s’infiltrer dans la section d’élite de l’Empire.
« Quelle absurdité. »
Pour l’instant, mieux valait croire à une coïncidence. Espérer ne faisait qu’attirer la déception, et Max avait toujours été un enfant qui ne faisait que décevoir.
« Quand a lieu la cérémonie d’entrée dans l’Ordre des Sentinelles ? »
« Peu importe. »
La cérémonie d’entrée dans l’Ordre des Sentinelles était un événement majeur, même à l’échelle de l’Empire. Les plus grands talents de l’Empire s’y retrouvaient.
Mais Maximilian était loin d’être parmi les meilleurs. Même s’il y allait, il ne serait qu’un faire-valoir pour ces nobles détestables, qui se moqueraient de lui.
Bien sûr, personne n’avait usé de favoritisme pour faire admettre Maximilian, mais les responsables du personnel n’auraient pas pu ignorer le nom Ebenholtz.
« J’ai déjà quelque chose de prévu ce jour-là. »
Pour Sebestian, qui avait toujours suivi la voie du succès, son fils était désormais devenu une tache dans son parcours.
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