Chapitre 35
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 35
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La voie que je dois suivre
L’armée impériale s’engouffra par la brèche dans le mur du château. Je menai l’assaut et lui ouvris la voie ; les troupes privées des Kailus s’effondrèrent rapidement. Des cris, des coups de feu et des sorts explosifs retentissaient de toutes parts.
J’enfonçai mon épée dans les soldats privés qui gardaient l’entrée du donjon. Leurs corps se fendirent en même temps que les portes.
Krrrsh… !
Je franchis l’ouverture et m’élançai à l’intérieur. Je ne m’arrêtai pas un instant. J’avançai comme un char d’assaut et atteignis le centre. L’armée impériale se déployait dans le donjon, mais je descendis seul.
Sous ce château devait se trouver un passage secret dans les douves, qui menait jusqu’à la côte.
Les archives d’avant ma régression étaient formelles.
Je dévalai les escaliers et atteignis le niveau souterrain le plus profond.
« …… »
Mais dans ce sous-sol obscur, il n’y avait pas de douves, pas même la moindre trace d’humidité. La majeure partie de l’endroit n’était qu’un espace vide servant d’entrepôt.
Pourtant, le passage devait bien se trouver quelque part ici.
Je concentrai mon mana dans mes nerfs optiques. Mes rétines virèrent au bleu.
Mon regard s’arrêta alors sur un candélabre mural. Il y en avait beaucoup, mais seul celui-ci était légèrement de travers, et du mana circulait autour de la cire de la bougie.
Je m’en saisis fermement.
Crac !
Des étincelles jaillirent. Ma paume me brûla atrocement. Ils avaient mis en place une protection magique particulièrement puissante.
Peu importait. Je n’avais qu’à la trancher.
Je brandis mon épée.
Frrt… !
Une partie du mur s’ouvrit, révélant un passage caché. Un escalier plongeait encore plus profondément sous terre.
Je m’y engouffrai. Au bout d’un moment, un air humide m’enveloppa. Je sentis l’odeur de l’eau. Puis un espace dégagé apparut.
Une voie d’eau artificielle, où était amarrée une petite embarcation, et des gens debout à côté.
« …… »
Je découvris quatre membres de la lignée directe de la maison Kailus. Ils se tournèrent vers moi.
Je soutins leur regard en silence, puis prononçai quelques mots :
« Par ordre de Sa Majesté l’Empereur. »
Personne ne répondit. Dans le silence, l’eau du canal résonnait.
Soudain, toute la scène me parut amère. Et étrange, en même temps.
L’Opération Décapitation avait déjà commencé. Dans ce cas, le littoral aurait dû être bouclé en premier.
Alors pourquoi choisir la voie d’évasion la plus évidente ?
Étaient-ils idiots ?
Était-ce vraiment leur dernier recours ?
Ou bien…
── Frring.
Le vieux chevalier de la garde de la maison Kailus tira son épée. Il était fort, mais son corps était déjà couvert de blessures. Le sang coulait des plaies par balle à son épaule et à sa jambe.
Un chevalier capable de déployer une aura protectrice résistait assez bien aux tirs, à condition d’avoir suffisamment de mana.
Autrement dit, il n’avait plus de mana. Pourtant, il se tenait toujours devant les autres pour me barrer la route.
« …… Nous n’avons jamais comploté contre l’Empire. »
Yusef, chef de la maison Kailus, le dit d’une voix basse. Une tristesse se devinait dans son ton calme.
Je le regardai. Yusef, le chef actuel des Kailus, son épouse, leur fils aîné et leur fille aînée. Quatre personnes en tout.
« Oui. »
Pourtant, rien ne pouvait aller à l’encontre du cours de l’histoire. Même si je les laissais partir, ils seraient bientôt rattrapés et mourraient tous, de toute façon.
« Je le sais. »
À ma réponse, ils expirèrent profondément.
« Quel est votre nom ? »
demanda Yusef.
« Maximilian Albrecht von Ebenholtz. »
Leurs traits s’apaisèrent aussitôt. Je restai courtois. Je ne brandis pas mon épée à tort et à travers, et ne leur parlai pas avec agressivité.
C’étaient des nobles dignes de respect.
« Ebenholtz… »
Yusef esquissa un sourire.
Qu’éprouvait-on en acceptant la mort ? À mes yeux, ils ressemblaient à des gens qui croyaient en l’au-delà. Je ne savais pas pourquoi, mais ils semblaient attendre une sorte d’après.
Une pensée me traversa. Je me rappelai les paroles du duc Sebestian, autrefois.
« On n’y pouvait rien. Le benjamin, là-bas, avait l’air plutôt prometteur. »
Le benjamin des Kailus.
Je comptai les membres de la famille.
« …… Quatre. »
La lignée directe des Kailus comptait cinq personnes en tout.
Les archives d’avant ma régression étaient formelles. La lignée directe de la maison Kailus avait été anéantie.
Mais ils n’étaient pas tous morts au même endroit.
La conclusion était donc simple.
Ces quatre personnes qui se tenaient devant moi avaient choisi de servir d’appât.
Elles avaient attiré l’attention de l’armée impériale sur elles, sacrifiant leur vie pour protéger le dernier espoir de leur maison. Elles croyaient que si ce garçon survivait, leur lignée pourrait perdurer.
Trop de gens avaient connu ce sort dans cet Empire.
Tous étaient morts en défendant leurs convictions, et les valeurs qu’ils avaient tenté de protéger avaient été volées par des hommes mauvais.
« Il en manque un. »
À mes mots, le visage de Yusef se ferma.
Boum, boum, boum, boum, boum.
J’entendis au loin des soldats impériaux courir à l’étage. Ils avaient dû trouver le passage secret que j’avais ouvert.
« Jeune chevalier de la maison Ebenholtz, héritière du plus grand legs classique de l’Empire, la maison qui se tenait aux côtés de l’Empire dès sa fondation. »
Yusef parla d’une voix douce et grave.
« Puis-je vous demander une faveur, en échange de nos vies à tous ? »
Je crus comprendre ce qu’il voulait. Inutile de le dire à voix haute.
Je me contentai d’esquisser un sourire et d’acquiescer. Ils comprirent.
Le visage de Yusef s’éclaira un instant, tout comme celui des membres de sa famille. Le vieux chevalier abaissa son épée.
Face à ceux qui étaient prêts à accepter la mort, je rassemblai mon mana et levai mon épée longue.
Je ne voulais pas tuer ces gens.
Parce qu’ils étaient des nobles justes.
Mais tel était le monde où nous vivions.
Nous n’avions pas assez de temps.
Dans le courant violent de l’histoire, moi aussi, je nageais désespérément, tout comme eux.
« Je vous prie de me pardonner. »
Ce furent mes derniers mots.
Si possible, sans douleur. Pour qu’aucun d’eux n’ait à voir mourir les autres.
À cet instant, mon épée s’abattit. Un éclair argenté fendit l’obscurité.
Le silence régna.
Un silence absolu.
Je les tranchai net, et ils tombèrent comme des brins d’herbe.
« Par ici ! On dirait qu’il y a un passage secr… »
Un officier impérial et des soldats surgirent derrière moi. J’essuyai le sang de mon épée et me tournai vers eux.
« La situation est déjà réglée. Ramassez les corps. »
« Ah, oui ! Fidélité ! »
Je passai devant les soldats au garde-à-vous.
Une maison honorable avait été détruite par la cupidité d’hommes mauvais. Cela me laissa un goût amer.
Mais surtout, j’avais encore du travail.
* * *
Après l’Opération Décapitation, une beuverie éclata dans le donjon des Kailus.
Ils célébraient le succès de la mission. Des taches de sang et des bouteilles de vin roulaient sur les tapis coûteux, tandis que leurs rires grossiers éclaboussaient les portraits accrochés aux murs.
« Hahahahaha ! »
Le visage déjà rouge, ils engloutissaient à même la bouteille le vin d’exception que Yusef avait amassé. Certains glissaient discrètement des objets de valeur dans leurs poches.
Je descendis lentement. Absorbés par l’alcool et le butin, les soldats ne me remarquèrent pas.
« …… »
Je m’immobilisai et promenai mon regard sur eux. J’observai des dizaines de soldats s’agiter dans le chaos.
Boum.
Le regard froid, je cherchai la cible que me désignait mon cœur battant.
Cette espèce se trouvait quelque part ici.
Boum.
Bientôt, mon regard se fixa sur un point. Je traversai la salle et me dirigeai droit vers lui.
── Boum.
Un soldat ivre tituba près de moi. Je heurtai volontairement son épaule.
Son verre de vin rouge s’envola dans les airs, puis retomba. Des gouttes éclaboussèrent mon uniforme de chevalier.
« Ah, merde, qui… »
Le soldat se retourna. Ses yeux s’écarquillèrent et il s’inclina aussitôt pour s’excuser.
« M-messire chevalier, je suis désolé ! »
« …… »
Sans un mot, j’essuyai les gouttes de vin sur ma poitrine.
Quelques soldats tout proches tournèrent la tête vers nous, mais la fête continuait et les cris restaient assourdissants.
« Je suis désolé ! J’ai fait une énorme, une énorme erreur ! »
Même ses excuses étaient pâteuses.
Je me posai la question.
Jouait-il la comédie ? L’alcool avait-il sur eux le même effet que sur nous ?
Je l’ignorais toujours. Parce qu’ils n’étaient pas humains.
« …… Non. »
Au lieu de me mettre en colère, j’esquissai un sourire.
« Ce n’est rien. »
Je n’avais aucune raison de me fâcher, de toute façon.
« Ah, pardon. Reposez-vous bien ! »
Le soldat impérial — non, l’Izenheim — se détourna avec un sourire servile.
À cet instant, je refermai la main sur mon épée.
──
Aucun bruit. La tête du soldat se détacha de son corps.
La tête de l’Izenheim s’envola dans les airs.
Boum.
Le sang jaillit du cadavre décapité. Il pleuvait sur les lieux et remplit les coupes des soldats.
Ce n’est qu’alors qu’ils comprirent ce qui venait de se passer et se relevèrent d’un bond.
« Euh, euh ! »
« Qu-quoi, messire chevalier ?! »
« Fidélité ! Fidélité ! »
« Fidélitééé ! »
Tous se mirent au garde-à-vous. Ils semblaient avoir dessaoulé d’un coup ; leurs visages étaient livides.
Je leur adressai la parole.
« …… Il manque toujours un membre de la lignée directe. Nous sommes donc toujours en état de guerre, n’est-ce pas ? »
Le champ de bataille a ceci de pratique : un chevalier, en tant que surveillant suprême, a le droit d’exécuter des soldats, et en temps de guerre, les prétextes pour tuer ceux dont on veut se débarrasser ne manquent pas.
« Qui vous a autorisés à rire et à festoyer ici, tout en convoitant les biens des nobles impériaux ? »
Le motif de l’exécution était clair : insubordination, pillage des biens d’un noble, dégradation de l’uniforme d’un chevalier.
Les rires cessèrent. Les cris qui me vrillaient les oreilles se turent. Le silence seul demeura.
Peu après, les soldats s’étaient rangés en file. Un homme claquait des dents de peur.
La discipline était rétablie.
« …… »
Sous leurs regards, je quittai le donjon.
Heureusement, parmi les soldats impériaux présents, celui que je venais de tuer était le seul Izenheim.
« Vous n’aviez pas besoin d’aller jusque-là. »
Quelqu’un s’approcha dans l’obscurité. Je tournai les yeux vers lui. Jecard Kailus, l’homme qui avait orchestré cette décapitation.
« C’est un honneur, messire chevalier. Je suis Jecard Kailus. Ah, et inutile de vous inquiéter : je ne tarderai pas à débarrasser mon nom de ce patronyme honteux. »
Il esquissa un sourire et rejeta ses longs cheveux en arrière.
« Vous auriez pu les laisser garder leur butin. J’étais prêt à le tolérer. »
Il agissait déjà comme s’il était le maître de la maison Kailus.
Je lui répondis :
« Je ne pouvais pas rester là à regarder de simples soldats convoiter les biens des nobles. »
« Comme on pouvait s’y attendre… Tout d’abord, permettez-moi de vous témoigner mon respect et ma gratitude, messire chevalier. »
Jecard inclina la tête.
« Dire que vous avez trouvé un passage secret dont j’ignorais jusqu’à l’existence ! Mais, comme vous le savez, il en reste un. »
Le visage de Jecard se durcit.
« Akard Kailus. Le benjamin, âgé de seize ans. Les membres de cette maison, si méprisables, le chérissaient tout particulièrement. »
Certaines personnes détestent voir une famille unie. Certaines veulent la déchirer.
Un véritable méchant, ou quelqu’un qui cachait quelque chose d’encore plus sombre en lui.
« Je savais que ce passage existait, mais pas où il se trouvait. Il était évident qu’il débouchait sur la côte. Malgré cela, ces traîtres ont tenu à l’emprunter, probablement pour gagner du temps et permettre à Akard de s’enfuir. »
C’était le genre d’homme qui lisait les autres avec une facilité déconcertante et sans raison valable. Un de ces flatteurs intrigants qui s’accrocheraient à l’Empereur.
Un homme que je voudrais sans aucun doute tuer un jour…
Non. Un homme que je devais tuer.
« Oui. Je comprends. »
Je n’avais vu Yusef Kailus pour la première fois qu’aujourd’hui. Avant ma régression, même son cadavre avait été horriblement mutilé.
Mais dans cette vie, nous avions conclu une promesse silencieuse. La famille Kailus lui avait fait confiance et avait mis sa vie en jeu. Ils avaient offert leur tête de leur plein gré.
Pour sauver leur dernier enfant.
Heureusement, je connaissais l’itinéraire d’évacuation d’Akard.
[…… Les quatre parents directs, parmi lesquels le meneur Yusef von Kailus, ont tenté de fuir vers le littoral par les douves souterraines du château principal, mais ont été tués en mer. Le dernier parent survivant, qui a tenté de s’échapper par un autre itinéraire, a été repéré près de la frontière occidentale, dans les monts Macken… retrouvé mort près de la crête.]
La frontière occidentale, les monts Macken.
« Je me charge du côté des monts Macken. »
Le visage de Jecard s’illumina.
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