Chapitre 34
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Traducteur : Bébé qui tousse
Éditeur : Bébé qui tousse
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 34
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Une routine tendue (2)
Je brandis mon épée.
… Non, « brandir » n’était pas le mot juste.
Je traçai un chemin dans le vide. Comme un peintre posant ses coups de pinceau sur une toile, je concentrai toute mon attention sur cette épée longue et dessinai une ligne.
Ffff…
Le bruit persistait. Je ne pouvais empêcher la lame de déchirer l’air dans un sifflement.
Pourtant, Freya m’avait dit de ne faire aucun bruit, et son épée, elle, avait vraiment été silencieuse.
Fffff…
Le vent effleura ma joue. Les feuilles mortes bruissèrent. La poussière et la terre se soulevèrent sous mes pieds.
Tout en maniant l’épée, je réfléchissais.
Je devais devenir comme le vent. L’épée devait couler comme une eau vive.
Je devais polir mon âme jusqu’à ce qu’elle devienne limpide.
Je déployai le Lien d’Ebenholtz.
Fiiiing… !
Je ne brisai pas le mouvement par la force brute. Je reliai l’épée à mon corps.
Tchac, fiii…
Comme la nature en mouvement, l’épée ne devait pas fendre le vent. Elle devait avancer en l’épousant. Une danse solitaire du sabre. Pas d’adversaire, pas de maître : seulement moi, en train de me perfectionner.
Puis, soudain, je pensai à moi-même. À chaque instant, je contemplais mon visage reflété sur la lame.
Avant de régresser, j’avais été impuissant.
À présent, j’étais inquiet.
Où pouvais-je vraiment aller ? Jusqu’où pouvais-je parvenir ?
Le cri de ruine d’un monde lointain et le murmure du monstre qui se tordait en moi : d’innombrables questions fleurissaient puis disparaissaient au fil des mouvements de mon épée.
« … »
J’interrompis un instant mon entraînement. Je levai mon épée vers la lune dans le ciel nocturne. La lame, toujours enveloppée de bandages, reflétait une lumière limpide.
Mon épée était encore différente de celle de Freya. La sienne avait brillé sans bruit, sans forme.
« … Freya. »
Freya, qui n’était pas une Ebenholtz, comprenait mieux l’épée d’Ebenholtz que les Ebenholtz eux-mêmes.
Qui était-elle, et pourquoi m’enseignait-elle…
« Je vois que tu t’entraînes dur. »
Une voix familière me parvint. Je me retournai vivement, et un sourire me vint naturellement aux lèvres.
« Edmund. »
Edmund Bwindol. Il avait grandi à mes côtés comme un frère, avant de finir par rejoindre la Faction révolutionnaire.
C’était peut-être lui qui m’avait renvoyé ici.
L’homme aux cheveux roux ôta son chapeau et sourit.
« Ça fait longtemps, Max. »
Edmund avait retrouvé un visage jeune, et je n’arrivais toujours pas à le détester. Je m’approchai et regardai ses cheveux, encore bien fournis pour l’instant.
« … Edmund. Prends soin de tes cheveux. »
« Mes cheveux ? »
Il pencha la tête.
« Oui. On ne sait jamais quand ils vont disparaître d’un coup. Commence à t’en occuper dès maintenant. »
Il esquissa un sourire en coin, manifestement persuadé que je plaisantais.
« À ce compte-là, j’en ai même trop. »
« Tu le regretteras plus tard. »
« Bien sûr. »
Il sortit alors un rouleau de parchemin. Le sceau impérial y était clairement imprimé.
« Lis ça. »
Je déroulai le parchemin. C’était un décret impérial annonçant que des signes de trahison avaient été découverts au sein d’une certaine maison, et ordonnant à un chevalier comme moi de se « tenir prêt ».
« Une opération d’exécution va être menée. Je t’ai recommandé parmi les chevaliers. »
Le lieutenant-colonel Edmund Bwindol, adjudant de Sebestian, commandant en chef de l’armée impériale, m’avait déjà recommandé pour cette mission avant ma régression.
Car cette mission constituait en soi un exploit considérable.
« Merci. »
« Pour quoi ? »
Edmund eut un bref rire, puis reprit aussitôt son sérieux.
« Mais… ces derniers temps, les débats sur les races se font de plus en plus virulents au palais impérial. Sa Majesté les mène en personne. »
L’empereur. Le souverain de cette immense nation. Même à l’échelle de l’histoire impériale, sa légitimité était exceptionnelle : premier fils légitime et premier petit-fils légitime.
Je ne le connaissais pas dans le détail, mais c’était manifestement un homme ambitieux. Ses actes le prouvaient. Il voulait dominer tout le continent et s’imaginait être un dieu.
Cela le rendait dangereux. Même les Ebenholtz n’osaient pas s’opposer à lui.
« Max. Qu’en penses-tu ? »
demanda Edmund.
« Eh bien… si tu me demandes mon avis, entre les races… »
L’empereur haïssait les sous-espèces. Il croyait que c’était sa vocation, et ne tolérait donc aucune contestation.
« Il existe une hiérarchie. »
Pour l’instant, tout ce que je pouvais faire, c’était infléchir subtilement les intentions de l’empereur.
« Une hiérarchie ? »
« Les Aran impériaux sont les plus supérieurs. Il n’y a aucun doute là-dessus. Après les Aran viennent les sujets des royaumes occidentaux et de l’Union républicaine. Leur sang est modérément contaminé, mais leurs lignées sont relativement proches des Aran. »
« … Contaminé. »
Edmund répéta mes mots avec un faible sourire.
« La tribu Sled, à l’est, est inférieure. Les Mer qui croient en la religion Mer, et les fidèles d’Edellem aussi. »
« Ils méritent tous d’être tués. »
Edmund choisissait délibérément des mots plus durs. Son effort me faisait mal.
Il poursuivit.
« Le vrai problème, ce sont les sous-espèces. Les Dromon, les Elina, les Yaken et… »
« Les Izenheim. »
J’appuyai sur le mot « Izenheim ».
« Mais même parmi les sous-espèces, il existe clairement une hiérarchie. Les Dromon sont assez utiles. La plupart ont des mains habiles.
« Les Elina et les Yaken, c’est pareil. On peut les utiliser comme chiens ou comme porcs pour les Aran. On pourrait même les domestiquer complètement. »
Edmund hésita. Pourtant, autrefois, Edmund, tu avais dit qu’il valait mieux être le deuxième pire que le pire de tous.
J’étais tout à fait d’accord. Comparé à l’anéantissement d’une race entière, devenir le bétail de l’Empire était cent fois préférable.
« Mais les Izenheim, eux, sont irrécupérables. »
Edmund pinça les lèvres. Son visage trahissait ses efforts pour ne rien laisser paraître.
« Ce sont des déchets. Des êtres qui ne méritent aucune compassion, qui ne devraient pas vivre sur ce continent. »
« … Merde. »
Il eut un rire amer et secoua la tête.
« Alors, je n’ai plus qu’à espérer que je n’ai pas de sang Izenheim dans les veines. »
La plus grande faiblesse d’Edmund tenait à un seul document. Une seule ligne inscrite dans le registre familial de cet homme au caractère si endurci.
« Mère : Celi Bwindol, née en République occidentale de Prozen. »
« Edmund. Tu es Aran. »
J’en avais déjà décidé ainsi.
« Max. Ne dis pas ça à la légère. Les Agentes nous écoutent. »
Les Agentes. Un poste spécial, réservé aux proches les plus intimes de l’empereur.
Pourtant, personne en ce monde ne savait ce qu’ils étaient vraiment. Avant ma régression, la Faction révolutionnaire avait conclu que les Agentes étaient des renseignements fabriqués.
« Les Agentes vont s’en prendre aux Ebenholtz ? Si tu veux mon avis, il est plus probable que ce soit moi, une Agente. »
« … Hé. Pas faux. »
Edmund sourit faiblement.
« Je file. Ah, j’ai laissé un cadeau de mon voyage d’affaires à ton majordome. »
Edmund se détourna pour partir. Je le regardai s’éloigner.
Ses cheveux épais, son épée à la taille. Ses épaules larges et son dos droit.
L’ancien Edmund avait disparu : celui qui était chauve, le dos voûté, et qui s’appuyait sur une canne au lieu de porter une épée.
« Edmund. »
Il se retourna.
Après une éternité, une très longue éternité, je lui demandai :
« … Comment ça se passe, dehors ? »
Edmund haussa les sourcils et répondit brièvement :
« C’est toujours l’enfer. »
Il semblait avoir compris que « dehors » désignait le champ de bataille, contre les monstres ou contre les humains.
« Alors, reste à l’intérieur autant que tu le peux, Max. »
Je trouvai ironique de l’entendre me dire de rester « à l’intérieur ». À cause de toi, j’avais mis un pied dehors.
« Edmund. L’Empire ira mieux. »
Edmund acquiesça et se détourna.
« … Bien sûr que oui. »
Il agita une main derrière lui et s’en alla.
De nouveau seul, je dépliai le décret.
Je lus son contenu, rédigé de la main impériale, puis poussai un soupir.
* * *
L’opération d’exécution visait une maison appelée Kailus. Jadis ministres influents et orthodoxes de l’ouest, ses membres étaient désormais soupçonnés de trahison par la famille impériale. Plus précisément, plusieurs membres de la branche collatérale et de la lignée directe avaient été condamnés à l’éradication.
Mais il s’agissait d’une rébellion mineure, fomentée par la branche collatérale des Kailus : le frère cadet du chef de maison s’était raccroché à la famille impériale.
J’avais participé à cette opération avant ma régression ; le souvenir m’en était donc resté très vif.
À bien y regarder, un incident avait servi de prétexte. L’empereur convoitait un trésor ancien transmis de génération en génération au sein de la maison Kailus, et le chef de maison le lui avait poliment refusé.
Voilà tout ce qu’il avait fallu pour que commence l’accusation de trahison.
À cette époque, tout pouvait être considéré comme une trahison, et n’importe qui pouvait être qualifié de traître.
« On n’y pouvait rien. »
Sebestian avait dit cela au sujet des Kailus.
« Ce benjamin, là-bas, avait l’air plutôt prometteur aussi. »
Il était rare que Sebestian fasse l’éloge de quelqu’un à ce point.
À vrai dire, ses paroles m’avaient rendu jaloux tant elles étaient élogieuses, et elles m’avaient longtemps résonné aux oreilles.
« … Mais pourquoi y es-tu allé ? »
Mon père m’avait également méprisé de n’avoir obtenu aucun mérite là-bas.
Quoi qu’il en soit, l’opération avait déjà commencé. Sous prétexte d’un voyage d’affaires, j’embarquai dans un avion de transport sur la piste réservée aux chevaliers.
« Fidélité. »
Je m’assis après avoir reçu le salut d’un pilote dont je ne connaissais pas le nom.
Vroooom…
L’avion de transport vola sous le soleil et se posa sur la côte impériale occidentale, à une distance telle que le château principal de la maison Kailus semblait tout petit.
La nuit était déjà bien avancée.
« … Messire chevalier. N’avez-vous pas d’hommes à votre disposition ? »
me demanda le pilote.
Un chevalier était l’épée de l’Empire et son ultime surveillant. Il pouvait donc se débrouiller seul. Surtout lors d’une opération d’exécution comme celle-ci.
« Je suffirai. »
« Bien, monsieur. »
Le pilote remonta à bord et repartit. Il ignorait probablement, lui aussi, quelle opération allait se dérouler ici.
Je m’assis sur un rocher, dans l’herbe sombre. Au loin, le château principal de la maison Kailus se dressait sur une falaise abrupte.
« … »
J’attendis en silence. Je laissai le temps s’écouler, perdu dans mes pensées vagabondes.
Puis, soudain.
Boooooum… !
Une immense explosion retentit. C’était le signal du combat. L’armée impériale venait de lancer une attaque préventive.
Je m’avançai lentement vers elle.
Le château d’une maison, son siège principal, était en somme une forteresse imprenable : de hautes murailles, des batteries de mana et plusieurs couches de cercles magiques défensifs.
Les Kailus ne savaient même pas clairement qui les attaquait ni pour quelle raison ; il était donc naturel qu’ils ripostent…
Tududud… !
Des obus de mana crachèrent des flammes depuis les murailles.
Ils avaient pointé leurs armes sur l’armée impériale : l’accusation de trahison était désormais parfaitement fondée.
Je traversai l’obscurité et fouillai dans mes souvenirs. J’avais autrefois lu des rapports à ce sujet lors d’une séance d’examen des états de service.
Le virus raviva ces souvenirs.
[Affaire de trahison de la maison Kailus]
[… Les quatre membres de la lignée directe, dont le meneur Yusef von Kailus, tentèrent de fuir vers la côte par les douves souterraines du château principal, mais furent tués en mer. Les autres membres de la lignée, qui tentèrent de s’échapper séparément, furent repérés près des monts Macken, à la frontière occidentale, et…]
Les membres de la lignée directe des Kailus comprendraient bientôt qu’ils avaient affaire à la famille impériale elle-même et chercheraient une issue pour sauver leur vie. Les douves souterraines sous le château principal, un passage secret menant à la côte.
Mais cette information avait déjà fuité, elle aussi. La flotte impériale avait déjà entièrement verrouillé la mer.
L’anéantissement était le seul avenir qui les attendait.
Avant ma régression, je m’étais contenté d’observer de loin. Une fois que l’Empire avait décidé de les tuer, le déséquilibre des forces était presque infini.
Cette fois, ce serait différent.
Je devais faire mes preuves. Je devais gravir les échelons jusqu’au sommet en tant que chevalier et gagner l’estime de Sebestian, puis celle de l’empereur.
Bien sûr, les membres de la lignée Kailus n’étaient pas des Izenheim, mais…
« Hop ! »
Je fonçai vers eux. Je concentrai le mana dans mes jambes. À chaque foulée, à chaque instant où mes pieds frappaient le sol, je faisais exploser le mana. Mon corps fendit les broussailles plus vite qu’un cheval de guerre.
Tatatat… !
J’atteignis le mur en un rien de temps. Les tirs pleuvaient depuis les hauteurs. Les systèmes magiques des murailles résistaient au bombardement de l’armée impériale. Sans ralentir, je dénouai les bandages autour de mon épée longue. La lune se refléta un instant sur la lame.
Première forme d’Ebenholtz : le Lien.
Sgagagak…
Une aura d’épée argentée jaillit instantanément de ma lame. Un arc d’un blanc pur engloutit la muraille et les soldats qui la surmontaient. Des fissures se propagèrent comme une toile d’araignée, déchirant la pierre et l’acier, la chair et les os.
« … »
Je ramenai mon épée et repris ma posture. Une partie de la muraille s’effondra comme un château de sable. Je dépassai les soldats impériaux, brièvement médusés, et fonçai dans le château.
Boum. Boum.
Je sentis une présence Izenheim quelque part. Ils se dissimulaient parmi les forces de l’armée impériale. Mais ce serait pour plus tard. Je pourrais m’occuper d’eux n’importe quand.
Pour l’instant, une seule chose passait avant tout : mon propre mérite, au service de l’Empire.
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