Chapitre 304
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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Chapitre 304 : Le pieu (2)
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À l’est, sur l’isthme de Kalkanama, en Finnomia.
Le tireur d’élite Ivan Shcherbakov avait délimité le champ de tir du tireur ennemi en étudiant les endroits où ses camarades étaient tombés.
Leurs positions, les angles d’arrivée des balles… Tous ces détails indiquaient un champ de neige au pied d’une crête.
Ivan était couché sur la crête opposée depuis l’aube, les yeux fixés sur cet endroit.
« … »
Bientôt, tandis que le ciel s’éclaircissait lentement, une escouade se mit en mouvement en contrebas.
Des soldats envoyés en appât.
L’ennemi tirerait sur eux et laisserait ainsi une trace. De la neige soulevée, un reflet sur une lunette ou un éclair de bouche.
Crac. Crac.
Les soldats gravissaient la montagne. L’ennemi devait sûrement les observer, lui aussi.
Ils se croyaient chasseurs, mais n’étaient que des proies. Aujourd’hui, ils allaient l’apprendre.
Un sourire commença à se dessiner sur les lèvres d’Ivan…
!
Une balle surgit de nulle part et transperça un soldat.
À présent, ils réagissaient calmement aux tirs de sniper.
Les soldats encore en vie se jetèrent dans la neige, là où ils se trouvaient. Ils ne s’approchèrent pas de leur camarade tombé. Personne ne releva la tête.
« … ? »
Mais Ivan Shcherbakov était perplexe.
Le coup de feu avait bien retenti. Un soldat était tombé. Pourtant, aucune trace.
Pas de neige poudreuse soulevée par le souffle du tir, pas de buée d’une respiration, pas de reflet sur une lunette…
À cet instant, les nuages s’écartèrent.
Le soleil brilla.
Un infime éclat se posa sur la lunette d’Ivan.
La lentille réfléchit faiblement la lumière pendant moins d’une demi-seconde.
!
Une balle surgit de nulle part et traversa la lunette d’Ivan. Elle lui détruisit l’œil, le cerveau et le crâne.
La tête d’Ivan s’affaissa, tandis que son corps restait couché à plat ventre.
Ivan Shcherbakov, tireur d’élite de la Neuvième armée de Lobrus.
Tué d’une balle dans la tête.
* * *
Mâchou. Mâchou.
À l’ouest, il existait un peloton spécial appelé Keinos. On disait qu’il s’agissait d’une force conjointe de Prozen et de Hailand… mais ce n’était même pas vraiment une unité militaire.
C’était un corps de volontaires qui échappait à toute chaîne de commandement officielle.
Ils avaient l’autorisation d’utiliser les radios et les systèmes de communication de l’État, mais ne recevaient d’ordres de personne.
Ils n’en faisaient qu’à leur tête.
Mâchou. Mâchou.
Le commandant du peloton de Keinos, Eppen Kondo, mâchait du chewing-gum en fixant quelqu’un du regard.
Mâchou. Mâchou…
Les hommes agenouillés devant Eppen Kondo étaient tous des prisonniers de guerre impériaux. Plus précisément, un jeune officier de la Garde impériale et les survivants de son peloton.
« Écoutez bien. Première règle de Keinos ! »
Ils arpentaient l’espace devant les prisonniers, leur tapotant l’épaule avec leur machette. Toc, toc.
Ils s’adressaient aux salauds d’Impériaux dans leur propre langue.
« Tuer les salauds d’Impériaux. »
L’officier de la Garde impériale fixa Eppen Kondo. Aucun des soldats restants ne releva la tête.
« Deuxième règle ! »
La machette s’immobilisa.
« Suivre la première règle. »
Les soldats derrière Eppen Kondo ricanèrent, comme s’ils avaient déjà entendu ça des centaines de fois.
« Et troisième et dernière règle ! »
Ils retournèrent la machette et la pointèrent vers les prisonniers.
« Leur faire signer un serment. Exactement comme votre chevalier aime s’y prendre. »
Les conditions étaient exactement les mêmes que celles de ce chevalier.
Un acte de serment. Une signature.
« C’est ça ! Exactement comme votre chevalier ! »
Ils crièrent, puis ricanèrent.
Bien sûr, tuer faisait inévitablement partie des combats. Pour faire des prisonniers, ils avaient dû d’abord éliminer au moins la moitié du peloton.
« Écoutez bien. L’Empire a déclenché une guerre sur tout le continent et tué d’innombrables personnes. Des civils innocents sont envoyés dans des camps simplement parce qu’ils sont Izenheim, Mer ou Kenshi… »
On les enfermait, on les dépouillait de leurs biens et on les forçait à travailler. Des maris et des femmes étaient séparés de force. Des parents perdaient leurs enfants.
Combien d’entre eux mouraient dans ce froid glacial ?
Un nombre incalculable, sans doute.
« Alors, jurez. »
Appen tendit un acte de serment au jeune officier.
« “Toutes les races sont égales. Les Aran ne sont pas différents des sous-espèces.” »
Le serment était écrit au dos du registre familial dont ces salauds étaient si fiers.
« “En réalité, ce sont les Aran qui trahissent l’humanité et se comportent comme des sous-hommes.” »
Ils le déchireraient en deux, remettraient une moitié aux prisonniers et garderaient l’autre.
« “J’accepterai volontiers d’affronter le jugement de l’Histoire.” »
Ils libéreraient sans hésiter tout soldat impérial qui signerait ce document. Comme l’avait fait le chevalier appelé Maximilian.
Certes, les prisonniers risquaient d’être exécutés à leur retour ou par la Garde impériale pour leurs idées dangereuses, mais Appen n’avait pas l’intention de s’en soucier.
« Jurez. »
« … »
L’officier de la Garde impériale fixa Appen sans ciller et lui retourna une question.
« … Vous êtes Izenheim ? »
« Eh bien, regardez-moi ça. Vous posez encore cette question dans une situation pareille ? »
Les autres membres de Keinos éclatèrent de rire, incrédules. L’officier retroussa la lèvre et cracha.
Ptou !
« … Bande de salauds. »
Sans quitter Appen des yeux, l’officier poursuivit :
« Des parasites qui sucent le sang de la civilisation. Vous devez bien le savoir, vous aussi. Tout le monde déteste les Izenheim. Prozen, Hailand, même ces salauds de l’Est… Ils se contentent de ne pas le dire à voix haute. »
L’officier avait probablement raison.
Tout le continent détestait les Izenheim. Il en allait de même pour toutes les races minoritaires, y compris les Mer et les Dromon. Le terme « sous-espèces » n’était pas apparu sans raison.
Le continent pratiquait la discrimination contre nous en silence. Il nous méprisait dans notre dos, tout en jouant les gentilshommes devant nous.
L’Empire s’était contenté de crier cette haine à leur place. Il avait bâti des camps et y avait entassé les sous-espèces, comme du bétail.
« … Je sais. »
Appen eut un petit rire et ramassa un pieu.
« Maintenant, vous allez contribuer à apaiser cette haine. »
Les innombrables crimes de guerre de l’Empire offriraient aux Izenheim une nouvelle forme de liberté.
« Regardez bien. Voilà ce qui arrive à tous ceux qui refusent de jurer. »
Appen saisit les cheveux de l’officier d’une main.
Crac !
Il lui enfonça le pieu dans la tempe.
* * *
Nous arrivâmes à la frontière occidentale. Les pistes d’atterrissage étaient gelées, alors nous avions pris la route. C’était étrange de rouler sur une route que j’avais moi-même construite.
Nous fouillâmes ensuite les environs du douzième peloton de reconnaissance de la Garde impériale du front, la dernière unité à avoir cessé de donner signe de vie.
« … Là. »
Des corps transpercés de pieux gisaient sous la neige. Certains avaient été frappés à la tempe. D’autres avaient un pieu enfoncé droit dans le sommet du crâne.
« N’approchons pas trop. »
Tiana recula d’un pas.
« S’ils ont fait ça, ils ont probablement posé des mines aussi. »
Je fis le tour du secteur et trouvai un morceau de papier déchiré.
« … »
C’était un acte de serment.
[Acte de serment]
Toutes les races sont égales. Les Aran ne sont pas différents des sous-espèces.
En réalité, ce sont les Aran qui trahissent l’humanité et se comportent comme des sous-hommes.
J’accepterai volontiers d’affronter le jugement de l’Histoire.
En dessous figuraient les signatures et les empreintes digitales des gardes impériaux.
« Ils ont juré. »
Je tendis le papier à Tiana.
Après l’avoir lu, elle le passa à Leon. Lui aussi fixa l’acte de serment.
Son regard se glaça. Ses yeux dorés se remplirent d’un profond mépris et de colère.
« Mais ils les ont quand même tués. »
Ils les avaient tués malgré leur serment.
Avant que la colère ou toute autre émotion ne puisse monter en moi, je compris enfin leur objectif.
Ils voulaient briser les règles de la guerre. En se rendant mutuellement coupables de crimes de guerre, ils pousseraient l’Empire à mettre les Izenheim et les autres sous-espèces dans le même sac, puis à les tuer tous. Cela effacerait la haine ancestrale du continent envers les sous-espèces.
Une fois que l’Empire aurait piétiné la morale, les préjugés et la discrimination, il ne resterait plus qu’un sentiment d’unité contre le grand mal qu’était l’Empire.
Au sein de cette unité, tous seraient enfin du même côté. Les Izenheim atteindraient leur but.
« … Je m’en occupe. »
Je m’avançai vers les corps. Tiana tressaillit et tendit la main vers moi.
« Hé, attends ! »
« Ça ira. »
J’enveloppai mon corps de mana. Au fond, qu’était le mana d’Ebenholtz ? L’ordre, une pureté absolue et l’immobilité, à l’intérieur comme à l’extérieur du corps.
Ainsi, lorsque je répandis du mana sous mes pieds, le sol m’accepta comme un élément naturel, qui n’avait rien de différent des autres. La neige ne s’enfonça pas et aucune pression ne se transmit à travers elle.
Je récupérai ainsi toutes les plaques d’identité des victimes, puis revins vers eux.
« Ils étaient jeunes. La plupart avaient dix-neuf, vingt ou vingt et un ans. »
Tiana prit les plaques d’identité.
« L’ennemi est probablement composé de surhommes, lui aussi. »
À chacune de ses paroles, de la buée s’échappait de ses lèvres. Il faisait déjà bien moins vingt degrés.
Et le froid s’intensifiait à chaque instant.
« … Rah, à ce rythme, je vais mourir. »
Ce froid mordant était particulièrement difficile à supporter, même pour des chevaliers.
« Je crois que je n’ai jamais eu aussi froid de ma vie… »
Leon rajusta ses vêtements et eut un rire sans joie.
« Continuons. »
Je repartis en étudiant la carte. Tous trois, nous nous enfonçâmes dans la zone où l’ennemi avait été actif. Nos seuls papiers étaient des cartes d’identité de l’Armée régulière impériale. Rien n’indiquait que nous étions des chevaliers.
« Ça me rappelle la section d’élite de l’Empire. On avait fait une marche comme ça, à l’époque, non ? »
Leon marmonna. Tiana acquiesça avec un léger sourire.
« Si. C’était dans les champs d’Erken, je crois ? On se les gelait. »
… Pour être honnête, à l’époque, j’avais chevauché le cheval de l’instructeur.
Je m’étais glissé dessus quand personne ne regardait, puis j’en étais descendu alors qu’il restait encore un tiers du trajet…
« Hum. »
Pour une raison ou une autre, ce souvenir me titilla la conscience.
Quoi qu’il en soit, ce sentier de montagne était recouvert de neige. Le qualifier de blanc immaculé ne suffisait pas.
Les arbres, les rochers et les chemins étaient ensevelis sous cette même couleur, brouillant la frontière entre la terre et le ciel. Chaque fois que le vent soufflait, la neige s’élevait au-dessus des crêtes comme de la poussière, puis retombait.
Crac. Crac.
Nous marchions côte à côte.
Je regardai Tiana, qui marchait près de moi.
Son père était colonel dans la Garde impériale.
Il avait d’abord servi dans l’Armée régulière impériale, mais son ambition l’avait conduit dans la Garde impériale. Avant ma régression, il y avait gravi les échelons.
Mais l’une de ses « initiatives » avait déplu à Sebestian, et la maison Ebenholtz avait discrètement écrasé la famille de Tiana.
Fouuuuu…
Sans que nous nous en rendions compte, le soleil se coucha.
La montre à pierre de mana indiquait seize heures trente.
« Le soleil est déjà couché. Oh, on devrait régler nos montres ? L’ouest a un peu de retard, non ? »
Je secouai la tête à la question de Leon.
« Inutile. Depuis le début de la guerre, l’heure opérationnelle est alignée sur l’heure impériale centrale. »
« … Ah bon ? Qui a décidé ça ? »
« Moi. »
Avant ma régression, les décalages horaires avaient semé la confusion. Alors, dès le début de la guerre, j’avais harmonisé l’heure opérationnelle en mon nom.
« Ah, d’accord. »
Leon eut un petit rire.
« Il y a une grotte, là-bas. Allons nous reposer un peu. On va finir gelés. »
Tiana désigna une grotte. Nous y entrâmes et allumâmes aussitôt un feu. Puis nous sortîmes de nos sacs de quoi cuisiner et manger.
« Qui veuuut du café ? »
Leon ramassa de la neige et fit bouillir de l’eau.
Je me préparai à cuisiner.
Tiana étudia la carte et la boussole pour réfléchir à notre itinéraire de recherche.
Bloup, bloup.
L’eau bouillonnait tandis qu’un bref silence s’installait entre nous.
Je regardai Leon.
« Leon. »
« Hmm ? »
Leon pencha la tête en mélangeant le café dans l’eau bouillante.
« Alors, comment ça se passe avec ton frère ? »
« … ? »
Son visage semblait dire : « D’où ça sort ? »
J’imaginai que j’avais abordé le sujet un peu brusquement. Ce n’était pas comme si j’avais l’habitude de ce genre de bavardage.
« Eh bien, tu sais… »
Leon versa le café dans des gobelets en fer-blanc et les distribua.
« On se croise parfois à l’Ordre, mais on ne se parle pas beaucoup. C’est un peu gênant aussi. »
Leon et Julian étaient frères. Les frères les moins proches du continent.
« Hé, hé. »
Tiana tendit soudain la main pour réclamer du café, elle aussi.
Et nous bûmes du café, mangeâmes…
Fouuuuu…
Le blizzard tourbillonnant nous força à faire une pause.
Je regardai Tiana, recroquevillée contre la paroi de la grotte.
« … »
Elle remarqua mon regard, mais garda le silence un long moment.
« Oui. Je suis venue aider mon père. »
Elle haussa les épaules en l’avouant.
« Mon père est sur ce front. Dans quelle division de la Garde impériale du front, déjà… ? Bref, il est commandant. Apparemment, il s’est porté volontaire pour l’ouest dès son retour. »
Elle entoura son gobelet de ses deux mains.
« Je ne sais pas s’il a été promu parce que sa fille est chevalier ou s’il a dépensé tout l’argent de poche que je lui donnais. »
Elle eut un petit rire. Je trouvais étrange que Tiana ait l’air heureuse, voire fière, en parlant de son père qui tirait avantage de sa position.
« Tu es venue jusqu’ici juste pour aider ton père ? »
« Eh bien… »
Tiana haussa les sourcils.
Le lien qui pouvait unir quelqu’un à son père.
J’avais du mal à le comprendre, et je n’avais pas envie de le comprendre. Mais peut-être pouvais-je me dire qu’il était pour elle ce que ma mère avait été pour moi.
« Quoi qu’il en soit, on a tous vu cet acte de serment. On a trouvé des gens que notre devoir de chevalier nous oblige à punir. »
« Hmmm. Une chevalière qui abuse de son autorité pour aider sa famille. »
Leon sirota son café et marmonna d’un ton moqueur. Tiana fronça les sourcils.
« Et pourquoi pas ? Je ne cherche pas à tirer profit de mon père. Je veux juste l’aider un peu. »
« Moi, je n’ai jamais aidé mon père. »
Je répondis d’un ton désinvolte.
Tiana plissa les yeux.
« Max, franchement, tu as beaucoup profité de ton père. »
« … »
C’était vrai aussi. Je ne pouvais pas le nier.
Toutes mes réussites devaient quelque chose à l’autorité, au talent et à la loyauté de Sebestian.
Si Sebestian n’avait pas été un sujet loyal de l’Empereur, j’aurais été purgé avant de pouvoir bâtir la vie que je menais aujourd’hui.
« Si Sebestian était aussi mon père… »
Tiana y réfléchit un instant, puis s’interrompit.
Je ricanai.
« Tu n’arrives pas à te l’imaginer, hein ? Ça ne serait probablement pas très agréable. »
« … C’est vrai. »
Tiana sourit aussi, puis retourna à son café.
« Vu comme ça, tu es plutôt impressionnant, Max. Si Sebestian était mon père, je crois que j’en serais morte étouffée. »
« … »
En fait, c’était déjà arrivé.
J’étais mort, puis j’étais revenu.
« Rah… Une guerre fait rage et nous voilà à parler de futilités. »
Tiana marmonna en soupirant.
Et pourtant, cette conversation intime et sans importance me faisait du bien.
« Max. Leon. À partir de demain, séparons-nous pour les recherches. C’est du gâchis de faire marcher trois chevaliers ensemble, non ? »
« D’accord. Mais gardez le contact. »
Je tendis à Leon et Tiana des communicateurs à pierre de mana. Ils s’amélioraient de jour en jour et permettaient désormais de communiquer sans interruption, même dans les montagnes.
« … Ça fait un bail. Et si on jouait aux cartes ? »
Comme s’il avait attendu ce moment, Leon sortit un jeu de cartes de ses vêtements.
« Au Nou. Tu te souviens ? »
« Ça me va. Ça fait une éternité. »
Tiana sourit de toutes ses dents et je retroussai aussi mes manches.
Je me sentais un peu fébrile.
« Allons-y. »
C’était un jeu auquel nous jouions souvent à la section d’élite de l’Empire. Il fallait poser une carte de la même couleur ou du même numéro, et le premier à se débarrasser de toutes ses cartes gagnait. Quand il ne vous en restait plus qu’une, il fallait crier « Nou ». Si on l’oubliait, on piochait deux cartes de plus.
« Le perdant reçoit une pichenette sur le front. »
Les règles étaient simples, mais le jeu comportait quelques cartes qui faisaient passer le tour des autres. À trois, il y avait toujours quelqu’un que les deux autres prenaient pour cible.
« Nou ! Nou ! Nou ! Nou ! »
Après l’avoir crié des dizaines de fois, Leon fut le seul à recevoir d’innombrables pichenettes. Il se frotta le front enflé et se prépara à monter le camp.
Nous nous allongeâmes côte à côte dans la tente.
« La technologie a vraiment fait du chemin. Il fait si chaud. »
Tiana se tortillait dans son sac de couchage comme une chenille en parlant.
« C’est vrai. »
Le feu de camp à nos pieds, je regardai la lueur des flammes vaciller au plafond.
Je pensai à notre avenir.
« … Ces salauds d’inférieurs leur ont enfoncé des pieux dans le sommet du crâne. À ces jeunes Aran. »
Leon marmonna soudain.
Je répondis :
« Ne te mets pas trop en colère. »
« … Max, tu n’es pas en colère ? »
« Non. »
Leon tourna la tête vers moi.
« En revanche, souviens-toi de leurs pieux. Puis rends-leur la pareille plus tard. »
Il y avait quelque chose que je voulais dire à mes camarades cadets.
Quelque chose que je devais leur dire.
« Quant à moi, Leon. Tiana. »
Mon but, en tant qu’être humain.
Peut-être la raison même pour laquelle j’avais régressé et étais revenu.
« Je vais effacer la race des Izenheim de ce monde. »
J’emploierais tous les moyens à ma disposition pour purifier notre continent et ne laisser derrière eux pas la moindre trace.
« Jusqu’au dernier… »
Je les exterminerais et je nettoierais tout.
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