Chapitre 299
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Traducteur : Coughing Baby
Réviseur : Coughing Baby
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Chapitre 299 : Escalade (4)
──────
… Agento, Premier ministre de Balkanie.
Ancien acteur de théâtre, il avait le talent de la scène. Il savait se faire aimer des gens.
Il était naturellement devenu l’acteur vedette de sa troupe. Mais lorsqu’une crise économique força le théâtre à fermer, sa colère contre l’assemblée le poussa à se lancer en politique.
Trois ou quatre personnes assistèrent à son premier discours. Puis ils furent trente ou quarante au suivant. À un moment, ses discours commencèrent à attirer plus de monde que ses représentations.
Puis la guerre de l’Ouest éclata, et Agento servit comme officier.
Il apparaissait plus souvent sur les photos des journaux qu’il ne voyait le combat, mais il s’appuya sur cette expérience pour rentrer chez lui en se proclamant héros de guerre.
Certains qualifiaient le talent d’Agento de charisme. D’autres n’y voyaient que de la vantardise. Lui-même croyait que cela signifiait qu’il avait été choisi.
L’élu.
Agento méprisait le système de classes, tout en revendiquant son propre destin. Il condamnait les nobles et la royauté de l’Empire, mais voulait qu’on le traite comme eux.
La Balkanie avait autrefois rivalisé avec l’Empire. Même sur le déclin, elle demeurait une grande puissance, à égalité avec Prozen et Hailand.
Devenu Premier ministre en promettant de restaurer son « glorieux passé », Agento refusa ensuite de quitter son poste pendant des décennies.
Ses proches collaborateurs formèrent l’assemblée de Balkanie. Les phrases qu’il voulait voir inscrites furent transformées en lois.
La conquête du Mekerel était depuis longtemps le rêve le plus cher d’Agento.
Reprendre les terres ancestrales occupées par les habitants à la peau noire du Mekerel. La première étape du plan de la Balkanie pour les cent prochaines années.
Les manigances de ce maudit Empire avaient tout gâché.
Il avait perdu la face. Tout le continent s’était moqué de lui.
Agento détourna la méfiance du peuple à son égard en la dirigeant contre l’Empire.
Il rejoignit le front uni contre l’Empire et prit la parole le premier, d’une voix plus forte que tous les autres…
« Votre discours à Prozen était merveilleux. »
De retour à la résidence du Premier ministre, Agento sourit et serra Clara dans ses bras. Elle était venue l’accueillir.
« Il a été entendu jusqu’ici ?
— Je l’ai écouté à la radio… »
Elle était sa maîtresse bien-aimée. Beaucoup de fonctionnaires la soupçonnaient d’être une Izenheim, mais il s’en moquait. À vrai dire, il en était fier.
Ses sages conseils l’avaient aidé à réformer l’armée de Balkanie.
Remplacer le corps des officiers, agrandir la flotte, purger les responsables de la défaite au Mekerel.
Tout avait commencé par des mots qu’elle lui avait murmurés au lit.
« Attends-toi à une belle soirée. Tout ce que j’ai retenu si longtemps, je te l’offrirai… »
Clara sourit et se blottit contre sa poitrine. C’est alors que son chef d’état-major prit la parole d’un ton grave.
« Monsieur le Premier ministre. Il paraît que Maximilian, de l’Empire, s’apprête à faire une allocution radiophonique. »
* * *
Dans le studio du ministère impérial de la Propagande, d’où ma voix serait diffusée dans les radios de tout le pays, Johann Georg me tendit un texte.
« Hum. Hum. Aheeeem. »
Je me raclai la gorge devant le micro.
« Voyons voir. Ma voix convient-elle ? »
« Oui. Le ton est parfait. »
Je parcourus le texte des yeux, puis le reposai. Inutile de l’apprendre par cœur.
« … »
Quand je levai un doigt, le voyant rouge s’alluma. Un silence sans le moindre grésillement envahit la pièce.
Seul Johann me fit signe des yeux.
« Ici la capitale impériale. »
Je parlai comme si je laissais échapper un soupir.
« Je m’adresse à vous depuis une ville bâtie sur des fondations de pierre, riche de mille ans d’histoire ; depuis ce lieu où les ancêtres des Aran se sont établis pour la première fois. »
C’était le jour où, pour la première fois, je ferais entendre ma voix à tous les habitants de l’Empire et à tous ceux du continent.
« La lignée du sang maître. En tant que descendants des Aran, nous avons hérité du devoir et du droit de maintenir l’ordre sur ce continent, de séparer ce qui a été mêlé et de restaurer la valeur de notre peuple. »
Lentement, je récitai les mots façonnés par le talent de Johann.
« Telle est notre vocation. »
Une voix posée, qui parviendrait aux haut-parleurs des usines, aux salons des fermes, aux casernes du front, et même aux pays ennemis au-delà de nos frontières.
« Cependant… »
Je baissai légèrement la voix.
« Certains ont déjà été trompés à maintes reprises par des lignées hétérogènes. Ils insultent, provoquent et souillent l’Empire, en déversant des propos trop abjects pour être répétés. »
Une voix qui serait entendue par tous les habitants de l’Empire.
« L’Empire comprend leur peur. Peut-être que plus ils sont effrayés et terrifiés, plus ils ressentent le besoin de hurler. »
Les lèvres de Johann Georg s’incurvèrent en un sourire.
« Ceci est un message adressé à Agento, Premier ministre de Balkanie. »
Je marquai une pause. Le silence, lui aussi, avait un sens. Durant ces quelques secondes, tout le monde m’écouterait attentivement.
« Vous avez traité l’Empire de nation de bêtes. »
Des mots destinés à attiser la colère de nos sujets…
À faire encore enfler la guerre.
« Vous devrez porter le poids de vos paroles. »
La colère engendrait la colère, et la guerre engendrait la guerre.
Ce n’était toujours pas suffisant pour anéantir les Izenheim du continent.
« Et ceci est un message à tous ceux qui insultent et raillent l’Empire, puis se tiennent en retrait pour applaudir. »
J’avais déjà pris ma décision. J’avais choisi ce que je devais faire.
Si l’humanité, si tous les hommes ensemble, ne pouvaient survivre qu’au prix du sacrifice de dizaines de millions de vies, voire davantage.
Si je devais tuer mon père pour sauver le fils de quelqu’un d’autre.
Si je devais tuer mon ami pour sauver des centaines de personnes dont je ne connaissais même pas le visage.
« À présent, l’Empire vient à votre rencontre. »
Clic.
Le voyant rouge de la radio s’éteignit.
…
Un jour, après cette allocution qui avait dû être entendue sur tout le continent, je préparais l’opération contre la Balkanie.
« Il paraît qu’il a fait une crise de nerfs ! Une crise de nerfs ! »
Leutern était venu dans ma demeure et jacassait en ricanant.
« Ah bon ? »
« Oui ! Après ton passage à la radio, Max, Agento a cessé de se montrer ! »
J’ignorais si c’était vrai, mais Agento se serait apparemment cloîtré chez lui.
« Comment le sais-tu ? »
Je dirigeais plusieurs réseaux d’espionnage, notamment un réseau de renseignement multinational confié à Schatz Heizen et aux agents des installations placées sous ses ordres.
Même eux n’avaient pas encore reçu cette information.
« Tu sais bien que j’ai beaucoup de relations~ »
Leutern semblait recevoir régulièrement des informations de gens haut placés.
« Il paraît qu’il a eu tellement peur qu’il a donné une sorte d’ordre de mobilisation. »
L’armée de Balkanie avait effectivement frôlé la crise de nerfs.
« Ah~ C’était brillant. Vraiment brillant. “Vous devrez porter le poids de vos paroles.” »
Leutern prit un air grave et tenta de m’imiter, sans que cela ressemble le moins du monde à ma voix.
« Max. Je te le dis, cette phrase restera dans l’histoire~ »
Je souris faiblement.
Même en pleine guerre, Leutern gardait cette insouciance. Le qualifier de méchant parfaitement ordinaire lui allait comme un gant.
« Mais qu’est-ce que tu vas faire de la Balkanie ? Comment tu comptes t’y prendre ? »
Il avait l’air curieux.
« C’est un secret. »
« Oh, allez… »
« Mais nous les atteindrons. Ça, c’est certain. »
Après avoir prononcé ces mots, je ne pouvais pas me contenter de ne pas y aller.
« Si je ne tiens pas parole, je serai un imposteur. »
Je devais être à la hauteur de ce que j’avais dit.
« Oh~ Je reconnais bien là Max… »
Leutern sourit, avec une lueur étrange dans les yeux.
« Ah, au fait, Max. Cette chose dont tu as parlé l’autre fois. Tu sais, ce que tu m’as dit. »
Son habituelle expression candide reparut tandis qu’il se penchait vers moi.
« Je suis entièrement d’accord. »
Il prit un air légèrement sérieux en prononçant ces mots.
« On dit que ces Izenheim ont plein d’eau dans le cœur ? »
Il faisait allusion à notre discussion sur les Izenheim. Je lui avais remis des documents contenant diverses statistiques et lui avais expliqué la situation en privé.
« Oui. C’est ça. »
« Franchement, j’ai été choqué quand j’ai vu ça ! »
Leutern croyait ce que je lui racontais.
Le cœur des Izenheim. La preuve de leur infériorité, enracinée dans un défaut physique.
Bien sûr, la raison de sa conviction n’était pas la même que la mienne.
« Les gens doivent vraiment savoir ça. Quelle est la partie la plus importante de l’être humain ? Le cœur ! »
Leutern ignorait ce que j’avais vu. Il ignorait ce que j’avais vécu.
Il ne faisait que répéter une haine à la mode. En tant que membre de la royauté, noble et précieux, il trouvait simplement qu’une race vile et inférieure était répugnante et impure.
« Je te soutiendrai ! À chaque conférence, je ferai… euh… comment dire déjà ? Enfin, je m’appuierai sur tout ça pour expliquer à tout le monde ce qui ne va pas chez les Izenheim ! »
Et pourtant, ce même Leutern m’était utile, à présent.
Leutern, qui répandait sa haine raciale par aveuglement, et les futurs criminels de guerre qui abattraient des Izenheim sans la moindre hésitation, se révélaient d’une immense utilité pour l’humanité telle qu’elle était aujourd’hui.
« Merci. »
Je les remercierais volontiers.
« Pourquoi ? On est amis ! »
Même au mot « amis », je ne ferais que sourire.
Tout cela, c’était pour ne pas regarder en arrière.
Pour que nous ne perdions pas contre les « espèces d’un autre monde » qui cherchaient à détruire le continent.
Et surtout, pour que nous, l’humanité, puissions l’emporter.
* * *
Dans le sud de la Balkanie.
Les marins du destroyer Trion, récemment construit, patrouillaient sur le pont. Une alerte avait été déclenchée après l’allocution radiophonique de Maximilian, de l’Empire.
« Hein ? »
Soudain, un officier fronça légèrement les sourcils et regarda au loin.
« Qu’est-ce que c’est, là-bas ? »
Une petite lumière tanguait sur les eaux sombres.
« Où ça, monsieur ? »
Les marins s’approchèrent et regardèrent dans la même direction. Peu après, un projecteur éclaira la lumière.
Ils plissèrent les yeux.
« Qu’est-ce que c’est ? »
« Hmm… »
C’était une petite embarcation. Une coque en bois de sept ou huit mètres, avec une voile triangulaire. Un bateau de pêche, dont la proue portait une lampe à pétrole et où des filets roulés étaient empilés.
« On dirait un bateau de pêche. »
Un vieil homme et un jeune homme, comme un père et son fils. Des pêcheurs comme on en trouvait partout le long de cette côte.
« J’ai entendu dire qu’ils pêchaient beaucoup de sériole couronnée en ce moment. »
Ils échangèrent un regard. Depuis trois jours, ils ne mangeaient que des conserves.
« On leur en achèterait ? »
« Appelez-les. »
Un marin agita une lumière. Le bateau de pêche vint se ranger le long du destroyer.
Le vieil homme leva d’abord un panier. À l’intérieur brillaient des sérioles argentées et quelques calmars.
« Hé ! Mettez-les là-dedans ! »
Un marin attacha un panier à une corde et le descendit. Le vieil homme y transféra les poissons, puis leva les doigts.
Le marin y déposa le nombre de pièces correspondant, ainsi qu’un paquet de cigarettes, puis renvoya le panier en bas.
Le vieil homme ôta son chapeau en signe de gratitude. Son fils leva les yeux vers les tourelles du destroyer et siffla.
Le bateau de pêche disparut de nouveau dans l’obscurité.
« Ouah. Regardez-moi ces beaux morceaux. »
« On les fait griller ? »
« … Attendez. »
Alors que les marins discutaient de la façon de faire griller les sérioles…
Wiiiiii !
Soudain, une sirène fit trembler tout le port sud. Les sérioles furent jetées de côté. L’officier se hâta de comprendre ce qui se passait.
« Qu’est-ce qui se passe ?! »
Un message radio arriva.
« La flotte impériale a pris la mer. Une formation de cuirassés, de croiseurs et de destroyers a quitté le port d’Hermes et se dirige vers le sud, le long de la frontière des eaux territoriales de la Balkanie. »
Le quartier général du port transmit des messages radio à tous les navires. Des lampes de signalisation clignotèrent sur le toit, et la flotte se prépara à appareiller.
Les marins grimpèrent dans les tourelles et orientèrent les canons vers le nord. Les projecteurs balayèrent l’horizon.
Et…
* * *
──.
La chute d’un chevalier n’avait rien à voir avec celle d’un parachutiste.
Contrairement aux troupes qui dépendaient de leurs parachutes, les chevaliers pouvaient se déplacer comme des avions et atteindre avec précision le cœur d’une position ennemie.
──.
J’accueille doucement le vent.
Je plane en silence et contemple la scène en contrebas.
──.
Je distingue les destroyers et les croiseurs balkaniens qui ont quitté le port.
Ils orientent leurs canons vers le nord, face aux navires de guerre impériaux.
───.
Nous avions assigné chaque cible à l’avance.
Hanna et Royce s’empareraient du dépôt de pierres de mana sur la colline au nord du port.
Dare Tan et Zionne prendraient les vannes du port.
Raynel et Ruin s’empareraient de la tour de communications du quartier général du port.
───.
Nous effectuerions aussi des largages de précision sur les navires amiraux balkaniens en mer pour les frapper.
Les chevaliers, dont Leon, Tiana et Cliff, prendraient chacun un navire. Je m’emparerais du cuirassé où se trouvait le commandement de la flotte et le détruirais.
Fffchhh.
Ainsi, ma cible était un cuirassé qui sillonnait la mer.
Je volai vers lui, évaluai la distance et saisis mon épée longue à deux mains.
───.
Un chevalier était à son apogée juste avant d’atterrir. À cet instant, il pouvait mêler son énergie cinétique et son énergie potentielle au mana, puis tout libérer d’un coup.
Durant ce bref instant, un seul coup d’épée pouvait déployer assez de puissance pour trancher une partie d’un cuirassé.
───.
J’ajustai mon angle d’attaque.
J’activai la Garde d’aura sphérique.
L’épée à la main, je traversai le ciel au-dessus du navire amiral.
────.
En silence, je rassemblai du mana, fis courir une lueur argentée le long de la lame, puis lançai un coup tranchant.
Il prit la forme d’un demi-cercle, comme si un croissant de lune traçait une ligne dans le ciel…
────── !
Je tranchai d’un seul coup toute la passerelle qui surplombait le navire amiral.
Crac-crrrr !
Les poutres d’acier se rompirent, et tous ceux qui se trouvaient dans la passerelle glissèrent dans la mer.
Tap.
Puis j’atterris sur le pont. Sans attendre, je passai à l’action.
Fchhh !
Je balayai l’espace de mon épée longue et tranchai les marins devant moi. Je frappai ceux qui tentaient de faire feu avec une mitrailleuse.
De simples marins ne pouvaient pas arrêter un chevalier qui avait déjà atterri au corps à corps.
── !
Je déchaînai le style de l’épée Ebenholtz. Link (連) : je les fauchai un à un à travers le torse.
─. ──. ─. ───.
La sensation de les tuer était émoussée. Je n’entendais pas non plus leurs voix. C’était aussi sec que le battement d’un métronome.
Sans doute grâce au casque.
──. ──. ──.
Je les tuais.
Je tuais, encore et encore, sans rien faire d’autre que tuer.
─. ─. ──.
Des meurtres pareils à un code Morse dépourvu de sens.
───. ─. ─. ───.
Mais le casque ne me montrait que ce que je devais voir et ne me laissait entendre que ce que je devais entendre.
─. ──.
À travers la visière, le sang n’était plus que des taches rouges. Leurs expressions se brouillaient jusqu’à devenir des formes indistinctes.
Une conception qui effaçait d’emblée toute place pour la culpabilité.
Les cris se perdaient dans le fond sonore. À l’intérieur du casque du chevalier, il n’y avait que le silence.
« Dépôt de pierres de mana. Objectif atteint. »
Les rapports radio des chevaliers me parvinrent alors.
« Vannes du port. Objectif atteint. »
De brefs messages annonçant leurs victoires.
Mais un autre se fit entendre.
« … Demande de renforts. »
Une demande de renforts.
Je m’arrêtai net.
« … »
On pouvait préparer une bataille aussi minutieusement que possible ; des imprévus survenaient toujours.
Mais nous ne pouvions pas laisser un chevalier se faire tuer.
Resserrant ma prise sur mon épée longue, je posai le pied sur le bastingage. Je rassemblai du mana dans mes bottes militaires et parlai à la radio.
« Donnez-moi votre position exacte. »
Sauver un camarade comptait davantage que couler ce cuirassé.
Parce que nous appartenions à l’Ordre des Sentinelles, et que j’étais Maximilian.
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