Chapitre 292
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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Chapitre 292 : Le vrai et le faux (2)
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La lumière du soleil inondait un bureau du Quartier général de la Garde impériale.
« Il y a toujours des gens qui, dès qu’ils disposent d’une nouvelle force puissante, estiment qu’il faut l’utiliser sans se poser de questions. Ils ne tiennent jamais compte de la situation dans son ensemble ni de l’efficacité. »
Le lieutenant général Jens, un vieux routier de la Garde impériale proche de la retraite, reposa sa tasse de thé.
« C’est comme tirer dans la mer pour attraper des poissons. »
Le colonel Kai Han écoutait Jens. Son bras était dans le plâtre, sa jambe dans une attelle et il se déplaçait avec des béquilles — ou du moins, c’était ce qu’il semblait faire.
« Voilà pourquoi les factions posent tant de problèmes. Le travail n’a même pas abouti qu’ils s’imaginent déjà comment se partager le mérite après coup. »
C’était toujours ainsi que se comportaient ceux qui prétendaient comprendre la politique. Pour attirer d’une manière ou d’une autre l’attention de l’Empereur, ils entravaient quiconque risquait de se distinguer davantage qu’eux.
« Autrefois, l’Armée régulière n’aurait eu d’autre choix que de suivre. »
La Garde impériale, apparue un beau jour, considérait l’Armée régulière comme obsolète. Les nobles la méprisaient, la réduisant à une bande de vauriens qui ne connaissaient que les armes et les épées. Le palais impérial, lui, l’ignorait.
Malgré tout, l’Armée régulière occupait une position trop modeste pour faire la difficile.
« Plus maintenant. »
Un noble apparu de nulle part.
Un homme plus illustre que n’importe quel noble, plus riche que n’importe quel homme d’affaires. Aux yeux de Jens, il pouvait aisément rivaliser avec l’ensemble des entreprises de l’Empire réunies.
Il respectait l’Armée régulière et avait amélioré son traitement, tout en devenant celui qu’elle craignait le plus.
Le souvenir de l’incident au cours duquel des centaines de soldats corrompus de l’Armée régulière avaient été fusillés restait gravé dans les esprits.
« L’Armée régulière a déjà choisi qui elle suivrait. »
Bien entendu, dès le départ, la Garde impériale s’était montrée réticente à l’idée de faire appel à l’Armée régulière. Convaincue de pouvoir s’occuper seule de Yursled, elle avait même accueilli favorablement les excuses des officiers généraux de l’Armée régulière. Elle s’était moquée d’eux, les traitant d’imbéciles incapables de saisir une occasion qu’on leur offrait.
« Tout comme vous. »
Jens jeta un coup d’œil aux béquilles de Kai Han.
« … Vous êtes remarquable. »
Kai Han admirait Jens, son mentor politique. Depuis son bureau à la Garde impériale, Jens avait parfaitement décrypté la hiérarchie des pouvoirs, les rivalités et les mentalités de l’Armée régulière.
« Vous avez l’air de pouvoir rester dans l’armée encore plusieurs années. »
Jens esquissa un sourire.
« J’ai envie de vivre dans un endroit paisible, à présent. J’ai passé trop de temps à surveiller les expressions des autres. »
Puis Jens se tourna vers Kai Han.
« Vous avez l’air d’avoir beaucoup de projets. »
« … Oui. »
Kai Han hocha gravement la tête. Une lueur de colère passa dans son regard.
« Regardez ce que raconte le continent en ce moment. »
D’innombrables pays du continent insultaient l’Empire. En tant que soldat impérial, Kai Han ne pouvait pas rester sans réagir. Il attendait donc, aux côtés des adjudants qui l’avaient servi si longtemps, le moment de partir, l’appel de « cette personne »…
« … Soyez prudent. »
Jens reprit :
« Savez-vous pourquoi Sa Majesté l’Empereur fait autant confiance au chef de la maison Ebenholtz ? »
« Oui. Parce qu’ils ont combattu ensemble sur tous les champs de bataille et qu’ils les ont tous remportés… »
« Non. Ce n’était que le moyen d’y parvenir. »
Jens interrompit Kai Han et baissa la voix.
« Sebestian a prouvé sa loyauté jusqu’au bout. De ses propres mains, il a écrasé toutes les pousses. »
Des camarades qui auraient pu devenir de puissants ministres. Des subordonnés qui auraient pu fonder une maison.
Il avait abattu toutes les pousses qui auraient pu s’épanouir sous son nom, et réservé chaque victoire au seul Empereur.
« Sebestian fut le premier garde impérial. »
Le père de Maximilian, le chef de la maison Ebenholtz.
Si Maximilian se retrouvait dans la même situation, que choisirait-il ?
« … Ne vous approchez pas trop. Il faut toujours garder ses distances avec le soleil. »
Mais Kai Han n’avait pas besoin de ce conseil.
Kai Han avait déjà pris sa décision : servir la « Lune » jusqu’au bout.
« … Hm. »
Jens contempla Kai Han avec attention, puis releva un coin de la bouche.
Grincement.
Jens sortit un document d’un tiroir et le posa sur le bureau.
« Kai Han, voici votre affectation. »
« … »
Une écriture élégante. Dès qu’il la vit, un visage sembla surgir devant les yeux de Kai Han.
« Ouf… »
Kai Han plia soigneusement la lettre, la rangea, puis inspira profondément.
De son bras gauche, il retira le plâtre de son bras droit. Puis, à deux mains, il ôta l’attelle de sa jambe.
« Hm. Vous êtes déjà rétabli ? »
demanda Jens, surpris.
Kai Han se palpa à différents endroits et répondit :
« Oui. Je vais bien, maintenant. »
Le moment était enfin venu.
…
Le lieutenant général Maut, commandant du groupe d’armées impérial de l’Ouest, étudiait une carte du champ de bataille dans son bureau.
Les forces alliées avançaient prudemment, alternant bombardements d’artillerie et progressions. Elles se trouvaient déjà à soixante kilomètres à l’intérieur des frontières impériales. Ni vite, ni lentement.
Maut les avait retardées. Plusieurs avant-postes avaient été abandonnés comme des appâts, et aucune offensive d’envergure n’avait été lancée.
C’était pour obéir à l’ordre de les attirer « plus profondément à l’intérieur ».
Toc toc.
On frappa à la porte, interrompant les réflexions de Maut.
« Commandant. »
Un adjudant entra et lui tendit un document. C’était une enveloppe portant un sceau et une marque de classification.
Rrrip.
Le lieutenant général Maut brisa le sceau. À l’intérieur se trouvait un document, une liste interminable de soldats.
« … »
Tandis que Maut la parcourait ligne après ligne, marmonnant tout bas, un sourire s’étira lentement sur son visage.
Ces soldats lui étaient familiers.
Les noms de jeunes officiers que « lui » avait longtemps suivis de près et fait progresser grâce au patronage de la maison Ebenholtz.
« Les membres de l’Armée régulière figurant sur cette liste… »
Maut tendit la liste à l’adjudant.
« Envoyez-les tous au front. »
Puis Maut prit un journal. Chaque feuille regorgeait de railleries contre l’Empire.
« Distribuez-les à toutes les unités. »
C’était aussi de la propagande, destinée à remonter le moral des soldats et à attiser leur colère.
« Oui ! »
L’adjudant salua et sortit.
« Ha… »
Resté seul, Maut sentit soudain son sang bouillir.
La lointaine guerre de l’Ouest s’était estompée dans sa mémoire, et Maut avait bien vieilli depuis l’époque de Gennen. Alors, pourquoi ?
À mesure que les émotions de ce jour lui revenaient avec une telle vivacité, le bout de ses doigts se mit à trembler.
D’un bois qu’on croyait consumé jaillit la braise la plus ardente.
À mon âge, je vais de nouveau fouler un véritable champ de bataille.
…
La base de la septième division du quatrième corps blindé de l’Armée régulière impériale.
Bernhardt fut convoqué au bureau du commandant de division. Écarté jusque-là des fronts ouest et est, il entra avec des sentiments mêlés et découvrit que quelqu’un l’attendait déjà.
C’était Adel, son camarade de promotion à l’académie.
« … »
Adel et Bern échangèrent un regard et se tinrent côte à côte.
« Major Bernhardt. Major Adel. »
À l’appel du général de division Otto Krantz, le commandant de division, ils s’empressèrent de saluer.
« Major Bernhardt, à vos ordres ! »
« Major Adel, à vos ordres ! »
Le commandant de division s’adressa brièvement aux deux officiers.
« Vous avez une affectation. »
« … ? »
Cette affectation tombait à l’improviste. Le commandant de division leur annonça leur date de départ.
C’était le lendemain.
« Et aussi… »
On remit une lettre à chacun d’eux.
Des enveloppes luxueuses, couvertes d’une écriture élégante.
Sur le devant, on lisait : « Au major Adel » et « Au major Bernhardt ».
Au dos, le nom de l’expéditeur était…
« Considérez cela comme un honneur. »
Comme venait de le dire le commandant de division.
Adel et Bern rangèrent soigneusement les lettres dans leurs uniformes, puis levèrent la main à leur tempe.
« Fidélité ! »
Peut-être ne saluaient-ils pas le commandant de division, mais « lui ».
…
L’hôpital militaire national de l’Empire. Construit grâce aux dons de Maximilian, les soldats l’appelaient aussi l’hôpital Ebenholtz. C’était l’un des plus grands avantages offerts par l’Armée régulière impériale.
Un bon nombre de gens de basse extraction s’étaient portés volontaires pour servir dans l’armée grâce à cet hôpital.
« Hum… »
Le lieutenant général Schweitzer avançait dans le couloir en regardant autour de lui.
« Il y a beaucoup de visages familiers, ici. »
Même en plein traitement, il avait l’air incrédule.
« Combien y a-t-il d’étoiles ? »
Des officiers généraux traversaient l’hôpital. La plupart étaient en civil. Avaient-ils tous décidé de simuler une maladie, ou étaient-ils vraiment souffrants ?
Schweitzer n’en savait rien.
« Lieutenant général Schweitzer ? »
Un médecin s’approcha et lui tendit une ordonnance.
« Voici deux semaines d’antalgiques et d’anti-inflammatoires. Il faudra contrôler votre blessure par balle. Veuillez revenir dans deux semaines. »
« Ah, oui. »
Il prit l’enveloppe.
« Je repasserai peut-être. J’ai mal partout, ces derniers temps… »
Le médecin sourit, puis Schweitzer quitta l’hôpital.
À noter qu’il n’avait rien à payer. Les soldats de l’Armée régulière et leur famille proche étaient soignés gratuitement.
C’était donc pour ça que les soldats répétaient sans cesse : « Maximilian, Maximilian. »
« J’ai faim. »
Il comptait rentrer à son logement et se reposer un peu, mais alors…
Vroum !
Un camion militaire s’arrêta brusquement devant lui. Schweitzer fronça les sourcils.
« C’est quoi, ce bordel ? »
Clac.
L’un des passagers descendit et le salua. Schweitzer l’observa d’un air contrarié.
« Lieutenant général Schweitzer. Cette fois… »
« Je rentre avec une ordonnance. »
Schweitzer coupa le soldat.
« J’ai peut-être un cancer. »
Mais le soldat continua, obstiné :
« Lieutenant général Schweitzer, on m’a demandé si vous étiez prêt. »
« Prêt pour quoi ? Vous n’avez pas entendu ce que je viens de dire ? »
« Si, monsieur. »
« Quoi ? »
Comment ce lieutenant-colonel osait-il lui répondre ?
« Tenez. Veuillez prendre ceci. »
L’officier lui tendit une lettre. Ce n’était pas un document militaire. Rien qu’au toucher, le papier était différent. Un papier doux et lisse, provenant d’une maison noble.
Frouf.
L’enveloppe s’ouvrit comme de la soie.
Le message à l’intérieur était bref.
Bref, mais parfaitement clair.
Le cœur de Schweitzer se mit à battre à tout rompre.
« Qu’en pensez-vous ? »
demanda le lieutenant-colonel.
« Hum… »
Schweitzer croisa les bras et fit mine de réfléchir. Il eut du mal à réprimer le sourire qui lui montait aux lèvres. Il songea à se faire désirer, mais finit par ne plus pouvoir se retenir.
Schweitzer éclata de rire et répondit :
« Dites-lui que je pense être presque prêt. »
Maximilian m’avait appelé.
Ce salaud voulait se battre à mes côtés sur le même champ de bataille.
…
Leutern II s’était montré réservé lorsqu’il parlait de cette guerre.
Bien entendu, les difficultés de la Garde impériale le mettaient en rage.
« Devrais-je prendre le commandement sur le terrain ? » J’avais hésité, mais comme Père était souffrant, j’avais préféré laisser Maximilian prendre les devants.
De toute évidence, Maximilian était un ami bien plus digne de confiance que ces salauds de la Garde impériale.
Ainsi, chaque fois qu’il croisait des types de la Garde impériale comme Grossmann, il échangeait des regards noirs avec eux, les dénigrait dans leur dos et s’employait à infléchir l’atmosphère du palais impérial dans ce sens.
Et enfin, ce jour-là.
Une réunion importante fut convoquée dans la grande salle du palais impérial.
Cela signifiait que la famille impériale — autrement dit, Sa Majesté l’Empereur — avait pris une décision.
Toutefois, Sa Majesté ne sortit pas du Sanctuaire très saint. Justine, l’héritière de l’Empereur, prit sa place.
« … »
Le trône de l’Empereur.
La Princesse impériale se tenait à côté, près du siège vide.
À droite, dans la salle, se tenaient le secrétaire en chef Grossmann et les hauts responsables de la Garde impériale, suivis par une rangée d’uniformes noirs.
Leutern se plaça naturellement à gauche. Il n’avait aucune envie de se tenir avec ces salauds.
Les nobles et les fonctionnaires du palais impérial se regroupèrent eux aussi autour de Leutern. Le ministre des Affaires étrangères Steller, le chef d’état-major Berens et d’autres encore.
La grande salle se divisa en deux camps.
La Princesse impériale les observa tous et prit la parole.
« D’innombrables voix insultent l’Empire. »
Leutern le savait, bien sûr. Les invectives grossières et misérables du continent étaient sans cesse traduites et diffusées dans tout l’Empire.
« Pourtant, Sa Majesté l’Empereur n’est pas déçu par l’état actuel de la guerre. Il n’y voit que les aboiements de chiens effrayés. »
Cela signifiait néanmoins que l’Empereur continuerait de garder la Garde impériale à ses côtés. Une clémence qui ne les blâmait pas, mais les protégeait au contraire.
Un murmure discret parcourut les rangs de la Garde impériale.
« Cependant, les chiens qui aboient doivent recevoir un châtiment plus lourd et être affrontés avec une épée plus acérée. »
La Princesse impériale allait donc annoncer ceci :
« Sa Majesté brandira l’épée de l’Empire. »
Autrement dit, la Garde impériale ne pourrait finalement pas devenir l’épée de l’Empire.
Une agitation discrète s’éleva dans la salle. Leutern jeta un coup d’œil à Grossmann. Le salaud s’efforçait bel et bien de maîtriser son expression, mais sa tempe venait de tressaillir légèrement.
Hé.
Leutern ravala son rire devant ce spectacle particulièrement réjouissant.
…
« Sa Majesté brandira l’épée de l’Empire. »
Les paroles de la Princesse impériale, écrites comme si elles venaient de sa propre voix.
Kairon, le commandant des chevaliers, lisait le message adressé à l’Ordre des Sentinelles en attendant quelqu’un.
« L’épée ira sur tous les champs de bataille impériaux, au seul service de Sa Majesté l’Empereur. »
Enfin, l’Ordre des Sentinelles serait déployé et investies de l’autorité qui leur revenait.
« Le plus grand châtiment de l’Empire s’abattra sur tous ceux qui l’ont insulté. »
Toc toc.
Kairon sourit en entendant frapper au bon moment.
« Partout où parviendra la volonté de Sa Majesté, l’épée de l’Empire abattra ses ennemis. »
Peu après, la porte du bureau du commandant s’ouvrit.
« Que nul ne doute de l’épée de l’Empire. »
Kairon se leva.
Il regarda l’homme qui approchait.
« Douter de l’épée, c’est douter de l’Empire. »
Un uniforme de l’Ordre des Sentinelles. Des cheveux et des yeux dorés, symbole des Aran plus éclatant qu’aucun autre. Un visage serein comme un lac gelé.
L’homme le plus beau que Kairon eût jamais vu.
« Il se nomme… »
Kairon prononça son nom.
« Maximilian Ebenholtz. »
* * *
La retraite de la Princesse impériale.
Dans cet endroit où l’air était pur et paisible, Justine lisait seule.
Frouissement.
Le livre s’intitulait « Baltaras » ; c’était la lecture obligatoire dans l’Empire avant « Au clair de lune » de Maximilian.
Frouissement.
Elle tournait les pages d’une main et tapotait distraitement la table de l’autre.
Frouissement.
Bientôt, elle sentit « son » arrivée.
Frouissement.
Ses pas ne trahissaient ni hâte ni hésitation.
Frouissement.
L’air s’agita doucement, puis il s’assit en face d’elle.
Toc.
Justine referma son livre. Elle fixa le devant d’elle, faisant semblant d’être calme.
« … »
Maximilian était là.
Son visage n’avait ni partie centrale trop longue, ni mâchoire anguleuse, ni imperfection, ni ride. Tout était parfait.
Il laissa ses mains reposer naturellement à ses côtés. Son regard ne dépassait pas d’un pouce la hauteur des yeux de la Princesse impériale et ne s’abaissait pas davantage.
« Vous êtes venu. »
À ces mots de Justine, il hocha tranquillement la tête, aussi impeccable et irréprochable que toujours.
« Cela fait longtemps, Votre Altesse. »
Sa voix était limpide et transparente comme le cristal. Elle était fort agréable à entendre.
« Mangeons d’abord. »
« Oui. »
Le repas fut servi peu après.
Aucun des deux ne parla.
Justine elle-même voulait garder le silence et n’avait pas envie de parler ; Maximilian comprenait ce qu’elle souhaitait.
Mais le silence était dangereux.
Au moindre geste déplacé, chaque bruit résonnait avec une force particulière.
Par exemple, le choc d’un couteau contre une assiette, le bruit d’un verre qu’on reposait ou quelqu’un qui mâchait trop fort…
Rien de tout cela ne s’appliquait à Maximilian.
Ses couverts ne s’entrechoquaient pas. Son verre se reposait sans bruit. Son couteau ne touchait que la viande, et il mâchait la bouche fermée.
Il partageait son repas avec elle sans la déranger le moins du monde ; ni tendu ni intimidé, il faisait preuve d’une courtoisie infinie.
Il était simplement silencieux.
Et élégant.
La Princesse impériale acheva son repas confortablement pour la première fois depuis des semaines, mais le problème survint après.
« L’est et l’ouest. Quel front comptez-vous régler en premier ? »
Elle demanda à Maximilian lequel des deux fronts il souhaitait prendre en charge en premier.
Il pouvait choisir le camp qu’il voulait.
« … »
Maximilian s’essuya la bouche avec sa serviette.
« Quel front… »
Tandis qu’il réfléchissait, Justine se dit :
Même Maximilian, dans une telle situation, commencerait probablement par maudire la Garde impériale et réparer les dégâts causés par son échec.
Ou peut-être laisserait-il la Garde impériale s’effondrer et s’occuperait-il d’abord de l’ouest.
« Est-il nécessaire de choisir ? »
Mais Maximilian reprit :
« Je vais écraser et massacrer en même temps ces salauds de l’est et de l’ouest. »
Sa confiance dépassait une fois de plus les attentes de Justine, et sa voix ne tremblait pas le moins du monde.
« Je montrerai au continent la stature de l’Empire. »
Il ne rejetait la faute sur personne. Il ne choisissait pas son adversaire.
Il déclarait simplement qu’il les abattrait tous.
« … »
Justine garda le silence, mais ses lèvres serrées dessinaient déjà un sourire.
Voilà ce que devait être l’épée de l’Empire.
À présent, Justine voulait faire confiance à Maximilian.
Elle avait trouvé une raison de se fier à lui.
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