Chapitre 284
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Traducteur : Bébé qui tousse
Éditeur : Bébé qui tousse
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Chapitre 284 : La lettre (2)
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À la périphérie de Hailand. Un matin, après la dissipation du smog. Les ponts luisaient en vert au-dessus de la mer, et les flèches des tours se débarrassaient de leurs derniers voiles de brume.
« … »
Je me tenais au bord de la route, contemplant Hailand.
« Le paysage n’est pas mal, une fois le smog dissipé. »
C’était Hanna.
Tout en retirant son manteau, elle me demanda :
« Ça ne vous dérange pas de ne pas monter la garde ? La lettre a été remise. »
« Ça va. »
Je répondis sans quitter des yeux la villa de Gary Beaufort, au loin.
« S’il se suicide même après avoir reçu cette lettre, c’est simplement le genre d’homme qu’il est. »
Ce n’était qu’une lettre, mais le poids du nom de son auteur n’avait rien de léger. Une lettre d’une personne célèbre ne pouvait que laisser une impression.
J’en avais moi aussi gardé le souvenir, depuis longtemps.
« Hanna. »
Je me tournai vers elle.
« Oui ? »
« Que pensez-vous de la Loi impériale sur les lignées ? »
« Je pense que cette distinction est tout à fait légitime. »
Elle répondit sans hésiter.
« Alors, que distingue exactement la lignée ? »
Hanna sourit, comme si elle avait déjà tout appris par cœur.
« Les bâtards Izenheim ont le nez crochu, les yeux humides, de longs doigts, et le nez qui frétille quand ils flairent l’argent… »
Je secouai la tête.
« Ces stéréotypes s’appliquent tout autant aux Mer. Non, historiquement parlant, ils sont même encore plus profondément ancrés chez les Mer. On les méprise ainsi depuis bien plus longtemps… »
À l’origine, les symboles des Mer étaient la barbe et le chapeau. Leur emblème était un motif de six cercles qui se chevauchaient.
On leur avait d’abord attribué toutes sortes de traits « laids ».
Parce qu’ils gagnaient plus d’argent que nous, calculaient plus vite que nous les profits et les pertes, et vivaient avec plus d’acharnement que nous.
À un moment donné, les Izenheim s’étaient mêlés à tout ça. Comme s’ils se faisaient passer pour des Mer, ils avaient emprunté leurs visages, leurs rumeurs et même les fausses accusations portées contre eux.
« Les Mer suivent la foi Mer. Leur doctrine est plutôt honnête. Ne truquez pas les balances, ne dissimulez pas les défauts, ne volez pas à autrui son jugement… Bien sûr, tous les Mer ne suivent pas cette doctrine. »
Avant mon retour, le peuple que l’Empire avait véritablement dévasté était davantage celui des Mer que celui des Izenheim. Les Izenheim s’étaient rassemblés et avaient résisté à leur manière, mais les Mer avaient souffert, dispersés aux quatre vents.
Tout ce qu’ils avaient construit — leurs actifs financiers, leurs ateliers, leurs brevets et leurs écoles — leur avait été arraché. L’Empire avait massacré plus de la moitié de leur population.
Naturellement, les Izenheim avaient occupé les places laissées vacantes.
« Je pense que l’histoire compte encore plus que la lignée. »
« L’histoire… ? »
« Oui. »
Je plongeai les yeux dans ceux de Hanna.
« L’histoire est le récit de l’humanité. »
« C’est vrai ! »
Sa voix s’éleva soudain.
« Vous aussi, vous accordiez une importance incroyable à l’histoire dans Clair de lune en contrebas. »
« …Oui, c’est vrai. Au cours des mille ans d’histoire de l’Empire, les historiens ont consigné avec impartialité ce qu’ils ont vu et entendu. »
Les mots que l’humanité avait couchés sur le papier constituaient des indices sur les Izenheim, cette espèce venue d’ailleurs.
« Les Izenheim sont apparus soudainement dans ces récits. »
Des intrus qui avaient surgi brusquement quelque part sur le continent, se proclamant Izenheim afin de former un peuple, une communauté entre eux.
« …Des sous-humains. »
Hanna répéta ces mots avec un sérieux saisissant. Son expression laissait penser qu’elle gravait chacune de mes paroles dans son esprit.
« C’est ça. Ils pillent les fondements de l’Empire et de la civilisation humaine… »
« Et ils commettent des escroqueries. »
Hanna ajouta ces mots.
Eh bien, elle avait apparemment eu bien des ennuis avec eux, elle aussi.
« Oui, ils escroquent les gens aussi. Mais, au bout du compte, ils entraîneront le continent… »
J’avalai le mot « destruction ». Même si l’idéologie de Hanna s’était adoucie au fil des ans, ce mot restait trop incroyable.
« Ce sont des sous-humains qui causeront le plus grand tort à ce continent. »
Des démons mêlés aux hommes.
Les éliminer était ma vocation.
« J’ai toujours été faible et tendre, mais… »
« Vous n’en avez pas du tout l’air. »
« …Je l’étais, avant. »
Les faibles avaient du mal à prendre des décisions.
C’était justement pour cela qu’une fois leur choix fait, ils ne revenaient jamais en arrière.
« Si j’ai changé à ce point, c’est à cause des Izenheim. Ils ont créé le monstre que je suis. »
« … »
Hanna resta silencieuse un instant.
« Alors… qu’avez-vous vu, messire chevalier ? »
Elle posa la question après une longue hésitation.
Elle voulait sans doute parler d’autre chose que moi, mais je répondis clairement.
« Une catastrophe comme le continent n’en a jamais connu. »
Un monde en ruines. Une humanité dispersée, fragmentée au-delà de toute réparation.
Mais je ne pouvais pas lui expliquer tout cela…
« Je vous demande seulement de me faire confiance. »
Hanna fixa le vide, le visage empreint d’une étrange expression.
La lumière du soleil, étincelant sur le fleuve de Hailand, illumina soudain son sourire.
« …Messire chevalier, vous avez brûlé le journal de Jacob. Je l’ai appris par l’instructeur. Sans vous, aurais-je été exécutée à cause de cette fausse accusation ? »
Sans doute.
Hanna, avant mon retour, tu n’avais jamais existé sur le continent.
« Je déteste les Izenheim autant que vous. »
Sa voix vibra d’une émotion singulière.
« Moi aussi, j’ai le droit de haïr cette race. »
Un écho venu de mon lointain passé. Les voix de ceux qu’on appelait « criminels de guerre ».
La haine et l’hostilité. Des yeux emplis de conviction.
Ces gens, si déterminés, si inébranlables et si sûrs d’eux, se confondaient avec Hanna.
« Il doit bien y avoir une raison à cette odeur de poisson que les Yaken détectent. »
Hanna Usar était-elle devenue, d’une manière ou d’une autre, une personne de cette génération faite pour la guerre ?
…Peut-être.
Peut-être que nous étions tous déjà devenus ainsi.
* * *
Gary Beaufort resta quelque temps à l’écart du monde après ce jour-là. Les rumeurs de suicide, de convalescence et d’exil se répandirent, mais il était vivant.
« …Qu’avez-vous dit ? »
Je n’avais plus le temps de m’inquiéter pour Gary.
Schatz était soudain venue me voir.
« Il semblerait que l’institut de recherche ait trouvé un moyen de distinguer les Izenheim des autres races… »
Le bureau des chevaliers de l’Ordre des Sentinelles.
À ces mots, mon corps bougea de lui-même.
Sous terre. Un institut de recherche sans nom. Un lieu que j’avais préservé en réglant les dettes astronomiques de Hector Mason.
« Messire chevalier Maximilian. »
Le chercheur en chef me conduisit dans une pièce.
« C’est lui. »
Un nouveau chercheur nommé Bernd. Un jeune homme de vingt-cinq ans, avec des cernes sous les yeux.
Je lui demandai d’un ton pressant :
« Vous avez réussi à distinguer les Izenheim ? »
« Euh… eh bien… je doute que ce soit vraiment exploitable… »
Pourquoi parlait-il si lentement ?
« Exploitable ? »
« Oui. On ne peut pas les distinguer quand ils sont vivants… mais quand ils sont morts… »
« On peut ? »
« Oui… J’ai découvert quelques différences. »
« C’est la forme du cœur ? »
Les Izenheim avaient des cœurs de forme différente. Mais il s’agissait d’une mutation magique, qu’on retrouvait aussi chez les Dromon, les Elena, et même chez certains humains qui avaient cultivé la magie de manière inhabituelle. Jusqu’à présent, une autopsie ne permettait pas de les distinguer clairement.
« C’est assez proche, mais ce n’est pas ça. »
Le chercheur fit apporter un cadavre d’Izenheim. Sa poitrine était ouverte, et le corps avait été congelé. Georgen l’avait envoyé.
« Certains Yaken disent que les Izenheim ont… une odeur de poisson ? Comme du poisson… »
Le conflit entre les Yaken et les Izenheim ne datait pas d’hier.
À vrai dire, je l’avais encouragé.
Les Izenheim essaieraient maintenant à coup sûr de tuer les Yaken, et le seul moyen de protéger ces derniers était de les rendre méfiants envers les Izenheim eux-mêmes.
« Alors, j’ai mesuré la teneur en eau de leurs cœurs. »
« La teneur en eau ? »
« Oui. Odeur de poisson, eau. »
« … »
Mon esprit se vida un instant.
La lampe éclaire mieux à son pied. C’était vraiment le cas.
J’avais toujours entendu les Yaken dire que les Izenheim sentaient le poisson.
Les Yaken n’avaient jamais dit que la vérité et donné des indices.
« Au début, j’ai examiné le corps entier… mais la quantité totale d’eau dans le corps était similaire chez presque toutes les races… »
Mais le cœur, lui, était différent.
« Quand j’ai mesuré séparément la teneur en eau du cœur… »
« Le résultat était différent ? »
« Oui. »
À sa réponse, mon cœur se mit à battre la chamade.
« Si on prélève un morceau du tissu cardiaque et qu’on en mesure le poids humide, puis qu’on le fait sécher dans un four avant d’en mesurer le poids sec… la différence correspond à la teneur en eau. »
Bernd désigna la balance et le four à côté de lui. C’étaient des instruments tout à fait ordinaires.
« Après la mort… il faut environ trois jours à température ambiante pour que la quantité d’eau dans le corps diminue sensiblement… Il faut donc effectuer le test dans ce délai… »
« Allez à la conclusion. »
« Oui. Le cœur d’un humain ordinaire contient entre 74 et 79 % d’eau… tandis que celui des Izenheim en contient entre 82 et 86 %. Sur les trente-trois cadavres autopsiés jusqu’à présent. »
« Peut-on considérer cela comme significatif ? »
« Dans certaines circonstances, oui… même si les patients atteints de myocardite peuvent aussi présenter des chiffres aussi élevés. »
« Mais toute une race ne peut pas être atteinte de cette manière. »
« Oui. »
Il me tendit les documents.
Un graphique montrait que la teneur en eau du cœur de toutes les autres races se situait dans la tranche des 70 %.
Les Izenheim, en revanche, se trouvaient dans celle des 80 %.
Bien sûr, ces faits ne suffisaient pas à accuser les Izenheim d’être une espèce venue d’ailleurs. Leur réfutation était évidente.
« Une mutation provoquée par la magie. Malgré tout, nous sommes des humains comme les autres. »
Mais ce qui comptait à mes yeux, c’était que je pouvais les distinguer clairement.
Même si ce n’était qu’à partir de cadavres.
« …Bernd, c’est bien ça ? »
Ma voix trembla, ce qui n’avait rien de digne.
« Oui… »
Il parlait lentement, mais c’était un jeune homme que j’avais envie de serrer dans mes bras.
Après avoir traversé des décennies pour revenir en arrière, après avoir amassé un budget sans fin et déployé des efforts sans fin, j’avais enfin mis la main sur un indice d’une grande importance pour l’humanité.
J’avais obtenu une preuve.
Certains rejetteraient cela comme un raisonnement discriminatoire, mais, pour moi, c’était la première science capable d’identifier les Izenheim.
« Si vous voulez quelque chose, dites-le-moi. »
« Euh… »
Bernd cligna des yeux, l’air de réfléchir intensément.
« Hum… »
Après avoir passé sa jeunesse dans cet institut à manipuler des centaines de cadavres d’Izenheim, à poser leurs cœurs sur des balances et à les faire sécher dans des fours, son souhait était…
« Peut-être une maison, quelque part dans le dixième district de la capitale… »
D’une banalité affligeante.
* * *
Un jour de janvier, à la fin de l’hiver.
[ Gary Beaufort annonce sa démission ]
Gary Beaufort avait enfin démissionné.
Une liaison avec une Impériale mariée, qui s’était même suicidée. L’affaire s’était enchevêtrée de façon si sordide qu’il était impossible de la réduire à un simple scandale.
Damian avait été nommé prochain Premier ministre, mais il ne resterait sans doute pas longtemps en poste.
Gary Beaufort était né dans une famille prestigieuse, qui avait donné des générations de politiciens. Il n’avait suivi que le parcours d’une élite parmi les élites, l’un des grands piliers de Hailand.
Damian n’était pas de cette trempe. C’était un législateur issu d’une famille assez aisée, entré en politique par la voie ordinaire. Il n’était guère plus que l’ombre de l’arbre qu’était Gary Beaufort.
À cet égard, la situation ressemblait vaguement à celle de l’Empire.
Ils accepteraient qu’un Ebenholtz se tienne au-dessus d’eux.
Mais toi, qui étais-tu donc ?
…La situation politique se dégradait ainsi.
Au Parlement de Hailand, on se pencha sur l’accord de Genson. La sympathie pour Bolska commença à grandir.
Sans doute — non, certainement — les Izenheim avaient-ils manipulé l’opinion publique.
Prozen s’était inquiété de l’accord de Genson dès le début. La paix à Genson avait donc sombré dans l’« histoire honteuse » quatre mois seulement après sa signature.
Gary Beaufort m’avait laissé une lettre.
[Messire Maximilian. J’ai bien reçu votre lettre. Je ne vous écrirai pas ce qu’elle a représenté pour moi, car j’ai le sentiment que le coucher par écrit le rendrait, d’une certaine manière, moins important…]
[Je vous suis reconnaissant de votre proposition, mais je ne pense pas que nous pourrons nous revoir avant longtemps. Je ne peux plus me montrer en public, tandis que vous, vous vous présenterez devant un public encore plus nombreux à l’avenir.]
L’écriture de Beaufort était remarquablement soignée.
Peut-être parce que j’étais moi aussi né aristocrate, malgré moi, ce genre de détail attirait mon attention.
[Je n’ai qu’une chose à vous écrire. Je m’inquiète de ce que l’Empire fait, et compte faire, aux races minoritaires. Je crains plus encore que cette inquiétude ne prenne un jour le visage de la guerre et ne se présente devant le continent.]
[Si vous pouviez montrer aux autres peuples, aux autres races, le caractère, les égards et la courtoisie dont vous avez fait preuve envers nous, je crois que le continent en serait plus lumineux.]
[Vous pouvez balayer cela d’un rire, comme le vœu futile d’un homme qui a quitté ses fonctions.]
Je souris faiblement en lisant ces lignes.
[…Un jour, quand davantage de temps aura passé, quand le continent sera apaisé et pourra véritablement aimer la paix.]
[Ce jour-là, je viendrai d’abord à Lilac Vita…]
« Je l’ai bien reçue. »
Je pliai soigneusement la lettre et la rangeai dans un tiroir.
« Merci, messire Stanley. »
Stanley, l’ambassadeur de Hailand auprès de l’Empire, s’était donné beaucoup de mal à faire la navette entre la famille impériale et ma résidence pendant les négociations de l’accord de Genson. Il allait bientôt être rappelé dans son pays.
On l’insultait déjà en le traitant de « larbin de l’Empire ».
« …Je suis désolé. »
Stanley baissa la tête à son tour.
« Messire chevalier. Arthur Winston et ses partisans refusent tout simplement d’abandonner l’idée que l’Empire déclenchera une guerre. Ils traitent cela comme s’il s’agissait d’un mythe. »
« Ce n’est pas grave. Il y a des choses qui ne se passent pas comme on le voudrait, quels que soient les efforts qu’on déploie. »
Hailand était une grande puissance. Bien qu’il s’agît d’un État insulaire, son territoire était bien plus vaste que celui de Kanillan. La fierté de pouvoir tenir tête à l’Empire faisait partie de l’essence même du pays.
Autrement dit, tôt ou tard, il faudrait vaincre cet adversaire au combat.
« Malgré tout, messire Stanley, veuillez transmettre ce message. Ne le rendez pas public. Dites qu’il s’agit d’un petit mot de Maximilian. »
« Oui. »
Je choisis mes mots un instant.
Puisque ces paroles seraient transmises aux législateurs de Hailand, je devais faire preuve d’un minimum de prudence.
« …Je regrette profondément la démission du Premier ministre Gary Beaufort. »
« J’aimerais… j’aimerais que mon nom y figure aussi. »
Stanley m’interrompit soudain.
« ? »
Je penchai la tête. Stanley insista pour ajouter une phrase.
« Je regrette profondément la démission du Premier ministre Gary Beaufort et le “rappel de l’ambassadeur Stanley”… »
Stanley semblait avoir une haute opinion de soi.
Quoi qu’il en soit.
« Oui. Je regrette profondément la démission du Premier ministre Gary Beaufort et le rappel de l’ambassadeur Stanley. »
« Merci. »
Je poursuivis :
« Je pense que l’Empire aura désormais du mal à dialoguer avec Hailand. »
« … »
Stanley prit un air indéchiffrable. Le souhait de voir les choses s’effondrer sans y prendre part semblait entrer en conflit avec celui de voir son pays rester en sécurité.
« Vous le savez aussi, messire Stanley. Damian n’est qu’une marionnette, et Arthur Winston regagne en popularité. »
Arthur Winston avait prédit l’impitoyable Loi impériale sur les lignées et dénoncé pendant des années l’agressivité de l’Empire.
De fait, il avait été choisi pour devenir le prochain Premier ministre de Hailand, comme avant mon retour.
« Et voilà que notre ambassadeur Stanley s’en va, lui aussi. »
« Hop ! »
Stanley ne put retenir un rire en m’entendant employer cette formule respectueuse. Après l’avoir laissé échapper, Stanley reprit aussitôt un air sombre.
« L’Empire ne voudra plus parler à qui que ce soit. »
« … »
La guerre éclaterait avant la fin de l’année.
Mais même moi, j’ignorais comment elle se déroulerait. Les Izenheim voulaient la guerre, de toute façon.
« Oui. »
Stanley acquiesça avec fermeté.
« Je transmettrai tout cela de manière officieuse. »
Stanley se leva, s’inclina poliment et s’apprêtait à partir quand…
« Messire Stanley. »
Je l’arrêtai un instant.
« Oui, messire chevalier ? »
« J’ai entendu dire qu’à Hailand, on vous surnommait “le diplomate qui ne se soucie que de l’Empire”. »
Une photographie de Stanley quittant Lilac Vita en état d’ivresse avait été prise, et l’addition exorbitante du restaurant avait fait la une des journaux. Le public et les chroniqueurs s’étaient violemment déchaînés contre Stanley.
Alors, à cette personne déjà meurtrie par une telle humiliation…
« Ne vous souciez pas de ces insultes. »
Je lui adressai quelques mots bienveillants.
« Vous avez fait ce qu’il fallait, messire Stanley. »
L’Empire n’avait pas l’intention de perdre.
Il mènerait une guerre plus vaste qu’avant mon retour, et remporterait une victoire plus écrasante.
Et quand ce jour viendrait…
Vous, qui aviez voulu dialoguer avec l’Empire, au contraire…
« L’histoire vous rendra justice. »
« … »
Stanley avait l’air sur le point de pleurer.
« Merci ! »
Essuyant de vraies larmes de sa manche, Stanley détala dans un grand fracas, comme un personnage de dessin animé, en tentant de cacher ses pleurs.
« …C’est une personne intéressante. »
Schatz émergea de l’obscurité, dans un coin de la salle de réception.
Je répondis avec un soupir, ou presque.
« La plupart des gens deviennent intéressants en ma présence. »
Des gens qui n’avaient rien de ridicule, en temps normal.
Même les personnes dignes et puissantes, pleines de convictions et de volonté, perdaient une grande partie de leur poids face à moi.
« C’est pour cela que je dois redoubler de prudence. »
Je me méfiais de moi-même.
Dès que je me griserais de ma propre personne, je deviendrais un homme de pouvoir comme les autres.
Et dès que je deviendrais un homme de pouvoir comme les autres…
Je perdrais contre eux.
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