Chapitre 283
Traductions WeTried
Traducteur : Coughing Baby
Relecteur : Coughing Baby
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 283 : La lettre
──────
Le « scandale Gary Beaufort », qui impliquait le Premier ministre de Hailand, secoua le monde entier. Il se répandit aussitôt à Prozen, dans l’Empire et jusque dans les pays de l’Est, notamment à Lobrus.
« Ainsi, le très honorable Premier ministre accepte au grand jour l’argent et l’amitié de l’Empire, tout en entretenant une maîtresse en secret ! »
Ces mots résonnèrent dans l’Assemblée commune.
« Surtout, l’Assemblée commune ne doit pas prendre à la légère le fait que cette femme soit une citoyenne impériale. »
Arthur Winston, lui, ferma lentement les yeux. Les propos d’une cruauté excessive dirigés contre Gary Beaufort le révoltaient.
« Si la chambre à coucher du Premier ministre n’est pas convenablement sécurisée, comment pouvons-nous être certains que ses tiroirs le sont ? Le Premier ministre a le devoir d’expliquer au public qui était cette femme et ce qu’elle lui a dit. »
Des paroles qui ternissaient le caractère, la moralité et l’honneur de Gary.
Des paroles d’une politesse formelle, mais d’une acuité redoutable.
« Quand le public élève quelqu’un au-dessus des autres, cette personne doit se montrer d’autant plus irréprochable. Pourtant, grisé par son statut, le Premier ministre s’est montré bien trop imprudent… »
Arthur serra les dents.
À la fin, il ne put plus supporter ces paroles écœurantes.
« Assez de ces sottises ! »
Il n’avait pas le droit de prendre la parole, mais frappa le sol de sa canne.
Boum !
Le bruit retentissant attira tous les regards. Arthur s’exprima depuis sa place, et non depuis la tribune.
« Est-ce vraiment le moment de débattre aussi longtemps des défauts d’un seul homme ? À l’extérieur de cette Assemblée commune se dissimule quelque chose de bien plus terrifiant, de bien plus important et de bien plus urgent que la chambre à coucher d’un homme, de bien plus urgent que n’importe quel simple individu ! »
Arthur déplia les documents et les photographies qu’il avait apportés.
« L’Empire applique une loi sans précédent qui confisque les biens des races minoritaires. »
La Loi impériale sur les lignées. Des camps. Des familles entassées dans des camions. Des gens abandonnés dans les rues de Bolska.
Il brandit les photographies l’une après l’autre.
« Qui peut affirmer que nous ne serons pas les prochains ? Hailand compte aussi de nombreuses races minoritaires. Ce sont des habitants de Hailand, eux aussi ! »
« … »
Les députés du parti au pouvoir gardèrent le silence. Leonard et les députés de la Société des Apôtres Gris, eux, se rembrunirent. Ils échangèrent des regards, prêts à saisir le moment opportun.
« Pour commencer, l’efficacité de l’accord de Genson est douteuse. Mes chers collègues, vous devez savoir que les tensions n’ont pas cessé le long de la frontière de Bolska. Si vous l’ignorez, il est temps de vous renseigner. »
L’Empire avait déployé des troupes sur le territoire cédé par Bolska. Il y avait même établi des lignes de ravitaillement et des bases.
Autrement dit, les forces armées impériales s’étaient installées le long de la frontière de Bolska.
« Leurs intentions sont trop évidentes. Hailand doit s’allier dès maintenant à Prozen, Yursled, Bolska et aux autres nations ! »
L’atmosphère de l’Assemblée changea. Des murmures s’élevèrent sur les bancs de l’opposition et plusieurs membres du parti au pouvoir relevèrent la tête.
« Nous devons conclure un pacte de défense collective ! »
Boum !
À l’instant où Arthur abattit le poing sur son pupitre…
« C’est vrai ! C’est vrai ! »
Le cri partit de quelque part et envahit l’Assemblée, se propageant du fond vers l’avant, puis de l’avant vers le fond. Certains soupirèrent en marmonnant : « Encore ce belliciste… » Les ministres du premier rang restèrent assis, les bras croisés.
Pendant ce temps, Leonard, ministre de l’Armée, et ses compagnons…
« … Faisons monter la tension pendant une semaine environ, puis mettons-y fin. »
Face à face, ils discutèrent à voix basse d’un certain « stratagème ».
…
Le bureau du Premier ministre.
Pendant toute une semaine, des chants las scandant « Gary doit s’expliquer ! » résonnèrent derrière les fenêtres.
Gary Beaufort était assis, le visage crispé.
« Gary. Vous ne vous souvenez vraiment de rien ? »
« … »
Il acquiesça.
Ce jour-là, il avait bu beaucoup de vin lors d’un dîner. Il était de bonne humeur.
« Vous connaissiez cette personne ? »
« … »
Il se contenta d’acquiescer.
« Alors quelqu’un a peut-être drogué votre verre. C’est possible, non ? On ne se soûle pas autant du jour au lendemain. »
Malgré tout, Gary Beaufort ne répondit pas.
« … Où est cette femme, maintenant ? »
Le ministre des Affaires étrangères Damian était le seul membre du cabinet à qui Gary pouvait parler franchement.
Aux paroles de Damian, Gary ferma doucement les yeux.
Damian lut quelque chose sur son visage.
« Se pourrait-il que… vous ayez eu des sentiments pour elle ? »
Gary finit par répondre, après un long moment.
« Je l’appréciais. Elle me plaisait. »
Ils s’étaient rencontrés pour la première fois lors d’une collecte de fonds, puis s’étaient recroisés à quelques reprises dans des réceptions mondaines. Une ou deux fois, il avait partagé un repas avec elle et son mari, un marchand impérial. Comme elle connaissait bien la vie et les rouages de l’Empire, ils avaient pu discuter.
C’était tout.
« L’amour… Je suis assez vieux pour en connaître la différence. »
Aux paroles de Gary Beaufort, Damian baissa un instant les yeux.
« Alors révélez ses manœuvres à la presse et défendez-vous… »
« Damian. Est-ce là une chose qu’un gentleman devrait dire ? »
Gary était doux, prudent, digne et courtois. C’était précisément à cause de cette nature qu’il était incapable de riposter face à ce genre de scandale.
Tout en pensant à sa propre douleur et à son désarroi, il prenait aussi inutilement en considération les sentiments de cette femme.
« … Tenez bon. L’avenir de Hailand, celui du continent, repose sur vous. »
Si Gary démissionnait, ceux qui refusaient la conciliation et la paix continueraient de provoquer l’Empire.
Si Gary s’effondrait, plus personne ne resterait pour les arrêter.
Toc, toc.
Alors, pour une raison ou une autre, un coup inquiétant retentit.
« Monsieur le Premier ministre. »
Le secrétaire entra et lui tendit un journal.
[ La maîtresse du Premier ministre retrouvée morte dans sa chambre, apparemment suicidée ]
« … »
Damian et Gary lurent tous les deux le titre.
Gary chancela brusquement. Il trébucha et se rattrapa au coin du bureau. Le journal lui glissa des mains et tomba à terre. Damian vit le visage de Gary blêmir.
« … Gary. »
Vrai ou faux, inventé ou orchestré, ce scandale humiliait Gary aux yeux de tous les habitants du continent.
Même Gary semblait ne plus parvenir à croire en lui-même. Il ne pourrait pas continuer à assumer la fonction de Premier ministre sans en sortir brisé.
Mais ce qui effrayait Damian, c’était la suite.
* * *
Une brume pâle recouvrait la capitale de Hailand. Un phénomène qu’on appelait le smog.
« On n’y voit rien… Qu’est-ce qui cloche dans ce pays ? »
À ce stade, le smog n’était-il pas une catastrophe naturelle ?
« … Tss. »
Je parcourus les rues noyées de brume et finis par trouver le Daily Clarion.
J’entrai dans le journal que j’avais acheté.
Clac. Clac-clac.
Le bruit des machines à écrire et l’épaisse fumée des cigarettes. Les journalistes tapaient à toute allure.
« Non, sérieusement. Pourquoi fallait-il que ce soit une femme impériale ? »
« Quoi… Elle lui a fait une pipe et il s’est sûrement pris pour un roi après ça. »
« Ils ne devraient pas commencer par vérifier ses comptes… ? »
« On raconte que la liaison de Gary Beaufort est diffusée en ce moment sur les ondes impériales. Quelle honte pour le pays ! »
Une femme impériale.
À un moment pareil.
Une liaison.
Si ce scandale était l’œuvre des Izenheim, pour quelle raison l’avaient-ils monté ?
Si Gary démissionnait comme ils l’espéraient, la guerre risquait d’éclater un peu plus tôt.
Était-ce une bonne ou une mauvaise chose pour nous ?
Bien sûr, en termes de puissance nationale, aucun pays à lui seul ne pouvait tenir tête à l’Empire.
Mais l’Est, mené par Lobrus et uni au sein d’une alliance de plus d’une douzaine de pays, pouvait bel et bien lui résister. Si l’Ouest et l’Est s’unissaient, ils dépasseraient la puissance de l’Empire.
Au bout du compte, la population était limitée.
Les guerres étaient faites par les hommes. Qu’il s’agisse de chars, de cavaliers ou de chevaliers, c’étaient les fantassins qui finissaient par planter les drapeaux en territoire ennemi.
Était-ce là le but des Izenheim ?
Je ne le savais toujours pas.
Mais je savais une chose avec certitude : les Izenheim l’ignoraient eux aussi.
Eux aussi ne faisaient que prévoir et supposer.
Ils imitaient les humains ; leur jugement n’était donc rien de plus qu’un jugement humain.
Autrement dit, ce n’étaient pas des êtres divins. Ils se trompaient et se faisaient de fausses idées. Toute leur espèce ne visait qu’un seul objectif : anéantir l’humanité.
C’étaient donc des parasites qui s’étaient infiltrés sur notre continent, rien de plus que des tumeurs qu’il fallait arracher et détruire.
« Hé ! Qui êtes-vous ?! »
Un abruti m’interpella brusquement.
« … »
Je jetai un coup d’œil au nom inscrit sur mon badge.
« Thomas Hale. »
« Vous êtes nouveau ? Qu’est-ce que vous faites ici ? Allez donc dénicher une info, bon sang ! »
« Euh… oui. »
On me mit à la porte de ma propre entreprise.
« … C’était quoi, déjà, le nom de cet abruti ? »
Je grommelais tout seul en respirant l’odeur du smog. Devais-je le renvoyer ?
« Monsieur. »
Hanna émergea de la brume.
« J’ai retrouvé la femme liée à l’affaire Gary Beaufort. »
« Où est-elle ? »
Je le lui demandai en m’approchant.
« … Apparemment, elle s’est suicidée. »
Je m’arrêtai.
Hanna passa une main dans ses cheveux, l’air désemparé.
« Elle figurait sur la liste des citoyens impériaux à l’étranger tenue par la Georgen. Elle était farouchement anti-impériale. »
« Conduis-moi là-bas. »
« Oui. »
Nous arrivâmes bientôt dans un quartier huppé de Hailand.
Mais la police avait déjà établi un important cordon devant le manoir.
« On ne pourrait pas entrer d’une manière ou d’une autre ? »
« Par ici. Je leur ai glissé de l’argent à l’avance. »
Hanna était devenue très débrouillarde, mine de rien. Je m’en rendis compte une nouvelle fois.
« On dirait que c’était hier que tu mangeais du chou en guise de ration de secours. »
« … Ça remonte à des années, pas à hier. »
Nous contournâmes la maison pour gagner la porte de derrière.
Le policier nous tourna le dos et fit semblant de ne pas nous voir.
Nous gravîmes un étroit escalier de service jusqu’au deuxième étage. Le parfum flottait encore dans le couloir et, à travers l’entrebâillement de la porte de la chambre, on apercevait le corps.
Une femme figée dans la position où elle s’était pendue.
Une feuille pliée reposait sur la table de chevet, à côté d’un verre.
Une lettre de suicide.
« … »
Badoum.
Dès que je pénétrai dans la pièce, mon cœur se mit à battre la chamade. La puissance magique des Izenheim imprégnait les lieux, mais le corps de la femme qui s’était prétendument donné la mort ne provoquait aucune réaction.
L’avait-on forcée à se suicider ?
« Ce serait plus facile si les Yaken étaient là. »
Hanna se gratta la nuque.
« Je suis plus précise que les Yaken. »
Je ramassai la lettre de suicide.
[ Je l’ai aimé, lui seul. ]
[ Puisque cet amour n’appartenait qu’à moi, je vais enfin le laisser partir. J’espère ne pas devenir un fardeau pour lui… ]
[ C’est mon péché, alors je vous en prie, ne lui en voulez pas. ]
[ J’en assumerai la responsabilité. ]
Une page entière de phrases.
Ils avaient l’intention de détruire Gary complètement.
Qu’adviendrait-il d’un Premier ministre pris dans un piège aussi malveillant, aussi cruel ?
On disait que plus on s’élevait, plus la chute faisait mal.
Gary avait-il la force d’endurer une telle douleur ?
… Non.
Avant ma régression, Gary Beaufort s’était lui aussi suicidé.
Il avait payé de sa vie ce qu’il estimait être sa faute.
« C’est compliqué. »
Même si tout tournait au pire, il me suffirait de m’occuper d’Arthur Winston quelques mois plus tôt que prévu.
Arthur n’était certes pas un adversaire facile, mais j’étais certain de l’emporter.
Mais…
« Hanna. »
« Oui ? »
Je lui posai soudain une question.
« Si un homme naissait fils aîné d’une excellente famille noble, était élevé dans la dignité en suivant uniquement la voie de l’élite, puis se retrouvait mêlé à un scandale de ce genre… »
Hanna me regarda à son tour.
« Et que, par sa faute, la femme qu’il laissait derrière lui écrive une lettre de suicide comme celle-ci avant de se donner la mort. À ton avis, que ferait un tel homme ? »
Hanna semblait avoir des mots qui lui tournaient dans la bouche, mais elle ne les prononça pas.
« … Je ne veux pas laisser les choses en l’état. Le plan des Izenheim est trop évident. »
Faire obstacle à tout ce que tramaient les Izenheim faisait partie de ma stratégie.
« Oui. »
Même si je ne pouvais pas sauver Gary Beaufort, le « Premier ministre ».
Gary Beaufort, la « personne », pourrait un jour se révéler utile à l’Empire.
Après la victoire de l’Empire, il serait le seul avec qui nous aurions réussi à « communiquer ».
« Alors, comment allons-nous procéder ? »
Hanna me le demanda.
« Je vais écrire une lettre. »
Une simple lettre.
Une seule feuille de papier.
Et pourtant, certaines lettres anéantissaient des nations entières, tandis que d’autres sauvaient une personne de l’effondrement.
« Tu n’auras qu’à la lui remettre. En personne… »
* * *
Une villa loin de l’agitation de la capitale de Hailand.
C’était une petite résidence où le père de Gary avait parfois séjourné pour réfléchir.
Gary y faisait ses bagages.
Il avait décidé de partir quelque temps.
Il n’en avait parlé à personne.
C’était une drôle de sensation.
Il pensait à sa femme, à son fils, à sa fille et à sa famille, mais cette fois, plus encore que tout cela… ce serait une décision guidée par ses convictions.
Gary croyait que la paix et la conciliation n’étaient certainement pas une mauvaise voie.
Mais aussi juste qu’un message puisse être, les défauts du messager le condamnaient.
Il valait mieux qu’il passe seul pour un homme immoral et qu’une nouvelle génération prenne sa succession.
Quoi qu’il se soit passé ce jour-là, j’étais devenu ce que j’étais.
Tout le continent avait fait de lui cet homme.
Chaque journal et chaque émission de radio, chaque caricature et chaque plaisanterie de bar s’en étaient pris à ses prétendus secrets honteux et avaient transformé des mensonges inexistants en vérités.
« … Pourquoi êtes-vous morte ? »
Gary éprouvait un certain ressentiment envers la femme qui s’était suicidée.
Si ce n’était pas vrai, elle aurait pu le dire. Elle aurait pu s’en tenir à la vérité.
À tout le moins, elle aurait pu tout lui mettre sur le dos et s’enfuir.
Clic.
Gary fourra des vêtements dans ses sacs.
Les papiers étaient déjà prêts, et Damian lui succéderait.
« … »
Il avait un goût amer dans la bouche.
Était-il plus facile de prendre cette décision que de se battre sans fin pour prouver son innocence, ou était-ce plus difficile ?
Gary l’ignorait.
Mais c’était douloureux, c’était tout.
Plus que la pression d’affronter l’immense entité qu’était l’Empire, ces railleries qui blessaient son âme étaient tout simplement… plus douloureuses.
Clic.
Gary venait de fermer sa valise.
Toc, toc.
« … ? »
On frappa soudain à la porte de la villa.
Toc, toc.
« … Quoi ? »
Toc, toc.
« Qui est là ? »
« Lettre. Moi avoir. »
Une voix étrangère prononça ces mots dans un hailandais maladroit. Elle s’efforçait de parler la langue de Hailand.
« Lettre. Moi avoir. »
« Laissez-la là. »
« J’ai une lettre. »
Sans doute une travailleuse étrangère. Gary esquissa un sourire amer et ouvrit la porte. Une femme coiffée d’un chapeau se tenait devant lui.
« … Vous auriez pu la laisser devant la porte. »
« À personne directement. Doit remettre. »
Elle lui tendit la lettre, puis tourna aussitôt les talons.
Gary Beaufort examina l’enveloppe sur toutes ses faces.
[ À l’attention du Premier ministre Gary Beaufort ]
Une élégante écriture en hailandais.
Alors qu’il l’examinait, une question lui vint trop tard à l’esprit.
« Me la remettre en personne… »
Comment savait-elle qu’il était ici ?
Intrigué, Gary ouvrit l’enveloppe.
[ Salutations, Premier ministre Gary Beaufort. Je suis Maximilian Ebenholtz, de l’Empire. ]
La lettre commençait ainsi.
« ! »
À la lecture du nom Maximilian, les yeux de Gary s’écarquillèrent. Sa poitrine se serra, comme si on lui avait transpercé le cœur d’un couteau. Les veines saillirent sur le dos de sa main.
Avait-il pris la peine de lui envoyer une lettre pour lui rappeler sa faute et sa honte ?
… Cette inquiétude s’évanouit dès la phrase suivante.
[ J’ai appris la nouvelle en lisant les journaux. J’ai longuement réfléchi à ce que je devais vous écrire. ]
[ Monsieur le Premier ministre, je me souviens de vous. Je me rappelle le respect et la prévenance qui transparaissaient dans chacun de vos mots, dans chacun de vos gestes et mouvements, ainsi que votre façon de reposer délicatement un verre tout en pensant à votre interlocuteur. ]
Le bout des doigts de Gary Beaufort trembla.
Sans même s’en rendre compte, il se mordit la lèvre.
[ Un homme d’une nature bienveillante, courtoise et chaleureuse. ]
[ Je vous écris pour vous dire que je sais combien tous les mots acerbes et orduriers qui agitent le continent en ce moment sont en désaccord avec votre véritable nature. Pour vous dire qu’il existe, de l’autre côté de la mer, quelqu’un qui croit en vous… ]
Un chevalier impérial croyait en lui, tandis que tout son pays l’insultait.
[ Monsieur le Premier ministre, j’aime jardiner. En hiver, il n’y a rien à entretenir et je regarde souvent les branches sèches depuis ma fenêtre. Curieusement, c’est la période la plus paisible de l’année. Je me suis demandé si, vous aussi, vous n’auriez pas besoin d’un tel moment, ne serait-ce qu’une fois. ]
[ Si vous partagez mon avis, cela me ferait très plaisir. Nous pourrions alors avoir une conversation plus sereine et plus profonde… ]
Gary Beaufort posa fermement le bout des doigts sur ces mots.
[ … Monsieur Gary Beaufort. Je n’ai jamais menti lorsque j’ai dit que nous pouvions nous comprendre. ]
[ C’est pourquoi j’aimerais, un jour, partager avec vous un autre genre de repas chez Lilac Vita. J’espère qu’à cette occasion, il n’y aura ni documents ni engagements écrits, seulement de bons mets et du bon vin. ]
Une lettre si chaleureuse, écrite par l’impérialiste raciste et le plus dangereux que Hailand — et même tout le continent — craignait par-dessus tout.
[ Si ce jour vient, je crois qu’il pourrait être très agréable. ]
[ Ne le pensez-vous pas, vous aussi ? ]
Gary Beaufort la relut encore et encore.
Rejoignez notre Discord sur <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>