Chapitre 281
WeTried Translations
Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 281 : Effondrement (2)
──────
Fouuuuu…
Sur une colline balayée par le vent, Yvette se tenait dans un cimetière où bruissaient les feuilles, ses lunettes de soleil sur le nez, le regard perdu au loin.
Là-bas, on avait sorti un cercueil de la salle funéraire et on l’enterrait dans un carré ensoleillé.
« … »
Yvette glissa une cigarette entre ses lèvres.
Elle n’avait jamais eu de grande cause à défendre. Depuis le début, elle n’était pas faite pour la révolution.
Et voilà qu’elle se surprenait à penser :
Si j’avais rencontré quelqu’un comme toi un peu plus tôt…
Non.
Alors, je n’aurais peut-être pas connu la gratitude que j’éprouve aujourd’hui.
On disait que les gens s’effondraient et se reconstruisaient un nombre incalculable de fois. Mais moi, j’étais déjà en ruines dès le départ ; c’était sans doute pour ça que je n’étais devenue rien de plus que ce que j’étais. Et alors ? C’était moi, et franchement, je n’en avais plus rien à foutre.
Peu importait ce qu’il adviendrait du continent. Qu’il brûle dans les flammes de la guerre ou qu’il gèle. Peu importait la race, peu importait tout le reste.
Je voulais juste…
« Je veux partir, maintenant. »
Elle voulait partir. Quitter tous ces endroits qui l’avaient enchaînée sans fin, jugée comme bon leur semblait et tenté de la posséder.
« Merci, sergent Paul. »
Elle se détourna en silence et quitta le cimetière.
« Il y aura une inspection. »
On fouillait aussi les visiteurs à la sortie. Seuls les Aran étaient autorisés à pénétrer dans l’établissement.
« Tenez. »
Elle tendit son nouveau livret de famille. Le garde le parcourut rapidement, puis se redressa aussitôt.
« … C’est un honneur. »
L’accueil était plutôt satisfaisant. On aurait pu croire qu’il fallait être un noble impérial pour qu’on vous dise une chose pareille, mais pas du tout.
Son statut était tout à fait ordinaire, mais le livret de famille portait la signature de la personne qui l’avait certifié.
[ Maximilian von Albrecht Ebenholtz ]
En quittant le cimetière, Yvette songea :
Maximilian était peut-être un démon, comme l’affirmait la Faction révolutionnaire.
Mais chacun avait une autre facette, et la Faction révolutionnaire elle-même avait des traits semblables à ceux de Maximilian.
Le bien et le mal.
Le juste et l’injuste.
Le meurtre et le salut.
Au bout du compte, le monde était un endroit où tout se mêlait.
Comme ce camarade qui avait tenté de me tuer et cet ennemi qui m’avait sauvée.
… Peut-être.
Peut-être était-il temps que nous nous effondrions tous, au moins une fois.
* * *
À Hailand, dans une usine aéronautique de la côte sud, on assemblait les cellules de nouveaux avions de chasse. Juste à côté se dressait un laboratoire où l’on mettait à l’essai le réseau de défense aérienne qui devait être déployé le long du littoral.
Le sénateur Arthur Winston inspecta les lieux, faisant courir le bout des doigts sur une aile inachevée.
« Nous ne sommes pas les seuls. Presque tous les pays du continent s’arment à une vitesse effrénée. Ils ont directement ressenti la menace de l’Empire. »
Leonard, ministre de l’Armée de Hailand, prit la parole.
« Arthur. Comment va Gary ? »
« Gary ne l’a pas non plus rejeté. »
Tap.
Arthur posa sa canne sur le sol de béton.
« En fait, il approuve le renforcement militaire. »
« … Qu’est-ce qui lui passe par la tête ? »
Leonard fronça les sourcils.
« Gary doit démissionner. Le plus tôt sera le mieux. »
« … Ne dites pas ça n’importe où. C’est le Premier ministre le plus populaire de l’histoire de Hailand. »
« Pour l’instant. Il tombera bientôt. Ou nous le ferons tomber. »
Les paroles du ministre de l’Armée restaient aussi extrêmes que jamais. Pourtant, Arthur n’avait pas vraiment envie de le retenir.
« Arthur. Je… »
Leonard posa une main sur l’épaule d’Arthur.
« Je pense que tu dois devenir le dirigeant de Hailand. Si ce n’est pas maintenant, ce sera un jour. C’est inévitable. »
« … »
Puis Leonard tendit une enveloppe à Arthur.
C’était une invitation.
« C’est une réunion de soutien à laquelle j’assiste souvent. Ils souhaitent te rencontrer. »
Des hommes d’affaires anti-impériaux, des capitaux issus des minorités ethniques et quelques syndicats. La plupart de leurs membres étaient probablement des Izenheim ou des Mer fortunés.
« Qu’il s’agisse de discours ou d’affaires, ils te fourniront tout ce qu’il te faut. Nous voulons tous que tu réussisses. »
Dans les yeux de Leonard, on aurait dit que toute son âme s’était mise à nu.
Arthur glissa l’invitation dans son manteau et hocha résolument la tête.
…
Le grand auditorium de l’Université impériale centrale.
« … Par conséquent, ceux qui qualifient de “conquête” la volonté des Aran impériaux sont d’une barbarie extrême. »
Leutern II ajusta ses lunettes et poursuivit sa conférence.
« Ce que nous recherchons, c’est la restauration. Rendre aux frères perdus et aux terres perdues la place qui leur revient. Genson n’est que le premier chapitre… »
Exactement quatre-vingt-dix minutes.
Leutern II termina son exposé à la seconde près ; vint alors le moment des questions.
« Quelqu’un a-t-il une question ? »
Les étudiants levèrent la main. Ils furent assez nombreux.
« Oui, vous d’abord. »
« Lord Leutern, maintenant que vous avez libéré Genson de l’oppression, j’aimerais connaître votre avis éclairé sur les relations internationales à venir. »
Les relations internationales…
Leutern II se frotta le menton, plongé dans ses pensées.
« Voilà une excellente question. »
Il ne disait cela que pour gagner du temps.
« … Plus précisément, la réponse serait que nul ne peut le savoir. L’Empire est prêt, et ceux qui le sont ne cherchent pas à prédire la situation. »
Après avoir éludé la question, il passa à la suivante.
« Lord Leutern, que pensez-vous du Premier ministre Gary Beaufort ? »
Cette fois, il pouvait répondre plus précisément.
Leutern II avait rencontré Gary Beaufort en personne, et Max lui avait également parlé de lui.
Gary lui avait au moins paru poli.
« C’est incontestablement un homme que Hailand peut respecter : il a fait bouger le géant qu’est l’Empire. Enfin, c’est probablement pour cela qu’il est devenu Premier ministre, non ? »
L’auditorium éclata de rire.
Leutern II avait seulement lâché cette remarque à la légère. Mais les journalistes qui avaient assisté à la conférence la notèrent, les yeux brillants.
[ Leutern affirme que l’Empire respecte Gary Beaufort… ]
Ou quelque chose dans ce genre.
« Bien. Beau travail, tout le monde. »
Leutern II salua de la main et descendit de l’estrade.
Le professeur Ruben se colla à lui comme un secrétaire.
« Vous avez beaucoup travaillé, Lord Leutern. »
« Mm. Ruben, notre tournée du continent commence bien la semaine prochaine ? »
« Oui. Le programme est colossal. »
Le centre impérial, l’est, l’ouest et le sud, jusqu’à Prozen et Hailand. Partout, on attendait le grand homme qu’était Leutern.
Cette fois, Leutern II comptait voyager avec son père. Il sentait vivement que son père, Leutern, n’avait plus beaucoup de temps devant lui.
Il devait accumuler autant de souvenirs que possible avant ce moment.
« Ah, au fait. Ça, c’est pour la presse. »
Leutern II lui tendit un texte.
[ L’est tremble de peur. De quoi ? De l’Empire. L’Empire menace comme un lion, et ils frémissent. L’Empire sourit. Mais il ne baisse pas la garde. Car l’immense, l’immense patience de l’Empire n’est pas infinie. L’ouest qui nous observe ferait bien d’y réfléchir à deux fois. ]
C’était la version définitive.
Pas un premier jet à revoir, mais le manuscrit final.
Autrefois, Ruben se serait peut-être troublé, mais il l’accepta sans broncher.
Les textes de Leutern étaient toujours comme ça. Ruben les peaufinait lui-même, et Leutern ne s’en souciait guère.
« Encore un texte magistral, aujourd’hui. »
« Allons, quel texte magistral ? Je l’ai écrit à la va-vite. »
« Mais non, monsieur. Ce passage où vous dites qu’il menace comme un lion semble annoncer avec une remarquable justesse les intentions de l’Empire… »
Qu’il s’agisse d’un article ou d’une chronique, Ruben était mentionné comme coauteur de Leutern. Il touchait un généreux salaire, avait accès à des documents, pouvait assister aux conférences et bénéficiait même du prestige universitaire de Leutern. Une relation où chacun trouvait son compte.
« Ruben. Allons-y. »
« Oui. »
Ruben s’apprêtait à monter dans la voiture de Leutern.
Soudain.
« Professeur Ruben ! »
Quelqu’un lui tendit un journal.
Le visage de Ruben se figea en lisant le gros titre. Par-dessus son épaule, Leutern II parcourut la une.
« Quoi ?! Un diplomate impérial a été abattu à Prozen ?! »
* * *
Bang.
Un coup de feu.
Une balle avait été tirée à Prozen.
Un diplomate impérial en poste à Prozen avait été abattu, et le coupable avait été identifié comme un Izenheim.
Son complice, qui lui avait fourni des renseignements et des armes, était un Mer.
C’était pour cela que, dans le futur d’avant ma régression, l’Empire avait laissé éclater sa fureur contre les minorités ethniques.
Ils avaient saccagé et incendié tous les commerces tenus par des Izenheim, des Mer ou des Dromon.
Les émeutes, qui avaient entraîné tout le monde dans leur sillage, avaient fait rage trois jours et trois nuits.
Des journalistes venus de tout le continent avaient pris des photos sur place.
Les images des ravages avaient été publiées sans équivoque et diffusées dans le monde entier.
Avec le recul, tout cela avait été prémédité par les Izenheim.
Je ne me laisserais pas entraîner dans leur scénario.
…
« Nous devons profiter de cette occasion. Comment ont-ils osé tuer un diplomate impérial ? L’Empire doit les punir sévèrement ! »
Dans la salle de réunion où s’étaient rassemblés les ministres impériaux, Johann Georg, à la tête du tout nouveau ministère de la Propagande, écouta un instant leurs réactions.
« Ils ont tiré sur un Aran, le visage de l’Empire. Le sang appelle le sang. »
« Les citoyens impériaux le réclament. Si nous ne les menons pas, ils agiront les premiers. »
La Garde impériale, l’armée régulière et les ministres.
Tous laissaient libre cours à leur fureur, rivalisant presque de loyauté.
« Inutile de répondre à leur provocation par la violence. »
Les paroles de Johann agitèrent la salle.
Himmler, une figure influente de la Garde impériale, croisa les bras et le foudroya du regard.
« Ils ont tiré les premiers et les citoyens sont furieux. Et vous dites qu’il ne faut pas riposter ? »
Johann acquiesça.
« Il existe une meilleure méthode. Bien meilleure. »
« Comment pouvez-vous en être certain ? »
Himmler et les autres ministres froncèrent les sourcils.
Johann posa une pile de documents sur la table.
« À compter du premier jour de l’année prochaine, le commerce de détail, l’artisanat et le commerce ambulant des Izenheim seront entièrement interdits. Leurs droits de gestion d’entreprise seront saisis, et leurs commerces restants transférés à des acheteurs désignés par l’État. À dix pour cent de leur valeur marchande, vingt tout au plus. Les propriétaires ne toucheront pas l’argent. Il ira sur des comptes gelés, gérés par l’État. »
Les mots se déversaient comme s’il avait préparé son discours à l’avance.
Johann tourna la page.
« Nous instaurerons une contribution expiatoire pour cet incident. Les Izenheim l’ont commis, ils doivent donc en payer le prix. Leurs biens seront par conséquent saisis. Si certains ont été détruits, l’État confisquera les indemnités d’assurance. Les actions, les obligations et les métaux précieux seront vendus de force. Les biens immobiliers devront obligatoirement être cédés. »
Les autres restèrent un instant stupéfaits devant ce flot de paroles ininterrompu.
« … Voilà pourquoi la colère est plus forte lorsqu’elle est froide. »
Crépite.
Le chauffage brûlait dans la salle de réunion. Dehors, la nuit était déjà tombée, et le reflet des vitres rendait les visages des ministres encore plus fermés.
« Seul un feu guidé par la raison peut embraser le continent avec la plus grande légitimité. »
À peine eut-il fini de parler…
Clap. Clap. Clap.
Quelqu’un applaudit.
Tous se tournèrent vers le bruit.
C’était Kairon, commandant de l’Ordre des Sentinelles.
Kairon sourit et hocha la tête.
« C’est tout à fait vrai. »
Johann ne faisait que lire le texte de Maximilian, de toute façon.
Le poids du commandant de l’Ordre des Sentinelles aidant, la réunion parvint à une décision.
…
« J’approuve également votre proposition. »
Dans la cachette de la Princesse impériale.
Je l’y reçus.
« Mais j’y ajouterai une condition. »
La Princesse impériale parla tout en mangeant.
« Cela s’appliquera non seulement aux Izenheim, mais aussi aux Mer, aux Kenshi et à toutes les lignées de sang hétérogènes. »
Elle mangeait son steak saignant avec une élégance d’un autre temps.
Elle le préférait bleu, presque cru.
« Il n’y aura aucune exception. »
« … »
Comme l’Empereur, la Princesse impériale voulait exterminer tous ceux qu’elle classait parmi les lignées de sang hétérogènes.
L’Empereur était animé par un étrange sens du devoir. La Princesse impériale, elle, nourrissait une malveillance sans fond.
« Quant aux Yaken, ce sont des chiens de chasse, comme vous l’avez dit. Même si nous leur laissions du temps… »
Elle prétendait qu’on pouvait leur laisser du temps, mais songeait déjà à faire bouillir les chiens de chasse.
« Oui. »
Pour l’instant, nous suivions le même chemin, mais nous finirions forcément par diverger.
Cela dit, le moment n’était pas encore venu de nous affronter.
« J’obéirai aux ordres de Votre Altesse. »
Pour l’instant, je n’avais d’autre choix que d’accepter humblement.
… Pour l’instant.
À partir de ce jour, la loi draconienne sur les lignées de sang entra en vigueur.
Tout commerce des lignées de sang hétérogènes fut interdit. Ceux qui tentèrent de résister furent emmenés par l’armée impériale. Leurs locaux vacants furent mis aux enchères.
Des étals de vente apparurent dans les rues des quartiers Izenheim et Mer, et des citoyens impériaux prirent la place de leurs anciens occupants.
Ils louaient les Aran. Ils glorifiaient l’Empire. Ils se félicitaient d’avoir obtenu des commerces au seul motif qu’ils étaient Aran.
En outre, des sans-abri, des mendiants, des alcooliques et d’anciens détenus Izenheim furent tous enfermés dans des camps.
« Messire chevalier, six camps sont achevés. »
Je contrôlais plus de la moitié du secteur des camps.
Pour préserver ma ligne de conduite au milieu du chaos qui allait bientôt secouer le continent.
« … Séparez rigoureusement les races. »
Même si je devais devenir l’impérialiste le plus impitoyable, un raciste fanatique et un boucher ayant planifié la mort de dizaines de millions de personnes…
« Même parmi les lignées de sang hétérogènes. »
Je suivrais sans faillir le droit chemin.
L’étoile du Nord, comme quelqu’un me l’avait dit autrefois.
« Ne mettez surtout pas les Mer, les Yedlem et les Kenshi derrière les mêmes murs que les Izenheim. »
Ces trois peuples, comme les Izenheim, étaient des sous-espèces méprisées partout sur le continent.
Mais ils n’avaient commis aucun crime. Naître n’était pas un crime.
Je n’avais pas encore le pouvoir de mettre fin à leurs persécutions. Pour les sauver, je devais posséder moi-même autant de camps que possible.
« Oui. Et, messire chevalier, une lettre est arrivée de Halbert Goring. »
Halbert Goring. Un nom familier que j’avais croisé assez souvent au fil de diverses affaires.
J’ouvris la lettre.
[ À messire chevalier Maximilian ]
… Je crois être la personne la mieux placée pour gérer des camps. Au cours du dernier semestre, je vous ai envoyé quantité de documents, de projets commerciaux, de devis et de propositions de gestion du personnel…
Je suis convaincu que vous connaissez mieux que quiconque mes états de service à bord du Titan, messire chevalier, et pourtant, je n’ai jamais été retenu.
Si vous pouviez m’accorder une seule chance…
« Quelle est la situation ? »
La lettre avait un ton inutilement désespéré.
L’administrateur me répondit :
« Il est actuellement au bord de la faillite. La raison, c’est… »
Halbert Goring avait dépensé des sommes considérables pour se lancer dans l’activité des camps, mais des problèmes avaient surgi avec ses proches.
Hagmunt Goring, l’oncle de Halbert et membre de la branche principale de la maison Goring, était un cadre de la Garde impériale. Il avait pris l’argent de Halbert, puis s’était servi de ses relations pour ne proposer aux camps que des hommes de la Garde impériale.
« … Halbert Goring. »
Mais à mon avis…
« Dites-lui que nous allons lui confier un camp. »
À vrai dire, il était parfaitement fait pour ce genre d’activité.
* * *
« Ah… »
Halbert Goring dépérissait depuis quelque temps.
Chaque jour, il consultait les prix de l’immobilier et se demandait s’il devait vendre sa maison. Parfois, il lui suffisait de penser à Yvette pour avoir les larmes aux yeux.
« Au moins, j’ai passé presque un mois avec une femme pareille. »
C’était vraiment comme un rêve…
Un jour, alors qu’il buvait et pleurait encore une fois sur ses souvenirs, quelqu’un vint le trouver.
« Êtes-vous messire Halbert Goring ? »
Un visiteur venait lui annoncer une nouvelle.
« … Qui êtes-vous ? »
« Félicitations. Vous avez été choisi pour diriger le camp de Devrans, actuellement en construction… »
« Quoiii ?! »
« Vous avez été nommé directeur du camp. »
« C’est vrai ? Vraiment ?! »
« Oui. Suivez-moi. »
Il partit aussitôt en courant.
Sa destination était très éloignée de la capitale impériale.
C’était une zone industrielle plus à l’est, près de Yursled.
C’était plus loin qu’il ne l’avait imaginé, mais il n’avait pas le temps d’en être déçu.
« Qu’en pensez-vous ? »
« … »
À la vue de l’immense usine ultramoderne, il en resta bouche bée.
« On y fabriquera du matériel militaire, notamment des cordes et des parachutes. Les Mer y seront probablement internés… »
Des Mer ?
Halbert Goring sourit de toutes ses dents.
« Oui ! Je suis très doué pour gérer les Mer. J’en connais même un. »
« Ah bon ? »
« … Pas beaucoup. Ha ha ha. J’en ai juste utilisé un comme un larbin… Il est mort, maintenant. Ha… »
Son rire s’éteignit un instant. Sans s’en rendre compte, il baissa la tête.
Il venait de se rappeler les derniers mots de ce larbin. Ils étaient encore gravés dans sa mémoire.
Craignant que l’administrateur ne s’en aperçoive, Halbert reprit rapidement contenance.
« Messire Halbert. Voici le prix d’acquisition. »
L’administrateur lui tendit un document.
Le prix d’acquisition.
L’usine était plus grande que prévu ; elle devait donc coûter une fortune. Devait-il emprunter davantage à Nils ?
« Oui. Si je vendais ma maison plus tard, est-ce que je pourrais alors… »
Payer après coup ?
Il jeta un œil au document en parlant.
« Euh… C’est écrit cent dollars impériaux ? »
L’administrateur regarda Halbert en souriant.
« Oui. C’est exact. »
« … Pardon ? »
« Messire chevalier Maximilian nous a demandé de traiter comme il se doit le héros du Titan. »
Autrement dit, le prix était bel et bien de cent dollars impériaux.
« … »
À cet instant, Halbert Goring éprouva une joie étrange.
Était-ce de l’extase ?
C’était une émotion qu’il n’avait jamais ressentie en plusieurs décennies, comme si la lumière des étoiles s’était déversée du ciel, comme si la foudre lui avait frappé les cheveux et les avait hérissés, faisant tanguer tout son corps.
« Au vu de vos capacités, démontrées lorsque vous avez maintenu l’ordre à bord du Titan et sauvé des survivants, nous vous demandons de gérer ce camp sans pertes. »
« B-bien sûr ! Bien sûr que je le ferai ! Toute ma vie ! »
Halbert Goring saisit fermement la main de l’administrateur.
« Je consacrerai toute ma vie à faire prospérer cet endroit ! »
« Veuillez d’abord signer. »
« Oui, oui ! Bien sûr ! »
Halbert signa à la hâte, puis reçut une épaisse enveloppe contenant les documents attestant qu’il possédait le camp.
« Je vais vous laisser. »
Il ne savait pas s’il rêvait ou non, mais l’administrateur partit le premier.
« … »
Halbert se tenait seul au milieu de l’usine.
Elle était vide, mais pleine de machines…
Magnifique.
« Ah… »
À présent, cet endroit lui appartenait.
Il se demanda si c’était réel.
Mais même après s’être giflé encore et encore, il ne sortit pas de son rêve.
Cela signifiait que c’était réel.
« Ha ha ha ha ha ! »
Cela voulait dire que tout cet endroit lui appartenait.
« Ha ha ha ha ha ! C’est chez moi, maintenant ! »
Il tournoya dans l’usine vide comme s’il dansait une valse.
Après avoir tourné un long moment, il s’arrêta brusquement.
« … »
Des établis vides s’alignaient sous le haut plafond.
Bientôt, des gens s’y tiendraient.
Des Mer qualifiés qui faisaient passer le travail avant tout. Des visages comme celui de ce larbin. Des gens de la même ethnie que lui.
« … Eli Zella. »
Il répéta doucement le nom, puis secoua la tête.
Ne pense pas à des choses inutiles.
Pour l’instant, profite de ce moment en solitaire.
Halbert se remit à tournoyer dans l’usine.
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>