Chapitre 277
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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Chapitre 277 : Jeux de sentiments
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Clac. Clac.
Le train traversa un tunnel. Le clair de lune glissa sur nous tandis que Gewin et moi regardions Chardon.
« Notre objectif est d’assassiner Kruger, le directeur du camp du Nord. »
Chardon exposa le but de l’opération.
Kruger. Le directeur du camp du Nord.
« Pourquoi ? »
« Kruger ne traite pas les prisonniers comme des êtres humains… Apparemment, il leur fait subir des choses trop horribles pour être racontées. »
J’insistai.
« Et les deux personnes dont vous connaissez le visage ? »
« […] »
Comme il hésitait, Gewin lui lança un regard. Était-ce une façon de lui dire qu’il pouvait tout me révéler ?
« Le visage du Maître. »
Chardon sortit de son manteau un portrait-robot.
« L’autre a déjà été abattu par l’inspecteur Gewin. »
Le salaud que j’avais tué en premier.
Gewin détourna les yeux et se racla la gorge.
« […] »
Je marquai un temps d’arrêt.
Mais pourquoi ?
Que cherchaient-ils, au juste ?
Ils avaient mobilisé un cadre de la Faction révolutionnaire juste pour tuer un directeur de camp ?
« Êtes-vous certain que le Maître est là-bas ? »
« Oui. Je l’ai vu de mes propres yeux. »
Il n’avait pas l’air de mentir.
S’il avait été un agent double, il aurait aussi vendu cette information et cherché un autre poste. Mais Chardon voulait pour toute récompense une « retraite » complète.
Tant qu’il n’était pas Izenheim, il me paraissait digne de confiance, pour le moment.
« Waouh. C’est un sacré portrait-robot. »
J’examinai le visage dessiné.
« […] En effet. »
Le Maître était-il vraiment aussi négligent ? On aurait dit qu’il voulait se faire prendre…
BOUM !
Un grondement colossal retentit soudain dans le train.
Boum !
Le train fut secoué de haut en bas.
Une explosion.
« Qu’est-ce que c’était ?! »
« Les ordres. »
Chardon calma Gewin, qui avait sursauté.
Ding, ding, ding, ding, ding !
L’alarme incendie se mit à sonner elle aussi. Les ordres étaient exécutés simultanément.
« Inspecteur Gewin. En route. »
Nous nous dirigeâmes vers les voitures de voyageurs.
Chardon voulut nous suivre, mais je l’arrêtai.
« Restez ici. »
« […] Pardon ? »
« À partir de maintenant, vous êtes sous notre protection. Restez ici et veillez à votre sécurité. »
Que leur révolution soit juste ou non, il fallait traiter correctement les déserteurs.
Je laissai Chardon dans le wagon de marchandises et entrai en troisième classe.
« Tout le monde, je vous prie de garder votre calme ! »
« Gardez votre calme ! Gardez votre calme ! » Les employés du chemin de fer répétaient ces paroles en parcourant le couloir.
« Le quai n’est pas loin ! Je vous prie de garder votre calme ! Nous évaluons la situation… »
« Ouf. »
Gewin prit une profonde inspiration et me poussa en avant.
« Prenez la tête, Paul de la section d’élite de l’Empire. »
« Oui. »
J’avançai en surveillant les employés du chemin de fer. Derrière moi, Gewin ôta le cran de sûreté de son pistolet.
* * *
Vingt minutes plus tôt.
Dans le wagon-restaurant qui tanguait, Elmer, un agent de Georgen, était assis en silence au comptoir.
Tandis qu’il sirotait tranquillement son eau, quelqu’un prit place à côté de lui.
« Chardon était un agent. »
Le Maître révéla à Elmer l’identité de l’agent.
« Alors… »
« Nous nous séparerons après avoir exécuté nos ordres. Je donnerai des instructions à part à Lily. »
Toc.
Elmer posa son verre.
« […] Vous avez déjà montré votre visage à Chardon. »
« Je n’avais pas le choix. »
Le Maître but une gorgée d’eau. Elmer demanda :
« Et le reste du plan ? »
« Laissez ça à Lily. »
« […] Vous lui faites confiance ? »
« Si elle exécute ses ordres, oui. »
Elmer fronça les sourcils.
Clac. Clac.
La surface de l’eau tremblait au rythme des cahots du train. Le Maître reprit :
« Plus important encore, elle a deux personnes pour l’aider dans l’opération. »
« Deux personnes ? »
« Halbert Goring. Le sergent Paul. »
Elmer prit un air incrédule.
« Elle en a déjà séduit un autre ? »
« […] »
Le Maître se tut un instant. Avec une expression étrange et un léger sourire, il regarda Elmer.
« Vous avez l’air déçu. Elle vous plaisait ? »
« […] Hum. »
Au lieu de répondre, Elmer vida son verre. Les yeux baissés, il marmonna :
« C’est étrange, non ? Même avec un caractère aussi catastrophique, difficile de ne pas l’aimer. »
La beauté était une drôle de chose. On connaissait tous des dictons du genre : « Ce qui compte, c’est l’intérieur, pas l’extérieur »… Pourtant, face à une beauté parfaite, impossible de ne pas se dire : « Seules les personnes laides racontent ce genre de choses. »
Clac.
La porte du wagon-restaurant s’ouvrit brusquement. Une foule de pas et de présences envahit la pièce.
« Tiens ? Le sergent Elmer ? »
À l’appel de son nom, Elmer se retourna.
« Ah, inspecteur. »
« […] »
Pas. Pas.
Borhi s’approcha du comptoir. Il jeta un regard à l’homme encapuchonné assis à côté d’Elmer, puis demanda :
« Vous vous connaissez ? »
« Lui ? »
« Oui. »
Elmer regarda le Maître d’un air innocent.
« Non. Je ne le connais pas. »
« Hmm… »
Borhi fixa le Maître, puis s’adressa de nouveau à Elmer sans bouger de sa place.
« Sergent Elmer, connaissez-vous une femme nommée Yvette ? »
« Ah, oui. Je la connais. C’est la compagne de messire Halbert. »
Après avoir acquiescé une ou deux fois à la réponse d’Elmer, Borhi reprit :
« Je vois… Excusez-moi, monsieur ? »
Cette fois, il s’adressa au Maître.
« Je suis l’inspecteur Borhi, de Georgen du Nord. Pourrais-je examiner un instant votre registre familial et vos papiers d’identité ? »
« […] Oui. »
Tandis que le Maître s’apprêtait à sortir son registre familial, Borhi fit un signe discret dans son dos.
Des gens entrèrent dans le wagon-restaurant.
Des agents de Georgen, sans doute. Deux, trois, quatre… Ils étaient nombreux.
« Le voici. »
Le Maître tendit son registre familial à Borhi, qui n’avait aucune intention de l’examiner. Il y jeta à peine un coup d’œil avant de poser la main sur son étui.
Il avait déjà reçu les informations du traître, Chardon.
Au moment où Elmer s’apprêtait à tirer un pistolet de son manteau,
BOUM !
Une explosion retentit quelque part dans le train. Tout le monde fut violemment secoué. Profitant de l’instant, le Maître sortit un pistolet de sous sa robe, tandis que Borhi se jetait précipitamment de côté.
Bang !
« Aaah ! »
Un agent fut touché par le tir du Maître. Celui-ci tira aussi délibérément dans la cuisse d’Elmer.
« Argh ! »
Laissant Elmer se tordre de douleur, le Maître se jeta derrière le comptoir.
Bang ! Bang ! Bang !
Des tirs précis retentirent.
« Abattez-le ! Abattez ce salaud ! »
Borhi cria désespérément aux agents de Georgen.
Une fusillade éclata.
Bang ! Bang-bang !
Les fenêtres volèrent en éclats. Les agents renversèrent des tables pour se mettre à couvert.
Bang ! Ratatat !
Les coups de feu ricochèrent contre chaque paroi du wagon-restaurant étroit, mais bientôt la fumée de l’incendie envahit les lieux à toute vitesse.
« Inspecteur ! Il y a le feu ! »
Le Maître se pencha par-dessus le comptoir et abattit l’agent qui avait crié. Il en élimina deux autres de la même façon, mais un troisième le toucha avant qu’il ne puisse tirer.
Le Maître s’effondra sur le comptoir où se trouvaient les verres d’eau.
« Argh… »
Une épaisse fumée tourbillonnait déjà dans le wagon-restaurant noirci. Le Maître se jeta au-delà de la jonction entre les voitures, rompue par l’explosion.
Fouh.
Son corps, projeté dans les airs, retomba en roulant sur les rails…
« Qu’est-ce qui se passe ?! »
L’inspecteur Gewin et le sergent Paul arrivèrent en trombe, avec un temps de retard.
« Ces putains d’incapables du centre… »
Borhi serra les dents et se toucha l’épaule, d’où le sang coulait à flots.
« Sergent Elmer ! »
Borhi appela Elmer, qui gisait au sol en se tenant la cuisse.
C’était peut-être le dernier cadeau du Maître.
Une raison pour que personne ne le soupçonne.
Il réprima un sourire et ferma les yeux…
* * *
[…] L’explosion avait séparé du train la voiture de première classe.
Seule la section de première classe était donc restée isolée au milieu des voies.
« Mon Dieu… Comment une chose pareille a-t-elle pu arriver ? »
Yvette jouait les femmes bouleversées dans un compartiment du wagon-salon.
« Vous allez bien ? »
Halbert Goring posa une main sur son épaule. Yvette fit semblant de trembler et repoussa son geste.
« Oui, je vais bien. »
« Tant mieux… Ouf. Mais ne vous inquiétez pas. Qui suis-je, après tout ? Un héros qui a survécu au Titan. Tout ira bien, ne vous inquiétez pas. »
« Je vous ai dit que j’allais bien. »
Après avoir répété la même scène plusieurs fois,
« Les secours vont bientôt arriver. Ne vous inquiétez pas. »
« […] Je vous ai dit que je ne m’inquiétais pas. »
À l’entendre, Halbert semblait trembler bien plus que moi. Sa moustache frémissait même comme un papillon.
Quel drôle d’homme.
Clong.
Une pierre heurta alors la fenêtre du wagon-salon.
« […] »
Yvette jeta un coup d’œil à la fenêtre, puis à Halbert.
« […] Ah. Mon anémie. »
« Q-qu’est-ce qui ne va pas ? »
« Je suis désolée, messire Goring. Je crois que je dois me reposer seule… »
Elle leva vers lui des yeux humides.
« Si je veux passer des moments intimes avec vous dans le Nord, messire Goring, je dois prendre soin de moi… »
« Intimes… ! »
Les yeux de Goring s’écarquillèrent.
« O-oui ! Bien sûr ! Naturellement ! »
« Ha, haha ! Hahahaha ! »
Goring partit en riant d’un rire étrange.
Clong. Clong.
Elle ouvrit la fenêtre contre laquelle les pierres venaient de taper. Quelqu’un se hissa à l’intérieur, presque à quatre pattes.
Le Maître.
« Maître ! »
Il était dans un sale état. Son visage était pâle et un liquide rouge sombre suintait entre les doigts pressés contre son flanc.
Lily serra les dents.
« […] Je t’avais pourtant dit de ne pas venir, putain ! Si tu meurs… »
« Lily. Écoute-moi bien. »
Le Maître posa une main sur son épaule. Sa poigne était puissante.
Lily aussi prit un air résolu.
« Le point de rendez-vous, ce n’est pas le Loup Blanc. C’est la Cheminée Noire. Narcisse t’y attendra. »
« […] Et toi ? »
« Je n’irai pas. Je me ferais prendre. »
« Prendre ? »
Le Maître esquissa un sourire.
« La plupart des agents de Georgen vont se concentrer sur moi. Mais… »
Il secoua la tête.
« Je ne suis pas le Maître. »
« […] Quoi ? Mais de quoi tu parles, putain ? »
« Le Maître est au camp du Nord. »
Le véritable Maître avait été arrêté alors qu’il franchissait la frontière avec des fonds et des obligations, à la suite d’une dénonciation absurde.
Pire encore, il s’agissait d’une fausse accusation.
« S’ils m’arrêtent à la place du véritable Maître… »
Le faux Maître murmura un nom à l’oreille de Lily.
C’était le nom du véritable Maître.
« […] Lily. Je te laisse t’occuper du reste. »
Elle pouvait séduire Goring et obtenir son aide. Elle pouvait séduire le directeur du camp du Nord et le convaincre d’ouvrir les portes.
Dans tous les cas,
« N’importe qui s’agenouillera si tu le décides. »
« […] »
Lily le fixa d’un air absent, puis demanda à voix basse :
« Alors, quel est ton nom ? »
Le Maître réfléchit un instant, puis gloussa, comme s’il n’avait jamais eu besoin d’y penser.
« […] Ebisu. Un ami qui accompagne le Maître depuis longtemps. »
« Alors, tu es un Serviteur. »
Maître et Serviteur.
Il sourit à ce jeu de mots.
« Puis-je te confier cette tâche ? Ce sera difficile. »
En voyant son visage pâle, Lily acquiesça doucement.
« Mais essaie de ne pas te faire prendre, toi non plus. Tu n’as pas besoin de te faire arrêter, n’est-ce pas ? »
« […] D’accord. Merci. Je te laisse faire. »
Le faux Maître sourit légèrement, puis ressortit par la fenêtre en rampant.
« […] »
Yvette prit une profonde inspiration et attendit.
Les yeux fermés, elle se calma tranquillement.
Combien de temps s’écoula ainsi ? Quelques heures ?
Toc. Toc. Toc.
La porte s’ouvrit au son des coups.
Ce n’est qu’à ce moment-là qu’elle se sentit enfin soulagée.
« Enchantée. Je suis le sergent Paul, de Georgen… »
L’homme entra en se présentant, puis resta bouche bée dès qu’il la vit.
« Sergent Paul ! »
Faisant semblant d’avoir peur, Yvette se jeta dans ses bras.
* * *
Une opération de recherche fut lancée dans la chaîne de montagnes du Nord. Les agents de Georgen du Nord, dont l’inspecteur Borhi, poursuivirent le Maître. Yvette et les autres invités de marque atteignirent le quai sans encombre, puis furent conduits à la Branche nord de Georgen.
« Franchement ! Savez-vous qui je suis ?! Savez-vous qui je suis ?! »
Dans le couloir de la Branche nord de Georgen, Halbert Goring fit un scandale retentissant. Peu après, il rencontra le chef de l’antenne de Georgen et partit quelque part avec lui.
« Plusieurs agents de Georgen ont aussi été blessés… C’est effrayant. »
Dans une salle de réunion privée, Yvette soupira en regardant Paul.
« Oui. Veuillez patienter encore un peu. Une fois la vérification de votre identité terminée, vous pourrez partir. »
« Alors… Pourriez-vous examiner mon registre familial, monsieur Paul ? Je crois que je dois me rendre rapidement à l’hôpital. »
Je voulais sortir d’ici au plus vite, si possible.
Yvette tendit son registre familial à Paul.
« Euh… Oui. »
Paul le prit et s’attarda sur une page en particulier.
« Il faut procéder à une vérification approfondie. »
« […] Une vérification approfondie ? »
« Oui. Veuillez patienter un instant. »
Paul sortit brusquement.
« Qu’est-ce qu’il a, ce connard ? »
Il n’avait pas à me mettre les nerfs en pelote pour rien.
Yvette attendit en se rongeant les ongles, mais heureusement, Paul revint peu après.
« Tenez. Tout est en ordre. »
Yvette récupéra son registre familial.
« Alors… »
« Oui. Vous pouvez partir. »
Bang !
La porte de la salle de réunion s’ouvrit brusquement.
« Hé, Paul ! »
C’était l’inspecteur Gewin.
« Oui ? »
« On dit que le Maître a été arrêté. »
Gewin haussa les épaules avec un sourire amer.
« Ceux du Nord se sont approprié ce précieux salaud. »
Paul réfléchit à ces paroles et hocha légèrement la tête.
« On n’y peut rien. »
« On n’y peut rien ? Ce salaud de Borhi pourrait monter au centre. S’il est promu, il deviendra notre supérieur. »
Yvette intervint :
« […] Ce serait un problème, monsieur Paul, non ? »
Paul et Borhi s’étaient jaugés à cause de moi.
Paul se gratta la nuque.
« On n’y peut rien. »
Il ne connaissait pas d’autres mots ?
Yvette leva les yeux vers Paul, quand Gewin s’approcha soudain d’elle.
« Euh… Dame Yvette. »
« Oui ? »
Gewin répondit avec gêne au sourire d’Yvette.
« Il semble que messire Halbert Goring va être retenu un moment. Il a rencontré quelqu’un de sa famille… »
En vérité, Yvette l’avait délibérément séduit pour cette raison. Halbert Goring entretenait des liens étroits avec les personnes influentes du Nord.
« Ah… Alors, le sergent Paul pourrait-il m’y conduire ? »
Yvette s’adressa plutôt à Paul, qui pencha la tête.
« Où ça ? »
« J’ai réservé une chambre d’hôtel. Je crois aussi que je dois aller à l’hôpital. »
« Hum ! »
L’inspecteur Gewin se racla la gorge d’un air jaloux.
« Paul, accompagne-la. Mais, madame Yvette ? »
Gewin tendit la main vers Yvette.
« Votre registre familial. Je vais le vérifier une dernière fois. »
« […] Je ne sais plus combien de fois vous l’avez vérifié. »
Yvette tendit son registre familial à Gewin. Gewin le parcourut du regard et esquissa un sourire en coin.
« Euh, madame Yvette. Vous savez quelque chose, par hasard ? »
Gewin prononça ces mots lourds de sous-entendus en regardant tour à tour Paul et Yvette.
Yvette demanda d’un air innocent :
« De quoi s’agit-il ? »
« […] »
Gewin sembla hésiter, puis secoua la tête.
« […] Je voulais dire que votre registre familial est parfait. Hé, Paul ! Conduis-la à bon port. Dépose-la et reviens tout de suite. Ne traîne pas ! Surtout pas ! »
« Oui. Allons-y. »
Yvette et Paul quittèrent ensemble la Branche nord de Georgen.
Ils montèrent dans la voiture garée là et partirent.
« […] Il pleut ? »
Toc. Plic, ploc.
La pluie était rare dans le Nord. Des traînées d’eau ruisselaient sur les vitres.
Paul mit les essuie-glaces en marche sans un mot. Son visage était fermé.
Yvette le regarda avec prudence.
« Vous allez bien ? »
« […] Oui. »
Était-il nerveux à cause de moi ?
Quoi qu’il en soit, il ne dit pas un mot et, dans un silence étrange, ils arrivèrent à un hôtel quelque part dans le Nord.
« C’est ici. »
« Oui. »
Paul et Yvette sortirent côte à côte.
« Je vais vous laisser. Merci. »
Sur le bord de la route, Yvette regarda Paul. Il la fixa droit dans les yeux.
Plic. Ploc.
Les gouttes de pluie tombaient doucement.
Paul tendit un parapluie à Yvette. Elle attendit qu’il ajoute quelque chose.
On se reverra. Ou : ce fut un honneur de rencontrer une déesse comme vous. Ou peut-être une déclaration qui sortait de nulle part. Je suis tombé amoureux de vous en une seule journée, quelque chose comme ça.
« Madame Yvette. »
Paul se contenta de sortir quelque chose de sa poche intérieure.
« Pourriez-vous tendre la main ? »
Il voulait qu’elle tende la main.
Putain, quoi ? Il allait vraiment la demander en mariage après une journée ? Des cinglés pareils existaient vraiment ?
« Euh… »
Quand Yvette tendit la main à contrecœur,
« […] Tenez. »
Paul sourit discrètement et déposa une petite épingle métallique dans sa paume.
Une agrafe.
Yvette cligna des yeux.
« […] Qu’est-ce que c’est ? »
« Une agrafe utilisée pour les registres familiaux. »
Toc. Plic, ploc.
Sous la pluie, la voix calme de Paul poursuivit :
« L’Administration du registre de la famille impériale utilise délibérément des agrafes en métal bon marché pour délivrer les registres familiaux. »
Yvette regarda l’agrafe.
« Quand le système de registre familial a été instauré, le fer était rare, alors on en a utilisé des bon marché. C’est ensuite devenu une tradition. Voilà pourquoi les agrafes des registres familiaux rouillent en quelques mois. »
L’agrafe dans sa paume brillait, sans la moindre trace de rouille.
Paul la désigna d’un signe de tête.
« C’est l’agrafe qui se trouvait dans votre registre familial. »
« […] »
Yvette se figea sans un mot. Sa bouche s’assécha brusquement et son esprit se vida.
Elle sortit précipitamment son propre registre familial.
L’agrafe était rouillée.
L’avait-il échangée en un instant ?
« […] Donnez-moi votre registre familial. »
Yvette tendit la main. Paul le lui remit docilement.
L’agrafe de son registre familial avait été retirée.
Il avait enlevé celle de son propre registre pour la mettre dans le mien.
« […] »
Yvette l’interrogea du regard.
Qu’est-ce que vous faites ? Qui êtes-vous ? Vous êtes sûr que c’est une bonne idée ?
« J’ai des relations. »
Après avoir répondu ainsi, il plaça même le parapluie dans la main glacée de Yvette.
« Partez loin d’ici. »
À Yvette, qui n’arrivait pas à prononcer un mot,
« Aussi loin que possible. »
Il répéta :
« Veillez à rester en sécurité. »
« […] »
Yvette resta immobile, le parapluie de Paul à la main.
Il était trop tard pour dire quoi que ce soit, et elle n’en avait sans doute plus le droit.
Toc. Plic, ploc.
Elle se contenta de remuer les lèvres avant de se détourner.
Elle s’éloigna dans la rue trempée, laissant Paul la regarder partir.
Plic, ploc. Plic, ploc. Plic-ploc, plic.
La pluie redoubla peu à peu…
* * *
Je restai longtemps sur place.
Je regardai Yvette s’éloigner.
« Leur objectif… »
Je marmonnai ces mots en réfléchissant profondément.
Le Maître ne pouvait pas s’être fait prendre aussi facilement.
L’inspecteur Borhi, un Izenheim, arrête le Maître, gagne ses galons et rejoint Georgen central ?
Cela servirait aussi les Izenheim, mais il y avait peut-être quelque chose de plus…
Une ombre apparut alors à mes côtés.
Je lui donnai un ordre.
« Continuez à la surveiller. »
Schatz Heizen.
Elle resterait aux côtés de Yvette quelque temps.
C’était pour cette raison que j’avais laissé partir Yvette.
Et que j’étais même allé jusqu’à l’aider à éviter de se faire arrêter.
Yvette exécuterait certainement les véritables ordres du Maître.
Notes :
L’échange entre Maître et Serviteur fait référence aux rôles associés à la série Fate.
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