Chapitre 272
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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Chapitre 272 : Un pas (4)
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Grande cérémonie impériale
Une fête destinée à exhiber sa puissance, à intimider et à rassembler les innombrables en un seul tout.
Les gens affluaient.
« …… »
Cela me laissait partagé.
Il y avait déjà eu une Grande cérémonie impériale avant mon retour. Mais les fonds avaient manqué pour lui donner l’ampleur nécessaire.
C’était pratiquement une fête financée à crédit, et elle était loin d’être assez grandiose pour attirer l’attention du continent comme celle-ci.
…… Cette vie était différente.
Des reporters de divers pays étaient venus de leur propre chef, bien qu’ils n’aient pas été invités. Des diplomates et des personnalités de nombreuses nations avaient demandé l’autorisation d’assister à la cérémonie. Des centaines de milliers de citoyens impériaux s’entassaient sur la place, à tel point qu’on y trouvait à peine de quoi se tenir debout.
Seules les personnes ayant passé avec succès un rigoureux contrôle des registres familiaux et de leur identité pouvaient pénétrer sur la place. Le risque d’un attentat était donc faible.
Un attentat ne serait pas non plus une bonne idée pour ces salauds d’Izenheim.
S’ils faisaient couler le sang sur cette place, ils ne feraient que donner à l’Empire toutes les justifications dont il avait besoin.
« Nous allons commencer. »
À un seul mot de ma part, tous les gens de la place s’animèrent d’un même mouvement.
* * *
Stanley, ambassadeur de Hailand, et Laurent, ambassadeur de Prozen. Ainsi que des envoyés d’innombrables autres pays.
Ils étaient assis au premier rang et assistaient à la Grande cérémonie impériale.
« L’ampleur est vraiment extraordinaire.
— C’est indéniable. »
L’immensité de l’Empire emplissait leur champ de vision.
Des centaines de milliers de têtes ondulaient comme des vagues, tandis que plus d’une centaine de mâts dominaient la foule.
Pwaaaaang !
La sonnerie du clairon de midi retentit comme si elle pouvait ébranler la terre.
Et la cérémonie commença.
Ouaiiiis !
Au milieu des acclamations rugissantes, des dizaines de milliers de citoyens traversèrent d’abord la place.
Derrière eux marchaient des divisions d’infanterie de l’armée régulière, suivies de bataillons de chars.
Boum.
Le pavé trembla sous les chenilles. Les regards fusaient de toutes parts, tandis que les ambassadeurs s’empressaient de prendre des notes.
Ils devaient consigner tout ce qu’ils voyaient et le rapporter à leur pays. C’était pour cela qu’on les avait installés là.
Bwaaaang !
L’hymne impérial s’éleva des haut-parleurs. Des voix puissantes jaillissaient sans fin des gradins. Le son de centaines de milliers de volontés rassemblées en une seule…
Pourtant, même là, les ténèbres invisibles rôdaient.
« …… Ares. On ne ferait pas mieux de déclencher ça ici ? »
Dans l’ombre des gradins.
Des personnes qui avaient passé les contrôles, leurs registres familiaux glissés sous leurs vêtements, étaient assises au milieu de la foule en se faisant passer pour de simples citoyens.
Elles observaient en silence cette ferveur anormale, avec le regard de médecins examinant une maladie.
« Non. Ça ne ferait que leur servir.
— L’Empereur est là-bas !
— Sebastian est là aussi. Une bombe pourrait seulement l’atteindre ?
— …… »
C’étaient des révolutionnaires, armés d’idées et d’idéologies totalement opposées à celles de l’Empire.
« Nous avons davantage intérêt à les laisser en vie. »
Sebastian et l’Empereur.
Maximilian et la Princesse impériale.
La maison Ebenholtz servait l’Empereur, mais Maximilian en faisait-il vraiment autant ?
« Le continent ignore encore leur véritable nature démoniaque. »
Ares, l’un des chefs de la Faction révolutionnaire, contempla la place et prit la parole à voix basse.
« Quand les flammes de la guerre déferleront sur le continent… »
Leur vraie nature, hideuse, éclaterait au grand jour, et le continent tout entier rejoindrait leur cause.
« Le continent finira aussi par nous comprendre. »
Inutile, donc, de s’en prendre à l’Empereur. En le laissant vivre, il prouverait lui-même que sa cause était erronée.
« Quels que soient les sacrifices nécessaires… nous finirons par gagner. »
L’Empire croyait à tort pouvoir vaincre le continent tout entier.
Soudain, l’agitation gagna la foule.
« …… Waouh ! »
« Waouh ! »
Les enfants exprimèrent les premiers leur émerveillement sincère. Puis, un citoyen après l’autre leva les yeux. Ares et les membres de la Faction révolutionnaire regardèrent eux aussi le ciel.
Quelque chose scintillait dans les hauteurs.
Une silhouette fendait le ciel, le soleil couchant dans son dos.
Quelqu’un volait.
« C’est un chevalier ! »
À ce cri, la place s’embrasa.
Les chevaliers de l’Empire.
Trente paires d’ailes magiques traçaient des lignes bleues dans le ciel rouge, tandis qu’ils survolaient la place. Sans se presser, mais avec grâce. Pour que tout le monde puisse les voir.
Les citoyens de l’Empire exultèrent.
Ces chevaliers qui avaient mis fin à la guerre civile de Zerpa, jusque-là connus seulement par des témoignages presque légendaires et des illustrations de journaux, se trouvaient maintenant sous leurs yeux.
Bwaaaang !
L’hymne impérial atteignit son apogée à l’apparition des chevaliers.
Un spectacle offert à tous, vu par tous.
Fouuuuu !
Les chevaliers tournoyèrent très haut dans le ciel.
L’escadron était composé uniquement de chevaliers maîtrisant à la perfection le vol en formation avec des ailes magiques. En tête se trouvait Hanna Usar.
La chevalière roturière sentit son cœur se gonfler d’émotion.
Fouuu.
Bientôt, les chevaliers disparurent au loin.
Sous le soleil couchant, qui flamboyait de mille feux, une femme s’avança sur l’estrade.
La Princesse impériale, Justine.
La Faction révolutionnaire, les ambassadeurs de tous les pays, les reporters et les correspondants, les officiers supérieurs de l’Empire, et même les membres de la Faction révolutionnaire, tous regardèrent dans la même direction.
La présence de Justine semblait véritablement prouver la pureté du sang aranais.
Ses cheveux blonds, embrasés par le soleil couchant, flambaient comme du feu, tandis que ses yeux dorés luisaient d’un éclat glacial.
Derrière un voile, l’Empereur la regarda sans prononcer un mot. Justine se tenait donc seule.
« …… »
Elle resta silencieuse. Peu à peu, les citoyens qui s’étaient égosillés à crier se turent à leur tour.
Sans qu’ils s’en rendent compte, le soleil s’était couché et l’obscurité avait envahi les lieux.
Comme elle ne disait rien, des centaines de milliers de personnes gardèrent le silence.
On entendait un enfant pleurer à l’autre bout de la place. Les drapeaux qui claquaient. Le faible bourdonnement des projecteurs.
Elle tenait leur silence dans le creux de sa main et refusait de le relâcher.
Sa présence pesait sur toute la place comme une pression. Quand celle-ci atteignit son paroxysme,
« Citoyens de l’Empire. »
À ses premiers mots, les projecteurs s’allumèrent.
Bwaaaang !
Plus d’une centaine de colonnes lumineuses jaillirent simultanément vers le ciel tout autour de la place. Leurs faisceaux percèrent la nuit sur plusieurs kilomètres avant de converger en un seul point, formant au-dessus de la place un plafond d’un blanc immaculé.
À cet instant, la place, sans murs ni toit, devint une immense salle où se trouvaient des centaines de milliers de personnes.
Les citoyens furent saisis d’une émotion indescriptible. Ils éprouvèrent le sentiment d’unité qui naissait de leur rassemblement en un seul peuple, les Arans, mêlé à l’admiration et à la fierté.
« Nous avons enduré bien des épreuves. »
Ainsi commença le discours d’ouverture de la Grande cérémonie impériale. Le premier discours de la Princesse impériale s’éleva sous ce plafond de lumière.
* * *
…… À partir du jour où la Grande cérémonie impériale prit fin, l’Empire durcit chaque jour davantage le ton.
Comme s’il s’était jusque-là retenu à cause de la cérémonie, il exerça une pression féroce sur Bolska.
Sur tout le continent, on entendait à la radio les signes annonciateurs de la guerre.
Plusieurs fois par jour, le gouvernement de Bolska recevait la même « recommandation » des ambassades de différents pays.
Même Mekerel, une nation faible, envoya des diplomates exhorter Bolska à faire des concessions. On racontait que les responsables de Bolska les avaient écoutés, médusés, avant de leur répondre de s’occuper plutôt de leur propre guerre.
« Hum. Aujourd’hui… je devrais m’habiller plus soigneusement. »
Stanley, l’ambassadeur de Hailand auprès de l’Empire, ajusta sa tenue devant le miroir, comme à son habitude.
Il se parfuma. Il arrangea son col et ses manchettes. Puis il remarqua un pli sur son manteau et demanda à un domestique de le repasser.
« La prochaine fois, faites-le correctement du premier coup. C’est une affaire d’État importante, après tout. J’ai rendez-vous avec messire chevalier Maximilian aujourd’hui.
— Je vous prie de m’excuser.
— Vous savez à quel point il tient à sa tenue… Tss. C’était moins une. »
Après avoir réprimandé le domestique, Stanley monta dans la voiture pour rendre, comme à l’accoutumée, visite à Maximilian dans son salon de réception.
Ces derniers temps, Stanley était traité comme un invité de marque partout dans l’Empire.
Grâce aux cadeaux que Maximilian lui faisait chaque jour, Stanley menait une vie plutôt confortable. Il avait même été invité plusieurs fois au Lilac Vita.
Dans son pays, on le considérait comme une source de renseignements très importante sur Maximilian.
En vérité, Stanley était la seule personne à avoir rencontré Maximilian quatre fois.
Mais alors…
« Quoi… ? »
Stanley arriva devant la grande demeure à laquelle il s’était quelque peu habitué, mais cligna des yeux, perplexe.
L’entrée de la résidence de Maximilian était fermée à double tour. Des dizaines d’ambassadeurs, de diplomates et de secrétaires s’étaient rassemblés aux alentours.
Stanley sortit précipitamment de la voiture.
« Secrétaire Dupont ! Que se passe-t-il ?! »
Il interpella un visage familier.
« Ah, Monsieur l’ambassadeur. Nous n’en savons rien, nous non plus. J’ai entendu dire que seul l’ambassadeur de Bolska avait été autorisé à entrer… »
« B-Bolska ?! »
Maximilian avait laissé entrer l’ambassadeur de Bolska.
Dans la situation actuelle, c’était très mauvais signe.
C’est alors que…
« Monsieur Stanley ! »
Laurent, l’ambassadeur de Prozen, arriva en courant, essoufflé.
« Le palais impérial aussi… »
Les yeux de Stanley s’écarquillèrent à ces mots chuchotés.
Le Soleil avait lui aussi fermé ses portes.
« Le Soleil est si intransigeant que tout le monde est venu ici. »
Au moins, la Lune pourrait ouvrir ses portes, ou transmettre ne serait-ce qu’un seul message.
« …… Bon sang. »
Stanley se massa les tempes. Tous les autres étaient dans le même état.
« Que fait-on ? »
À la question de Laurent, Stanley réfléchit un instant.
« Attendons. Messire chevalier Maximilian nous recevra peut-être encore… »
Un mot.
Il ne leur fallait qu’un mot à rapporter chez eux, quelque chose qui expliquerait ce qui se passait ou ce qui avait changé.
« …… »
Les diplomates du continent s’étaient rassemblés devant l’entrée d’un seul homme et attendaient, la tête prête à éclater.
Combien d’heures s’écoulèrent ainsi ?
Ils étaient arrivés à midi, et la lueur du soir commençait à s’éteindre.
« Il sort ! »
« Là-bas ! »
Enfin, les portes s’ouvrirent et l’ambassadeur de Bolska apparut sur le seuil.
Il titubait.
« Dans quel état… »
Son expression était vide. Il n’était pas difficile de deviner ce qui s’était dit à l’intérieur.
« …… Ambassadeur Collevich. »
Stanley s’approcha et l’interpella. Même en tant qu’ambassadeur de Hailand, il ne supportait plus cette situation frustrante.
« Vous rendez la situation extrêmement difficile. Pourquoi ne pouvez-vous pas faire de concessions ? »
« …… »
L’ambassadeur de Bolska regarda Stanley un instant.
« Est-ce vraiment une concession, ou du vol ? Si c’était votre pays, comment appelleriez-vous ça ? »
Inflexible.
L’ambassadeur de Bolska n’ajouta rien et Stanley ne lui adressa plus la parole. Collevich traversa le groupe de diplomates et disparut. Personne ne le suivit.
« …… Je vais essayer. »
L’ambassadeur Stanley s’éclaircit la gorge et s’approcha de l’entrée.
Il supplia sincèrement le domestique de Maximilian, qu’il avait appris à connaître.
« …… Rainer. Je vous en prie, faites-moi cette faveur. Nous, c’est différent, n’est-ce pas ? »
« Mais… »
« Nous avions rendez-vous aujourd’hui. Il n’est même pas nécessaire que je le voie. Il me faut juste un mot à rapporter chez moi, pour sauver la face devant mon pays. »
« Eh bien… »
« Je vous en prie. »
« …… Veuillez patienter un instant. »
Le domestique avait l’air embarrassé, mais revint peu après avec un bout de papier portant une seule phrase.
Il n’y avait pas de signature, mais l’écriture de Maximilian était indubitable.
[ L’heure prévue approche ; je vais donc interrompre notre conversation pour le moment. ]
L’heure prévue…
Stanley ferma doucement les yeux.
« Rainer. Je vous revaudrai ça, c’est certain.
— Haha… Prenez soin de vous. »
Le domestique lui adressa un bref au revoir. Stanley s’éloigna d’un pas lourd. Les autres ambassadeurs se rapprochèrent discrètement pour jeter un œil à son billet, mais Stanley les repoussa d’un regard sévère.
« Allez-vous-en ! Pour qui vous prenez-vous ? Ce message ne s’adressait qu’à Hailand… »
Même un billet d’une seule ligne avait une grande valeur pour Stanley et son pays.
« …… Monsieur Stanley ? C’est Laurent. »
Stanley hocha légèrement la tête, mais uniquement à l’adresse de Laurent, l’ambassadeur de Prozen.
Ils montèrent ensemble dans la même voiture et partagèrent le billet…
Ce jour-là, la nouvelle se répandit que les voies diplomatiques de l’Empire étaient fermées.
Les marchés boursiers du continent s’effondrèrent.
Tout le monde comprit que la guerre approchait.
* * *
[ Ceci est une émission impériale. L’Empire attend de Bolska une réponse appropriée. Nos compatriotes de Genson étant désormais victimes d’une répression armée, l’Empire comprend pleinement qu’il est vain de continuer à faire preuve de patience.
Aujourd’hui, nous annonçons la date butoir : le 31 août. Si Bolska n’a pas répondu d’ici là, l’Empire prendra toutes les mesures nécessaires pour protéger ses compatriotes… ]
Quand l’Empire fixa enfin une échéance à son ultimatum à la radio, les habitants du continent inscrivirent la date dans leurs calendriers.
Le jour du désastre à venir.
Ploc. Ploc.
À l’aube, sous la pluie, le président de Bolska, Lobsky, descendit dans la salle de conférence de la résidence, un manteau jeté sur son pyjama.
Les ambassadeurs de Hailand et de Prozen étaient assis côte à côte. Leurs épaules étaient mouillées, et ils semblaient être arrivés depuis longtemps.
« …… Monsieur le Président. Nous avons appris que vous aviez ordonné la mobilisation générale.
— Une rébellion a éclaté dans la région de Genson. C’était une réponse appropriée.
— Cela n’a rien d’approprié.
— …… Les ambassadeurs tentent-ils de s’immiscer dans la sécurité d’une nation ? »
Le visage du président se durcit.
Les ambassadeurs de Hailand et de Prozen échangèrent un regard.
« Alors… à partir de maintenant, ceci est un ultimatum.
— …… Un ultimatum ?
— Oui. »
L’ambassadeur de Hailand fixa le président, tandis que celui de Prozen baissait la tête, incapable de croiser son regard.
« Hailand et Prozen expriment leurs plus vifs regrets quant à votre attitude inchangée et à la mobilisation militaire en cours. »
L’ambassadeur de Hailand récita par cœur les mots qu’il avait mémorisés, sans feuille de papier.
« Si la guerre éclate… »
La voix de l’ambassadeur s’abaissa comme une goutte d’eau qui tombe.
« Hailand et Prozen ne seront pas à vos côtés. »
Bolska devrait donc affronter l’Empire seule.
« …… Vous comptez donc ignorer le traité ? »
Bolska, Hailand et Prozen étaient liés par un traité de défense mutuelle. Du moins, selon le simple bout de papier qu’ils avaient signé après la guerre occidentale.
« Si la guerre éclate, vous serez les prochains après nous. Vous le savez, n’est-ce pas ? »
Les ambassadeurs gardèrent le silence. Peut-être parce que le président avait raison.
Même ainsi, c’était la seule manière d’éviter une guerre immédiate.
« …… »
Ils se regardèrent en silence.
Ploc. Ploc.
Les gouttes sur la vitre y dessinaient une toile d’araignée.
* * *
[ L’Empire ferme ses portes à toutes les ambassades. ]
[ « La diplomatie est-elle terminée ? » La Chambre commune organise quatre heures de questions d’urgence. Le Premier ministre Beaufort : « Toutes les voies restent ouvertes. » ]
[ Pourquoi Bolska s’obstine-t-elle ainsi… L’escalade est inévitable. ]
Prozen rappela ses réservistes. Des affiches de mobilisation furent placardées sur tous les murs, mais chacun gardait le silence. Ils appartenaient à la génération qui connaissait les horreurs de la guerre occidentale, ce qui ne faisait qu’accentuer leur mutisme.
Dans les rues, des vieillards lisaient les journaux et poussaient de profonds soupirs. Les jeunes tremblaient devant une peur qui n’avait pas encore pris forme.
« …… Si la guerre éclate. »
D’autres, au contraire, s’en réjouissaient.
« Nous aiderons l’Empire à chasser les Izenheim. »
Clara Magal, dirigeante de la Société révisionniste.
Le cadre idéologique de Clara et de ses partisans s’était déjà aligné sur celui de l’Empire.
« Nous chasserons les Izenheim et purifierons le peuple de Prozen… »
Tous se murèrent dans le silence, chacun pour une raison différente.
L’immense majorité des civils, les soldats qui seraient bientôt mobilisés et la minorité qui, parmi eux, préparait autre chose.
Hailand se trouvait dans une situation différente.
On distribua des masques à gaz aux civils, et tout le monde se mit à creuser des tranchées dans les parcs. Les services gouvernementaux avaient lancé les travaux en embauchant des ouvriers, mais au bout de trois jours, il n’y avait plus assez de pelles.
Après le travail, les employés de bureau descendaient dans les fossés, la cravate desserrée. Les étudiants transportaient de la terre en uniforme. Même les gens de la haute société prenaient la pelle, leurs gants aux mains.
Tous creusaient simplement des tranchées.
Tac. Tac.
Arthur Winston avançait dans la rue en observant la scène. Des émotions complexes semblaient lui coller à la peau comme la boue estivale.
« …… Croyez-vous que cette situation soit juste ? »
Un vieil homme s’approcha et lui posa la question. Cet inconnu tenait une pelle couverte de terre et serrait les dents.
« J’ai perdu mon fils et ma fille lors de la dernière guerre. Dois-je perdre mes petits-enfants cette fois aussi ?! »
Ayant compris qu’Arthur Winston était un homme politique, le vieil homme s’était adressé à lui. Arthur retira silencieusement son chapeau.
« …… Ce n’est pas votre faute. »
Le vieil homme voulut dire quelque chose, mais se mordit seulement la lèvre. Il se détourna et retourna vers le fossé.
« …… Allons-y.
— Oui. »
Arthur Winston arriva à la Chambre commune avec son assistant.
Une session parlementaire extraordinaire se tenait aujourd’hui à la Chambre commune de Hailand.
Les députés pensaient s’être essentiellement réunis pour entendre la déclaration de guerre de l’Empire…
« Bolska n’a pas répondu à l’ultimatum de l’Empire. »
Le discours de Gary Beaufort à la tribune avait déjà commencé.
« Arthur. Asseyez-vous ici. »
Arthur Winston prit place auprès du petit groupe favorable à la guerre.
« …… Bolska est en état de mobilisation générale, et des coups de feu ont déjà été échangés à Genson. »
Tous les parlementaires réunis écoutaient gravement les paroles du Premier ministre.
« Au cours des deux derniers mois, ce gouvernement a utilisé tous les moyens diplomatiques à sa disposition. »
Sa voix était basse. La main qui tournait les pages du discours avançait lentement.
« Par l’intermédiaire de notre ambassadeur auprès de l’Empire, par celui d’émissaires et lors de ma propre visite dans la capitale impériale, nous avons exploré toutes les possibilités de parvenir à une résolution pacifique. »
Le Parlement se tut. La plupart de ceux qui ne voulaient pas de guerre semblaient flétris, le visage presque gris.
« Cependant, depuis hier, l’Empire a fermé ses voies diplomatiques. Ce gouvernement n’a désormais d’autre choix que de demander au peuple de Hailand de se préparer au pire. »
Des reporters de tous les pays étaient assis dans la tribune.
La guerre était certaine ; la question importante était de savoir si elle s’étendrait davantage. C’est ce qu’ils se disaient en prenant en sténographie les paroles de Beaufort.
* * *
Pendant ce temps, dans la rue Klein Schmidt, au troisième district de la capitale impériale.
Je reçus l’ambassadeur de Bolska dans ma résidence.
« Merci d’avoir fait le bon choix. »
L’ambassadeur de Bolska me remit un document. Il s’agissait d’un mémorandum exposant les intentions du gouvernement de Bolska.
« …… Bolska cédera les zones où les personnes d’ascendance impériale représentent au moins 50 % de la population, conformément aux procédures continentales, à condition que Prozen et Hailand garantissent la nouvelle frontière. »
Je souris aux paroles de l’ambassadeur.
« Oui. Je comprends. »
C’était semblable à ce qui s’était passé avant mon retour…
Non, c’était bien mieux.
Non seulement Genson, mais aussi la ligne de fortifications montagneuses et les zones minières alentour passeraient entre nos mains sans qu’un seul coup de feu soit tiré.
« Sa Majesté donnera également une réponse favorable. »
Je sortis une « feuille blanche ».
Un document diplomatique au nom de la Princesse impériale. Maintenant que je connaissais les intentions de Bolska, j’allais informer les grandes puissances, dont Prozen et Hailand, que l’Empire souhaitait organiser des pourparlers.
[ Son Altesse Impériale, la Princesse, souhaite rencontrer les chefs de gouvernement de Hailand et de Prozen dans la capitale impériale demain… ]
J’écrivis de ma propre plume, signai de ma main, puis appelai un domestique et lui ordonnai de transmettre le document par le moyen le plus rapide.
Cette unique feuille permettrait au continent de respirer, ne serait-ce que pour un temps.
« …… »
Mais l’ambassadeur de Bolska gardait la tête baissée et ne disait rien.
En y regardant de plus près, je vis des larmes.
Il pleurait sans bruit. Il était en deuil parce qu’une partie de sa patrie lui avait été arrachée.
Peut-être pressentait-il ce qui allait arriver.
« …… Ambassadeur Collevich. »
Un homme qui s’était installé chaque jour dans un coin de ma résidence, avec un dévouement sans faille à son devoir.
Mais la loi du plus fort ne pouvait être changée.
Quelqu’un se sentirait lésé, quelqu’un serait en colère, quelqu’un aurait du chagrin.
On n’y pouvait rien.
Je posai une main sur l’épaule de l’ambassadeur.
« Vous n’avez pas à pleurer. »
Car être en colère et triste comme vous l’étiez n’était possible que tant que vous étiez encore en vie…
L’Empire ne s’arrêterait pas.
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