Chapitre 270
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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Chapitre 270 : Un pas (2)
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L’Empire était furieux.
Du moins, c’était ce qu’il semblait.
Bolska avait osé déployer des troupes à la frontière. Elle avait aussi osé persécuter les Aran.
Naturellement, les exigences s’étaient multipliées. Un document proche de l’ultimatum fut remis à l’ambassade de Bolska : on réclamait non seulement Genson, mais aussi toutes les régions où les personnes d’ascendance impériale représentaient plus de cinquante pour cent de la population.
Les gros titres des journaux ne cessaient de grandir, tandis que la radio répétait des centaines de fois par jour l’expression « nos compatriotes aran ».
Dans le même temps, Yursled, pays frontalier de l’Empire à l’est, conclut à la hâte un pacte de sécurité avec Prozen, Hailand et la Balkanie. Son Premier ministre était mort dans l’attentat terroriste de Prozen, quelque temps auparavant. Non, c’était précisément à cause de cette mort qu’ils s’étaient empressés d’agir.
« Yursled aurait apparemment signé une sorte d’accord de défense avec Hailand, Prozen et la Balkanie. Pour faire simple, ils ont décidé de devenir des toutous. »
Edmund reçut ce rapport dans la caserne de l’est.
« Mais, colonel, la discrimination contre les Aran à Genson est révoltante, non ? Pour qui se prennent ces salauds… ? »
Le lieutenant-colonel Bjorn fronça les sourcils en repliant le journal.
Edmund baissa les yeux vers sa tasse de thé sans un mot.
« Comment osent-ils insulter les Aran de pure souche ! »
Le reflet de Bjorn se troubla à la surface du thé noir. Officier de l’armée régulière issu de la noblesse, Bjorn était réputé pour ses liens avec Georgen et plusieurs membres de la famille impériale.
Les nobles avaient toujours méprisé l’armée régulière. Mais, à mesure que la situation des soldats de carrière s’améliorait, des recrues nobles comme Bjorn commencèrent à grossir ses rangs.
« En tant qu’Aran de pure souche, j’ai envie de marcher sur eux dès maintenant. Vous ne trouvez pas, colonel ?! »
Bjorn insista sur « Aran de pure souche ». C’était une provocation adressée à Edmund, dont les origines mêlées à celles de Prozen étaient de notoriété publique.
« … »
Edmund prit son manteau et se leva. Le lieutenant-colonel suivit discrètement son mouvement du regard.
« Euh, colonel. Où allez-vous ? »
« J’ai quelque part où aller. Merci pour le thé. »
Edmund jeta un coup d’œil au service à thé que Bjorn avait apporté, puis partit sans ajouter un mot. Bjorn suivit des yeux son dos qui s’éloignait.
Hum.
Bjorn se gratta la joue en silence, puis haussa un sourcil.
« Edmund quitte souvent son poste, ces derniers temps… »
Un sourire discret se dessina sur son visage soupçonneux.
…
À la demande du Premier ministre Gary Beaufort, un personnage éminent de Hailand, nommé Tristan, se rendit à Bolska.
Tristan était une figure du monde des affaires, magnat du transport maritime bénéficiant de la garantie du gouvernement de Hailand, et fréquentait les cercles mondains de la classe royale. Pourtant, Tristan ne prenait pas directement part à la politique, ce qui en faisait une personne idéale à présenter comme un simple particulier sans aucun lien avec le gouvernement.
Un médiateur non sollicité. Un diplomate civil, en somme. Refuser sa visite aurait toutefois donné l’impression que Bolska refusait toute négociation.
Tristan rencontra d’abord Lobsky, le président de Bolska.
« Ces exigences sont absurdes. »
Bolska refusa. Le pays était prêt à se battre.
La ligne de forteresses montagneuses de Genson était redoutable, et plusieurs divisions étaient stationnées à proximité. Ce n’était pas un territoire qu’on céderait simplement parce qu’on avait reçu des menaces.
« Il est vrai que beaucoup de personnes d’ascendance impériale vivent à Genson. Mais c’est une forteresse située à la frontière de Bolska. Quel pays au monde accepterait de céder une forteresse frontalière entière ? »
Le président et les ministres s’exprimèrent avec fermeté.
Tristan contempla son thé en silence un instant.
« … Je crois que la position de l’Empire repose elle aussi sur certains arguments raisonnables. »
Telle était l’opinion de Hailand.
Lorsque l’interprète traduisit ces paroles, le front du président se plissa. Le ministre présent rougit également.
« … Qu’entendez-vous par là ? »
« Si l’on examine l’histoire de Genson, il s’agit certes d’un lieu stratégique, mais ce sont des colons d’ascendance impériale qui l’ont développé. De plus, cet incident n’a-t-il pas commencé avec les politiques de Bolska ? La fermeture des écoles, les ordres de remplacer les panneaux, les licenciements dans les mines… En somme, vous avez fourni une justification à l’Empire. »
La propagande et l’incitation pouvaient parfois empêcher jusqu’aux victimes de se rendre compte qu’elles étaient visées.
Les émissions diffusées dans l’Empire comme à Bolska avaient également pénétré le gouvernement de Bolska, au point qu’il lui était devenu difficile de distinguer la vérité du mensonge.
C’était une propagande qui déformait des événements réellement survenus. Même en connaissant les faits, il était difficile de s’en défendre.
« Monsieur le Président, qu’est-ce qui vous a poussé à déployer des troupes le long de la frontière ? »
Le président resta un bref instant sans voix.
Ils avaient mobilisé leurs troupes après avoir entendu dire que l’Empire déplaçait ses forces vers la frontière. C’était une mesure défensive tout à fait naturelle.
Pourtant, il n’y avait personne en face.
Ils avaient beau attendre, personne ne venait.
Un pays qui avait garé ses chars face à une frontière déserte. C’est ainsi que le continent voyait Bolska, et l’Empire photographiait la scène chaque jour avant de diffuser les clichés partout.
« … Il ne s’agit plus seulement de Genson. »
Le président reprit calmement la parole.
« Ils veulent toutes les terres où les personnes d’ascendance impériale représentent plus de cinquante pour cent de la population. Si nous leur cédons Genson aujourd’hui, que réclameront-ils demain ? Cela s’étendra vers l’est, puis vers l’ouest. Comment pouvez-vous être certain que votre pays ne sera pas le prochain ? »
Après avoir entendu la traduction, Tristan se contenta de sourire.
« Comme je l’ai dit, l’exigence initiale de l’Empire se limitait à Genson. Du moins, jusqu’à ce que Bolska déplace ses troupes. »
Tout en parlant, Tristan songea : *Quelle fierté peuvent bien afficher ces salauds de Volkas, qui vivent de la contrebande et du courtage, pour faire tant d’histoires ? Ils n’y connaissent foutrement rien au monde.*
« Si Bolska fait un pas en arrière, je pense que l’Empire acceptera cette limite. C’est ce que je peux vous transmettre… »
Malgré tout, le président et les ministres ne parvenaient toujours pas à l’accepter.
Après la fin de sa rencontre avec le gouvernement de Bolska, Tristan prit la route de Genson.
« Vous êtes le chef du Corps d’autodéfense de Genson ? »
« Oui. Je suis Renhardt. »
Les habitants de Genson d’ascendance impériale accueillirent Tristan. Ils parlaient toujours la langue impériale au quotidien et avaient conservé les coutumes de l’Empire, malgré leur vie au-delà de la frontière.
Ils escortèrent Tristan jusqu’au quartier général du corps d’autodéfense. Un dîner y avait été préparé, ainsi que des témoignages.
« Nos enfants doivent apprendre la langue qui constitue nos racines. La langue des Aran. »
Le commandant du corps d’autodéfense avait déjà reçu une grosse somme d’argent de l’Empire. L’entrepôt du corps était déjà rempli de fusils impériaux.
« Des dizaines de boutiques ont fermé pour une simple histoire d’enseigne. Vingt-trois contremaîtres se sont retrouvés à la rue du jour au lendemain… »
Chacun récita le récit qu’il avait préparé.
Il y avait un texte, alors les témoignages concordaient. Et comme ils concordaient, on les croyait.
« Messire Tristan, il se fait tard. Pourquoi ne pas vous reposer aujourd’hui et aller chasser demain matin ? »
« … Si j’en ai le temps. »
À cette invitation, Tristan caressa sa moustache et accepta.
Le diplomate civil de Hailand passa deux jours à Genson.
…
Le continent changeait.
Il changeait au gré de la logique de puissance en laquelle chaque pays croyait, ou qu’il prenait pour la vérité.
Prozen et Hailand faisaient pression sur Bolska. Ensemble, ils lui proposèrent de céder son territoire.
Si Bolska acceptait simplement les exigences de l’Empire, il n’y aurait pas de guerre. L’Empire connaissait les blessures laissées par la précédente guerre de l’Ouest ; il ne souhaiterait sûrement pas revivre une telle horreur…
Cette croyance erronée.
« … Si l’Empire obtient un territoire, s’arrêtera-t-il vraiment là ? »
Jean Pierre monta à la chaire.
« Si Bolska cède des terres bientôt, Yursled, le dernier État tampon le long de la frontière orientale, sera le suivant. »
Autrefois considéré comme le plus grand érudit de Prozen et une autorité incontestée, Jean Pierre posa cette question :
« Quelqu’un y a-t-il réfléchi ? »
Même après cette question, personne ne répondit.
Clac.
Le bruit d’un crayon tombé qui roulait sur le sol résonna dans la salle.
« … »
Jean Pierre contempla les rangées de sièges clairsemées, entrecoupées de places vides.
Moins de trente étudiants étaient désormais assis dans cette vaste salle. Dans une telle situation, Jean Pierre se rappela qu’il était, lui aussi, un être humain.
Il avait résolu de continuer à donner ses cours même s’il ne restait qu’un seul étudiant. Mais affronter cette réalité était terriblement solitaire.
Anti-Izenheim, anti-Mer, anti-Sled. Même à Prozen, le racisme et les conflits idéologiques avaient atteint leur paroxysme.
Appeler à la vigilance face à l’Empire était aussitôt interprété comme une défense des Izenheim ou un soutien à Lobrus. Sa réputation en souffrait, bien qu’il eût publié de nombreux articles sur ces sujets.
« Eh bien. Vous avez tous fait preuve de courage en assistant à ce dernier cours du semestre. Gardez toujours fermement vos convictions et vos croyances, et poursuivez votre chemin avec détermination… »
En concluant le dernier cours de l’été, Jean Pierre prononça des paroles qui semblaient s’adresser autant à lui-même qu’à ses étudiants.
« Haa… »
Jean Pierre s’assit à son bureau.
La pièce privée qui avait autrefois eu des allures de bibliothèque n’était plus. Les fonds de recherche avaient été coupés.
Pierre avait inlassablement souligné les ambitions de l’Empire, mais cette position ne semblait pas correspondre à l’idéologie de la faction au pouvoir.
À peine assis, Jean Pierre saisit une plume. Simple érudit qui étudiait les hommes, il prépara un article en songeant à une personne en particulier.
Jean Pierre s’était peu à peu pris d’obsession pour un homme nommé Maximilian. Un homme semblable à une vague déferlante, vers lequel pointaient toutes ses intuitions et tous ses instincts.
Plus impérial que l’empereur lui-même, il ne s’arrêterait jamais. Jean Pierre mit par écrit cette conviction.
* * *
« Revue continentale : les ambitions et l’expansion de l’Empire »
[Jean Pierre, Université nationale de Prozen]
… Les exigences de l’Empire portent cette fois sur un principe qui dépasse la question des territoires. Dès que le continent acceptera le principe selon lequel les terres où les personnes d’ascendance impériale sont majoritaires appartiennent à l’Empire, ce principe franchira les frontières. Au-delà de Genson se trouve le territoire situé à l’ouest, et plus loin encore se trouveront certainement des villages où l’on parle la langue impériale…
Depuis plusieurs années, l’Empire préparait les routes et les voies ferrées, les normes et la logistique, la nourriture et les médicaments nécessaires à la guerre. Derrière tout cela se tenaient la maison Ebenholtz et le nom de Maximilian.
Maximilian Ebenholtz. De ses propres mains, il opprima Gennen sans merci, puis la transforma en arsenal. Après avoir exécuté sans procès des centaines de soldats corrompus le long de la frontière orientale, il rétablit la discipline dans l’armée impériale. Lors de la guerre civile de Zerpa, il assura la victoire de la monarchie par toutes sortes d’actions officieuses. L’Empire en sortit raffiné et précis.
… La guerre qu’ils ont préparée n’est désormais plus qu’une question de calendrier. Plus les nations du continent cèdent aux exigences de l’Empire, plus celui-ci est libre de choisir lui-même le moment où il frappera.
La politique d’apaisement ne peut garantir la paix…
──────
L’article de Jean Pierre fut publié dans le journal.
J’étais un lecteur assidu de Pierre. Il fallait connaître son ennemi pour l’affronter, et les analyses de Pierre étaient toujours admirables.
Sans être un régresseur, cet érudit avait su m’atteindre. Sans être un régresseur, il avait prédit l’avenir.
Pourtant, ses prédictions ne pouvaient rien changer. À partir de là, tout dépendait des nations.
L’enjeu le plus lourd de conséquences, et le plus irréversible.
La fin de l’ancienne génération à laquelle le continent serait bientôt confronté.
« … Messire chevalier. Nous y sommes. »
J’arrivai sur un lieu de pêche, dans un village portuaire aux confins occidentaux de l’Empire.
Je sortis de la voiture et avançai d’un pas lourd.
Des vieillards raccommodaient des filets. L’odeur de la mer se mêlait à celle des vasières et du sel. Les vagues déferlaient en écume blanche contre la digue. Le soleil faisait scintiller l’eau.
Quelques mouettes tournoyaient au-dessus des caisses à poisson. Le village entier semblait respirer lentement, au rythme de la mer.
C’était vraiment l’endroit idéal pour un exil.
Je longeai la route jusqu’au quai et aperçus un dos familier.
« On dirait que la pêche est bonne. »
Je me plaçai à côté de lui.
Anton Jefren ne tourna pas la tête.
« En été, les chinchards mordent bien. »
Des poissons frais s’agitaient dans le panier près de lui.
« On dirait bien. »
Pendant un moment, aucun de nous ne parla.
Krii. Krii.
Une mouette rôdait, comme si elle lorgnait le panier de poissons d’Anton, tandis qu’un vent chaud et humide se levait.
Fouuush.
De temps à autre, des gouttelettes jaillissaient par-dessus la digue et scintillaient au soleil.
Soudain, Anton posa sa question sans quitter la mer des yeux.
« … Maximilian. Comment va l’Empire ? »
Sa question fit se superposer à elle une voix qui était la mienne, venue d’un passé lointain.
Un endroit qui n’existait plus. Dans une ligne temporelle où l’humanité avait été vaincue, j’avais demandé comment allaient les choses à l’extérieur.
Anton Jefren était-il donc resté prisonnier de ce port ?
« Il s’engage dans une voie que personne ne peut connaître ni en qui que ce soit peut avoir confiance. »
J’observai le profil d’Anton. De profondes rides bienveillantes marquaient toujours son visage ombragé par son chapeau.
« J’ai entendu dire que vous aviez inventé un médicament qui sauve des vies. »
« … Vous voulez parler de la pénicilline. »
Leutern avait finalement survécu.
Grâce à cela, les riches étaient presque devenus fous à cause de la pénicilline. Leurs efforts pour trouver des moisissures par tous les moyens avaient presque porté leurs fruits, et les chaînes de production étaient désormais en cours d’installation.
La production de masse ne tarderait certainement pas.
« Cliff me l’a dit. »
Anton eut un rire sans joie en tirant légèrement sur sa canne à pêche.
« On dirait que Cliff m’a remplacé par toi. »
Je le regardai en silence, puis lui demandai :
« … Ça vous va ? »
Ce n’était pas le changement que tu souhaitais pour l’Ordre des Sentinelles.
« … »
Anton Jefren garda le silence un instant.
Jusqu’ici, d’innombrables membres de la Faction révolutionnaire avaient probablement — non, certainement — tenté de nouer des liens avec lui. Rien ne valait la bannière d’un géant déchu.
« Tu sais déjà que le patron de la taverne où je vais est en réalité un chef de cabinet de Georgen. »
Anton désigna la colline du menton.
« La propriétaire d’une pension du coin est l’épouse d’un cadre de Georgen. »
Anton poursuivit :
« Ils peuvent rédiger de faux rapports quand bon leur semble. Anton Jefren est une prise de choix. Celui qui réussirait à le rallier pourrait obtenir une promotion n’importe où. »
Il y avait effectivement eu plusieurs rapports faisant état de circonstances suspectes. J’en avais lu beaucoup moi-même.
Avant ma régression, Anton avait été mêlé à quantité d’accusations de ce genre, même après sa chute de l’Ordre des Sentinelles.
Mais…
« Je sais aussi que toi, Maximilian, tu les en empêches. »
« … »
Anton ramena lentement sa ligne en regardant la mer.
« Pour répondre à ta question, est-ce que ça me va… oui. Je crois que c’est au moins préférable. »
Anton Jefren, qui ne se jetait pas dans la révolution, ne condamnait pas l’Empire et ne fomentait aucun complot.
Je l’écoutai en silence.
« La distinction entre le bien et le mal varie selon celui qui la fait. »
Quelque chose tira sur le flotteur d’Anton.
« Mais on peut toujours savoir quel camp est le pire, et lequel l’est moins. »
Une idée me traversa soudain l’esprit.
« Je voudrais te demander quelque chose. »
Attendait-il un jour qui n’était pas encore venu ?
« Vers quoi regardes-tu ? »
Sa question me parut étrangement semblable à un hameçon qui attendait une prise.
Anton ne me pressa pas de répondre. À la place, il ramena tranquillement sa ligne. Un chinchard y était accroché, mais ses mains ne se pressaient pas.
Un poisson déjà ferré ne pouvait plus s’échapper.
Sa destination était déjà décidée.
« … »
Ou peut-être n’était-ce que le fruit de mes interprétations excessives.
Peut-être étais-je le seul à m’être perdu dans des pensées profondes à partir de paroles qu’il avait prononcées sans y réfléchir.
« … L’endroit vers lequel je regarde. »
L’endroit vers lequel je regardais.
L’endroit vers lequel je regardais…
* * *
Les ambassadeurs de Hailand et de Prozen rencontrèrent Steller au ministère des Affaires étrangères. Steller les écouta en silence, puis déclara :
« Bolska campe sur ses positions… »
Après avoir répété ces mots, Steller se leva.
« Qu’est-ce que vous faites ? Vous ne venez pas ? »
Sans comprendre ce qui se passait, les deux ambassadeurs montèrent dans la voiture après Steller.
La voiture quitta le quartier gouvernemental et s’engagea sur la route. De l’autre côté de la vitre s’étendaient les quartiers huppés de l’Empire.
Bientôt, elle sembla glisser dans un endroit quelconque, puis s’arrêta brusquement.
« Sortez. »
Ouf.
Contrairement à son habitude, le ministre des Affaires étrangères Steller semblait tendu et rajusta un instant sa cravate.
Peu après, à l’entrée où on les avait conduits, Steller leur dit :
« Enlevez vos montres. »
Ce n’est qu’à ce moment-là qu’ils comprirent où ils étaient.
Ils retirèrent précipitamment leurs montres et les tendirent aux assistants qui les accompagnaient.
« … »
« … »
Sans prononcer un mot, ils avancèrent, ne faisant rien d’autre que respirer.
Des murs blancs et des lignes droites. Un couloir dépourvu du moindre objet pouvant passer pour une décoration.
Un domestique les escorta jusqu’à une pièce.
« … Hein. »
Derrière un mur entièrement vitré s’étendait un jardin, et le soleil reposait là comme un meuble.
L’esthétique du lieu avait déjà été dévoilée dans plusieurs magazines, mais il était encore plus beau en personne.
Dans le bureau, une silhouette dont seul le contour brillait dans la lumière du soleil prit la parole.
« Bienvenue. »
Maximilian Ebenholtz.
Toujours assis, il leur indiqua les sièges en face de lui.
« Je vous en prie, asseyez-vous. »
Steller s’assit le premier et prit la parole.
« Messire chevalier Maximilian, ces messieurs prétendent que Bolska campe sur ses positions. »
Steller leur adressa un mouvement du menton plein de désapprobation. Les ambassadeurs de Hailand et de Prozen tressaillirent, puis ouvrirent la bouche comme pour se défendre.
« Euh… Eh bien, ils n’ont guère le choix que de camper sur leurs positions. Du point de vue de Bolska, Genson a une immense valeur stratégique… Peut-être pourrait-on régler le problème en accordant l’autonomie à Genson… »
Le contre-jour empêchait de lire l’expression de Maximilian.
Seule sa voix emplissait le bureau.
« Le pays de Bolska, face à l’Empire… »
Maximilian s’interrompit.
Un homme puissant, que l’on disait être la force qui se tenait derrière l’Empire. Ses yeux, parfois, luisaient d’or. On avait du mal à soutenir leur regard.
« Trois ou quatre jours suffiraient. Ou bien son président pourrait disparaître sans que personne ne le sache. »
Il avait ajouté cela avec désinvolture, alors qu’il s’agissait de propos terriblement inquiétants et sensibles. Mais les paroles prononcées ici ne filtreraient sûrement jamais à l’extérieur.
« Seuls les forts peuvent se permettre de camper sur leurs positions. »
Les ambassadeurs interprétèrent ses paroles à leur guise.
S’accrochant à son ambiguïté, ils en extirpèrent désespérément l’idée que l’Empire ne souhaitait pas entrer en guerre.
Ils comprirent « nous pouvons en finir en trois jours » comme « par conséquent, nous n’avons pas besoin de le faire », et la mort du président comme « discrètement, plutôt que par la guerre ».
Cela correspondait mieux à l’idéologie de leur faction.
« … Oui. Je comprends. »
Et il leur était bien plus supportable de croire que l’Empire voulait la paix.
« Je rapporterai les choses ainsi à mes supérieurs. »
Le ministre des Affaires étrangères Steller sourit. Steller semblait s’attendre à une prime plus importante après cette rencontre, mais qu’importait.
Quelqu’un d’assez cupide était utile à Maximilian.
Notes :
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