Chapitre 260
WeTried Translations
Traducteur : Coughing Baby
Correcteur : Coughing Baby
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 260 : Quand la neige tombe (4)
──────
Croiseur de la marine impériale, le « Greif ».
Le colonel Navid, capitaine du Greif, reçut une lettre de l’armée du royaume de Zerpa. Une petite boîte l’accompagnait.
« Capitaine. »
L’adjudant lui murmura quelque chose à l’oreille. Navid hocha la tête et enfonça la boîte au fond d’un tiroir.
« Allons-y. »
« Oui, mon colonel. »
Ils sortirent ensemble sur le pont.
Quatre soldats de Zerpa et deux Yaken se tenaient à l’écart, emmitouflés dans des couvertures. Ils gloussaient en faisant des gestes aux marins. Navid convoqua ses officiers.
« Ah, capitaine. »
L’un d’eux s’avança.
« Je les ai interrogés par l’intermédiaire d’un interprète. Ils prétendent être des soldats royalistes qui ont fui les agents de la faction républicaine en traversant la frontière avec les Yaken. D’après leurs déclarations… »
« Non. C’est l’inverse. »
« … Pardon ? »
« Ce sont des agents de la faction républicaine. »
Navid lui tendit la lettre de l’armée du royaume de Zerpa. L’officier la lut d’un air absent.
De nombreux Yaken tués. Désertion armée. Demande de remise des fugitifs.
« Renvoyez-les à Zerpa. »
« Euh… Capitaine, cela concerne les Yaken. Le règlement nous oblige à en référer d’abord au pays et à mener une enquête plus approfondie… »
« C’est vous, le capitaine ? »
Navid le transperça du regard, ses yeux profondément enfoncés dans leurs orbites.
L’air se figea sur le pont.
« C’est une affaire de Zerpa. »
Son charisme était célèbre dans toute la marine. Et le Greif était réputé dans la flotte pour sa discipline particulièrement stricte.
« L’Empire respecte la souveraineté de Zerpa. Moi aussi. »
« … Oui. Compris. Fidélité ! »
L’officier salua et se retira. Le colonel Navid fixa les six personnes sur le pont.
Bientôt, un navire d’escorte serait prêt et ils seraient une nouvelle fois remis à Zerpa…
* * *
Un hôtel cinq étoiles de Hailand.
« … L’avenir. »
J’étais assis en face de Dieter et poursuivis mon récit. Un verre de cola se trouvait devant chacun de nous. À cet instant, c’était la boisson la plus précieuse du continent.
J’avais appris une chose récemment : le cola était excellent avec un filet de citron.
« L’avenir que j’ai vu était complètement dévasté. »
Dieter m’écoutait. Il avait effacé de son visage tout signe superflu, qu’il s’agisse d’approbation, de feinte, de conviction ou même de doute.
« L’humanité avait péri. »
Des bulles montaient doucement dans le verre avant d’éclater.
« La civilisation s’était effondrée. »
Avais-je fini par faire assez confiance à Dieter pour lui dire tout cela à voix haute ?
Ou Dieter était-il suffisamment disposé à me croire ?
« Dieter. Si je hais les Izenheim… »
Le premier adjudant que j’avais eu après mon retour.
Sans poser une seule question, sans même que nous ayons tissé de liens particulièrement profonds, à bien y repenser, il était resté des années à mes côtés, à bâtir les fondations de mon pouvoir.
« C’est parce qu’ils sont le véritable ennemi de l’humanité. »
Il était peut-être le seul homme capable de croire des paroles pareilles.
« Les Izenheim n’ont pas toujours existé dans notre histoire. Ils n’apparaissent nulle part dans les mille ans d’histoire de l’Empire. Ils ont surgi brusquement, il y a quelques siècles. »
C’était une croyance enseignée dans la section d’élite de l’Empire, comme dans presque tous les autres établissements d’enseignement impériaux.
« J’ignore d’où ils viennent. Je ne sais même pas quelle est leur origine. Sont-ils arrivés d’au-delà des étoiles, ou ont-ils émergé naturellement sous ce continent ?… Mais je sais une chose avec certitude. »
Dieter m’écoutait en silence.
« Ils nous imitent. C’est la plus grande arme des Izenheim. Ils peuvent imiter tous les aspects de l’humanité et devenir presque identiques aux humains. »
Dieter ne changea pas d’expression. Grâce à cela, je pus continuer plus calmement.
« Dans cet avenir, ils ont ouvert une Porte dimensionnelle et invoqué des êtres venus d’un autre monde. Nous avons perdu. »
Un autre monde. Une Porte dimensionnelle. Une ruine. Des êtres qui imitaient les humains. J’énumérais calmement des mots qui auraient mieux convenu à un diagnostic d’hôpital psychiatrique.
« … »
Même Dieter ne pouvait pas tout accepter sans réfléchir. Mais il ne rirait pas non plus de mes paroles. Au vu de tout ce que j’avais accompli ces dernières années, il était prêt à les examiner sérieusement, au moins un moment. C’était suffisant.
« Monseigneur. »
Dieter prit enfin la parole.
« Puis-je vous poser une seule question ? »
N’importe laquelle.
Je reposai mon verre.
« Quel homme étais-je, dans cet avenir ? »
Il ne m’interrogeait ni sur la cause de la destruction de l’humanité ni sur les principes de la Porte dimensionnelle. Il voulait savoir ce qu’il était devenu, lui.
« … Vous étiez chancelier de l’Empire. »
Je répondis en me remémorant cette époque.
« J’ignore quand et comment vous avez accédé à ce poste. Un jour, vous étiez simplement là. Mais c’était votre place. Vous avez géré seul l’Empire qui s’effondrait. »
« … »
« Même quand des affaires de corruption jusque-là inconnues éclataient, que des dépenses insupportables s’accumulaient ou que les caprices de quelqu’un bouleversaient tout le budget. »
Le chancelier qui continuait à compter les chiffres, même face à un trésor vide.
« Vous avez réussi à faire tourner toute la machine. »
C’est ainsi que la guerre prit fin.
Les forces alliées victorieuses exécutèrent la plupart des principaux dirigeants du pays vaincu, mais Dieter survécut longtemps. Il avait pourtant supervisé jusque dans les moindres détails le budget du camp d’extermination, ce qui faisait de lui un criminel de guerre parmi les criminels de guerre.
« La République a essayé de vous convaincre de travailler pour elle… Mais vous avez refusé toutes ses offres. Vous auriez pu survivre. J’ignore pourquoi. »
Dieter baissa un instant les yeux.
Il observait attentivement les bulles qui s’accumulaient dans son verre de cola.
« Probablement parce que ça ne m’intéressait pas. »
Il répondit comme s’il se comprenait lui-même.
« Saisir l’argent qui passe et lui tracer une voie. Faire s’assembler sous mes doigts des dizaines de milliers de flux d’argent et de ravitaillement. Voir la nourriture et le logement d’innombrables personnes se condenser en chiffres, puis se décider à travers eux. J’aime ces choses-là. »
À ces mots, je haussai les sourcils.
« Mais dans la République, les discussions et les négociations auraient été monnaie courante, pas vrai ? »
Je commençais seulement à comprendre une facette de Dieter.
« Oui. C’est exact. »
Un monde où le moindre changement de chiffre exigeait l’approbation du Parlement, où les voix des citoyens affluaient et où la politique s’immisçait dans chaque décision budgétaire.
Dieter, dans cet avenir, savait déjà tout cela. C’était pourquoi il les avait repoussés.
Pour un homme devenu dépendant du plaisir de maîtriser personnellement les chiffres de l’Empire en tant que chancelier, les méthodes de la République n’auraient été qu’une corvée ennuyeuse et fastidieuse.
« Au fond, je suis un drogué. »
C’était peut-être la réponse à ce qui avait déconcerté les historiens du futur : la faille chez Dieter Schmidt qu’ils n’avaient jamais su comprendre, malgré leurs études sur les nombreux criminels de guerre.
« Je suis dépendant de quelque chose de plus puissant que n’importe quelle drogue. »
Il était plus rationnel que n’importe qui, et pourtant plus irrationnel que n’importe qui.
Sa capacité à faire usage de la raison était exceptionnelle, mais son rapport à celle-ci relevait d’un amour passionné.
« … Je vois. »
Je souris.
Un homme qui se consacrait à son travail et s’y abandonnait comme un fou.
Alors, peu importait que Dieter me croie ou non.
Parce que Dieter m’accompagnerait jusqu’au bout.
« Tant mieux. »
… Dieter Schmidt.
Quel homme étrange.
Peut-être avions-nous tous les deux été fous depuis le début.
C’était sans doute pour cela que nous nous entendions si bien.
…
[ Maximilian : L’avenir que j’ai vu était complètement dévasté. L’humanité avait péri et la civilisation s’était effondrée. ]
Pendant ce temps, au « Studio Outcast » de Filty.
Filty remit en ordre les pages éparpillées.
[ Maximilian : Dieter. Si je hais les Izenheim… c’est parce qu’ils sont le véritable ennemi de l’humanité. ]
[ Maximilian : … Dans cet avenir, ils ont ouvert une Porte dimensionnelle et invoqué des êtres venus d’un autre monde. Nous avons perdu. ]
Un avenir dévasté. L’ennemi de l’humanité. La Porte dimensionnelle. Les Izenheim.
Elle avait beau le relire, tout cela n’avait aucun sens.
« … Il est vraiment cinglé. »
Et Dieter, qui croyait pareilles absurdités sans poser de questions, n’avait pas l’air très normal non plus.
« Mais… »
Filty hésita un instant, puis sortit d’une vieille bande dessinée qu’elle avait dessinée une illustration des Izenheim et la posa sur la table.
Sans raison particulière, elle compara les paroles de Maximilian aux apparences suspectes de plusieurs Izenheim…
Puis elle leva soudain les yeux vers une photo encadrée, accrochée dans un coin du studio.
« … »
Tous les membres d’Outcast y souriaient, les bras passés autour des épaules les uns des autres.
Meden, Elje, Pain, Kayden.
Des compagnons qui n’existaient plus dans ce monde, tués par Maximilian.
… Non.
Ils avaient été sacrifiés à l’Empire.
Je ne dois pas avoir peur de Maximilian. Il n’y a aucune raison d’avoir peur de lui. Il n’est qu’une partie du corps qu’est l’Empire.
Ainsi, la page qui retenait son attention n’était pas la prophétie d’un dément nommé Maximilian.
« Qu’est-ce que le cola ? »
Cette chose inconnue apparaissait sur toutes les pages de la bande dessinée. Sur la table, dans les scènes où des gens étaient assis face à face, et dans la main de Maximilian, tandis qu’il marmonnait des absurdités.
Pschitt. Pschitt.
Elle voulait savoir ce qu’était ce liquide noir, qui bouillonnait comme si des étincelles s’agitaient à l’intérieur.
On aurait dit qu’il buvait les résidus laissés par l’ébullition des pierres de mana… et qu’il les avalait d’un trait comme si c’était délicieux.
« Qu’est-ce que le cola ? »
Filty passa longtemps à essayer d’imaginer son goût en se fiant à son apparence.
…
Je regagnai l’Empire. Dieter partit inspecter les emplacements des usines de cola qui seraient construites dans tout l’Empire, à Zerpa et à Kanillan.
Le système de production de masse serait bientôt prêt. J’avais préparé les usines depuis longtemps.
Tap. Tap.
La neige tombait au-dehors, derrière la fenêtre du bureau de l’Ordre des Sentinelles. Pour la première fois depuis un bon moment, je passais paisiblement en revue plusieurs documents à approuver.
« Monseigneur. Le district côtier de l’Ouest a reçu cette demande de coopération. »
L’administrateur me tendit une lettre. L’armée du royaume de Zerpa l’avait envoyée à un régiment de la côte occidentale.
──────────
… Nous avons confirmé que des membres de la faction républicaine, qui ont tué de nombreux Yaken et sont actuellement en fuite, se sont emparés d’un bateau de pêche et ont pris la mer en direction de leur patrie. Ces individus étant de dangereux criminels dans notre pays, nous demandons qu’ils nous soient remis…
──────────
Tout document concernant les Yaken, surtout s’il était aussi grave, m’était toujours transmis, quel que soit le chemin qu’il avait suivi.
Les Yaken étaient la force combattante de l’humanité.
« … Des membres de la faction républicaine qui ont tué de nombreux Yaken ? »
À l’instant où je lus ces mots, je compris.
Les Izenheim.
Ils avaient enfin compris les intentions des Yaken et étaient passés à la contre-attaque.
Je serrai la lettre dans mon poing.
…
La cabine du capitaine, à bord du croiseur de la marine impériale, le « Greif ».
Le capitaine Navid avait soigneusement retiré sa casquette et l’avait posée sur la table. Il déglutit avant de parler.
« J’ai, j’ai reçu un message de l’armée du royaume de Zerpa. Ils ont dit que c’étaient des espions de la faction républicaine qui avaient tué des Yaken et pris la fuite, alors… »
L’adjudant se tenait raide à ses côtés.
Je reposai la question à Navid.
« Vous les avez donc tous renvoyés ? Les deux Yaken et les quatre soldats ? »
« … »
Le capitaine d’âge mûr ne répondit pas.
J’étais passablement en colère.
Ils étaient entrés dans les eaux impériales et un navire impérial les avait ramenés lui-même, directement chez eux.
Cela m’avait obligé à faire un détour inutile.
« Répondez. »
« … O-oui. Je les ai renvoyés. »
« Alors dites la vérité. Qu’avez-vous reçu ? »
Le capitaine avait précipité leur remise ; il avait donc dû recevoir une récompense à la hauteur de son empressement.
« Eh bien… »
Le capitaine sembla hésiter, mais finit par sortir une boîte de son tiroir. Ses mains tremblaient quand il en souleva le couvercle.
À l’intérieur se trouvait une sculpture en pierre de mana.
« … »
Je gardai le silence un instant. Des larmes montèrent aux yeux profondément enfoncés du capitaine.
En voyant ces larmes prêtes à couler, je dégainai mon pistolet.
Bang !
Le coup de feu résonna contre la coque d’acier du navire.
« Argh ! »
Navid se plia en deux. La balle ne l’avait pas touché. Elle transperça le cœur de l’adjudant à ses côtés, un Izenheim.
« … Faites votre déposition. »
Je tournai mon regard vers le capitaine.
« Dites-moi qui vous a remis cela, comment il vous a fait son offre, tout. »
Puis je me levai et sortis.
Des marins se tenaient alignés dans le couloir. Le coup de feu les avait tous laissés effrayés.
Je m’arrêtai devant l’homme dont l’insigne de grade était le plus élevé.
« Major. »
« A… Adam Boven ! »
« Major Adam. Débarrassez-vous du corps à l’intérieur, placez le capitaine en détention et envoyez-le à l’Ordre des Chevaliers. »
« Oui, monseigneur ! T-tout le monde, en mouvement ! »
Tous les marins s’activèrent aussitôt. Je quittai le navire de guerre, sentant sur moi leurs regards mêlant peur, stupeur, admiration et révérence.
* * *
Une prison sombre.
Des traînées d’humidité marquaient les murs de pierre et une ampoule vacillait au plafond de la salle souterraine.
Les quatre rangers étaient affalés sur leurs chaises, chacun ligoté.
Les yeux gonflés. Les lèvres fendues. Des gouttes de sang sur le sol.
Depuis des jours, on les soumettait aux mêmes interrogatoires et aux mêmes coups.
« Sergent Gonzalo. Je vous le demande encore une fois. Pourquoi avez-vous tué les Yaken ? »
À la question du capitaine Sesk, la voix de Gonzalo s’échappa entre ses dents couvertes de sang séché.
« Vous avez fait tout ça… juste pour voler les primes sur les Yaken… Non, ça ne tient pas… Si on les avait tués, on n’aurait pas touché la prime… ? »
« Vous n’avez toujours pas repris vos esprits. »
Sesk ricana et secoua la tête.
« Quoi qu’il en soit, vous… »
Il tendit la main vers le stylo-plume posé sur le rapport.
Crac !
La porte s’ouvrit à la volée et des soldats armés déferlèrent dans la pièce, pointant leurs armes sur le capitaine.
« … »
Sesk leva instinctivement les deux mains.
Clac. Roule.
Le stylo-plume tomba au sol et roula plus loin.
« … Qu’est-ce que c’est que ça ? »
Aucun des soldats ne répondit.
…
« Nous allons… vraiment dans l’Empire ? »
À l’arrière de la voiture en marche, Falcon regardait anxieusement par la fenêtre.
« Oui. »
Un sergent dont le nom lui échappait répondit.
« Mais… monsieur Gonzalo et les autres, pourquoi… ? »
« Comment veux-tu que je le sache ? »
Il eut un petit rire. Son sourire, reflété dans le rétroviseur, était étrangement froid, mais au moins il ne dégageait pas cette odeur de poisson qui leur était devenue familière.
La voiture s’arrêta à un carrefour tranquille.
L’homme ne coupa pas le moteur. Il se contenta de regarder droit devant lui, comme s’il attendait quelque chose.
« Excusez-moi… ? »
« On attend. Ceux qui vont vous prendre en charge ne tarderont pas. »
Le sergent sourit. Falcon prit la main de sa femme et, peu après…
Vroooom !
Des véhicules approchèrent en soulevant des nuages de poussière.
« Ah, les voilà… ? »
Puis le visage de l’homme se figea brusquement. Peut-être que ce n’étaient pas les véhicules qu’il attendait.
Des bottes descendirent des véhicules.
L’emblème royal flottait au vent.
C’était l’armée royaliste, les nouvelles troupes d’élite du royaume de Zerpa.
« … Quoi ? »
Que faisait l’armée royaliste dans un endroit aussi reculé ?
Le visage du sergent se remplit de confusion et de peur.
…
La garnison du sud de Zerpa fut plongée dans le tumulte.
Des personnalités qu’on ne voyait d’ordinaire que dans la capitale royale arrivèrent les unes après les autres dans le sud récemment reconquis, où l’officier en charge n’était qu’un lieutenant-colonel.
Le commandant des forces centrales de Zerpa, l’inspecteur général de la police militaire du royaume et d’innombrables autres généraux envahirent les couloirs. Beaucoup d’autres n’étaient pas encore arrivés, car le blizzard avait bloqué les routes.
Ils n’étaient tous que la toile de fond du seul homme assis à la place d’honneur.
« … »
La tête du capitaine Sesk avait déjà été séparée de son corps.
« … Je vous en prie, pardonnez-moi ! Je suis désolé… ! »
Le lieutenant-colonel ne pouvait que répéter ses excuses.
Froufrou. Froufrou.
Au lieu de répondre, Maximilian tourna les pages du rapport.
C’étaient les dépositions des rangers.
Clac.
Après avoir refermé la dernière page, il prit la parole.
« Faites-les entrer. »
Les portes s’ouvrirent. Gonzalo et les rangers entrèrent, accompagnés du couple de Yaken.
Ils étaient dans un état épouvantable. Les policiers militaires tentèrent de les forcer à s’agenouiller en leur appuyant sur les épaules, mais Maximilian leva la main pour les arrêter.
« Ce ne sera pas nécessaire. »
Il s’exprima dans la langue de Zerpa.
Bien qu’il fût l’un des plus grands nobles de l’Empire, il était le seul à pouvoir communiquer avec tous les habitants de Zerpa sans interprète. Rien que cela faisait de lui la personne la plus exceptionnelle et la plus importante de l’assemblée.
« Gonzalo Pascal. C’est bien cela ? »
« … Oui. »
Maximilian s’approcha de Gonzalo, qui était incapable de soutenir son regard.
« Vous avez beaucoup souffert. »
Il s’exprima avec une chaleur inattendue en posant doucement la main sur l’épaule de Gonzalo.
Plusieurs généraux ouvrirent de grands yeux à cette vue.
* * *
Une fois le tumulte en grande partie retombé, nous repartîmes pour l’Empire avec le couple de Yaken.
« Monseigneur. Vous auriez pu confier ce genre d’affaire à un subordonné ou à un autre chevalier… »
Je laissai échapper un petit rire aux paroles prudentes de l’administrateur.
« Au début, je me suis dit la même chose. »
En apprenant que de nombreux Yaken avaient été massacrés, je m’étais soudain emporté. J’avais en partie agi par impulsion.
Mais la rencontre fortuite avec un homme avait transformé l’affaire en quelque chose que je devais régler moi-même.
Gonzalo Pascal.
Un nom célèbre.
Avant mon retour, il avait été l’un des opportunistes les plus célèbres de l’histoire, mais aussi un brillant commandant dont le nom figurait dans les annales de la guerre.
Il avait commencé dans la faction royaliste, puis fait défection au profit de la faction républicaine. Lorsque l’Empire avait occupé Zerpa, il s’était illustré à ses côtés. Et quand l’Empire avait commencé à décliner, il avait de nouveau rejoint les forces alliées et remporté trois grandes batailles.
Les générations suivantes avaient considéré Gonzalo Pascal comme une arme à double tranchant.
Il avait trahi son camp à trois reprises et remporté la victoire avec chacune des factions qu’il avait rejointes.
Il avait toujours choisi le camp des vainqueurs, mais il avait aussi le don de transformer les batailles en victoires.
Son flair pour lire le champ de bataille, sa capacité à saisir les occasions et, surtout, son talent pour commander une légion étaient si exceptionnels que tout le monde le voulait et le craignait à la fois.
« J’ai gagné un général aussi précieux que les Yaken. On dirait que les hommes capables finissent toujours par attirer l’attention du monde. »
Cette fois, il ne ferait donc pas défection.
L’Empire ne perdrait pas.
L’opportuniste Gonzalo Pascal partirait en campagne avec une loyauté inébranlable.
« … C’est donc une bonne chose. »
Je regardai les plaines enneigées de Zerpa défiler au-delà de la vitre et tirai une bouteille en verre de mon manteau.
De minuscules bulles bouillonnaient dans le liquide noir.
Pschitt.
Dès que j’ouvris le bouchon, Falcon observa la bouteille avec intérêt. Ses narines frémirent même légèrement.
« Ça s’appelle du cola. »
Je souris et la lui tendis.
« Goûtez. Je suis curieux de savoir quel goût ça aura pour un Yaken. »
Falcon but le cola.
Glou. Glou.
« Hein ? »
Je fus moi-même surpris de le voir en boire autant d’une seule gorgée. Le visage de Falcon se tordit en une grimace féroce.
La scène me fit rire. L’administrateur rit aussi, tout comme la femme de Falcon.
Un jour où la neige tombait.
Les petits plaisirs comme celui-ci n’étaient pas si désagréables.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>