Chapitre 256
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Traducteur : Coughing Baby
Relecteur : Coughing Baby
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Chapitre 256 : Descendre du ciel (3)
──────
Fouuuuu...
Le vent balayait la crête, charriant un mélange âcre de fumée, de poudre, de sang et de mana.
Boum !
Un nouveau coup de canon retentit au-delà de l’horizon.
« …… »
Le général qui se tenait devant la tente de commandement contemplait le ciel d’un air sombre.
Des renforts viendraient-ils ?
Probablement pas.
Le haut commandement dissimulait des informations, et aucun soldat affecté à une opération ne croyait être celui qu’on envoyait mourir. Aucun soldat ne partait au combat en sachant qu’il allait y laisser la vie.
Parce que personne ne se croyait destiné à servir d’appât, tous acceptaient de mourir de leur plein gré.
C’était ainsi que les champs de bataille avaient toujours été maîtrisés.
La promesse de renforts était donc peut-être un mensonge. Les soldats présents ici étaient peut-être condamnés à mourir pour gagner du temps, tandis qu’une autre légion remporterait la victoire ailleurs sur la carte.
« Général. S’ils comptent vraiment attaquer le sud plutôt que Gandela… »
À ces paroles prudentes de l’officier d’état-major, le général répondit à voix basse :
« …… Ce serait le pire scénario possible. »
À moins que les forces d’élite du sud ne fassent demi-tour, cette crête finirait par tomber. Et si cela arrivait, le sud serait isolé, et ses forces d’élite dépériraient à leur tour.
Pourtant, le général ne pouvait pas être certain que son jugement était juste.
Après tout, le commandement royaliste était désormais composé de jeunes officiers fraîchement nommés, à la suite de la purge des informateurs et des soldats corrompus.
La purge avait assaini l’armée, mais elle l’avait aussi rajeunie.
La jeunesse n’avait jamais été une vertu sur un champ de bataille.
Fouuuuu !
Soudain, un vent d’une autre nature se leva.
Le courant violent secoua la toile de la tente et les pans de la veste du général. L’air déferla d’en haut, comme pour balayer la fumée.
Le général leva instinctivement les yeux.
« …… ? »
La pleine lune.
Sur le fond pâle de la lune qui éclairait le ciel nocturne, une fine traînée apparut.
Non, deux.
Trois.
Quatre…
Des silhouettes sombres, inconnues et fuselées, descendaient en biais. À l’instant où l’une d’elles toucha le sol…
Boum !
Elle explosa comme un météore qui s’écrase.
Tout le camp royaliste se figea.
L’officier des transmissions qui tenait un récepteur, l’officier d’état-major qui plantait des repères sur une carte : tous tournèrent la tête vers le même endroit.
De l’autre côté de la crête, les lumières et les tirs s’éteignaient secteur après secteur.
Partout où les ténèbres touchaient terre, le champ de bataille commençait à guérir.
« …… Des renforts. »
Un murmure rauque rompit le silence inquiet.
……
Une bataille ne se livrait pas uniquement avec des soldats. Derrière l’infanterie qui rampait le long des pentes se trouvaient les systèmes qui lui permettaient de rester en vie et d’avancer.
Les batteries qui pilonnaient les royalistes sous la crête. Les postes de transmission de campagne qui reliaient la ligne de front au quartier général. Les approvisionnements qui traversaient toute la nuit les ponts flottants depuis l’autre rive, puis les dépôts qui les acheminaient jusqu’aux soldats de première ligne.
Le cœur, les nerfs et les vaisseaux sanguins de la légion.
Les chevaliers fondirent sur ces points vitaux.
Cliff atterrit au milieu de la vallée, où vingt-quatre obusiers crachaient le feu, puis se fraya seul un chemin à travers la ligne d’artillerie.
Grondement !
Les canons se tordirent sous les explosions de mana, tandis que les artilleurs éclataient aux postes mêmes où ils avaient pris place pour charger leurs armes.
Yulian ne fit pas de grabuge. Il se glissa simplement sous la colline, là où convergeaient des faisceaux de circuits en pierre de mana, et les lumières s’éteignirent dans le central où les opérateurs branchaient fébrilement les lignes.
Sur toute la ligne de front, les officiers des transmissions, le récepteur plaqué contre l’oreille, entendirent les mêmes sons.
Clic. Le bruit des ciseaux qui se refermaient.
Clac. Le signal qui s’interrompait.
Boum !
Royce et Dare Tan atterrirent dos à dos au point 3, l’un des nombreux sites d’approvisionnement situés le long de la rivière.
« Feu ! Feu ! »
Les soldats ennemis pressèrent désespérément la détente, mais la Garde d’aura sphérique arrêta les balles.
Royce chargea le premier. Tandis qu’il dispersait leur ligne de tir, Dare Tan s’engouffrait dans les brèches. Quand Dare Tan avançait, Royce leur coupait toute retraite.
Fouuush !
Les navires de ravitaillement qui avaient atteint la rive brûlèrent avant même d’avoir déchargé leur cargaison, et des rangées de chariots en attente de déchargement se renversèrent.
Deux bataillons chargés du ravitaillement furent anéantis en moins de trente minutes.
Fouuush.
Hanna Usar volait toujours dans le ciel nocturne.
Son talent, l’Alène, lui permettait de condenser le mana en une pointe extrêmement acérée. Une puissance capable d’abattre cent personnes pouvait être affinée jusqu’à l’épaisseur d’une aiguille et concentrée en un seul point.
Armures, barrières, sorts, blindage de char, jusqu’au Corps d’aura d’un surhumain.
Tout ce qui était défendu par une surface était percé de la même manière par sa pointe.
Affectée au point 7, Hanna tournoyait dans le ciel comme un faucon, scrutant les environs.
« …… Je t’ai trouvé. »
Hanna murmura à voix basse. La visière de son casque grossissait le terrain en contrebas.
Un homme gigantesque. Il dépassait largement les deux mètres, de trois ou quatre têtes les soldats qui l’entouraient. Six lances d’acier étaient attachées à son dos, et les soldats qui l’accompagnaient en portaient chacun deux.
Fouish.
Hanna replia ses ailes.
Aussitôt, elle piqua comme un faucon fondant de très haut sur sa proie.
Elle fonça comme l’éclair, juste au moment où le géant ramenait une lance derrière son épaule.
Flaaash !
Elle lui trancha le sommet du crâne.
Son Corps d’aura surhumain, ses muscles épais et ses os se fendirent sous sa lame.
Toujours la lance brandie, le géant s’effondra lentement comme une tour qui s’écroule.
Boum.
Hanna atterrit sans s’arrêter. Il restait des ennemis.
Avant même qu’ils aient le temps de dégainer, des dizaines de fils de mana, fins comme des cheveux, jaillirent en éventail de la pointe de son épée.
Tranche.
Des fils noirs invisibles fendirent l’air nocturne, et les têtes des soldats s’envolèrent.
En un rien de temps, le point 7 fut rayé de la carte.
L’artillerie de la faction républicaine se tut la première. Puis ses communications, son ravitaillement et ses renforts furent coupés, et enfin ses surhumains.
La lutte pour la crête se poursuivit, bien sûr, mais l’armée n’était déjà plus qu’un corps privé de sang.
Rien de plus que les soubresauts d’un cadavre…
Fouuu…
Les chevaliers du gros des troupes avaient déjà touché terre, mais Maximilian était toujours dans le ciel.
C’était, en quelque sorte, la preuve du talent de Maximilian.
Les appareils de transport ne pouvaient s’approcher que jusqu’à un certain point. De tels engins étaient des cibles faciles dans les airs, alors la profondeur de leur déploiement dépendait entièrement de la capacité de chaque chevalier à descendre au sol.
Fouu…
Maximilian franchit la rivière Iber, survolant la tête de pont qui commençait à brûler en contrebas.
Tandis qu’il planait sous la lune, le vent de la rivière effleura ses Ailes de mana et les fit bruire doucement.
Puis Maximilian tourna les yeux vers elle.
De l’autre côté de la rivière se trouvait le camp de campagne de la faction républicaine. À côté se dressait un centre de détention pour prisonniers, entouré de barbelés et de grossières barricades de bois.
La cible finale du dernier chevalier.
* * *
Dès qu’une force inconnue fondit sur le champ de bataille, son effondrement devint manifeste.
« Les communications sont coupées ! On a sectionné les lignes ! »
Les officiers des transmissions, au standard, criaient en serrant leurs récepteurs muets.
Un messager couvert de boue accourut en énumérant les fronts tombés. Avant même qu’il ait achevé son rapport, un autre messager hurla qu’il y avait eu de nouvelles destructions.
Les salves de canon se turent l’une après l’autre.
Le ciel nocturne au-delà de la rivière prit une teinte rouge hideuse.
À un moment, un soldat leva les yeux vers le ciel lointain et marmonna :
« …… Un chevalier. »
Un chevalier.
Un chevalier de l’Empire.
Cette simple phrase se répandit de bouche en bouche plus vite qu’un incendie.
Au-delà des premières lignes, tout le camp s’agita à ces mots.
« Premier ministre Frank ! Montez ! »
Frank et son état-major se précipitèrent dans un véhicule de repli. La situation dans son ensemble restait incertaine, mais les rapports de défaite affluaient de tous les endroits où les forces ennemies avaient pénétré.
Il fallait désormais protéger le chef de la République.
« Partez ! Nous tiendrons ici ! »
Ben, commandant adjoint de l’Armée bénévole Izenheim, se porta volontaire pour rester en arrière avec les surhumains sous ses ordres.
« …… »
Frank les regarda sans un mot.
Son esprit était partagé à parts égales entre le choc et la panique.
Ils faisaient barrage pour retarder la poursuite. Quelqu’un devait rester, et Frank n’avait pas le temps d’empêcher ceux qui avaient décidé de le faire.
« …… Très bien. »
À la place de Frank, Elton acquiesça avec détermination.
« Pour la gloire de notre peuple. »
« Pour notre peuple. »
Frank les regarda échanger ces mots d’un air absent.
Les guerriers d’un peuple persécuté restaient une fois de plus en arrière pour combattre pour la patrie d’un autre.
« Premier ministre, veuillez décider du sort des prisonniers. »
À la demande de Ben, Frank s’immobilisa.
« …… »
Les prisonniers étaient des monnaie d’échange, mais une fois libérés, ils renforceraient l’ennemi.
La plupart étaient des figures importantes du camp royaliste : des nobles, des fonctionnaires, des officiers, ainsi que des milliers de soldats.
S’ils retournaient tous vivants dans les bras de l’ennemi…
Il le savait. Pourtant, il ne parvenait pas à prononcer les mots.
« Vous hésitez ? »
Elton posa la question à voix basse.
Sa voix calme ne contenait ni reproche ni empressement. On aurait dit qu’il souhaitait seulement connaître la décision de Frank.
Frank ferma les yeux et prit sa décision.
« …… Occupez-vous-en. »
Clac !
La portière qui se referma marqua le point final de cette phrase.
« Bien. Je m’en charge. »
Ben passa aussitôt à l’action. Frank lui ayant confié les pleins pouvoirs, il ordonna aux soldats d’exécuter les prisonniers.
« Sortez-les de là ! »
« Bougez ! Bougez ! »
Les soldats restés sur place traînèrent les prisonniers hors du centre de détention.
« Faites-les tous sortir ! »
Quelques-uns qui résistèrent furent abattus sur place, tandis que ceux qui ne pouvaient pas marcher rampèrent vers l’extérieur.
« Sortez-les ! On n’a pas le temps ! »
La plupart des prisonniers furent alignés dans une vaste clairière au bord de la rivière.
Ils avaient les mains liées dans le dos. Sans mur devant eux, ils ne faisaient face qu’aux ténèbres et aux eaux frémissantes. Leurs respirations saccadées se mêlaient à leurs prières.
« En joue ! »
Ben cria l’ordre.
Une rangée de fusils se forma en face des prisonniers, et le cliquetis des culasses résonna dans la nuit.
« Visez ! »
Alors…
« Feu… »
Avant que l’ordre ne soit achevé, un éclair de lune fendit l’air.
Un instant.
Un seul point.
Il s’épanouit rapidement en un éclat immense, telle une vague déferlant depuis l’horizon.
Une vague silencieuse, d’un blanc argenté, engloutit tout le peloton d’exécution.
Leurs fusils tombèrent sans propriétaire, et la tête de Ben s’envola.
Le surhumain qui avait voulu gagner du temps ne sentit jamais ce temps prendre fin.
Boum.
Le chevalier, baigné de lumière lunaire, atterrit sur le champ de bataille.
Au milieu du champ de bataille, sous d’innombrables regards, le chevalier écarta largement les bras et lança une épée longue d’un blanc pur.
Craaaac !
La lame s’envola.
Elle tourbillonna violemment en traçant un arc argenté. L’air se fendit dans un grondement sourd. Telle une faux traversant un champ de blé, elle balaya les têtes ennemies.
À l’aide ! Aaah !
La formation éclata. Des cris se dispersèrent dans l’air.
Puis le chevalier fit un simple geste du doigt.
L’épée longue qui tournoyait dans les airs s’immobilisa brusquement, s’aligna comme une lance et fila droit devant elle.
Elle visait un autre surhumain, dissimulé en silence parmi les soldats.
« …… Ngh ! »
Thud !
L’épée longue transperça la poitrine de l’ennemi.
L’ennemi la saisit à deux mains et tenta de la retenir, mais le chevalier avait déjà bondi.
En un instant, il fut sur lui, empoigna la garde à deux mains et la leva vers le ciel.
Craaaac !
Le corps du surhumain se fendit en deux.
Le sang et la chair giclèrent de toutes parts.
Bientôt, les éclaboussures écarlates formèrent une rivière de sang. Pourtant, le chevalier abaissa son épée sans qu’une goutte ne le souille.
« …… »
Une propreté telle qu’aucune poussière n’aurait pu s’y accrocher.
Le chevalier n’avait pas changé depuis son arrivée. Et, une fois tout terminé, le silence retomba sur le champ de bataille.
C’était étrange.
Du moins, pour les prisonniers qui observaient la scène.
La lumière lunaire s’accrochait toujours au chevalier. Ses mouvements ne produisaient aucun bruit. Même en planant depuis le ciel, même lorsque son épée longue déchirait ses ennemis, le chevalier restait silencieux jusqu’au bout.
Le vacarme venait seulement de l’extérieur.
Un pas.
Le chevalier fit un pas.
Tandis que les prisonniers tressaillaient, le chevalier se pencha et ramassa le fusil d’un soldat ennemi mort.
Un pas.
Sans se presser, le chevalier traversa le sol jonché de poudre et de restes humains.
Un pas.
Le chevalier s’approcha des prisonniers rassemblés et trancha les cordes qui liaient les poignets de l’un d’eux.
Gloups.
Le prisonnier déglutit.
Le casque ne laissait rien voir. Sa surface froide ne révélait aucune émotion.
Puis le chevalier y posa la main.
Il retira son casque.
« Ah… »
Un instant, les innombrables prisonniers cessèrent de respirer.
Nul besoin de grands discours.
Son apparence était tout simplement noble.
Sous ses cheveux blonds qui brillaient, son visage était si pur qu’on aurait eu du mal à croire qu’il venait de massacrer une armée. Avec les flammes du champ de bataille derrière lui, il semblait tout droit sorti d’une peinture sacrée.
… Beau.
Sur un champ où le massacre venait à peine de s’achever, les prisonniers ne purent s’empêcher de le penser.
« Écoutez-moi. »
Dans la langue de Zerpa, avec une diction digne de la royauté, le chevalier plaça le fusil dans les mains du prisonnier.
« Prenez votre arme. »
Gloups.
Le prisonnier déglutit de nouveau et hocha la tête, comme envoûté.
Puis il se tourna et détacha la personne à côté de lui. Ces mains libérées délièrent une autre paire de poignets, puis d’autres mains s’occupèrent d’un autre prisonnier.
Les mains libérées ramassèrent les fusils éparpillés dans la terre.
Peu à peu, une lueur revint dans les yeux des prisonniers, qui ressemblaient à des poissons morts.
« Battez-vous pour vivre. »
La faim qui leur tenaillait le ventre après des jours sans manger, la terreur ressentie quelques instants plus tôt, à l’approche de l’exécution : rien de tout cela ne leur traversait même l’esprit, désormais.
Enivrés d’avoir survécu, ils acclamèrent le chevalier de l’Empire.
……
« À l’attaque ! »
Le général de Zerpa avait déjà rejoint le cœur du champ de bataille.
Le moral de l’ennemi avait été brisé par les silhouettes tombées du ciel, et tous les soldats franchirent la crête en lançant l’assaut général.
« Le chevalier est avec nous ! »
Leurs cris se propagèrent sur la pente.
En quatre heures, ils reprirent les tranchées perdues depuis quatre jours, transperçant les ennemis en fuite de leurs baïonnettes.
La bataille se poursuivit toute la nuit.
Des poches de résistance républicaine s’embrasèrent brièvement, puis s’éteignirent une à une lorsqu’elles comprirent que leur retraite était coupée.
Ceux qui tentèrent de s’échapper à la nage furent engloutis par le courant. Les autres jetèrent leurs armes à l’approche de l’aube.
Ils tombèrent à genoux.
« …… Avancez plus vite. »
« Bougez ! »
« Arrêtez de faire du bruit ou je vous descends ! »
À l’aube, une longue file de prisonniers, les mains levées, s’étirait de la crête jusqu’à la rive.
Crépite, crépite.
Les rayons du soleil tombèrent sur les décombres en feu.
Les royalistes firent tant de prisonniers qu’ils ne purent les compter, tandis que la légion républicaine avait subi des pertes proches de l’anéantissement. Une opération de franchissement de rivière n’avait jamais été une mission avec retour garanti.
« …… Général. Nous avons gagné. »
Le général passa en revue les rapports reçus au cours de la nuit.
Au cœur de chaque témoignage se trouvait la même présence : un chevalier.
Des renforts descendus du ciel.
Ce qui avait semblé être un mensonge figurait désormais dans les documents officiels comme un fait d’armes.
« Même en le lisant, j’ai du mal à y croire. »
Le rapport détaillé de la bataille.
Un document officiel que l’état-major avait rédigé toute la nuit.
Le déroulement des combats heure par heure. Les pertes amies et ennemies. Le nombre de prisonniers et les approvisionnements capturés. Et la mention : [Intervention des forces surhumaines alliées], que les historiens militaires étudieraient encore et encore à l’avenir.
Bam !
Le général apposa le sceau sur le document annonçant la victoire.
Il le plia soigneusement, le scella à la cire et le remit directement à l’officier messager.
« Portez la nouvelle de la victoire à Son Altesse le prince héritier. »
« Oui ! »
Le messager salua et se retira.
……
Le lendemain, dans un grand domaine de Hailand, Arthur Winston reçut une nouvelle aussi foudroyante qu’un éclair dans un ciel serein.
« …… Un chevalier ? »
demanda Arthur.
« Oui ! Un chevalier est apparu à Zerpa ! »
La nouvelle de l’offensive déferlante de l’armée républicaine de Zerpa s’était répandue sur le continent, et tous étaient sur le qui-vive. Pourtant, l’Empire n’avait entrepris aucun mouvement militaire visible.
Mais quelque chose s’était produit au cours de cette nuit invisible.
« Des chevaliers… sont descendus du ciel ? »
« Oui ! Les témoignages se multiplient : des chevaliers sont tombés du ciel et ont taillé en pièces tout le champ de bataille ! Ce télégramme vient d’un correspondant de guerre à Zerpa ! »
L’issue fut la destruction de la principale légion de la faction républicaine.
Le front sud aussi tombait aux mains des royalistes.
À ce rythme, la défaite de la faction républicaine n’était plus qu’une question de temps.
« Des chevaliers… »
Arthur porta ses doigts à son front.
Il n’avait jamais imaginé une telle évolution.
Que l’Empire déploierait des chevaliers, et que ceux-ci renverseraient la situation en un instant.
« Dans les cercles royalistes, on dit que tout cela est une victoire diplomatique. Le prince héritier Alonso, surnommé le roi de la diplomatie ! »
Le prince héritier Alonso avait reçu ce surnom.
Il avait obtenu le soutien de l’Empire grâce à des négociations hors pair et conclu un traité raisonnable. Cette fois, il avait même réussi à faire intervenir les chevaliers.
Mais qu’avait exactement gagné l’Empire ?
« …… Combien y avait-il de chevaliers ? »
« Pardon ? Ah, eh bien… pas mal, non ? »
S’ils n’avaient été qu’une quinzaine, les rumeurs ne se seraient pas propagées aussi loin. Elles n’auraient certainement pas atteint Hailand en une seule nuit.
De plus, les forces républicaines, qui débordaient d’assurance, avaient été anéanties en une nuit.
Cela signifiait qu’ils avaient engagé une puissance de feu bien supérieure au nécessaire. Pas seulement celle qu’il leur fallait pour l’emporter, mais le maximum dont ils disposaient.
La raison devait être…
« C’était un essai grandeur nature. »
Ils avaient conçu et entraîné une nouvelle manière d’employer les chevaliers, et voilà qu’un terrain d’essai s’offrait enfin à eux pour mesurer leur puissance.
La guerre civile d’un autre pays ne pouvait guère servir de terrain moins coûteux.
« Oh ! »
Le reporter applaudit avant de poursuivre :
« Vous pensez que le prince héritier Alonso l’avait compris au moment des négociations ? Il a vu le premier que les chevaliers avaient besoin d’un champ de bataille, et il a obtenu la victoire en échange ! »
« …… Si c’est le cas, il sait fort bien équilibrer les plateaux de la balance. »
Arthur serra sa pipe entre ses dents.
« Ce faible benêt sans saveur est donc un patriote, après tout. Il ne déploie une telle puissance que lorsque son pays est au bord du gouffre. »
« Waouh, vous avez raison. Ça explique pourquoi sa cote de popularité est si élevée à Zerpa. »
Le continent avait peut-être sous-estimé depuis bien trop longtemps l’homme nommé Alonso.
« Pas encore. Zerpa a seulement choisi de s’asseoir dans la gueule du tigre. »
En vérité, le problème n’était pas Zerpa.
Pourquoi l’Empire avait-il besoin de tester ses forces, ses manuels et sa doctrine ?
Parce que le véritable test était à venir.
Et le véritable test auquel ils se préparaient…
« Nous devons informer l’assemblée de cette affaire de chevaliers. »
Arthur se leva en s’appuyant sur sa canne.
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