Chapitre 255
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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Chapitre 255 : La descente du ciel (2)
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Les chevaliers montèrent à bord du transport.
Ordre. Maîtrise. Précision.
Ils ne faisaient aucun geste inutile. Pas de bavardages ni de laisser-aller. Même l’angle de leurs doigts lorsqu’ils bouclaient leur ceinture correspondait exactement au manuel.
Certains comptaient leurs respirations, les yeux fermés. D’autres étudiaient leur reflet dans les casques posés sur leurs genoux. D’autres encore posaient la main sur la garde de leur épée et observaient un silence recueilli.
Peut-être était-ce là la discipline et la culture que j’avais inculquées à l’Ordre des Sentinelles.
Cet endroit n’avait plus rien à voir avec ce qu’il avait été.
Je me rappelai l’Ordre des Sentinelles d’avant ma régression.
Une organisation malmenée par les fonctionnaires du palais, dépouillée de ses prérogatives par la Garde impériale et étranglée par des budgets en baisse.
À chaque ordre reçu, les soupirs précédaient les acquiescements. Les salles de réunion résonnaient de récriminations, tandis que le cynisme coulait à flots aux tables des tavernes. Des gens qui avaient perdu leur passion et comptaient leurs paies comme de petits commerçants, rongés par le défaitisme.
C’était fini.
À présent, les chevaliers étaient fiers d’être l’épée de l’Empire et se perfectionnaient pour être à la hauteur de l’honneur de l’Ordre des Sentinelles.
La discipline avait remplacé les plaintes, et la fierté, le cynisme.
Le capital et la préparation auxquels j’avais consacré tant de temps imprégnaient cette cabine silencieuse.
Mes efforts portaient clairement leurs fruits.
Grondement.
Tandis que nous avancions dans l’obscurité en direction de Zerpa, j’observai les tenues des chevaliers.
Les combinaisons de descente des chevaliers.
Au départ, elles n’étaient guère plus que des combinaisons ailées pour planer. De simples tenues noires conçues uniquement pour leur aspect pratique.
Mais l’Académie Lorenzo avait poursuivi ses recherches, et j’y avais injecté des capitaux sans compter.
En collaboration avec la Tour des Mages, elle avait inscrit dans les combinaisons des structures de mana destinées à contrôler le vol plané, à freiner et à amortir les chocs à l’atterrissage. Leur couche intérieure avait été remplacée par une armure souple capable d’arrêter les balles.
Des cristaux de pierre de mana placés aux articulations calculaient la vitesse de chute, tandis que les inscriptions de la cuirasse absorbaient instantanément le mana de celui qui la portait.
Un chevalier expérimenté pouvait imprégner toute la combinaison de son mana et déployer ses propres Ailes de mana.
Une silhouette élégante, d’un noir profond. Une enveloppe extérieure frappée des armoiries de l’Empire.
Depuis le ciel nocturne, on aurait dit une épée descendant, les ailes repliées.
Elle préservait le style des chevaliers sans compromettre leurs performances.
Le style avait son importance. Il inspirait la crainte à lui seul et écrasait l’ennemi.
La force individuelle comptait, mais le champ de bataille était avant tout un lieu où les esprits cédaient les premiers.
Leur beauté, lorsqu’ils descendaient du ciel, suscitait à la fois peur et admiration. Avant même qu’une lame ne les touche, l’ennemi aurait déjà perdu la moitié de sa combativité.
« Nous entrerons dans l’espace aérien de Zerpa dans trente minutes. »
L’annonce du pilote résonna doucement.
Les chevaliers sortirent tous ensemble de leur silence.
Clac. Clac. Clac.
Les casques se posèrent sur leurs têtes les uns après les autres, comme des armes qu’on chargeait.
Chacun se remémora son point de largage.
Leur mission était claire.
Et ce qu’ils devaient rapporter l’était tout autant.
La victoire.
* * *
Ouuuu…
Le camp de la faction républicaine était balayé par un vent chargé d’une odeur de sang.
« La situation nous est favorable. »
L’officier d’état-major fit son rapport. La confiance avait déjà gagné les visages de l’état-major.
Les raisons étaient évidentes. Ils s’étaient déjà emparés de près de la moitié de la crête Pannel, et les villages riverains ainsi que les entrepôts pris lors de la traversée nocturne leur permettaient de s’approvisionner sur place.
Il y avait aussi l’Armée bénévole Izenheim, dont la faction royaliste n’avait pas détecté la présence.
Des surhumains qui avaient franchi la frontière en silence et rejoint le fer de lance de la faction républicaine.
« Et l’armée impériale ? »
« Elle est toujours au sud. Elle continue d’avancer dans cette direction aux côtés des légions royalistes. »
Le sud était lourdement défendu. Même s’il tombait, une victoire à Gandela laisserait l’ennemi piégé au cœur d’un territoire hostile.
De toute façon, l’armée impériale ne mènerait pas l’assaut.
C’était une question de coûts et de bénéfices propre à la guerre de siège.
Ils n’allaient pas épuiser leurs propres troupes dans la guerre civile d’un autre pays. Ils placeraient l’armée du royaume en première ligne afin d’épargner leurs forces.
Le seul motif d’inquiétude était que les légions du sud fassent demi-tour dès le début de la guerre. Mais l’enchevêtrement du commandement ennemi avait empêché toute décision rapide et, comme prévu, ce faible prince héritier n’avait pas eu la détermination d’abandonner le sud.
Tout s’était déroulé comme Frank l’avait prédit.
« Ne ralentissez pas l’offensive. Continuez de les harceler par rotations toute la nuit. Nous ne devons pas leur laisser le temps de dormir. »
« Oui, monsieur ! »
Après le départ des officiers d’état-major, une silhouette s’approcha dans l’ombre de Frank, seul sous sa tente.
Frank prit la parole comme s’il poussait un soupir.
« … Si nous réussissons, je m’acquitterai de cette dette. »
Un homme apparut, comme s’il répondait à ses paroles.
C’était Elton, le chef de l’Armée bénévole Izenheim.
« Et si nous échouons ? »
Frank se tourna vers lui. La lumière de la lampe éclaira le visage de l’homme.
Un visage sans défaut. Une peau blanche et lisse, sans la moindre marque, et de longs cheveux platine qui lui tombaient sous les épaules.
Il possédait une dignité raffinée et ancestrale, qui ne correspondait en rien à l’image ordinaire d’un peuple persécuté.
Frank ricana.
« Si nous échouons, vous échouerez avec nous, n’est-ce pas ? »
Elton éclata de rire et s’assit. Frank sortit une bouteille de sous la table de campagne.
L’une des rares bouteilles d’alcool de son pays natal qu’il avait conservées depuis avant le début de la guerre.
Frank en versa dans deux gobelets en étain. Elton leva le sien en silence.
« Aux exilés. »
Un peuple qui avait franchi la frontière pour échapper aux persécutions, avant d’être à nouveau chassé après l’avoir traversée. Elton était un militant qui avait rassemblé la communauté Izenheim vivant à Zerpa.
Il avait dépensé sa propre fortune pour construire des écoles et des centres d’aide, abriter ses compatriotes démunis et les aider à reprendre leur vie. C’était un saint aux yeux de son peuple.
« … Mon pays n’a pas su vous protéger. »
Frank leva son gobelet en réponse et parla à voix basse.
« Mais, une fois cette guerre terminée, je vous promets que la première loi de la nouvelle république garantira que ceux qui sont nés sur cette terre et ceux qui l’ont défendue ne seront pas séparés par leur sang. Nous ne commettrons pas la même folie que l’Empire. »
« … Voilà des paroles réconfortantes. »
Elton hocha la tête, le visage serein.
Frank sentit qu’il se laissait peu à peu toucher par cette vue.
Quiconque avait passé sa vie à être traqué et dépouillé aurait eu toutes les raisons d’en vouloir au monde entier.
Pourtant, cet homme faisait preuve de responsabilité plutôt que de vengeance, de compassion plutôt que de haine.
Était-ce là le visage de ceux que les persécutions n’avaient pas réussi à briser ?
« Cela me suffit. »
Aux mots d’Elton, Frank leva son gobelet.
« Santé. »
Cling.
Leurs gobelets en étain s’entrechoquèrent.
Une modeste beuverie entre deux hommes côte à côte, sous l’ombre du grand mal qu’était l’Empire.
La lanterne de la tente faisait danser une lumière chaleureuse sur leurs gobelets.
…
Gandela, tente de commandement de la faction royaliste.
« D’après les rapports qui nous parviennent, il y a bel et bien des surhumains dans les rangs ennemis. »
Le général lança un regard noir aux épingles plantées dans la carte.
Des surhumains. Des êtres capables de manier le mana.
Bien sûr, ils n’étaient pas invincibles. Une mine pouvait leur déchiqueter la chair, et ils mourraient si les grenades et les obus les criblaient de trous.
Les tireurs embusqués sur la crête en avaient déjà abattu plusieurs.
Le problème, c’était que leurs armes étaient inépuisables.
De notre côté, les munitions finissaient par manquer, mais pas leur mana. Tant qu’ils mangeaient bien, il finissait par se reconstituer.
« Qu’a dit le quartier général ? »
« … Ils répètent sans cesse qu’il faut attendre. »
« Mon général ! »
À cet instant, un messager fit irruption dans la tente.
Des renforts ? Le général se leva précipitamment, mais le messager prit la parole.
« Mon général ! Le quartier général nous ordonne de lancer une offensive ! »
« … Quoi ? »
Pas l’ordre de tenir bon. Pas celui d’attendre. L’ordre d’avancer de front.
« Maintenant ? »
« Oui, mon général ! »
C’était impossible. Il y avait des blessés partout, et les munitions manquaient.
Surtout, même une demi-journée ne s’était pas écoulée depuis la dernière bataille.
« Et les renforts ? »
« … »
Le messager n’avait pas de réponse.
« … De la folie. »
« Mais, mon général ! Ils ont dit que c’était pour maintenant, qu’il fallait attaquer tout de suite ! Ils ont assuré que l’aide impériale arriverait à coup sûr ! »
Le général regarda à l’extérieur de la tente.
Si l’armée impériale était en marche, on en verrait les signes. Une grande armée en mouvement soulevait des nuages de poussière.
Pourtant, la terre et le ciel étaient tranquilles.
Qu’est-ce qui arrivait, et d’où ?
« … »
Le général resta longtemps silencieux, mais ne trouva aucune réponse.
Cela restait un ordre.
« Nous avançons. Que toutes les unités se préparent au déploiement. »
« … Oui, mon général. »
Les officiers d’état-major acquiescèrent, comme s’ils n’avaient pas le choix.
« Mais comment devons-nous encourager les soldats ? Ils sont tous à bout. »
Le général ferma les yeux un instant. Puis il les rouvrit après avoir poussé un profond soupir.
« Dites-leur que des renforts arrivent. »
Pouvaient-ils croire ces paroles alors que lui-même n’y croyait pas en les prononçant ?
« Euh, mon général. »
Sans prévenir, le messager lui tendit un petit bout de papier.
« Savez-vous lire la langue impériale ? »
« La langue impériale ? »
« Oui. Un billet était joint à l’ordre. »
L’écriture en langue impériale était élégante.
Il n’y avait pas de signature, mais une seule phrase y figurait.
« L’épée de l’Empire viendra bientôt à vous. »
…
Boum, boum, boum, boum !
Les tambours résonnaient dans la nuit. Au-delà de la crête où se trouvait notre tranchée trois jours plus tôt, l’ennemi avait pris position.
Pouvait-on vraiment parler d’ennemis ?
Des citoyens du même pays. Des gens qui parlaient la même langue. Des visages qu’ils auraient pu croiser à l’entrée d’un marché.
Ils partageaient la même frontière et la même mer, et pourtant ils étaient devenus ennemis simplement parce que leurs drapeaux différaient…
« En avant ! Nous reprendrons la position aujourd’hui ! »
« Les renforts arrivent ! »
La contre-attaque commença. Les soldats royalistes sortirent de leurs tranchées, s’accrochant à la promesse des renforts comme à un talisman.
Boum ! Crac !
La fumée de l’artillerie engloutit la crête. Des fusées éclairantes déchirèrent le ciel nocturne et, sous leur pâle lueur, des vagues de baïonnettes rampèrent le long de la pente.
Rat-tat-tat ! Bang !
Quand les mitrailleuses ennemies fauchèrent la première ligne, la deuxième enjamba les corps et continua d’avancer.
Le genou du camarade qui courait à gauche céda sans un bruit, et celui de droite s’écroula en appelant le blessé par son nom.
Une pente où jaillissaient ensemble la terre, le sang et les éclats de pierre.
Pourtant, personne ne fit demi-tour.
Ils savaient que leurs jambes s’arrêteraient dès qu’ils le feraient.
Les renforts arrivent. Les renforts arrivent.
Ces mots qui tournaient en boucle dans leurs esprits maintenaient les rangs sur le point de s’effondrer, comme s’ils les avaient recousus avec du fil.
« En avant ! »
« E-en avant ! »
Un soldat courait, agrippé à ce fil.
Il s’appelait Carlos. C’était un jeune homme d’une vingtaine d’années.
Enrôlé de force sans talent particulier, il se contentait de courir.
« En avant ! En avant ! »
Avant même de se demander s’il avançait de son plein gré ou si on le poussait, il fit un pas de plus.
Boum !
Un obus explosa tout près.
Ouuuu…
Son corps s’éleva dans les airs.
Le temps sembla s’arrêter. Le monde qui basculait se déroula au ralenti.
Flop.
Son dos heurta le sol.
« … Hum. »
Du sang lui monta à la bouche.
Toute force quitta son corps.
Quelque chose semblait brisé. Il ne pouvait même plus bouger un doigt.
Haa… Haa…
Hébété, il respirait par à-coups.
Au-delà de la fumée, le ciel nocturne était étrangement calme.
Un pas.
Quelqu’un s’approcha et lui masqua la moitié du champ de vision.
C’était un soldat ennemi, un fusil à la main.
Le soldat visa la poitrine de Carlos et pressa la détente.
Clic.
Le fusil était vide.
« … Esclaves de la monarchie. »
Le soldat ennemi changea calmement son chargeur, profitant de ces quelques instants pour cracher son mépris.
« Toute votre vie, vous avez traîné vos chaînes. »
Clic. La culasse se mit en place.
« Même morts, les autres se servent de vous. »
Le fusil se braqua de nouveau sur lui.
« Pire que des chiens… »
Au moment où le soldat posa le doigt sur la détente, Carlos leva soudain les yeux au-dessus de sa tête.
Dans le ciel sombre, planant sous l’éclat de la lune…
Ffff !
Le vent tomba.
C’est du moins ce qu’il eut l’impression de sentir.
Les tirs qui balayaient la crête semblaient retenir leur souffle un instant, et un silence s’abattit, comme si les bruits du monde s’étaient éloignés.
Une ombre tomba du ciel.
Crac !
Elle atterrit au cœur des rangs ennemis, là où les nids de mitrailleuses étaient massés.
Cet atterrissage, à lui seul, était un bombardement.
Crac !
La chair et l’acier furent broyés dans un grondement assourdissant. La tranchée où l’ombre noire s’était abattue se renversa, des mitrailleuses s’envolèrent, leurs canons encore attachés, et les sacs de sable se dispersèrent comme des flocons.
Le soldat ennemi se tourna vers elle, stupéfait.
Ce fut son dernier geste.
Ffff !
Une violente rafale balaya les alentours.
C’était le vent de quelque chose qui venait de passer.
Comme si les centaines de pas qui séparaient le cœur de la crête de cet endroit s’étaient réduits à néant.
Ouuuu…
Le vent retomba, et le visage du soldat ennemi s’envola dans les airs.
Sa tête tranchée tournoya dans les airs, puis retomba.
Elle roula dans la boue.
« … »
Carlos contempla la scène d’un air absent.
Puis il leva les yeux vers l’être qui se tenait devant lui.
Une silhouette noire à forme humaine, le casque reflétant la nuit, les pans de sa combinaison d’un noir de jais flottant comme une cape.
Était-ce une illusion ou un mythe ?
…
La silhouette baissa brièvement les yeux vers lui.
Carlos eut l’impression que leurs regards se croisaient à travers le casque.
Même sa vision brouillée ne l’empêchait pas de distinguer nettement la silhouette.
Alors seulement, il crut comprendre.
« Ah… »
Il n’était qu’un simple soldat, qui ne connaissait rien au combat, aux armes ni aux tactiques, mais il savait reconnaître la forme du salut.
C’étaient des renforts venus du ciel.
Les chevaliers de l’Empire.
Rat-tat-tat !
Une rafale automatique s’abattit depuis le flanc.
Le chevalier libéra son mana. Une barrière bleue se déploya en sphère, et la salve ricocha contre elle comme une pluie d’étincelles.
Le chevalier tourna la tête vers les tirs.
Crac !
Une botte repoussa le sol. À l’endroit où elle s’était trouvée, une marque semblable à un cratère apparut.
Carlos ne put suivre le mouvement du chevalier à l’œil nu.
Ffff. Ffff. Ffff.
Six cris succédèrent à trois sifflements de vent.
Chaque fois que l’ombre glissait le long de la tranchée, une nouvelle lueur de bouche à feu s’éteignait. Les tirs s’affolèrent, puis s’interrompirent brusquement.
En un instant, une unité entière avait été anéantie.
* * *
« Chevalier Royce, largage. »
Chaque fois qu’ils approchaient du point désigné, un chevalier se jetait dans l’obscurité.
« Chevalière Hanna, largage. »
Ils étaient maîtres d’eux-mêmes. Pas la moindre hésitation, pas la moindre incertitude.
À l’appel de leur nom, ils se levaient et franchissaient d’un même pas le seuil de l’horizon.
« Chevalier Ruin, largage. »
Un à un.
« Chevalière Tiana, largage. »
Les sièges du transport se vidaient dans l’ordre.
« Chevalier Leon, largage. »
Et à présent, nous n’étions plus que deux dans la cabine.
Il ne dit rien. Moi non plus.
Nous avions passé des années ensemble. Aucun mot ne valait mieux que le silence.
Quand le point de largage prévu approcha, nous nous levâmes en même temps.
« Chevalier Yulian. »
Je le regardai.
Je ne savais pas si ses yeux, derrière le casque, croisaient les miens.
« Largage. »
Il fit un pas, comme s’il marchait dans le vide. Le vent noir l’engloutit, et il disparut dessous.
Ouuuuu !
Seul dans la cabine, je pris une profonde inspiration contre la pression de l’air qui se précipitait.
J’avais choisi comme cible un centre de détention où la faction républicaine gardait des prisonniers royalistes.
Je descendrais en silence dans ce lieu où ils avaient rassemblé des prisonniers en vue de futures négociations.
« … »
Je jetai un coup d’œil à la cabine vide, puis souris soudainement.
Les paroles de Cliff me revinrent à l’esprit.
Ce chevalier aux os solides m’avait un jour reconnu.
« Au sol, vous n’êtes peut-être pas le meilleur, mais dans les airs, personne ne vous arrive à la cheville. »
Aujourd’hui, j’allais le vérifier.
« Largage. »
Je me jetai dans le vide.
Ouuuu…
Le monde bascula, et le grondement s’interrompit.
Jamais je ne me sentis plus libre qu’en cet instant, alors que le vent m’enveloppait et faisait trembler tout mon corps.
Le poids de la terre, le rang qui pesait sur mes épaules, le visage de Sebestian, et même mes deux vies : tout fut balayé au moment de ma chute.
Je fermai les yeux et savourai un instant cette liberté absolue.
Quelques secondes de pure chute, avant que tomber et voler ne se distinguent l’un de l’autre.
Tic.
Je rouvris les yeux.
La pleine lune se trouvait soudain dans mon champ de vision.
Elle était à côté de moi.
Dans le ciel sans nuages, la pleine lune semblait me contempler en silence, tout près de moi.
Tic.
La lumière de la lune se déversa sur moi.
Sous ses rayons, je libérai mon mana.
…
Aucun bruit.
Mon mana silencieux se déploya en blanc argenté le long des contours de mes épaules, de mon dos et de tout mon corps.
Le mana dispersé saisit le vent de ma chute et en modifia le flux. Je maîtrisai mon vol plané en suivant ce courant.
C’était l’échauffement : rassembler l’énergie du ciel avant de la déverser sur le sol.
Dès l’instant où la chute devenait une descente depuis les hauteurs, un chevalier devenait l’épée de l’Empire.
… Peut-être l’Empire lui-même.
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