Chapitre 244
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Traducteur : Coughing Baby
Relecteur : Coughing Baby
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Chapitre 244 : Fleur (2)
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Les chevaliers de l’Ordre des Sentinelles avaient énormément changé depuis leurs débuts.
Cela ne remontait qu’à six ou sept ans, mais la transformation avait été si radicale qu’on aurait cru à un monde entièrement nouveau.
Les bâtiments dont les chevaliers supérieurs réclamaient à l’unanimité la rénovation. Le parc au bord du lac et les sentiers de promenade qu’ils disaient infestés d’insectes. Les trente minutes de marche nécessaires pour rejoindre le réfectoire.
C’était l’époque où, faute de place, ils se disputaient jour après jour l’usage des salles de réunion selon leur ancienneté, où ils déploraient le manque de fonds. Les chevaliers avaient fini par perdre leur passion et s’étaient installés dans une existence confortable, à toucher leur solde comme des travailleurs indépendants.
Tous les problèmes chroniques et la corruption profondément enracinée qui s’étaient accumulés pendant des décennies avaient été réglés.
L’ancien bâtiment avait été entièrement reconstruit et un nouveau s’élevait à côté, en parfaite harmonie avec lui. Des cafés et restaurants haut de gamme avaient ouvert juste en face de l’Ordre, ainsi qu’une crèche pour les chevaliers et le personnel.
Il y avait désormais tant d’espace que chaque fonctionnaire administratif disposait de son propre bureau, et les financements étaient approuvés sans difficulté dès lors que les résultats étaient au rendez-vous.
Le Commandant Kairon, contre toute attente, ne faisait aucune distinction entre roturiers et nobles. Il semblait même chercher à reprendre une partie des idées d’Anton.
C’était peut-être dû à l’énorme capital investi et à l’autorité conférée à l’Ordre.
La générosité venait d’un grenier bien rempli, et c’était indéniable. L’autorité rendait ce grenier encore plus sûr.
Les officiers d’état-major, les fonctionnaires administratifs et les agents étaient désormais infiniment fiers d’une chose toute simple : travailler pour l’Ordre des Sentinelles.
Pourtant, avant que Maximilian n’intègre les Sentinelles, l’Ordre des Sentinelles était en déclin.
Presque tous les fonctionnaires du palais impérial détestaient les ordres de chevalerie dans leur ensemble.
Un chevalier était à la fois procureur et avocat de la défense, policier et soldat, législateur et agent d’exécution.
Sous prétexte d’être des « observateurs », ils détenaient une autorité extrajudiciaire qui leur permettait d’intervenir dans presque toutes les branches administratives de l’Empire.
Bien sûr, les chevaliers comme Yulian ne pouvaient pas exercer cette autorité à leur guise. Les roturiers comme Hanna avaient encore moins de marge de manœuvre. Il fallait savoir lire la situation, et détenir une autorité était bien différent de l’exercer.
Tout reposait sur la « qualification ».
Plus l’autorité était grande, plus lourdes étaient les responsabilités.
Pourtant, Maximilian Ebenholtz était le seul à pouvoir porter un fardeau aussi lourd.
Non. Il avait choisi de s’en charger.
« Voilà le genre d’homme que votre fils a provoqué. »
Yulian regarda le doyen de l’Université Zestpol, assis en face de lui. Le père de Joshua prit la parole, le visage livide.
« Je démissionnerai de tous mes postes. Alors, je vous en prie… »
Yulian accueillit sa supplique et demanda d’un ton sec : « Avez-vous lu le contenu du tract ? »
Un tract de la Société de la Rose bleue reposait sur la table. Son texte était particulièrement virulent.
[L’Empire, qui s’approprie la valeur créée par les minorités ethniques, doit ouvrir les yeux.]
[Si les Aran sont vraiment supérieurs, pourquoi doivent-ils voler les autres pour le prouver ?]
Le doyen baissa la tête.
« Ce tract exprime un profond ressentiment non seulement à l’égard de la “Loi sur les citoyens impériaux”, mais aussi de toutes les formes de discrimination dans l’Empire. »
La Loi sur les citoyens impériaux était un décret solennel sanctionné par l’Empereur, et le nom le plus profondément gravé dans les menus caractères de cette loi était celui de Maximilian Ebenholtz.
« Yulian. Au nom de notre vieille amitié, je vous en prie… »
La voix du doyen tremblait.
Notre vieille amitié.
Yulian s’attarda silencieusement sur ces mots.
Il avait autrefois rencontré une femme à Zestpol.
Était-ce de l’amour ? Ou quelque chose d’un peu différent ?
Quoi qu’il en soit, il avait rencontré la sœur de Joshua.
« Messire chevalier Yulian. »
Un officier d’état-major entra à cet instant. Il parla assez fort pour que le doyen l’entende : « Messire Maximilian souhaite vous rencontrer. »
Le visage du doyen se décomposa.
« … Dites-lui que je le rejoindrai bientôt. »
« Bien, messire. »
L’officier d’état-major se retira, et le silence retomba dans le bureau.
Le désespoir assombrit le visage du doyen.
« Si… Maximilian s’en mêle personnellement, Joshua ne sera pas le seul à en payer le prix. »
Toute sa famille serait décapitée. Ou tous ceux qui étaient impliqués seraient condamnés à mort.
Yulian ne détourna pas le regard, même sous le regard effrayé du doyen.
* * *
J’observai Joshua, enfermé derrière des barreaux.
Enfin, ce n’étaient même plus des barreaux. C’était du verre magique spécial. Les prisonniers ne pouvaient pas voir dehors, tandis que ceux qui se trouvaient à l’extérieur voyaient tout ce qui se passait dedans.
Même la prison souterraine humide et lugubre de l’Ordre des Sentinelles s’était tellement améliorée.
« L’argent et la technologie font vraiment la différence. »
J’ignorais comment on s’y prenait exactement, mais il paraissait qu’on fabriquait ce verre en appliquant une fine couche de poudre de pierre de mana. Quoi qu’il en soit, c’était la dernière invention de l’Académie Lorenzo.
Je demandai à Yulian, qui se tenait à mes côtés : « Avez-vous lu le tract, messire chevalier ? »
« Oui. »
« Qu’en pensez-vous ? Ils se prétendent la conscience de l’Empire. »
Yulian répondit avec calme :
« La conscience et la moquerie n’ont rien à voir. »
Je réfléchis à ses paroles.
Yulian parlait toujours en termes généraux. Il semblait passer certaines choses sous silence, comme s’il dissimulait des sous-entendus dans les blancs entre ses phrases.
Peut-être les tensions dans l’Empire avaient-elles fait de lui un homme aussi ambigu.
« Messire chevalier. Puis-je officiellement reprendre cette affaire ? »
« … Voici le dossier. »
Yulian me tendit une chemise contenant les documents consignés au cours de l’enquête.
« Lisez-les. Mais je refuse de vous céder l’affaire. »
« … »
Je regardai Yulian.
Puis une question me vint à l’esprit.
Yulian était-il vraiment quelqu’un dont l’Empire avait besoin ?
À bien y réfléchir, il n’était ni indispensable ni superflu.
Il était simplement là.
Un homme qui vacillait sans cesse.
Il semblait dangereusement fragile, mais ne s’effondrait pas. C’était précisément pour cela qu’il ne changeait pas. Il avait l’air d’être l’homme le plus susceptible de changer, et pourtant, au bout du compte, il ne changeait jamais.
Un panneau indicateur cabossé.
Le regarder donnait envie de se demander si l’on pouvait vraiment le suivre sans danger.
Et pourtant, il était ce chevalier qui, en définitive, indiquait toujours la bonne voie.
L’Empire, lui, n’avait jamais accepté cette part de lui qui semblait prête à changer.
« Continuez. »
Yulian se détourna et remonta l’escalier, quittant la prison souterraine.
Resté seul, j’ouvris le dossier.
Des tracts de la Société de la Rose bleue, distribués régulièrement dans toute la capitale. Des témoignages. Un portrait-robot établi à partir de ces témoignages.
Voilà les éléments de preuve décisifs dans cette affaire.
Je m’adressai à l’officier d’état-major à côté de moi.
« Faites venir le témoin en premier. »
…
« … »
Je regardai en silence le témoin que l’officier d’état-major avait fait venir. Il était assis dans la salle d’interrogatoire, de l’autre côté de la vitre magique spéciale.
Boum.
Une pulsation familière remonta du fond de mon cœur.
Je sentis l’essence du témoin.
« … »
Je relus les documents.
Le rapport de Yulian était parfait. Presque toutes les circonstances pertinentes y étaient consignées dans des phrases irréprochables.
Heure de l’observation : entre une heure et une heure et demie du matin.
Luminosité : état des lampadaires. Phase de la lune.
Situation du témoin : femme de ménage. Quarante-trois ans.
Compte tenu de ces conditions, le portrait-robot était bien trop détaillé. Pourtant, il avait été établi à partir du témoignage.
Si le témoin avait été un garde de nuit, il aurait pu éclairer le visage avec une lampe torche ; un témoignage aussi précis n’aurait donc rien eu d’étonnant.
Mais une femme de ménage qui travaillait avant l’aube…
Pas besoin de pousser la réflexion plus loin.
Le témoin était Izenheim.
Pour une raison ou une autre, il cherchait à abattre la Rose bleue, ce groupe qu’on disait être la conscience de l’Empire.
Qu’est-ce qu’il pouvait bien gagner à abattre cette fleur ?
Je ne pouvais pas encore le dire, mais j’avais une idée de l’appât qu’il avait lancé.
Froufrou.
En tournant la page, je tombai sur la déposition de Joshua.
[Je n’avais pas l’intention de tourner messire Maximilian en ridicule ni de le harceler. Je n’ai pas dessiné cette caricature grossière…]
Yulian ne pouvait pas sentir les Izenheim comme moi, et pourtant, il avait aussitôt flairé le coup monté.
C’était pour cela qu’il les protégeait, quitte à exercer son pouvoir de détention.
« Messire chevalier. »
L’officier d’état-major m’interpella avec précaution.
« … Qu’allez-vous faire ? »
Je regardai l’Izenheim derrière la vitre, qui répétait son témoignage avec ferveur.
« Ça n’a pas d’importance. »
Je n’avais absolument pas l’intention de jouer selon leurs règles.
« L’Exposition universelle, qui ouvre dans moins de deux semaines, est bien plus importante. »
Je savais que le témoin était Izenheim, mais j’ignorais ce qu’il cherchait à obtenir.
Cela dit, quelqu’un de bien plus doué que moi dans ce domaine était déjà à sa poursuite.
« Je laisse la suite à messire Yulian. De toute façon, il a refusé de me céder l’affaire. »
« Ah… »
« Nous ne nous mêlerons pas de cette affaire. »
Clac.
Je refermai le dossier.
* * *
« Ils ont perdu la tête ou quoi ?! »
Le bureau de la chevalière Hanna.
Bam !
Un fonctionnaire administratif jeta une pile de documents sur la table, furieux. Les autres officiers d’état-major qui fixaient les tracts affichaient à peu près la même expression.
« Ces enfoirés de tarés. »
« Rien que de les regarder, ça me fout en rogne. »
« … »
Hanna resta silencieuse au milieu de leurs invectives. Mais son esprit, lui, s’était déjà refroidi.
Les autres chevaliers devaient ressentir la même chose.
Dare Tan avait apporté le matériel en personne, ce qui signifiait que les tracts s’étaient répandus dans tout l’Ordre.
« … Ah. »
Hanna étouffa d’un soupir la colère qui bouillonnait en elle.
Des caricatures de Maximilian le tournant en dérision étaient éparpillées sur la table.
« Ils n’ont qu’une envie : mourir. »
Sa voix basse était chargée d’intentions meurtrières.
« Les chevaliers en parlent déjà beaucoup. Cette Société de la Rose bleue ou je ne sais quoi… »
Un officier d’état-major ajouta :
Ce n’était pas seulement parce que Maximilian était visé. Oser insulter un chevalier de l’Ordre des Sentinelles et railler l’ordre établi par l’Empire revenait à défier tout l’Ordre des Sentinelles.
« Mobilisez tous les informateurs. La distribution était trop bien organisée. Ils n’ont pas pu agir seuls. »
Hanna donna ses ordres.
« Oui ! »
Les officiers d’état-major répondirent d’une voix forte, pleine de zèle. Toute l’idéologie qu’ils avaient étudiée pour intégrer l’Ordre des Sentinelles reposait sur Sous le clair de lune.
« … De la vermine. »
Et pourtant, c’était étrange.
Les dessins grossiers s’en prenaient uniquement à Maximilian, mais Hanna avait l’impression qu’on lui avait tailladé la chair.
Elle était une roturière sans relations ni antécédents. C’était l’ordre créé par Maximilian qui l’avait élevée, elle qui n’avait même pas de nom digne de ce nom, au rang de chevalière.
Alors se moquer de lui revenait à insulter tous ceux qui vivaient sous cet ordre, elle comprise.
Rrrrip !
Hanna déchira le tract en morceaux et expira bruyamment.
* * *
Les préparatifs de l’Exposition universelle touchaient à leur fin. Les œuvres des peintres impériaux arrivaient les unes après les autres, et l’intérieur du hall d’exposition commençait à se parer de l’esthétique aran.
Je supervisais les travaux à l’intérieur quand quelqu’un, de l’autre côté de la palissade, se mit à sautiller sur place en criant mon nom.
« Max ! Max ! »
Qu’est-ce qu’il avait, une grenouille ?
« Max ! Max ! Maaax ! »
Ah, ce putain d’emmerdeur.
« Wax ! Max ! »
« … Faites-le entrer. »
Leutern II accourut et s’accrocha à mon flanc.
« Max ! Ça fait un bail ! »
« En effet, duc Leutern. »
« Je peux jeter un coup d’œil à l’intérieur ?! Je meurs de curiosité ! »
J’aurais beau lui répéter cent fois que c’était absolument secret, le lendemain, il raconterait tout à la terre entière.
Je secouai la tête.
« Non. C’est impossible. »
« Allez, tu es radin. »
« Vous pouvez en voir l’extérieur. Pour des raisons de sécurité. »
Leutern pinça les lèvres et leva les yeux. Son regard parcourut la partie supérieure du pavillon impérial, qui n’était encore qu’une charpente nue, puis il se plaignit : « Mais ce n’est pas aussi haut que je le pensais ? Tu te vantais de construire le plus haut du continent. »
« Attendez le jour de l’inauguration. Pour l’instant, nous cachons notre jeu. »
Un pavillon national qui cachait son jeu.
Une nation qui cachait son jeu.
« C’est quoi, cette réponse ennuyeuse ? »
Leutern haussa les épaules, comme s’il avait déjà perdu tout intérêt.
« Mais écoute, cette fois, j’ai amené tout un tas de nobles du palais impérial. Ils sont des dizaines. On va traîner dans le coin jusqu’au jour de l’inauguration ! »
Chacun de ses mots était un bruit désagréable.
« Et, Max. J’ai vu comment tu avais décoré ta maison, la dernière fois. C’était vraiment classe. Les photos en couleur prises par ces types de la Garde impériale. Ça a mis le palais impérial sens dessus dessous ! »
Les yeux de Leutern brillaient comme ceux d’un enfant.
« Ah bon. »
« J’aimerais décorer ma villa de la même façon… »
Sa voix s’éteignit tandis qu’il me lançait un regard en coin.
« Je vous enverrai plus tard l’architecte qui s’est occupé des travaux de mon domaine. »
« Merci ! Tu es vraiment le meilleur, Max ! Bon, je pars faire un tour à Prozen ! »
Comme s’il n’avait jamais porté le moindre intérêt à l’Exposition, Leutern s’éloigna en trottinant vers le centre-ville étincelant de Prozen.
Tac, tac.
Dans l’espace qu’il avait laissé derrière lui, le bruit de talons qui approchaient attira inexplicablement mon attention.
C’était Sonnet Kandel.
Elle tenait un bouquet somptueux composé de roses de toutes les couleurs. Curieusement, une rose bleue avait été placée du côté qui me faisait face.
« Heureuse de vous voir à l’étranger, messire Maximilian. »
Je regardai la fleur et laissai échapper un rire sans joie.
« On dirait que pas mal de monde vient de l’Empire. »
« Oui. Ils seront de plus en plus nombreux jusqu’au jour de l’inauguration. Tous les ministres concernés seront présents. »
Sonnet ajouta d’un air indifférent : « Les maisons Bertem, Grossmann et Runcelot se préparent aussi à venir. »
Toutes les grandes familles de l’Empire allaient donc se réunir ici.
Une attaque terroriste tournerait au désastre.
« Son Altesse la Princesse Justine sera également présente. Et… Sa Majesté aussi. »
« … »
Mon regard vacilla un instant.
« Sa Majesté en personne ? »
« Oui. Il ne se montrera pas en public, mais il assistera bel et bien à ce spectacle. Et si Sa Majesté vient, cela signifie que Sebastian viendra aussi. »
Sebastian.
Cela faisait longtemps. J’allais revoir mon père.
Sonnet me tendit le bouquet et demanda : « Êtes-vous sûr de vous ? »
Je levai la tête vers le ciel.
« Oui. Je le suis. »
Un édifice de lumière.
Grâce aux souvenirs que j’avais conservés d’avant ma régression, je connaissais les visages de ceux qui se tenaient sous ce temple.
Sous les piliers de lumière, tous affichaient la même expression.
Dépouillés de leur idéologie et libérés de leur classe, ils n’étaient plus que des gens vulnérables, la tête renversée vers le ciel.
Face à une telle beauté, on ne savait pas comment résister.
Les cœurs battaient au même endroit, même quand les époques changeaient. L’art qui avait fonctionné avant ma régression fonctionnerait sûrement encore aujourd’hui.
À présent, alors que personne ne l’avait encore vu, il frapperait encore plus fort.
« Pour Sa Majesté l’Empereur et tous ceux qui seront réunis là-bas. »
Et pour mon père.
Pour vous, qui ne connaissez rien à l’architecture, à la littérature, à l’art, à la musique, à l’amour, au chagrin ni à la joie.
« Je devrais vous offrir à tous une journée que vous n’oublierez jamais. »
Un sourire s’étira sur mes lèvres avant même que je m’en rende compte.
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