Chapitre 238
Traductions WeTried
Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 238 : Conte de fées
──────
Les eaux où le Titan avait sombré.
Un navire de guerre rempli de plongeurs arriva sur les lieux. Ils étaient là pour rassembler des preuves et, avant le début des opérations, les marins à bord tirèrent des fusées éclairantes dans le ciel.
Fwoooosh !
L’espace d’un bref instant, la mer resplendit, limpide et lumineuse.
« Plongez. »
À l’ordre bref du capitaine, les plongeurs munis de bouteilles d’oxygène se jetèrent à l’eau.
Ils s’affairèrent à récupérer les débris, les corps et toutes les preuves qui pouvaient subsister. La coque du Titan avait sombré à une profondeur inaccessible aux hommes, mais ils remontèrent des fragments flottant à la surface, des morceaux suspendus dans les eaux intermédiaires et d’innombrables cadavres dérivant dans la mer, qu’ils déposèrent sur les canots de sauvetage.
« Nous avons trouvé un fragment suspect ! »
Parmi eux, un plongeur tenait un objet dans sa main.
Qu’il s’y soit réellement trouvé dès le début n’avait aucune importance.
Peu importait que le plongeur l’eût apporté de la terre ferme pour le jeter à la mer, ou qu’il eût dérivé là par hasard depuis un autre endroit.
La seule chose qui comptait, c’était qu’on l’avait « trouvé ».
Après tout, quelqu’un avait le pouvoir d’inventer et de reconstituer un incident avec une telle facilité…
* * *
Salle d’interrogatoire de l’Ordre des Sentinelles.
« Quel est votre nom ? »
La voix de Hanna sortait de l’enregistreur en pierre de mana.
« J’ai cru comprendre que vous aviez eu de nombreuses fausses identités. Donnez-moi votre vrai nom. »
J’avais délibérément laissé l’interrogatoire de Victor Heim entre ses mains.
« … Victor Heim. »
La réponse venait de Victor Heim, l’homme interrogé.
La voix de ce salaud.
Le marin ouvrit de grands yeux.
« Vous êtes le bailleur de fonds d’Alchemia, n’est-ce pas ? »
« … Un chevalier des Sentinelles emploie vraiment des mots comme “bailleur de fonds” ? »
« Financier, alors. C’est mieux ? »
« C’est… c’est cette voix ! Aucun doute là-dessus ! »
Le marin bondit sur ses pieds, les cheveux presque dressés sur la tête.
Tandis que je griffonnais sur sa déposition avec mon stylo-plume, je lui demandai encore :
« C’est bien la voix de l’homme qui a abattu le capitaine Erio ? »
« Oui ! J’en suis certain ! Voilà ce qui s’est passé… »
Le visage embrasé de colère, le marin poursuivit son témoignage.
Le capitaine Erio avait voulu rester sur la passerelle alors même que le navire coulait. Le marin s’était dirigé vers la porte pour évacuer le capitaine, mais il s’était caché un instant après avoir entendu des voix et des coups de feu à l’intérieur.
« Quand j’ai regardé à l’intérieur, le capitaine avait déjà cessé de respirer… »
Le marin serra les dents. Je consignai ses paroles dans la déposition.
Le marin jeta un coup d’œil à mon écriture.
« … Vous écrivez vraiment bien. »
Je lui adressai un léger sourire.
Victor Heim. Bien qu’il fût Izenheim, il n’avait même pas essayé de dissimuler sa malveillance, et c’est ainsi que nous l’avions découvert.
« Pour être honnête, je pense moi aussi que cet homme est à l’origine de la catastrophe. »
Une lourde tension s’abattit sur la salle d’interrogatoire.
« … À l’origine ? Qu’est-ce que vous voulez dire ? »
Le marin posa la question comme s’il peinait à respirer.
« Je suis certain que c’est le terroriste responsable de l’attaque contre le Titan. »
« Ah… »
Les yeux du marin s’écarquillèrent. Son souffle chaud siffla entre ses dents, puis il se renversa dans sa chaise.
Je le regardai droit dans les yeux et lui demandai :
« Accepterez-vous de témoigner au tribunal ? »
« … Oui ! Bien sûr ! J’irai, je le jure ! »
En réalité, le meurtre du capitaine Erio n’avait aucun lien avec l’attentat terroriste contre le Titan. Pourtant, c’était ainsi que la vérité serait fabriquée.
Des crimes sans rapport seraient amalgamés et soigneusement entremêlés.
Dans le seul intérêt de l’humanité.
…
Victor Heim fut jugé par un tribunal de chevaliers.
Presque toutes les preuves présentées pour « créer » un coupable le désignaient comme le terroriste qui avait fomenté le naufrage du Titan.
L’époque se prêtait bien trop à la fabrication d’un incident, et j’avais bien trop de pouvoir pour que cela ne serve pas.
Victor Heim clama son innocence, mais le verdict avait été rendu avant même l’ouverture du procès.
Toutes les preuves des Sentinelles furent admises. Toutes les déclarations de Victor Heim furent rejetées.
C’était inévitable.
En tant que financier d’Alchemia, il avait déjà été désigné comme un anti-impérialiste mettant en péril la sécurité de l’Empire.
Les nombreux nobles et fonctionnaires qui avaient autrefois travaillé avec lui avaient déjà rompu tout lien avec lui ; à présent, ils se succédaient à la barre pour le condamner.
« Les preuves présentées sont claires et les témoignages des témoins concordent… »
Le juge présidant l’audience rendit son verdict comme s’il lisait un conte de fées.
« … En conséquence, l’accusé Victor Heim, coupable de nombreux crimes graves contre l’ordre impérial, est condamné à mort. »
Boum. Boum. Boum.
Le marteau de bois résonna dans la salle.
Plus tard, je descendis le couloir du tribunal.
« Hum ? »
J’aperçus un visage que j’étais plutôt content de revoir.
Le beau jeune homme du Titan, d’une beauté qui seyait à un Aran.
Yan.
« … ? »
Mon regard tomba soudain sur ses poignets. Une corde les entravait, et un officier de la Garde impériale à l’air féroce se tenait à côté de lui. Il semblait être en état d’arrestation.
Je m’arrêtai un instant.
« Loyauté ! »
L’officier de la Garde impériale me salua à la hâte. Yan, qui m’avait joyeusement appelé « mon frère » auparavant, ne parvenait même pas à me regarder en face. Comme un criminel, il s’inclina profondément.
Je m’adressai à l’officier de la Garde impériale.
« … Que se passe-t-il ? Il a l’air d’être un survivant du Titan. »
« Ah, messire chevalier. Eh bien… »
L’officier m’expliqua la situation.
L’histoire d’amour dont j’avais été témoin à bord du Titan avait pris une tournure bien différente.
Yan avait été accusé d’être un vaurien qui, bien que roturier, avait osé convoiter une noble.
C’était peut-être là la différence entre un conte de fées et la réalité.
« Toi. Relève la tête. »
« Hé ! Le chevalier t’a parlé ! Relève la tête, espèce de salaud ! »
À l’ordre crié par l’officier de la Garde impériale, Yan leva lentement les yeux.
Des cheveux et des yeux dorés. Un nez droit, une mâchoire ferme.
Des ecchymoses lui couvraient une partie du visage, mais il semblait tout de même porter la lumière en lui.
« Voilà un visage d’Aran. »
« Ah, ouais, c’est vrai. Avec sa jolie petite gueule, ce salaud. »
« … Continuez votre bon travail. »
« Oui, monsieur ! »
Je poursuivis mon chemin.
Les contes de fées et la réalité.
Une pensée me traversa l’esprit.
Dans un monde désolé où les gens mouraient chaque jour, où il fallait tuer chaque jour, était-ce vraiment si terrible de laisser derrière soi au moins un conte de fées qui vaille la peine d’être lu ?
Même si je ne pouvais pas devenir leur chevalier au cheval blanc, peut-être pouvais-je au moins leur écrire une fin heureuse.
* * *
La maison Eston, une famille noble en déclin de l’ouest de l’Empire, fut plongée dans le chaos ce jour-là.
L’un des hommes les plus influents de l’Empire était arrivé sans prévenir dans leur demeure principale.
Nom : Maximilian.
Maison : Ebenholtz.
Tous les domestiques d’Eston s’étaient alignés et retenaient leur souffle, tandis que le chef de la maison l’accueillait, le visage blême.
« Je vous en prie, asseyez-vous. »
Eston fit asseoir Maximilian dans un salon de réception qu’ils avaient préparé avec le plus grand soin possible.
Maximilian esquissa un sourire, rajusta ses vêtements et prit la parole le premier.
« Je suis venu apporter mon soutien aux survivants du Titan. »
« Ah… Je… Vraiment ? Qu’un homme aussi éminent que vous se déplace en personne jusqu’à un endroit aussi modeste… »
« J’ai également appris une nouvelle intéressante en chemin. J’aimerais vous poser quelques questions. »
Face à Maximilian, Eston avait l’impression de manquer d’air. Chaque mot de cet homme semblait lui transpercer le cœur.
« Euh… Que souhaiteriez-vous savoir… ? »
« Connaissez-vous un roturier du nom de Yan ? »
Maximilian interrogea le chef de la maison Eston au sujet du jeune homme nommé Yan.
« Ah… Oui. Oui. Ce bâtard de basse extraction a essayé d’enlever ma fille… »
« Je vois. »
« Oui, oui ! Il a tenté de s’en prendre à une noble. J’ai enquêté sur lui, et c’est un vagabond sans relations ni famille. Qu’un individu pareil ait osé convoiter ma précieuse fille… »
« Puis-je rencontrer votre fille ? »
Le chef de maison tressaillit devant cette demande abrupte qui l’interrompait.
« M… Messire chevalier. Mais c’est une affaire de famille… »
« Chef de maison, je pourrais reprendre cette affaire au niveau des Sentinelles. »
La voix calme de Maximilian fit naître un véritable raz-de-marée dans le cœur du chef de maison.
« … Quoi ? Les… les Sentinelles ? »
« En effet. Un roturier qui tente de déshonorer une noble. C’est une affaire grave qui trouble l’ordre impérial, n’est-ce pas ? »
Le chef de maison comprit alors ce qu’il voulait dire.
« Oui, oui. J’ai compris. Veuillez patienter un instant… »
Le chef de maison se hâta de rentrer, puis revint un peu plus tard, suivi de sa fille.
« Enchantée… Je m’appelle Lian. »
Sa voix était à peine audible. Le regard tremblant, elle dévisagea Maximilian.
Elle s’appelait donc Lian.
Maximilian lança un regard au chef de maison.
« J’aimerais parler seul à seule avec votre fille. »
« Oui. Oui, bien sûr. »
Le chef de la maison Eston quitta la pièce à contrecœur.
Boum.
Dans le salon fermé, la trotteuse de la pendule résonnait bruyamment.
Maximilian s’adressa à Lian, assise en face de lui, la tête baissée.
« Je vais vous poser la question directement. Le jeune homme nommé Yan a-t-il essayé de vous enlever ou de vous faire du mal ? »
« … »
Lian resta silencieuse.
Était-ce la peur, ou la culpabilité ? Incapable de croiser son regard, elle ne faisait que s’agiter les doigts.
Maximilian sortit de son manteau un stylo-plume et une feuille de papier.
« C’est une lettre demandant un procès devant les chevaliers. »
Les épaules de Lian tremblèrent violemment.
« Laissez-moi vous le dire : vos paroles peuvent à présent le tuer ou le sauver. »
Elle ferma les yeux de toutes ses forces.
« Répondez honnêtement. Vous n’avez pas à avoir peur. »
Pour une raison ou une autre, sa voix semblait chaude lorsqu’elle l’enveloppa.
Lian força ses paupières tremblantes à s’ouvrir.
« … Si je réponds honnêtement, pourrez-vous m’aider, messire chevalier ? »
Répondre à une question par une autre était impoli. Pourtant, sa voix portait le courage que seules possèdent les personnes au bord du précipice.
Maximilian l’observa en silence.
« Je suis un chevalier de l’Empire. Je n’agis que dans l’intérêt de l’Empire. »
Une réponse détachée, qui ne penchait d’aucun côté.
Pourtant, Lian eut l’air d’avoir pris sa décision. Comme si les choses ne pouvaient pas empirer davantage, elle se mit à parler.
« … C’était un mariage arrangé. Mon père allait me vendre à un général de la Garde impériale dont j’ignore même le nom, pour redresser notre maison en déclin. Cela ressemblait davantage à un contrat qu’à un mariage. Je… je ne voulais pas devenir un objet. Je voulais seulement m’enfuir. »
C’était pour cela qu’elle avait rassemblé l’argent de poche et les bijoux qu’elle avait économisés, dans l’intention de quitter sa maison et l’Empire…
Sa voix tremblante reprit :
« On dit que quitter l’Empire est un crime grave. Mais moi… j’avais l’impression que rester ici était déjà un crime. Et puis, sur ce navire, j’ai rencontré Yan. »
Yan.
À peine eut-elle prononcé son nom que sa voix s’anima pour la première fois. Une chaleur revint sur son visage pâle.
« C’était la plus belle personne que j’aie jamais vue. C’était un roturier, quelqu’un qui venait de tout en bas… »
Maximilian connaissait déjà les origines de Yan.
Un Aran pur-sang, mais un orphelin qui avait perdu ses parents trop jeune.
Un garçon sans relations, sans famille ni protecteur.
Il n’avait que sa chance au jeu, un beau visage et…
« Son âme était plus libre que celle de n’importe qui. »
Maximilian l’écouta sans un mot.
« Vous m’avez demandé s’il m’avait fait du mal, n’est-ce pas ? Non. Pas du tout. C’est moi qui lui ai fait du mal. Il s’est retrouvé mêlé à quelqu’un comme moi, et il en a souffert. Il a été blessé bien trop profondément. »
Retenant un sanglot, elle posa une main sur son cœur.
« Je veux qu’il soit heureux. Il n’a rien fait de mal. Alors… messire chevalier, puis-je vous demander une faveur ? »
Maximilian la contempla un instant.
Bientôt, un sourire discret se dessina sur ses lèvres.
Il rangea son stylo-plume dans son manteau.
« Je pense que vous devriez simplement vous retrouver. »
« … Quoi ? »
Lian le dévisagea, hébétée. Elle semblait ne pas comprendre ce qu’elle venait d’entendre.
En regardant par la fenêtre, Maximilian ajouta :
« Yan a les traits parfaits d’un Aran. Vous aussi, vous êtes une belle noble de l’Empire. »
Le Titan.
L’amour entre une noble et un jeune roturier, né à bord du navire impérial qui sombrait. Un amour qui avait franchi la barrière des classes.
Une histoire aussi proche d’un conte de fées était un excellent moyen d’éveiller la fierté du peuple impérial. Elle pouvait devenir une propagande très utile.
« Je vais vous aider. »
« … ? »
Lian ne comprit pas ces mots, l’espace d’un instant.
L’aider.
Qui allait aider qui ?
Ses yeux égarés s’écarquillèrent et se mirent à trembler.
« Réalisez votre souhait. Faites de votre désir le plus cher une réalité. »
Son visage s’illumina alors comme si l’aube venait de se lever. Des larmes coulèrent de ses yeux écarquillés. De peur que cet instant ne se brise si elle se mettait à pleurer, elle se couvrit désespérément la bouche des deux mains.
« C’est dans l’intérêt de l’Empire. »
La fin d’un conte de fées doit toujours être belle.
C’est à cette condition qu’il peut être un conte de fées.
Les contes de fées sont faits pour aider les gens à oublier la réalité.
* * *
──【Édition spéciale : Le miracle du Titan】──
Il était une fois un jeune homme qui risqua sa vie pour sauver une noble sur le pont du Titan en train de sombrer.
Il s’appelle Yan. C’est un roturier qui n’a pour toute fierté que celle d’être Aran, sans parents, sans famille ni protecteur. Devenu orphelin très jeune, il erra dans les docks, mais, dit-on, n’oublia jamais la dignité de son sang…
(Passage omis)
Face à la mort, la barrière des classes ne comptait plus. Seul le cœur d’un Aran battait en eux. Yan se sacrifia de son plein gré pour mademoiselle Lian, prononça son nom et resta à ses côtés jusqu’au bout, sur la mer glaciale de la nuit.
Les marins du navire de sauvetage racontent qu’ils ne peuvent toujours pas oublier la scène des deux survivants, partageant une couverture et se regardant dans les yeux…
(Passage omis)
Tous deux mènent désormais une vie heureuse.
Yan, que notre journal a rencontré, était un très bel homme, beau comme il sied à un Aran, tandis que mademoiselle Lian semblait être une jeune fille timide à ses côtés.
Le chef de la maison Eston a déclaré qu’il soutiendrait leur amour. Il a ajouté que cet amour était en soi la preuve de la bonne santé de l’Empire.
Même au cœur d’une catastrophe aussi terrible, l’amour des Arans n’a pas sombré.
Le sang des Arans est plus profond que la mer, et leur fierté flotte plus longtemps que l’acier.
L’avenir de l’Empire suivra le même cours.
◆ Le Quotidien Jemion
─────
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>