Chapitre 235
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Traducteur : Bébé qui tousse
Éditeur : Bébé qui tousse
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Chapitre 235 : Bienveillance (2)
──────
Un navire s’échouait.
Je déambulai dans ses entrailles d’acier, qui s’inclinaient lentement sur le côté.
Boum.
Les traces des Izenheim, qui avaient occupé plus de la moitié des lieux, s’étaient nettement raréfiées. Ceux qui se cachaient parmi les cargaisons, dans les cales arrière, ainsi que ceux qui s’étaient déguisés en chauffeurs de chaudière et en ouvriers qualifiés, avaient probablement tous péri dans l’explosion initiale.
Boum.
Pourtant, tout près, une présence poisseuse continuait de pulser.
Broum.
Au bout du couloir tortueux, j’aperçus soudain une silhouette familière.
« Yan ? »
Je levai vivement la main et l’appelai.
« Yan ! »
« … Hein ? Monsieur ! »
Il était donc vivant.
Le jeune Aran tenait toujours fermement la main de la jeune noble. Pour une raison que j’ignorais, j’étais heureux de revoir ces gens que je n’avais croisés qu’un instant. Je tirai deux pierres de mana de mon manteau et les leur lançai.
« Prenez-les et remontez tout de suite. »
Broum !
L’inclinaison avait peut-être dépassé son point critique. Des tables de marbre et des meubles dégringolèrent de l’étage supérieur. Je balayai l’air du bras, repoussai les débris qui tombaient et dégageai le passage.
« Merci, monsieur ! Mais il y a une sorte de monstre, là-bas… »
« Je sais. Remontez, c’est tout. »
Pour une raison ou une autre, je me sentais proche de lui.
Peut-être parce que son physique était son talent, comme le mien.
Après les avoir poussés tous deux vers l’étage supérieur, je retournai en direction de la puanteur.
* * *
Boum. Boum.
Les pas du monstre résonnaient dans le passage obscur. Charlotte courait à perdre haleine dans le couloir incliné, tandis que le bruit humide de la chair la poursuivait sans relâche.
Boum. Boum.
Son pistolet de défense était déjà vide. Elle avait beau tirer encore et encore, la créature ne mourait pas. Une vapeur noire s’échappait des trous dans sa poitrine au lieu du sang et, dans un bruit grotesque, elle activa la Restauration pour se soigner instantanément.
Boum. Boum.
Jace Arshtel.
Un être pareil pouvait-il vraiment exister dans ce monde ? S’il avait été un démon, ça aurait presque été plus plausible.
« … ! »
Elle arriva alors au fond d’une impasse. Tout le passage était inondé d’eau de mer.
Charlotte inspira brusquement et se retourna. Dans l’obscurité, les muscles brûlés du visage du monstre tressaillirent pour former quelque chose qui ressemblait à un sourire.
Boum. Boum.
Au moment où il agita les membres et se rua sur elle,
Bang !
Un coup de feu déchira le silence du couloir. La tête de la créature partit en arrière et ses mouvements vacillèrent. Charlotte ne laissa pas passer l’ouverture. Elle libéra son mana ; une bourrasque la frappa de plein fouet et la projeta en arrière.
Bang ! Bang ! Bang !
D’autres tirs tinrent le monstre à distance.
Pssshhh !
Une odeur de chair brûlée s’éleva des endroits où les balles l’avaient atteint. C’étaient des balles d’argent imprégnées de mana.
« Haa… haa… »
Puis le claquement régulier de chaussures de ville résonna près d’elle.
Tac.
« Le temps s’écoule vraiment à une densité différente selon les espaces. »
C’était Eli Zella. Il fit légèrement tourner son pistolet et vint se placer à côté d’elle.
« Vous… »
Charlotte le fixa sans comprendre, mais Eli l’attrapa en hâte et l’entraîna. La créature s’était déjà relevée ; ils n’avaient pas le temps de parler.
« Allons-y. »
Ils coururent tous deux à travers le navire inondé.
« … Pourquoi êtes-vous descendu ici ? »
Plouf, plouf. Charlotte posa la question tandis qu’ils traversaient les eaux montantes.
« Comme ça. »
Maximilian, sous l’identité d’Eli, répondit d’un ton indifférent, puis ajouta :
« Plus important encore, je me suis dit que vous m’en voudriez peut-être pour ce que j’ai fait sur le pont. »
« … Vous avez fait ça pour survivre. Je comprends. »
Certaines règles étaient nécessaires. Dans une situation pareille, chacun devait survivre.
Si le seul critère était la race, c’était manifestement injuste. Mais quel critère fallait-il choisir, alors ? Le sexe ? L’âge ? La richesse ? Les capacités ? Ils seraient tous morts avant d’avoir fini d’en débattre.
Charlotte n’était pas du genre à condamner à la légère ce qu’elle ne comprenait pas.
Kwaaaah !
La cloison devant eux éclata et l’eau s’engouffra dans le passage. En un instant, le torrent le remplit. Comme pris dans un contre-courant, ils furent tous deux emportés en arrière.
Boum !
Quant au monstre, il s’était transformé en bête.
Boum-boum-boum-boum-boum !
Il rampait à quatre pattes au plafond, sa forme et sa posture absolument aberrantes.
« Attrapez ma main ! »
Eli tendit le bras. Charlotte lui saisit fermement la main.
Ensemble, ils se jetèrent dans l’eau qui montait. Ils nagèrent vers une trappe donnant sur l’étage supérieur.
Grincement.
Ils échappèrent au monstre qui les poursuivait, ouvrirent la trappe et remontèrent au premier étage du navire.
« Par ici ! »
Ils coururent à toute allure jusqu’à une porte à demi écrasée, qui donnait sur l’extérieur de la coque.
Bang !
Eli ouvrit la porte le premier. S’agrippant à la rambarde, il se hissa par-dessus.
Tous deux regardèrent en bas, le regard hésitant un instant.
Au-delà du navire incliné s’étendait un océan qui semblait coupé de l’horizon. Des canots de sauvetage et des radeaux flottaient sur l’eau.
Boum-boum-boum-boum-boum !
Le fracas de l’approche du monstre les ramena à la réalité.
« Vous êtes prête à sauter ? »
Il y avait une trentaine de mètres jusqu’à l’eau. C’était haut, mais on pouvait y survivre.
« Bien sûr. Je veux vivre. »
Charlotte hocha la tête sans laisser paraître sa peur.
Eli jeta soudain un regard derrière lui.
Boum-boum-boum-boum-boum !
Le monstre continuait d’avancer. Il était d’une ténacité effroyable.
« Cette saloperie sait aussi très bien nager. Si on la laisse faire, elle dévorera également les autres dans les canots. Vous ne croyez pas ? »
Les paroles d’Eli firent hésiter Charlotte. Il y avait quelque chose de suspect dans ce qu’il voulait dire.
Mais avant qu’elle ait pu réagir…
« Je m’en occupe. »
Poussée.
Il la poussa dans le dos.
« Attendez… »
Alors qu’elle basculait par-dessus la rambarde vers la mer, elle vit son sourire.
« Survivez. »
Plouf !
Le corps de Charlotte disparut sous la surface. Maximilian la regarda rapetisser jusqu’à devenir un point au loin, puis se redressa lentement.
Il observa la créature qui s’approchait.
« … »
Il était temps de mettre fin à la comédie.
Il retroussa ses manches trempées et tendit la main vers les airs. L’air vibra, comme s’il cherchait à saisir quelque chose.
Vroooong.
Une pulsation lente et ondulante lui parvint de loin.
De faibles rides frémirent dans les flaques du couloir incliné, tandis que le clair de lune, au-delà des fenêtres brisées, se rassemblait en un faisceau étroit.
Bientôt, une traînée lumineuse vint se poser dans sa main.
C’était l’épée longue des Ebenholtz.
« ! »
Le monstre hurla et bondit. À ses yeux, l’homme n’était qu’une petite proie armée d’une épée.
Il la brandit.
Éclair.
Il ne resta que la trajectoire, sans même la sensation d’une coupe.
Le corps du monstre s’immobilisa en plein air, puis, tranché !
Une plaie s’ouvrit de l’épaule au flanc, d’où s’échappa une vapeur rouge sombre.
Il recula sans même comprendre à quel moment il avait été tranché.
La plaie se referma rapidement, mais Maximilian ne le poursuivit pas.
C’était inutile.
Ffff.
Il traça dans l’air et sur le sol des lignes transparentes.
À l’intérieur de ces lignes se trouvait son domaine. Au-delà, l’endroit où la créature allait mourir.
L’escrime des Ebenholtz avait toujours été un art défensif.
Une barrière qui repoussait les êtres inférieurs. L’épée des nobles, transmise depuis le tout premier geste qui avait planté un pieu au cœur de l’Empire millénaire.
« ! »
Le monstre se rua sur lui.
Tranche.
À l’instant où il franchit la ligne, son bras droit disparut à partir du coude.
Tranche.
La lame devança son mouvement, tourna sur la gauche et frappa. Sa cuisse gauche s’ouvrit sans un bruit.
Tranche.
Le monstre grimpa au plafond. Des lignes s’y trouvaient aussi. Son long bras tendu fut sectionné.
Tranche.
On ne voyait aucun mouvement de coupe. Maximilian se tenait simplement au centre d’un demi-cercle, l’épée abaissée.
Tranche.
Le monstre ne comprenait pas. Il ignorait où sa chair était tailladée, ni à quel instant la douleur avait commencé.
Et parce qu’il ne comprenait pas, il ne pouvait pas apprendre. Et parce qu’il ne pouvait pas apprendre…
Tranche.
Il ne pouvait que se faire tailler éternellement au même endroit, de la même façon.
Tranche.
Il avait beau tendre le bras encore et encore,
Tranche.
il avait beau donner des coups de pied et se débattre,
Tranche.
même en dépensant toute sa force vitale pour se régénérer, puis en franchissant de nouveau les lignes avec sa chair restaurée, il se faisait découper à chaque fois.
Tranche.
Il ne pouvait pas l’atteindre.
Il ne pouvait même pas effleurer l’ourlet des vêtements de Maximilian, encore moins troubler une seule ride dans la flaque à ses pieds.
Tranche.
Car les Ebenholtz régnaient depuis des hauteurs que les êtres inférieurs ne pourraient jamais atteindre.
* * *
Le Titan sombrait.
Dans la timonerie du navire, le capitaine Erio faisait face à l’eau qui montait lentement.
« … »
Le Titan avait déjà vécu ses derniers instants. L’eau de mer s’engouffrait par la coque échouée et les vagues avaient emporté le mobilier intérieur, le transformant en épave grotesque.
Pourtant, le capitaine était le maître de son navire.
Erio posa la main sur la barre tandis que l’eau envahissait les lieux et se perdit dans ses pensées.
Il avait l’impression de voir sa vie défiler devant ses yeux.
Tout avait-il commencé par le nettoyage des ponts ?
Le cargo à bord duquel il était monté à quatorze ans. Les jours où l’eau salée fendillait la peau du dos de ses mains et où les cordages lui arrachaient la paume.
La nuit où un vieux marin lui avait appris à faire des nœuds pour la première fois, et la bière tiède qu’il avait bue après avoir survécu à sa première tempête.
Le jour où il avait posé les mains sur la barre pour la première fois et senti le battement du navire au bout de ses doigts.
Après toutes ces années passées ici, il avait appris une vérité.
Si un navire pouvait flotter sur la mer, c’était grâce aux hommes.
Des décennies. Des dizaines de navires.
Il avait transporté l’immigration de certains, la fuite d’autres, des voyages de noces, des traversées, avec tout le poids que cela impliquait. Il n’avait jamais perdu un navire.
… Aujourd’hui ne ferait pas exception.
Des gouttes froides tombèrent sur le dos de la main qui agrippait la barre.
Il existait un vieux dicton parmi les marins.
Le capitaine était le dernier passager à quitter le navire.
Il devrait présenter ses excuses à sa femme, qui l’attendait au port.
Et pourtant, effectuer le tout dernier virage à bord d’un navire qui transportait trois mille personnes…
C’était le salaire de ce métier, et Erio avait tenu la barre toute sa vie en sachant qu’il le toucherait un jour.
Il passa lentement la main sur la barre, comme s’il caressait la crinière d’un cheval bien-aimé qu’il aurait monté pendant des années.
« … Qu’est-ce qui a bien pu se passer ici ? »
Une voix s’éleva derrière lui. Erio se retourna.
C’était Victor Heim. Ses vêtements coûteux étaient déchirés en plusieurs endroits et la nonchalance habituelle de son regard avait cédé la place à une hostilité aiguë.
« C’est ma faute. »
Erio répondit calmement.
Un iceberg, peut-être. Ou autre chose. Il ignorait pourquoi le navire avait fini ainsi, mais il était encore moins utile de poser la question à présent.
« Mais ce n’est pas le problème. »
Il restait encore de nombreux passagers à sauver.
Victor Heim en faisait partie.
« Si vous voulez vivre, allez à l’arrière du navire. Vous pourrez sauver votre peau. »
Une fureur terrible envahit le visage de Victor Heim. Ses lèvres tressaillirent tandis qu’il fusillait Erio du regard.
« Non. C’est bien le problème. Votre incompétence… »
Ses yeux se remplirent d’une haine presque sanguinaire.
Erio crut comprendre pourquoi, sans pour autant y parvenir.
« Haa… »
Victor Heim ferma les yeux un instant. Sa respiration lourde emplit la timonerie.
« … »
Il se détourna pour partir, puis s’arrêta brusquement.
« Pardonnez-moi, capitaine. »
Il sortit un pistolet de l’intérieur de son manteau.
« Ma patience n’est pas assez grande pour tolérer un tel échec. »
Bang !
Le coup de feu fut englouti par le bruit des vagues. Le corps du capitaine Erio se plia sans résistance et s’effondra.
Victor Heim se hâta de rejoindre le pont.
C’était le chaos.
Là où l’on mettait à l’eau des radeaux assemblés à la hâte, les marins sous les ordres du second Rusen s’efforçaient de maintenir l’ordre.
« Les enfants et les femmes d’abord ! Reculez ! »
« Faites monter les enfants et les femmes en premier ! Vite ! »
Sans tenir compte des cris des marins, Victor Heim se fraya un chemin à travers la foule.
« Hé ! Attendez votre tour ! »
Un passager lui saisit le bras, mais Victor le repoussa brutalement.
« Arrêtez de débiter vos conneries ! Ma vie vaut plus que celle de milliers d’entre vous ! »
Il monta de force sur un radeau qui s’apprêtait à être mis à l’eau. Les marins, pris de court, se précipitèrent pour le tirer de là, mais il sortit son pistolet et le pointa sur eux.
« … »
Rusen plongea son regard dans les yeux de Victor, trempés d’eau de mer. C’étaient déjà ceux d’un homme qui avait perdu toute raison.
Ils n’avaient même pas le temps de discuter.
Rusen donna l’ordre d’une voix lasse.
« Laissez-le partir. »
À ces mots, les marins lâchèrent la corde. Le radeau de Victor Heim dériva vers la mer, où la brume flottait à la surface de l’eau.
« Ptooah ! »
Rusen cracha en direction de Victor qui s’éloignait. Il se tourna de nouveau vers ceux qui étaient restés, quand…
Crac !
La coque poussa un cri.
Les lumières de mana qui avaient éclairé le pont toute la nuit sans jamais s’éteindre vacillèrent toutes à la fois.
Une fois.
Deux fois.
Puis le navire tout entier s’éteignit, comme s’il fermait les yeux.
Groum !
L’immense carcasse, engloutie par la nuit, bascula. La proue plongea sous la surface. La poupe se dressa vers le ciel, puis se rompit à sa base et s’effondra.
Tout ce qui se trouvait à bord — d’innombrables personnes, des radeaux et des cargaisons — dévala le pont incliné pour tomber dans la mer noire.
Crac ! Crac !
L’acier se déchira dans un grondement assourdissant. Le géant appelé Titan se brisa en deux.
La moitié avant sombra dans l’abîme, tandis que la poupe restante demeura un instant à la verticale, à la surface.
Sur la mer, tous levèrent les yeux vers ce bref silence, sans oser respirer.
Kooooo.
La poupe sombra lentement, très lentement, comme si elle glissait au loin.
Un tourbillon se forma à la surface, tournoyant comme une gueule avide d’engloutir les épaves et les gens alentour.
Puis.
Le silence.
La mer redevint calme, comme si rien ne s’était passé.
Non, la mer avait toujours été calme.
Des fragments de l’ancienne salle de banquet, autrefois splendide, flottaient de tous côtés, et des centaines de lumières bleues de mana, celles des gilets de sauvetage, scintillaient dans la brume.
Les canots déjà partis disparurent au loin, tandis que des radeaux attachés les uns aux autres par des cordes flottaient précairement sur les vagues.
* * *
Je fermai les yeux sous la mer.
Je m’enfonçai lentement.
Le monde devint étrangement silencieux.
Les cris au-dessus de la surface, le tic-tac toujours aussi agaçant d’une trotteuse, et même le pouls sous ma clavicule… Aucun de ces bruits ne semblait pouvoir me suivre aussi profondément.
L’espace d’un instant, je me dis que mourir ainsi ne serait peut-être pas si terrible.
Non.
Ce serait facile.
Si ma mort pouvait me libérer de toute cette douleur épuisante et de cette angoisse.
Si je n’avais plus à porter ce poids…
« … »
Parmi les innombrables personnes que j’avais tuées aujourd’hui, il y avait sûrement eu des gens bien.
Des gens qui avaient appelé le nom d’un autre avant le leur. Des marins qui avaient juré de tenir leur poste jusqu’au bout.
Ils étaient morts à cause de moi, eux qui avaient volontairement tenté de se sacrifier pour les autres.
Et pourtant, plus tard, nos ennemis avaient exploité leur bienveillance, et celle-ci était finalement devenue l’étincelle qui avait détruit le monde.
C’était pour cela que j’avais fait ce choix.
Maximilian Ebenholtz.
Je n’étais qu’un homme faible.
Je n’avais jamais cru avoir une nature forte.
J’avais simplement aimé accueillir les choses comme elles venaient.
Heureux quand j’étais heureux, triste quand j’étais triste, ignorant quand je ne savais pas.
Élever un chiot, épouser la personne que j’aimais, avoir des enfants.
Voilà tout ce que mon être avait été censé contenir à l’origine.
Puis j’avais appris toutes les vérités.
Si j’étais le seul à les connaître, me plaindre que mon être était trop étroit ne pouvait pas justifier que je renonce à mon devoir.
Alors je ne sombrerais pas davantage.
« … ! »
Quand j’ouvris les yeux, quelqu’un descendait vers moi.
Je la regardai s’approcher.
Son visage était brouillé par les courants.
Schatz Heizen.
Un sourire m’échappa, et des bulles s’échappèrent de mes lèvres. Elle eut l’air furieuse, comme pour me dire de ne pas sourire, me couvrit la bouche de la main et me tira vers la surface.
Même sa façon de nager était absurdement rapide.
Qu’est-ce qu’elle était, une torpille ?
« Pwah ! »
« … Que s’est-il passé ? »
À la surface, Schatz me posa la question d’un ton boudeur. Je ne lui avais envoyé qu’une brève explication dans ma lettre.
« … »
Je rejetai mes cheveux trempés en arrière et regardai Schatz.
« J’ai tué beaucoup de gens. »
À cette confession chargée de tant de sens, Schatz m’observa en silence.
« Je veux dire… j’en ai tué tellement… »
Ses yeux étaient aussi calmes qu’un lac. Ils ne contenaient aucun jugement, seulement un regard posé.
Cela m’apaisa.
« Était-ce nécessaire ? »
La question soudaine de Schatz me revint en mémoire, et je…
Je ne savais pas.
Je ne savais vraiment pas.
Peut-être que cette fois, j’avais eu tort.
Non… avais-je eu raison auparavant ?
Y avait-il jamais eu une seule fois où j’avais eu raison ?
J’avalai l’envie de répondre ainsi.
Dire que je ne savais pas, c’était me décharger de la moitié du poids de mes péchés.
C’était fuir mes responsabilités.
C’était manquer de respect aux morts.
Si je les avais abattus sans en être convaincu, alors ils étaient morts pour rien.
J’avalai donc tous les mots qui me venaient.
Je songeai aux visages, aux noms et aux dernières paroles des innombrables personnes que j’avais tuées et qui n’étaient pas des Izenheim, puis, une fois de plus,
je m’endurcis le cœur.
« … C’était absolument nécessaire. »
Ça l’avait été.
C’était quelque chose que je devais faire.
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