Chapitre 232
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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Chapitre 232 : Malveillance (4)
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Danser.
Pour les nobles de la Première Nation, ou les enfants nés dans des familles jouissant d’une certaine notoriété, c’était une vertu jugée essentielle à la vie en société.
J’avais autrefois été bien trop obsédé par la danse, mais sa nature ne différait pas tant que cela de celle de l’escrime.
Le mouvement des pieds. La tension qui parcourait la colonne vertébrale. Les chemins tracés par le bout des doigts. Chaque ligne dessinée par le corps s’unissait aux autres pour créer une beauté unique.
Pourtant, on ne pouvait jamais danser seul.
La personne qui se tenait devant moi.
Celle qui tenait ma main.
Celle contre qui je m’appuyais, lui confiant une partie de mon poids.
Il fallait un partenaire avec qui partager son souffle derrière un masque.
Car la danse était un art que l’on créait à deux.
Avant ma régression, pourtant, j’avais été arrogant. J’imposais ma propre danse à mes partenaires, en ne cherchant que l’éclat et en piétinant leur rythme.
Ce n’était certainement pas là une manière de noble.
« … Vous avez du talent, monsieur Eli. »
Charlotte Grossmann, qui me tenait la main, murmura doucement.
« Écoutez d’abord le bruit de mes pas. N’essayez pas de me suivre de force. Laissez votre corps se laisser porter par le mouvement. »
C’était une véritable noble.
Contrairement à son frère Kurt Grossmann, contrairement à moi qui avais commis d’innombrables meurtres, elle était une authentique noble, dont l’âme avait conservé sa dignité.
« À force de caler vos pas sur les miens, vous remarquerez que certains mouvements reviennent. La danse est une succession de promesses répétées. »
Je suivis son rythme et fis un pas en cadence. Même les figures qui m’avaient paru difficiles n’étaient, au bout du compte, que des fragments d’un rythme qui se répétait.
« Quand vous serez habitué à cette répétition, relevez la tête et regardez-moi dans les yeux. Ne vous cachez pas derrière votre masque. »
Ce ne fut qu’alors que je levai les yeux vers elle. Ses pupilles dorées brillaient comme des étoiles derrière son masque d’argent.
Une question me vint soudain à l’esprit.
Née dans l’une des plus nobles lignées de l’Empire, pourquoi aidait-elle les faibles ? Pourquoi ses yeux débordaient-ils d’espoir ?
Que voyait-elle donc pour garder une telle lumière au milieu de cet Empire en décomposition ?
« Vous vous débrouillez bien. Là, on dirait enfin que nous dansons. »
Charlotte esquissa un sourire. Mes pieds se mouvaient sans heurt parmi les siens.
« Eh bien… »
Tout à coup, elle lâcha ma main.
« Allez donc vous amuser avec quelqu’un d’autre, maintenant~ »
Elle s’éloigna d’un pas léger, en agitant gracieusement la main, et se dirigea vers les places supérieures de la salle de banquet, à l’écart même de la première classe.
Au-delà d’elle, un visage familier apparut comme une ombre.
Un homme qui tenait un verre de vin et contemplait la foule d’en haut : Victor Heim.
Son regard s’attarda un instant sur moi, puis se posa sur Charlotte, qui prit place en face de lui.
* * *
À l’aube blafarde, alors que la chaleur du bal ne s’était pas encore tout à fait dissipée, Halbert Goring quitta discrètement ce lieu bruyant. Il jeta la montre à gousset contrefaite sur le lit de sa suite et fulmina.
« Trouvez-moi le salaud qui m’a vendu cette camelote et mettez-le en pièces. Dès que je serai de retour dans l’Empire, je détruirai toute sa famille. »
« … »
Nils, un agent d’élite d’une agence impériale directe qui avait suivi Halbert dans sa chambre, examina la montre sans un mot.
« Comment osent-ils m’humilier ainsi ! Ils m’ont fait passer pour un clown devant cet immonde Mer ! »
« … Il semble facile de distinguer les vrais modèles des faux. Intéressant. »
« C’est pour ça qu’il faut un expert de rang maître. »
Nils haussa un sourcil, sans grand intérêt.
« Mais, seigneur Goring, vous croyez vraiment ce Mer ? Ces gens ne valent pas mieux que les Izenheim : ce sont des déchets. À mes yeux, même les paroles qui sortent de sa bouche sonnent faux. »
Halbert fronça les sourcils et se tourna vers lui.
« Qu’entendez-vous par là ? »
« Inutile de vous compliquer la vie. Persuadez-le, c’est tout. Faites-lui rédiger une expertise affirmant que cette montre est parfaitement authentique. Vous pourrez ensuite la revendre à un autre imbécile, au prix fort. »
L’expression de Halbert s’éclaira d’une façon étrange.
« … Mais la rumeur s’est déjà répandue dans le salon : tout le monde sait qu’elle est fausse. »
« Dites que l’expert n’était pas dans son état normal à cause du voyage. Ça devrait suffire. Mais surtout, seigneur Goring, pourquoi pensez-vous que cet expert est monté à bord du Titan ? »
« Quoi ? Un voyage d’affaires ou d’agrément, sans doute. S’il est expert de rang maître, il a sûrement gagné pas mal d’argent. »
« Non. »
Nils le coupa froidement.
« Il fuit l’Empire. Depuis l’entrée en vigueur de la loi sur les citoyens impériaux, ces gens cherchent sans cesse un moyen de s’enfuir sans payer leurs impôts. »
« … Quoi ? »
Halbert fronça profondément les sourcils.
« Alors, qu’est-ce qu’on fait ? On l’arrête tout de suite ? »
« Quand le navire arrivera à destination, ils seront tous arrêtés de toute façon. L’agence directe a déjà repéré des blanchisseurs d’argent liés à l’affaire Alchemia et identifié les personnes impliquées à bord du Titan. Puisque l’affaire a attiré l’attention de l’Ordre des Sentinelles… »
« J’en ai entendu parler, moi aussi. Il paraît que le chevalier Ebenholtz lui-même s’est présenté comme avocat ? »
Halbert Goring avait fait prospérer ses affaires en tant que membre d’une branche cadette d’une maison prestigieuse, profitant de la richesse et du luxe sous la protection de la Garde impériale.
Mais face à Ebenholtz, il n’était qu’une flamme de bougie.
« Oui. Les primes versées par le chevalier Maximilian sont réputées généreuses. Les agents impériaux doivent brûler d’impatience à l’idée de mettre la main sur ces gens. »
Nils haussa un sourcil en regardant la mer sombre.
« Alors, ne vous inquiétez pas, mon seigneur. Une fois à terre, nous lui ferons refaire l’expertise. »
« … Hem. Eh bien. Si c’est votre conseil, je ne le refuserai pas. Hem, hem, hahaha ! »
* * *
Le lendemain matin.
J’étais allongé sur le lit de ma cabine de deuxième classe, les yeux fixés au plafond blanc.
Fiiiou.
Je sentais le navire tanguer à travers mon corps et attendais, l’esprit ailleurs, l’heure convenue.
Toc, toc.
Le bruit brisa le silence et je me redressai.
« … ? »
Intrigué, j’ouvris la porte et découvris une visiteuse inattendue.
« Vous me faites visiter la troisième classe ? »
« … Pardon ? »
C’était Charlotte Grossmann. Vêtue d’habits de voyage simples, elle souriait, les yeux pétillants de curiosité.
« Je veux juste dire… allons nous amuser tous les deux. »
Je n’avais aucune raison de refuser une proposition aussi assurée.
Dans cet Empire, encore une fois, les raisons étaient ce qui comptait le plus…
Je descendis avec elle l’escalier qui menait aux ponts inférieurs.
Quand les tapis luxueux cédèrent la place au sol d’acier froid, je lui posai la question qui me trottait dans la tête.
« Vous êtes peut-être en couple avec monsieur Shannon Light ? »
Les Izenheim savaient exploiter les émotions humaines.
Si elle avait été une femme dansant au creux de la main de Victor Heim, si même son admirable caractère avait été fabriqué de toutes pièces par les Izenheim…
Charlotte me regarda sans comprendre, puis laissa échapper un petit rire.
« Pas du tout… Regardez là-bas. »
Elle m’interrompit et désigna un coin de la salle à manger de troisième classe. Les passagers s’y étaient regroupés en petits groupes. Charlotte plissa les yeux devant la grossière boîte métallique posée sur la table.
« Comment est-ce qu’on mange ça ? »
Pour elle, c’était une nouveauté. Pour moi, un fragment de réalité.
Je passai le doigt dans l’anneau et arrachai le couvercle d’un seul coup.
Des morceaux de viande à l’odeur d’huile rance, que j’avais mangés jusqu’à en être écœuré lorsque j’étais en fuite, avant ma régression.
« … Ça risque d’être difficile. »
Une petite perle de sueur apparut sur la tempe de Charlotte.
« C’est meilleur que ça en a l’air. »
Il existait des plats qui se mariaient bien avec cette viande en boîte. Je ramassai sur une étagère un morceau de pain épais comme un pneu, y déposai du fromage, puis étalai dessus la viande et de la confiture de fraises.
« Attendez. Pourquoi vous mettez de la confiture de fraises dessus ? C’est complètement fou ! »
Charlotte recula devant cet étrange mélange, mais je le lui tendis avec assurance.
« Vous parlez trop. »
« Pardon ? »
« … Non, je veux dire que vous comprendrez en goûtant. Il faut cette touche sucrée. Faites-moi confiance. »
« Je ne vois pas pourquoi je vous ferais confiance… »
Je poussai le pain vers sa bouche. Elle grimaça et en prit une bouchée. En mâchant, elle écarquilla légèrement les yeux.
« … C’est étonnamment bon ? »
« Je vous l’avais dit. Les ingrédients comptent en cuisine, mais leur association compte davantage. »
Je l’avais appris il y a longtemps auprès d’un sans-abri.
Les sans-abri avaient été mes maîtres.
Même des ingrédients affreux, presque bons à jeter, pouvaient donner un goût subtil lorsqu’on les mélangeait comme il fallait.
« Tant qu’on est en vie, on peut trouver quelque chose d’amusant n’importe où. »
Je mordis à mon tour dans mon morceau de pain.
Le goût raviva de vieux souvenirs.
« … C’est étrange. »
Charlotte me regarda, indéchiffrable.
Tic-tac.
Au-dessus de la cuisine de la salle à manger de troisième classe.
Tic-tac.
Une montre à gousset accrochée au mur taché de graisse.
Tic-tac.
En entendant ce bruit grinçant, je songeai à l’instant qui approchait.
* * *
Le troisième jour du voyage, le Titan avait complètement quitté les eaux impériales.
L’ambiance restait animée sur les ponts supérieurs. Au salon Prestige, les parties de jeu à gros enjeux et les fastidieux dîners de cérémonie s’enchaînaient, tandis que fleurissaient tout autour des aventures secrètes et des romances qui ne dureraient pas plus de quelques jours.
Les familles de deuxième classe profitaient du paysage et du Titan. Une chaleur réconfortante se dégageait d’elles.
La troisième classe était plus pauvre que les ponts supérieurs, mais débordait tout de même de vie et d’énergie. Quand ses passagers contemplaient l’horizon lointain, ils avaient l’air de rêveurs égarés.
« … »
Charlotte regardait vers la proue. Un beau jeune homme et une fille qui avait l’allure d’une jeune noble se tenaient côte à côte, apparemment fascinés par la mer.
Vêtue d’une veste et d’un pantalon qui lui permettaient de bouger librement, Charlotte parcourut le pont jusqu’à la tombée de la nuit. Elle s’installa alors dans un coin du bar du navire.
« Un verre. Quelque chose de fort, peu importe quoi. »
Quelqu’un vint naturellement s’asseoir à côté d’elle.
Shannon Light, Victor Heim.
« Un draconien. »
Évitant le regard du barman, Victor glissa un billet sous la table. Charlotte le lut sur-le-champ.
[ D’après nos écoutes, une importante force d’arrestation d’une agence impériale directe attend à destination. ]
« … Imprudent. »
Victor sembla mécontent de sa réponse et prit une gorgée.
« Ne vous faites pas d’idées. Je ne suis pas de votre côté. »
Charlotte n’avait rien à voir avec la révolution. Elle ne s’y intéressait pas. Elle ne poursuivait que ce qu’elle croyait juste.
« … »
Victor vida le verre qu’on lui avait servi et sourit avec amertume.
« C’est dommage. Vous avez été mon premier amour. »
Le barman se détourna et essuya des verres comme s’il n’avait rien entendu. Sans même le regarder, Charlotte répondit :
« Trop tard. Je n’aime pas les gens qui ont toujours quelque chose à faire. »
« … C’est vrai. Cela fait bien trop longtemps que je n’ai pas été libre. »
En marmonnant avec amertume, Victor Heim se leva. Par-dessus son épaule, Charlotte aperçut un homme qui n’était pas là quelques instants plus tôt.
Eli Zella. Il avait commandé un vin bon marché qu’il sirotait, en jetant sans cesse des regards dans leur direction.
« Portez-vous bien. »
Tandis que Victor Heim s’éloignait, le regard d’Eli le suivit naturellement.
Peu après, ses yeux revinrent vers Charlotte.
« Bonjour ? »
« Ah, oui. »
Eli hocha la tête, raide comme un piquet.
« Est-ce que je peux vous demander quelque chose ? »
Charlotte s’assit d’abord à côté de lui. Eli parut décontenancé, mais lui répondit tout de même.
« Oui, allez-y. »
« Vous pouvez aussi expertiser quelque chose comme ça ? C’est de l’alcool. »
Elle sortit une bouteille de l’intérieur de sa veste et la lui tendit.
« Oh. »
Le barman fut le premier à réagir. C’était une cuvée spéciale de Jack Callan, l’un des meilleurs alcools du monde : un Traoma de soixante ans d’âge.
« Hm… »
Eli sortit une loupe de sa poche. Après avoir étudié la densité du mana et la texture des dépôts dans le liquide ambré, il prit la parole.
« Le temps y a laissé une empreinte authentique, qu’une contrefaçon ne saurait imiter. »
Autrement dit, c’était bien un original. Charlotte hocha la tête, satisfaite.
« Et ça, alors ? »
Elle sortit plusieurs bijoux de son sac, l’un après l’autre.
D’abord, un bracelet.
« Authentique. »
Ensuite, une bague.
« Authentique. »
Puis un collier.
« Ils sont tous authentiques. Impeccables, de première qualité. »
« … Quelle plaie. J’aurais mieux fait de tout acheter en faux. »
Elle sourit avec amertume et rassembla ses bijoux.
« Mon frère m’a tout donné. Vous savez qui il est, n’est-ce pas ? »
« Si vous entendez le nom de Grossmann sans savoir de qui il s’agit, vous n’êtes pas un citoyen impérial. Vous êtes sûrement un espion. »
Kurt Grossmann, le Secrétaire général de l’Empereur, adorait sa sœur cadette.
C’était peut-être à cause de leur grande différence d’âge, ou parce que Kurt n’avait pas d’enfants.
« … »
Eli fixa un instant le whisky qu’elle tenait à la main.
« Mais vous avez apporté ce whisky pour le boire, non ? »
« … Hein ? »
Du whisky.
En tant que Maximilian, il avait vraiment envie d’y goûter.
Il aimait les mets raffinés, mais le Jack Callan, Traoma de soixante ans, ne s’achetait pas avec de l’argent.
Avant sa régression, il n’y avait goûté que deux fois. Vu la facilité avec laquelle on l’avait dupé à l’époque, l’alcool lui-même était peut-être une contrefaçon.
« Vous aimez l’alcool ? »
Charlotte le demanda, l’air surprise.
Eli s’éclaircit la gorge.
« Cet alcool est exceptionnel. »
« Alors, levez-vous. »
Charlotte prit la tête et Eli la suivit.
Ils marchèrent ensemble sur le pont, tandis que le vent nocturne chargé d’embruns soufflait sur eux.
« Mais je suis curieuse. Comment les experts font-ils pour distinguer un vrai d’un faux ? »
Elle était à cet âge où l’on débordait de questions et de curiosité.
Eli répondit avec un sourire qu’il essaya de dissimuler.
« L’authentique est naturel, la contrefaçon ne l’est pas. »
« C’est tout ? »
« Oui. L’essentiel est toujours simple. »
Eli s’arrêta brusquement. Charlotte se retourna vers lui.
Leurs regards se croisèrent tandis qu’il parlait.
« Comme vous, qui êtes authentique. »
« … »
Les pupilles de Charlotte tremblèrent un instant.
Cet homme semblait timide, mais ses paroles et ses gestes avaient une audace discrète. Non, il était franchement audacieux, et d’une grande sincérité dans l’expression de ce qu’il ressentait sur le moment.
Un homme étrange et hardi.
« Il existe aussi de fausses personnes… ? »
Sans répondre, Eli s’appuya contre le bastingage et leva les yeux vers le ciel nocturne. Charlotte, elle, regarda ses yeux plutôt que le ciel.
On aurait dit qu’ils renfermaient la lumière des étoiles.
Un Mer. Un homme qui tentait de tourner le dos à l’Empire en tant que membre d’un peuple persécuté.
Ses yeux n’avaient rien de lumineux. Sombres comme un abîme profond, ils dissimulaient pourtant de l’espoir en leur fond. Même s’il se moquait de lui-même parce qu’il n’avait pas d’oiseau bleu, il possédait une volonté et des convictions qui refusaient de céder.
C’était pour cela qu’il semblait plus plein d’espoir que tous ceux que Charlotte avait rencontrés.
Du moins, c’était ce qu’elle ressentait à cet instant.
« Est-ce que je peux vous demander quel est votre rêve ? »
C’était peut-être une question stupide.
Eli inclina légèrement la tête.
« Survivre. »
Un souhait évident, modeste.
Mais elle ne pouvait pas en rire. Le poids de son regard était trop lourd.
« Tous ensemble. »
Eli esquissa un faible sourire.
« … »
Charlotte s’agita les doigts sans raison, puis finit par sortir un petit carnet de ses vêtements.
« Je déteste me servir de mon nom de famille comme ça. »
Elle griffonna une phrase dans le carnet, en arracha la page et la lui tendit. Eli pencha la tête.
« Qu’est-ce que c’est ? »
« À destination, une force d’arrestation impériale vous attendra. Montrez-leur ceci et ils vous laisseront passer. »
Puis elle vint se placer à côté de lui et s’appuya contre le bastingage.
Eli parcourut le billet des yeux.
« À destination… »
Il répéta ces mots, et elle les trouva étrangement mignons. Elle leva les yeux vers le ciel.
« … Vous saviez ? On dit que chaque espace possède une densité différente. »
Charlotte poursuivit doucement :
« Certains espaces sont un peu plus singuliers, si bien que le temps s’y accumule avec une densité différente. »
Le ciel nocturne, scintillant de blancheur. Le navire le plus luxueux de l’Empire. Les vagues douces qui clapotaient en contrebas.
Dans ce lieu harmonieux, Eli observa son profil.
Le clair de lune se brisait à la surface de la mer agitée.
« C’est pour ça que parfois… les souvenirs et le temps s’inversent. »
Une seule minute dont on se souviendrait sur son lit de mort, même après des décennies de vie.
Le poids de la vie était parfois terriblement inégal.
Eli hocha la tête, l’air quelque peu triste. En le regardant, Charlotte déboucha la bouteille de whisky. Le parfum des longues années d’âge se répandit dans la brise nocturne.
« On dit que c’est un alcool qu’on ne peut pas acheter, même avec de l’argent. »
Au moment où il accepta le verre qu’elle lui tendait…
Boum.
Maximilian sentit un choc remonter des profondeurs du navire.
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