Chapitre 231
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Traducteur : Bébé qui tousse
Éditeur : Bébé qui tousse
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Chapitre 231 : Malveillance (3)
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Ffffflouch.
La mer était paisible, ses vagues douces caressant la coque.
Une fois sur le pont de troisième classe, j’étudiai le navire du regard et en arpentai les coursives, dessinant son plan dans ma tête.
L’épaisseur des cloisons, la structure des chaufferies et des salles des machines, l’emplacement des conduites qui les reliaient, jusqu’aux voies d’évacuation d’urgence. Comme les installations mécaniques du navire se trouvaient près de la troisième classe, je pouvais m’en faire une idée assez précise.
« Monsieur Eli Zella ? »
Je me retournai à cette interpellation inattendue.
Un homme en uniforme impeccable s’approcha avec un sourire.
« Oui, c’est moi. »
« Enchanté. Je suis Rusen, le second du Titan. Le fait est que… »
La demande du second était simple.
Une dispute avait éclaté entre plusieurs personnalités importantes du Salon de prestige, et ils avaient besoin de l’aide d’un expert en estimation de mon niveau.
« Si vous acceptez, nous avons justement une cabine libre en deuxième classe. Que diriez-vous d’un surclassement immédiat en guise d’honoraires ? »
Je n’avais aucune raison de refuser. Cela me permettrait d’étudier plus facilement la structure des ponts supérieurs.
Je lui dis que j’allais chercher mon matériel d’expertise dans ma cabine, puis partis avec lui.
Boumb.
À chaque pas, le virus niché sous ma clavicule s’agitait.
J’en réprimai de force les réactions.
Il y avait trop d’Izenheim dissimulés à bord. S’il réagissait à chacun d’eux, j’avais l’impression que j’allais faire un arrêt cardiaque.
« Nous y sommes. »
« … C’est vraiment différent. »
« Ha ha ha. »
À peine avions-nous franchi le couloir séparant les classes et rejoint le Salon de prestige que l’air lui-même changea. Au lieu de l’odeur de sueur rance, un parfum capiteux et des éclats de rire m’assaillirent les narines.
« … Ah, le voilà. »
Ces visages m’étaient familiers.
Un membre de la branche cadette de l’influente maison Goring et plusieurs hommes d’affaires m’observaient, nonchalamment installés sur des canapés.
Boumb.
Bon nombre des hommes d’affaires étaient des Izenheim.
Quelle ironie.
Dans un endroit pareil, les personnes à qui je pouvais le plus me fier étaient les nobles porcins de l’Empire.
« Approchez. »
Leurs yeux exprimaient un mépris profond, qui allait au-delà de la simple différence de statut.
Du mépris racial pour un Mer.
« Cette montre est-elle authentique ou contrefaite ? Les enjeux du pari sont assez élevés. Ah, je suis Halbert Goring. »
« … Goring. »
J’écarquillai délibérément les yeux, comme si j’étais surpris.
Halbert, membre de la branche cadette de la maison Goring, rit, satisfait, puis hocha la tête.
« Pas besoin d’avoir si peur. »
« Oui. Je vais l’expertiser. »
Boum.
Je posai ma mallette d’expert sur la table.
Je plaçai mon monocle devant l’œil, pris la montre et en examinai le mécanisme.
Tic, tic.
La trotteuse continuait de me taper sur les nerfs.
J’étudiai les minuscules mouvements du ressort moteur et l’engrènement des rouages à l’intérieur du mécanisme.
Les marques d’artisan gravées sur chaque pièce. La pierre de mana qui servait de cœur à l’artefact.
À première vue, l’objet semblait assez sophistiqué, mais le flux de mana que les yeux du virus me révélaient racontait une tout autre histoire.
« Quelqu’un a prétendu qu’elle était fausse ? »
Le membre de la branche cadette des Goring désigna l’homme en face de lui.
Un homme aux cheveux noirs, vêtu d’un manteau inadapté à l’été.
Je reposai la montre et répondis calmement.
« Elle est fausse. »
« C’est ce que je pensais… Hein ? Qu’avez-vous dit ? »
« C’est une imitation très habile. Elle a été conçue pour tromper les gens. La proportion des alliages du boîtier et l’élasticité du ressort sont très proches de celles de l’original, mais le flux dans le mécanisme de la pierre de mana, la pièce essentielle, est légèrement différent. »
À ces mots, le visage d’Halbert devint écarlate.
Comme un haut-fourneau soudain en surchauffe.
« C-C’est impossible ! Vous ! Vous savez seulement ce que c’est ?! »
« Oui. Un artefact de barrière de mana. »
« … Ah, vous savez donc ce que c’est, mais… »
« Il s’activera, au moins. Mais il ne fait qu’imiter la fonction, alors ses performances seront probablement… Et il ne sera plus réutilisable après une seule activation. »
« … »
Halbert Goring se dégonfla aussitôt.
Comme pris d’un vertige, il pressa deux doigts contre son front.
« Combien j’ai payé pour cette saloperie… Quel escroc… »
Les autres nobles observèrent sa réaction, mais seulement un instant.
Bientôt, ils s’empressèrent d’apporter leurs propres objets de valeur pour les faire expertiser.
L’homme qui avait déclaré la montre fausse me tendit la main.
« Enchanté. Je suis Shannon Light, conseiller commercial pour cette traversée. C’est la première fois que je rencontre un expert d’un tel niveau, moi aussi. »
« Ah… Oui. »
Au moment où je lui serrai la main, en prenant un air niais.
Boumb.
Mon cœur tressaillit lourdement.
Je le fixai droit dans les yeux.
Non, pour être plus précis, je regardai au-delà de son déguisement.
Boumb.
Le virus s’agita violemment, reconstituant la peau sous son apparence extérieure.
Boumb.
Ce salaud était lui aussi déguisé.
Un nom inconnu, un visage inconnu, des vêtements inconnus.
Et pourtant, ma mémoire me fournit aussitôt la réponse.
Boumb.
Un homme d’affaires qui avait manipulé les artères de l’Empire avant ma régression.
Un serpent qui s’était enrichi en vendant mon nom.
Victor Heim.
* * *
Depuis la cabine du capitaine, on avait une vue dégagée sur la mer.
Près du capitaine Erio, le second poursuivit son rapport.
« Nous avons dénombré 3 135 passagers, sans compter l’équipage. Nous naviguons actuellement à vingt-deux nœuds. À cette allure, nous atteindrons notre destination dans sept jours. Les conditions météorologiques sont favorables et la puissance du Moteur de mana reste stable. »
« Bon travail. Vous pouvez disposer. »
« Oui ! »
Après le départ du second, un homme s’approcha lentement d’Erio.
« J’ai entendu dire qu’il y avait eu un peu d’agitation dans le salon. »
Erio posa la question d’un ton désinvolte.
Shannon Light répondit avec un léger sourire.
« C’était juste amusant. »
« … Ça va ? »
Il ne répondit pas à la question.
C’était le silence de quelqu’un qui n’allait pas bien.
« Tu es donc, toi aussi, chassé de l’Empire pour toujours ? »
Shannon Light.
C’était le nom qu’il portait à présent. Parmi ses nombreux noms, celui que l’on connaissait le mieux dans l’Empire était celui de l’homme d’affaires Victor Heim.
« L’Ordre des Sentinelles est à mes trousses. Tu sais comment il fonctionne. Dans l’Empire, il est plus redoutable que la peine de mort. »
Il eut un sourire amer.
« À cause de l’affaire Alchemia ? »
« Oui. Les délires et les violences de l’Empire envers les Izenheim n’ont fait qu’empirer. Pourtant, c’est nous qui avons été attaqués par des terroristes. »
Alchemia, un rouage essentiel qui blanchissait l’argent des minorités et les aidait à fuir.
Leur plan visant à faire passer les leurs pour des ouvriers qualifiés avait été réduit à néant par une variable nommée Maximilian.
« C’est regrettable. Morgan, le propriétaire du navire, voulait lui aussi vous aider, mais la situation était si urgente. »
« Ce n’est rien. M’avoir laissé monter à bord suffit amplement. »
« … »
Sans un mot, le capitaine lui tendit un document.
« … Une demande de coopération. Il semblerait qu’un agent d’une agence directement rattachée soit à bord. Ce n’est peut-être pas uniquement à cause de vous, mais restez prudent. Je vous déconseille d’attirer l’attention. »
Victor Heim eut un petit rire et secoua la tête.
Il avait toujours été convaincu d’une chose.
« Non. Se fondre parmi eux, c’est le déguisement idéal. Un noble orgueilleux attire moins les soupçons qu’un mendiant qui essaie de se cacher… »
* * *
Le Salon de prestige.
Halbert Goring et Victor Heim étaient déjà partis, mais les nobles et les hommes d’affaires avaient étalé leurs objets de valeur devant moi.
« Maître, examinez ceci aussi. »
« Le flux de mana de cette épée… A-t-elle le potentiel de devenir une lame légendaire ? »
J’expertisai leurs biens.
« C’est une imitation. Le mana est trop uniforme. »
« Une fissure est apparue pendant le polissage, ce qui a réduit sa valeur de moitié. Mais si vous trouvez un bon artisan, elle peut être réparée. »
Le mana qui naissait en moi.
Le virus commençait peu à peu à prendre la nature calme et profonde d’Ebenholtz.
Il observait le mana qui imprégnait les objets et m’en transmettait le flux.
C’était naturel, comme si nous avions toujours fait corps.
« Alors, vous êtes quelqu’un d’impressionnant ? »
Un homme s’avança à grands pas.
Le beau jeune homme qui avait gagné un billet de première classe au jeu. Une jeune noble se tenait à ses côtés.
Il semblait avoir déjà séduit quelqu’un. Il avait, il faut dire, le genre de visage qui plaisait aux femmes.
« Un expert de haut niveau… Je ne sais pas vraiment ce que c’est, mais cette jeune femme aimerait faire expertiser un objet… Ah, je m’appelle Yan. »
Le jeune homme se présenta d’abord, puis la jeune noble me tendit un collier de diamants.
Une gemme au reflet rouge sur un fond bleu.
« Pourriez-vous l’expertiser ? »
Je les regardai tour à tour et souris légèrement.
« Il est authentique. »
« Quoi ? Comme ça ? »
« Les diamants de pierre de mana sont faciles à expertiser. »
Les diamants possédaient un mana bien particulier.
Une pulsation émanant du cœur du minerai.
« Les pierres de mana se forment naturellement par condensation du mana, leur flux est donc très naturel. Le polissage humain ne pourra jamais l’imiter. C’est comme l’empreinte digitale de Dieu. Surtout ce diamant… »
La nuit tomba tandis que nous parlions.
Je retrouvai un membre de l’équipage pour bénéficier du surclassement promis.
Avant de gagner ma cabine, je lui demandai toutefois de me faire visiter le Titan.
« Voici la chaufferie. »
Je visitais alors l’intérieur du Titan.
« Bougez-vous, bande de fainéants ! »
« Hé, la pression baisse ! Ajoutez des pierres de mana ! »
« Apportez d’autres pierres de mana ! »
Un espace empli de cris bourrus, du bruit des pierres de mana qui brûlaient et du grondement d’innombrables moteurs.
Au milieu du vacarme, le virus sous ma clavicule pulsait comme s’il hurlait.
Boumb. Boumb. Boumb !
La plupart des chauffeurs, mécaniciens et ingénieurs qui travaillaient ici étaient des Izenheim.
Il y avait une quantité sidérante de cafards.
« Les employés du Titan sont des ouvriers qualifiés, soigneusement sélectionnés dans tout l’Empire. »
Je fermai les yeux pendant que le membre d’équipage livrait fièrement son explication.
Tout en réprimant les pulsations du virus, je cherchai l’endroit le plus important de la pièce.
Je déterminai quel recoin conviendrait le mieux pour y laisser ma « boîte à musique ».
« Vous avez chaud ? »
me demanda le membre d’équipage.
« … Oui. »
« Ha ha, c’est le cœur du navire. On n’y peut rien. Sortons bientôt. »
Ensuite, le membre d’équipage me présenta les principales installations, notamment le réfectoire et la salle de banquet.
« Euh, monsieur Eli. Je suis désolé. Nous avions prévu de vous attribuer une cabine de première classe, mais, à la suite d’une récente modification de la loi, la première classe est désormais réservée aux Aran impériaux capables de prouver leur filiation. »
« Ce n’est rien. »
Ce membre de l’équipage n’était pas un Izenheim, et pourtant, il ne manifestait aucun mépris envers les minorités.
« Voici votre cabine de deuxième classe. En temps normal, elles sont partagées par deux personnes, mais pour l’expert Eli, nous faisons une exception. »
Il ouvrit la porte d’une cabine de deuxième classe.
L’endroit était incomparablement plus confortable que la troisième classe, et je l’avais pour moi seul.
« Une cabine privée. Ha ha ha. »
« … Merci. »
« Je vous en prie. Ah, et il y aura un bal masqué dans la grande salle ce soir. »
Le membre de l’équipage sortit une invitation de sa veste.
« Tous les passagers de deuxième classe et des classes supérieures peuvent y assister. Le bal masqué du Titan est célèbre sur tout le continent, alors ne manquez pas d’en profiter. Et… »
Il haussa les sourcils, l’air soudain lubrique.
« Ce serait vraiment dommage de profiter seul d’une cabine privée comme celle-ci… Hum. À partir de la deuxième classe, il n’y a pas de couvre-feu nocturne. Je vous le dis au cas où. »
En le regardant, une pensée me traversa l’esprit.
« Eh bien. Reposez-vous bien. »
Devais-je vraiment sacrifier jusqu’à quelqu’un de bien comme lui ?
……
Au cœur de la nuit.
Dans une salle de banquet située entre les cabines de classe spéciale et de première classe, des lumières de mana déversaient leur éclat comme la Voie lactée.
Un masque argenté couvrant la moitié de mon visage, je me fondis dans l’élégance tapageuse des lieux.
Un quatuor à cordes jouait une mélodie suave, tandis que des nobles vêtus de soie somptueuse enchaînaient les pas de danse.
Je m’enfonçai dans un canapé, dans un coin de la salle, et les observai.
À vrai dire, cet endroit m’était familier.
Maintenant que j’y pensais, j’étais Maximilian d’Ebenholtz.
Je n’étais pas un novice inexpérimenté.
Avant ma régression, j’étais un noble qui avait goûté à presque toutes les formes de divertissement. J’étais même assez populaire, au point qu’on me considérait comme un séducteur.
« Bonjour ? »
Quelqu’un s’assit soudain à côté de moi.
« Monsieur Eli Zella. »
Elle s’installa sur le siège et me regarda.
« Je ne savais pas que vous étiez un expert de haut niveau. Cela dit, un expert aussi talentueux que vous n’aurait jamais pu obtenir un billet pour le Titan. L’Empire ne vous aurait pas laissé partir, par précaution. »
« … »
La forme de ses yeux, visible au-delà de son masque, se superposait à celle de la femme au béret bleu qui m’avait procuré le billet.
« Puis-je vous demander ce que vous comptez faire après avoir quitté l’Empire ? Avec votre œil, vous serez le bienvenu partout. »
Je lui répondis avec un sourire amer.
« Il faudra bien que je survive. Je ne pense pas que les choses seront si différentes en dehors de l’Empire. »
« Qui sait ? On dit que les oiseaux bleus se trouvent partout, n’est-ce pas ? »
C’était un proverbe de Skashi, en Hailand.
L’oiseau bleu symbolisait l’espoir et, comme il aimait les eaux limpides, il était particulièrement nombreux le long des ruisseaux cristallins de Skashi.
« Un oiseau ne vient que là où coule une eau claire. »
Elle esquissa un léger sourire à ma réponse.
Naturellement, elle m’avait encore mis à l’épreuve.
« Vous êtes de la police impériale ? »
« Non. »
Elle secoua la tête et regarda la mer nocturne au-delà de la fenêtre.
« Si j’étais policière, je vous aurais arrêté avant même que vous montiez à bord. Je ne suis que… une spectatrice qui espère voir ce navire atteindre sa destination sans encombre. »
Puis elle me tendit une main gantée.
« Voulez-vous danser ? »
Un sourire se dessina sous son masque.
Un sourire lumineux, au fond de ses yeux.
Elle avait beaucoup de charme.
Je pris volontiers sa main, mais ne la laissai pas me relever.
« … Que faites-vous ? »
demandai-je à la femme, perplexe.
« Votre nom. »
Les gens comme elle dissimulaient généralement leur identité avec une obsession maladive.
« Si vous seule connaissez mon nom, ce n’est pas juste. »
Elle n’avait rien d’ordinaire. Si possible, je voulais donc connaître son nom.
Elle se figea un instant, puis laissa échapper un petit rire.
« … Vous seul le saurez. Mais ne vous enfuyez pas. Je vous ai menti. »
Comme attirée par la main qui serrait fermement la mienne, elle s’assit légèrement sur mes genoux.
Elle approcha ses lèvres de mon oreille et murmura doucement :
« Je ne viens pas de Skashi. »
Le nom qu’elle prononça changea instantanément l’atmosphère de cette traversée.
« Charlotte von Eus Grossmann. »
Mes lèvres cessèrent de bouger.
J’eus l’impression qu’un poids immense, dans ma tête, venait de vaciller.
« … »
« … »
Derrière nos masques, nous nous regardâmes sans un mot.
Un silence particulièrement étrange s’installa entre nous.
Grossmann.
Le nom d’une famille criminelle de guerre qui ne serait jamais effacée de l’histoire impériale et figurerait encore dans les archives après la chute de l’Empire.
Son frère aîné, Kurt Grossmann, deviendrait plus tard le deuxième homme le plus puissant de l’Empire.
Avant ma régression, Grossmann avait été exécuté après son procès pour crimes de guerre, mais sa jeune sœur Charlotte, elle, avait survécu.
Elle avait même accédé à un poste clé, forte du respect de la République.
Elle s’était opposée aux politiques de l’Empire qui traitaient les minorités comme des sous-hommes et à ses violences. Pendant la guerre, elle avait mis le statut de son frère à profit pour sauver d’innombrables membres des minorités.
« … Quoi ? Vous avez peur, maintenant ? »
demanda-t-elle en posant une main sur ma joue.
« Non. »
Je plongeai mon regard dans le sien et répondis à voix basse.
« Je me sens plus tranquille, maintenant. »
Comme si elle avait compris ce que je voulais dire, elle esquissa un sourire qui semblait dire : « Oh, regardez-moi ça. »
* * *
Dans la chaufferie du Titan, alors que le bal masqué battait son plein.
Victor Heim y reçut un message secret.
C’était une communication urgente du Voile, le cœur de la Faction révolutionnaire.
[ L’Empire vous recherche. Il existe une entrée du Voile à Ocracy, en Hailand. ]
« Hé. Vous ne profitez pas du bal masqué ? J’ai entendu dire qu’il était célèbre. »
À cette voix inattendue, il replia précipitamment la lettre.
Ah…
Dans l’obscurité vers laquelle il se tourna après avoir soupiré, un homme apparut.
Arshtel, un agent de premier plan de Gentra.
« … »
Victor Heim le regarda.
Il était actuellement déguisé en chef de la sécurité du Titan.
« On n’a pas le temps de s’amuser, alors remue-toi. Des salauds d’impériaux se sont mêlés aux passagers du Titan. »
« Ah bon ? »
Arshtel jeta une pierre de mana dans la fournaise.
Ffffflouch !
La pierre de mana embrasée baigna de bleu les visages des deux hommes.
C’était une façon comme une autre d’affirmer sa force.
L’Empire classait Gentra parmi les composantes de la Faction révolutionnaire, mais cette dernière ne partageait pas cet avis.
Gentra elle-même ne se considérait pas ainsi.
Pour résumer, c’était la différence entre l’anarchisme et le républicanisme.
Malgré tout, ils coopéraient parce que…
« Enfin, peu importe. Au bout du compte, nous voulons la même chose, non ? »
Parce qu’un grand mal, l’Empire, existait.
Pour faire tomber l’Empire, des mouvements révolutionnaires différents faisaient front commun.
Jusqu’à la chute de l’Empire.
« … »
Victor Heim se détourna et quitta la chaufferie sans répondre.
Arshtel l’interpella.
« Hé. Où tu vas ? »
« … Au bal masqué. Tu viens de me dire d’y aller. »
« Ah. Je plaisantais. Tu ne peux pas rester avec moi ? »
« Espèce de taré. »
Victor eut un petit rire.
Arshtel ricana lui aussi en s’adossant à une conduite.
Derrière l’immense fourneau de la chaufferie où ils parlaient.
Dans un interstice invisible.
Tic.
Le minuscule ressort moteur d’une boîte à musique se remonta lentement, en silence.
Tic.
À l’intérieur, peut-être.
Tic.
Se trouvait la malveillance d’un certain chevalier.
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