Chapitre 230
Traductions WeTried
Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 230 : Malveillance (2)
──────
« Un roturier, Nico Beber, révèle la corruption sordide d’Alchemia »
« Alchemia souillée jusqu’à la moelle »
« Qui se cache derrière la violation de la loi sur les citoyens impériaux ? »
« Les Izenheim qui se nourrissaient du sang des Aran… »
Jour après jour, le Jemion Daily et les autres grands journaux de l’Empire consacrèrent leurs unes à l’affaire Alchemia.
« Vous avez fait du bon travail, monsieur Nico Beber. »
Hanna Usar, que Maximilian avait chargée de gérer les suites de l’affaire, lui adressa un doux sourire.
Nico répondit en bégayant.
« Ah… m-merci. Mais je n’ai fait que ce que je devais faire. »
« Mais si. Votre acte sera reconnu comme une légitime défense citoyenne, et comme une décision courageuse ayant protégé l’ordre Aran. Quant à tous ceux qui ont participé à la corruption d’Alchemia, ils seront convoqués devant l’Ordre des Sentinelles et punis, bien entendu. »
Tout en rangeant les documents, Hanna lui posa une question comme si elle venait d’y penser.
« Au fait, monsieur Nico, qu’avez-vous vu exactement dans ce sous-sol ? »
« Euh… eh bien… »
Nico cligna des yeux, cherchant dans ses souvenirs.
« … Un rituel. Je crois que c’était un rituel. »
Hanna prêta une oreille attentive à sa voix basse.
« Un rituel… Pourriez-vous d’abord m’expliquer comment vous en êtes venu à le voir ? »
« Ah. Oui. »
Gloups. Nico déglutit avec difficulté.
« Ce jour-là… On m’a appelé en pleine nuit pour une réparation urgente à cause de la puanteur. Mon supérieur m’a dit que je serais viré sur-le-champ si je ne réparais pas ça dans la journée. »
Hanna consulta le dossier de Nico.
Profession : plombier.
« Je me suis glissé dans les conduits d’aération et j’ai fouillé jusqu’à trouver le problème, mais je me suis endormi sans trop savoir comment. C’était la première fois de ma vie que je m’endormais en travaillant… »
Il rentra les épaules et poursuivit.
« Je ne sais pas combien d’heures j’ai dormi, mais… quand je me suis réveillé et que j’ai rampé dans le conduit, je me suis perdu. Le système de ventilation était incroyablement compliqué. »
« Et c’est là que vous l’avez découvert. »
« Oui. J’ai aperçu par une bouche d’aération un sous-sol que je ne connaissais pas. Des gens s’y tenaient immobiles. »
Les yeux de Nico tremblèrent au souvenir de ce jour-là.
« Les gens rassemblés sous terre… ne se parlaient pas. Ils ne récitaient pas de sortilèges et ne priaient pas. Ils se tenaient simplement là, en silence… si immobiles que c’en était étrange ; ils ne bougeaient que les yeux. »
Hanna sortit alors un formulaire de déposition.
Grif, grif.
Elle consigna les paroles de Nico.
« À l’époque, je n’avais aucune idée de ce qu’ils faisaient. Mais plus tard, après avoir étudié les Izenheim, j’ai compris. »
Après la parution de l’autobiographie de Maximilian, Nico s’était procuré des écrits sacrés Izenheim et les avait lus.
« La Communion silencieuse. »
La Communion silencieuse était mentionnée dans un passage de leurs écrits sacrés.
Un rituel Izenheim où l’on méditait ensemble sans prononcer un mot.
« Hum. Je vois. Y avait-il autre chose d’inhabituel ? »
« Euh… oui. »
« Je vous écoute. »
« … Pour être honnête, je ne peux pas affirmer si j’en ai rêvé ou si je l’ai vraiment vu. Tous mes souvenirs de ce jour-là sont flous, comme enfouis dans le brouillard. »
Nico lui-même doutait de ce qu’il avait vécu, mais cette incertitude ne fit que rendre son récit plus convaincant aux yeux de Hanna.
« Ils pratiquaient la Communion silencieuse quand, tout à coup, un homme a ramassé une énorme pierre qui traînait par terre, comme une pierre tombale. Puis… »
Boum ! Un son fantôme résonna dans les oreilles de Nico.
« … Il a frappé à mort la personne qui se tenait à côté de lui. »
Hanna fronça légèrement les sourcils.
Boum ! Boum ! Le cuir chevelu éclata.
Crac ! Le crâne apparut.
Floc ! La cervelle fut broyée.
Depuis le conduit de ventilation, Nico avait assisté à cet abominable rituel…
« Je n’ai pas pu lutter plus longtemps contre le sommeil et j’ai perdu connaissance. Quand je me suis réveillé, il faisait déjà jour. »
« … »
Hanna relut depuis le début la déposition qu’elle avait rédigée. En répétant lentement chaque phrase, elle reconstitua la scène.
« … Je comprends à peu près, maintenant. »
« Ah, vraiment ? »
« Oui. Ce n’est encore qu’une hypothèse, mais Alchemia manipule toutes sortes d’agents chimiques, notamment des gaz soporifiques, avec le soutien du ministère de la Défense. Avant leur rituel, ils ont probablement répandu du gaz soporifique dans le sous-sol pour écarter tout intrus éventuel. »
Elle se leva et épingla au tableau de liège des rapports liés à Alchemia.
« Vous y avez été exposé et vous vous êtes endormi, monsieur Nico. Vous vous êtes brièvement réveillé et avez assisté à la scène, mais les drogues agissaient encore ; vous vous êtes donc rendormi. »
Hanna plaça au centre du tableau la déposition de Nico, qu’elle venait de rédiger.
« Un sacrifice humain… Il pourrait s’agir d’un rituel de ce genre. Bien sûr, il est possible que monsieur Nico ait eu des hallucinations, mais, dans tous les cas, cela aurait constitué un acte nuisible à l’Empire. Comme vous le savez, les Izenheim sont une cellule cancéreuse au sein de l’Empire. »
Hanna prit les rapports d’autopsie.
Toutes les victimes de l’attaque de Nico étaient des Izenheim, sans exception.
« Parce qu’ils sont les ennemis de notre race. »
Nico acquiesça avec ferveur.
Il était on ne peut plus d’accord.
* * *
Cra, cra.
Dans une taverne à l’odeur de sel, près du port, des mouettes passaient devant la fenêtre.
Assis devant une assiette et un verre de bière, je regardais dehors.
TITAN.
Un mystérieux paquebot grouillant d’Izenheim.
Son nom, du moins, m’était familier. Sa silhouette ne m’était pas inconnue non plus.
« Hé. »
« … »
« Hé, monsieur ! »
Une voix rauque me tira de mes pensées. Le patron de la taverne me dévisageait, les yeux plissés.
« Vous prenez aussi ce bateau ? »
« Oui. »
« Hum. Vous n’avez pas l’air d’un Aran. »
À ses yeux, j’étais un homme aux cheveux bruns et à la peau sombre, rêche. Mon visage était devenu trop connu ; j’avais donc ajouté une couche à mon déguisement.
Une teinture spéciale, fabriquée en broyant des pierres de mana. La couleur était parfaite, même si de vilaines rumeurs prétendaient qu’elle provoquait le cancer.
« Vous êtes Aran, monsieur ? »
« Ha ha ha ! Aran pur jus, jusqu’à la moelle, croyez-le ou non. »
Il gloussa et bomba le torse. Il semblait fier d’être Aran, mais, heureusement, ne méprisait pas les autres ethnies.
« Mais faites attention. Ces derniers temps, des types louches vont et viennent dans le coin. Je n’aime pas ça. »
« Ce serait parce que l’endroit est si agréable ? »
« Hein ? »
Le patron tressaillit des sourcils. Je pointai ma fourchette vers le plat de coquilles Saint-Jacques devant moi.
« La douceur délicate des coquilles se marie à merveille avec l’acidité du jus de citron. Et la saveur riche du beurre noisette… La finale en bouche est longue. Je m’attendais à trouver des produits frais près de la mer, mais la cuisine est bien trop bonne. »
« … »
Le patron me fixa, l’air hébété, puis éclata d’un rire sonore.
« C’est vrai ! Ma femme a un talent fou en cuisine. Vous travaillez dans la restauration, monsieur ? »
« Non. »
Ce déguisement avait lui aussi sa propre histoire. Il me fallait une profession qui me permette d’utiliser mes sens avec naturel.
« Je suis expert en estimation. »
Le virus en moi et moi-même devenions peu à peu semblables. Nous n’étions pas assez proches pour parler d’amitié, mais, à mesure qu’il s’assimilait à moi, il exacerbait chacun de mes sens.
« Oh, un expert en estimation… »
« J’ai aussi une licence médicale. »
« Ah oui ? Vous êtes un sacré numéro, dites donc ? »
« Un whisky. Un verre. »
Une voix grave retentit soudain. Je jetai un coup d’œil de côté au client. Il portait un chapeau enfoncé jusqu’aux yeux, mais sa présence ne passait pas inaperçue. Il avait l’allure d’un informateur, voire d’un enquêteur.
« Merci pour le repas. »
Je laissai plusieurs billets sur la table et me levai. Le patron ajouta d’un ton désinvolte, derrière moi :
« Il y a aussi une table de jeu à l’étage. Si ça vous tente, allez y jeter un œil. »
« … »
Je fis mine de ne pas être intéressé, mais levai les yeux vers l’escalier.
Des voix descendaient de la salle de jeu.
« Je mise ce billet pour cette manche. »
« Qu’est-ce que c’est que ça ? Un simple bout de papier ? »
« … C’est un billet de première classe pour le Titan. »
Je sortis simplement.
Assis sur un banc face au port, je pris le temps d’écrire une lettre.
« … Un facteur ? »
Puis j’arrêtai un facteur qui venait de descendre au port. Je lui remis une lettre portant le timbre convenu ainsi qu’une liasse de billets.
« Veuillez remettre ceci. »
« Ah, oui. Je m’assurerai qu’elle leur parvienne. »
Bien sûr, ce n’était pas un facteur ordinaire. C’était un informateur de la base de Gennen. À la vue du timbre particulier, il transmettrait mon message au bureau.
Ensuite, je retournai dans une chambre d’hôtel bon marché, près de la mer.
« … »
Assis près de la fenêtre, je contemplai le lointain.
Le Titan, amarré au port, répandait toujours sa lumière luxueuse.
Était-ce un centre d’évacuation Izenheim, ou une nouvelle source d’approvisionnement ?
Quoi qu’il en soit, tandis que je le regardais, j’envisageais quelque chose d’abominable.
Le scénario le plus efficace, mais aussi le plus inhumain.
Je fermai lentement les yeux.
[ D’innombrables peuples pitoyables qui ont émigré pour fuir l’oppression impériale… ]
Une scène de documentaire repassa dans mes souvenirs.
Il s’agissait d’un récit consacré aux héros d’avant et d’après la guerre, après la chute de l’Empire.
[ Erio, capitaine du Titan, et Morgan, le propriétaire du navire, furent des héros qui risquèrent leur vie pour aider des dizaines de milliers de membres de minorités ethniques à fuir l’Empire. ]
Mer, Izenheim, Yedlem. Lorsque l’Empire déchaîné tenta de s’emparer de toutes les autres minorités ethniques et sous-espèces pour les exterminer, ils sauvèrent plus de dizaines de milliers de personnes.
[ « Voici la cabine du capitaine. Elle me rappelle des souvenirs », dit Erio en saisissant la barre. « Il fut un temps où nous transportions près de dix mille personnes. » ]
Dans un avenir pas si lointain, l’industrie du cinéma se développerait et une boîte appelée télévision se trouverait dans chaque foyer.
On réaliserait aussi d’innombrables documentaires sur la guerre continentale de l’Empire.
[ « Ma femme était Izenheim. J’ai pris la mer pour la protéger. » Morgan, le propriétaire du navire, sourit. Son visage, tandis qu’il se souvenait de sa femme… ]
L’interview de Morgan dans ces images bouleversa tout le continent et imprima à jamais la folie de l’Empire dans les esprits.
Mais à présent, moi…
Toc. Toc.
On frappa soudain à la porte.
Je me levai et ouvris la porte de ma chambre. Il n’y avait personne dans le couloir, mais un petit sac avait été déposé devant la porte.
Je le ramassai, retournai dans la chambre et m’assis à mon bureau.
« … »
Je fixai le sac et me plongeai en silence dans mes pensées.
Je réfléchis.
Jusqu’à ce que l’obscurité s’installe tout à fait et que le soleil disparaisse de nouveau derrière l’horizon.
C’était un dilemme.
Le mien, et celui de personne d’autre.
Depuis l’instant où j’avais aperçu le navire appelé Titan, quelque chose avait émergé des profondeurs de mon être. Quelque chose que je ne pouvais confier à personne d’autre, si cela devait être fait. Quelque chose que moi seul pouvais accomplir…
* * *
Le jour du départ arriva, et la foule se pressa sur le quai.
« Ce voyage promet d’être merveilleux, seigneur Lucris. »
« On dit que le bal du Titan est le plus prestigieux du continent… »
Le quai était envahi par des nobles impériaux en robes somptueuses, des familles aisées de la classe moyenne en vacances, des couples en lune de miel et des rats Izenheim mêlés à la foule.
Leurs rires flottaient dans les airs.
Boum.
En vérité, ce navire appelé Titan n’était qu’un immense cocon Izenheim.
Il y en avait beaucoup trop à bord.
Boum.
Sacrifier moins de vies pour en sauver davantage.
Et par « davantage », je voulais dire toute l’humanité.
C’était pour cela.
« Ouf ! »
Une exclamation s’éleva à côté de moi.
Je me tournai et découvris un jeune homme. Je considérais l’apparence comme l’un de mes plus grands talents, mais cet homme était dans une autre catégorie. D’une beauté saisissante, il aurait attiré les regards partout où il passait.
« Waouh, il est vraiment immense. »
C’était la voix que j’avais entendue la veille à la taverne.
Je souris légèrement.
« À voir votre présence ici, vous avez gagné au jeu. »
Le jeune homme tressaillit et se tourna vers moi.
« Quoi ? Qui êtes-vous ? On se connaît ? »
« J’ai assisté à la partie d’hier depuis un coin de la salle. »
« Ah, vous étiez spectateur. Quoi, vous êtes jaloux ? J’ai juste eu un peu de chance, c’est tout. »
Il agita son billet de première classe. Je répondis d’un ton plat :
« On dit qu’une grande chance est suivie d’un grand malheur. »
« … De quoi vous parlez ? »
« À votre place, je revendrais ce billet. La mer est plus capricieuse que vous ne le pensez. »
« Ha. Vous êtes vraiment jaloux, hein ? »
Bwaaaaaaah !
La sirène du navire retentit.
Les passagers distingués des suites et des cabines de première classe embarquèrent d’abord, puis vinrent ceux de la classe moyenne, en deuxième classe. L’inconnu s’éloigna lui aussi à la hâte.
« Les billets, s’il vous plaît ! Les billets ! »
Je tendis mon billet à un membre de l’équipage et franchis l’entrée de la troisième classe.
« Ouvrez votre sac, s’il vous plaît ! »
« … »
Quand je le lui tendis, il le retourna et en vida tout le contenu. Du matériel d’expertise, une boîte à musique, des cigarettes, des vêtements et d’autres affaires se répandirent au sol.
« Qu’est-ce que c’est que ces machines ? »
« Du matériel. Je suis expert en estimation. »
« … Un expert en estimation ? »
Je lui tendis mon certificat de niveau maître. Les yeux du membre d’équipage s’agrandirent.
C’était un faux très sophistiqué, impossible à distinguer d’un vrai à l’œil nu.
« Eli Zella. Un véritable expert de niveau maître… Mais pourquoi êtes-vous en troisième classe… ? »
« Je suis Mer. »
« … Hum. »
Le membre d’équipage s’éclaircit la gorge et me fit signe de passer.
Alors que l’heure du départ approchait.
Bwaaaaaaah !
Le navire fit retentir sa sirène.
Une fois le port quitté, je devrais rester ici près d’une semaine.
« Attention, tout le monde ! »
Au centre du pont, un membre de l’équipage lança son appel au mégaphone.
« Nous allons maintenant vous annoncer le règlement réservé aux passagers de troisième classe ! »
Règle numéro un : l’accès aux zones de première et de deuxième classe est strictement interdit.
Règle numéro deux : l’accès aux zones réservées à l’équipage et à la salle des machines est strictement interdit.
Règle numéro trois : le couvre-feu commence après vingt-trois heures.
Règle numéro quatre : l’accès au pont est interdit en cas de brouillard marin.
« C’est n’importe quoi. J’ai payé pour ça. »
L’homme à côté de moi grommela, mais la plupart des gens gardèrent le silence.
Ils n’étaient pas là pour visiter ou voyager.
C’étaient des immigrants issus de minorités ethniques, prêts à subir n’importe quel traitement pour quitter l’Empire en sécurité. Des criminels politiques et idéologiques voyageant sous de fausses identités.
« Veuillez également remplir ce questionnaire et le rendre avant la tombée de la nuit ! Il servira en cas d’urgence ; répondez donc honnêtement ! »
Le questionnaire demandait notamment l’origine ethnique, la profession, l’âge, le sexe et le nom.
« Vous pouvez maintenant rejoindre vos chambres ! »
Je passai mon sac sur l’épaule et descendis l’escalier.
« … Chambre 303. »
Dès que j’ouvris la porte de la cabine de quatre personnes qui m’avait été attribuée, je posai mon sac et m’allongeai sur le lit.
En silence, je pensai aux Izenheim qui rôdaient dans tout le navire.
Je fixai le plafond, plongé dans mes pensées.
Il y avait du matériel dans mon sac.
Ce que je devais en faire était simple.
Envoyer par le fond tout le navire appelé Titan.
* * *
La passerelle du grand paquebot Titan.
« Premier officier, il y a aussi un expert en estimation ? »
À ces mots d’un membre d’équipage qui examinait les questionnaires de troisième classe, le premier officier demanda :
« Un expert en estimation ? »
« Oui. Et de niveau maître, en plus. Il s’appelle… Eli Zella. »
« Vraiment ? »
L’Association des experts en estimation, basée dans les États neutres, délivrait ses titres selon un système de classement extrêmement strict.
Un maître comptait parmi les meilleurs pour lire les courants de mana. Il n’y en avait que deux ou trois cents environ dans tout le continent, et pas seulement dans l’Empire.
« Pourquoi un maître voyage-t-il en troisième classe ? »
« Il paraît que c’est un Mer. »
« Ah, je vois. Dans ce cas, tout va bien. »
Le premier officier acquiesça. Pour acheter une suite ou une cabine de première classe sur le Titan, il fallait prouver son statut et sa fortune. Même les passagers de deuxième et troisième classe faisaient l’objet d’un contrôle rigoureux. Il fallait s’assurer qu’aucun membre d’une minorité ethnique ni aucun criminel interdit d’entrée ou de sortie du pays ne puisse passer entre les mailles du filet.
« Bien. Bon travail. Prévenez-moi immédiatement par radio s’il se passe quoi que ce soit. »
« Oui, monsieur. »
La traversée s’était stabilisée ; le premier officier quitta donc la passerelle.
Il rejoignit le Salon Prestige, où s’étaient rassemblés des nobles impériaux de haut rang et des dirigeants des plus grandes entreprises.
À une table de la somptueuse salle, des nobles semblaient discuter d’un objet posé au centre.
« … Quel semble être le problème ? »
Le premier officier s’approcha avec courtoisie et posa la question. L’un des nobles lui répondit avec un léger sourire.
« Nous parions sur l’authenticité de cette montre à gousset. »
C’était une montre en pierre de mana, d’une facture exquise.
« J’ai entendu dire que détecter les faux registres familiaux était à la mode dans l’Empire, ces temps-ci. On dirait que la paranoïa s’étend aussi aux objets de collection. Ha ha. »
À cet instant, le propriétaire de la montre fronça les sourcils et se tourna vers le premier officier.
« Premier officier, vous savez lire les courants de mana ? Vous êtes mage, non ? »
« Euh… Ma spécialité, c’est la magie de navigation. Je vous prie de m’excuser, mais je ne connais rien à l’expertise. »
Le premier officier secoua poliment la tête, puis se souvint de ce qu’il venait d’entendre.
« Cependant, nous avons un expert en estimation de niveau maître parmi les passagers. »
À ces mots, les yeux des nobles brillèrent.
« Oh, un maître ? »
« C’est un Mer qui voyage en troisième classe, mais… »
« Qu’importe qu’il soit Mer ? Ce monsieur n’arrête pas de prétendre que la montre est fausse. Qu’en dites-vous ? On tranche le pari ? »
L’homme d’en face, qui avait soutenu qu’elle était fausse, sourit et acquiesça.
« Très bien. Faisons ainsi. »
« Bien. Veuillez patienter un instant. »
Le premier officier fit rapidement demi-tour et courut vers la passerelle.
Ce genre de service faisait aussi partie des devoirs d’un membre d’équipage de haut rang chargé de veiller sur les passagers distingués.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>