Chapitre 229
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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Chapitre 229 : Malveillance
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La Cour spéciale du Centre impérial était plongée dans le silence.
Les officiers administratifs de Maximilian pénétrèrent dans la salle où même le juge, le procureur et Nico, debout au banc des accusés, retenaient leur souffle.
Clac. Clac. Clac.
On déposa un à un des dossiers de preuves reliés sur les bureaux du juge et du procureur.
Puis…
« Votre Honneur. Puis-je commencer la plaidoirie ? »
Avec un chevalier nommé Maximilian pour avocat, le procès n’était qu’une formalité vide de sens. Pourtant, de telles procédures fournissaient un prétexte. Les preuves présentées ici seraient également transmises au palais, afin de justifier la « décision » qui allait suivre.
« […] Allez-y. »
La voix du juge tremblait légèrement. Son visage, autrefois aussi imposant que celui d’un tigre, évoquait désormais celui d’un vieux chien errant.
Maximilian prit la parole d’une voix basse.
« Votre Honneur. Que savez-vous de l’entreprise chimique Alchemia ? »
Les gens commencèrent à entrer dans le public, les uns après les autres.
La salle se remplit.
La Garde impériale avait sécurisé le tribunal à l’avance, mais cela ne signifiait plus rien.
« Alchemia est une entreprise qui reçoit des aides fiscales impériales pour ses recherches sur les technologies de défense. Pourtant, derrière cette façade, elle est gangrenée par la corruption et les malversations… »
Elle avait rebaptisé des pierres de mana de basse qualité venues de l’Est et les avait distribuées comme des produits impériaux. Elle avait détourné des fonds publics et trompé les ouvriers impériaux.
Tandis que Maximilian énumérait ces accusations, Nico le regardait, le visage impassible.
Même à cet instant, tout lui semblait irréel, comme un rêve.
Ou peut-être l’au-delà.
« […] Voici les résultats des autopsies des défunts. »
Maximilian leva un document bien haut.
« L’explosion d’Alchemia s’est produite au moment où minuit cédait la place à l’aube, et où un jour ouvré devenait un jour férié. Les ouvriers ordinaires n’auraient pas dû être de service, et les chercheurs auraient tous dû rentrer chez eux à cette heure-là. »
C’était pour cela que l’attaque de Nico Beber n’avait fait aucune victime civile ni aucun Aran pur-sang.
« Leur seule présence dans le sous-sol de l’usine à cette heure-là est déjà suspecte. Mais ce qui est encore plus étonnant, c’est leur identité. »
Autrement dit, l’identité des morts, leur race.
« Un examen approfondi des corps a confirmé qu’ils étaient tous des sous-races. »
Un murmure parcourut la salle d’audience.
L’inspecteur Fried se leva discrètement parmi le public. Le détective Gavin le dévisagea, l’air interdit.
« Inspecteur, où allez-vous ? »
« […] »
Sans un mot, Fried quitta la salle tandis que la voix claire de Maximilian continuait de résonner.
« Comme l’a affirmé l’accusé Nico Beber, il s’agissait de traîtres à l’Empire qui n’auraient jamais dû se trouver là… »
En vertu de la Loi sur les citoyens impériaux, toute industrie stratégique nationale bénéficiant du soutien de l’Empire ne pouvait employer que des Aran. Si des individus appartenant à des sous-races s’étaient infiltrés dans une installation essentielle à la défense nationale et que les responsables l’avaient su sans les faire partir, cela constituait déjà un crime grave.
« […] Au vu de ces preuves, je soutiens que l’accusé Nico Beber est innocent. »
Maximilian regarda le juge.
Celui-ci ne parvint pas à soutenir son regard.
[…]
Il aurait fallu plusieurs jours pour examiner et délibérer sur l’énorme quantité de preuves présentées par la défense.
« Puisque les arguments de la défense sont jugés hautement recevables… »
Le procureur avait requis la peine de mort et le juge avait subi des pressions.
« Le tribunal déclare l’accusé Nico Beber non coupable. »
Désormais, tout cela n’avait plus d’importance.
Pour survivre, pour s’accrocher à la vie, d’une manière ou d’une autre…
Il devait sacrifier ceux qui étaient plus faibles que lui.
Bam. Bam. Bam.
L’acquittement, prévisible, fut prononcé.
Maximilian hocha la tête avec un léger sourire. Pour le juge, cette expression discrète ressemblait à la promesse qu’on le laisserait vivre.
« […] Tu t’en es bien sorti, Nico. »
Maximilian tendit la main à Nico, mais celui-ci s’évanouit avant de pouvoir la saisir.
* * *
Maximilian adressa une demande officielle de coopération à la direction de l’Ordre des Sentinelles.
L’opération fut baptisée « Fuite de la malveillance ».
Le document était accompagné d’enregistrements obtenus en personne par l’officier administratif Hans Wenzel alors qu’il était déguisé en avocat : des enregistrements de la Garde impériale et de Georgen.
L’Ordre des Sentinelles retourna aussitôt ses lames contre Georgen et Martin Himler.
« Mon général, le lieutenant général. Un message urgent de l’Ordre… »
« […] »
Le lieutenant général Martin Himler déglutit et prit le combiné.
« […] Martin Himler à l’appareil. »
« Oui, lieutenant général Himler. »
Une voix calme retentit dans le combiné.
C’était celle de Maximilian.
« Avez-vous entendu la nouvelle ? »
Un seul mot de ce jeune chevalier sembla lui serrer le cœur.
« […] J’en ai entendu parler, mais je ne sais absolument rien, vraiment rien à ce sujet. »
Ses mains se joignirent d’elles-mêmes.
Sans même s’en rendre compte, il suppliait.
« Hum. C’est possible. Je comprends. »
Cette voix disait comprendre.
Himler déglutit.
« Alors… »
« Puis-je considérer qu’il s’agit d’une initiative indépendante de Georgen ? »
Himler retourna la question dans son esprit.
Il en pesa le sens.
Ses pensées s’emballèrent, jusqu’à ce qu’un nom lui traverse l’esprit.
La Société de Gennen !
Georgen l’avait enquêtée et avait fait tomber deux officiers généraux.
Maximilian n’avait pas oublié cette rancune.
« […] Oui. Tout était une initiative indépendante de Georgen. »
Après avoir mis de l’ordre dans ses pensées, Himler se résolut à se couper un bras.
[…]
Ordre des Sentinelles, bureau de Maximilian.
Heinrich, directeur de Georgen, avait été convoqué devant Maximilian.
« Nous nous sommes déjà rencontrés. »
À cette salutation indifférente, Heinrich força un sourire.
« […] Oui. C’est exact. Ravi de vous revoir… »
« L’enquête est presque terminée. »
Il posa une épaisse pile de documents sur la table.
« Beaucoup de gens étaient impliqués dans la corruption d’Alchemia. J’ai rassemblé les résultats du traçage des fonds et les preuves de contrebande. »
La main d’Heinrich trembla visiblement lorsqu’il prit les documents.
Maximilian l’observa et esquissa un sourire.
« Alors, souhaitez-vous formuler une demande ? »
« […] Pardon ? »
« Adressez directement une requête à Son Altesse impériale la princesse Justine, ou à Sa Majesté l’Empereur. »
« […] »
Heinrich resta un instant sans expression.
Maximilian fit un geste désinvolte et poursuivit.
« Demandez-leur de vous épargner, de vous pardonner cette fois. Si vous m’apportez leur réponse, je m’y plierai volontiers, moi aussi. »
Ce n’est qu’alors que le directeur Heinrich comprit.
Quelle était la rancune personnelle de Maximilian.
Pourquoi il avait protégé un simple roturier.
« […] Messire chevalier, lors de l’affaire de la Société de Gennen, je n’avais pas le choix, j’ai dû prendre cette décision… »
« C’est le prix à payer quand on est responsable. »
Maximilian l’interrompit.
Les documents recensaient toutes les figures clés de Georgen, y compris son directeur adjoint, Valerian, de la maison Taxis.
« Directeur Heinrich. Pour le bien de l’Empire, j’ai écarté ceux qu’il fallait écarter. »
Maximilian avait tué les officiers généraux de la Société de Gennen à cause de Georgen.
Bien sûr, la Société de Gennen ne signifiait rien pour lui. Ce n’était qu’une faction de l’Armée régulière impériale qui ne lui était d’aucune utilité.
Le problème, c’était que Georgen l’avait pris pour cible en premier.
S’il laissait passer ça, ils cesseraient de le craindre.
« Vous devez faire de même. »
Maximilian n’avait donc aucune intention de les laisser s’en tirer.
« Pour préserver l’ordre de l’Empire. »
Ses yeux se plissèrent en croissants de lune.
* * *
Je mobilisai mes hommes.
Comme Engi me l’avait dit un jour, j’avais rallié des gens à ma cause, et ils étaient désormais mon arme la plus acérée.
« Major Lucan, du Bureau central d’inspection de la Garde impériale. Vous êtes en état d’arrestation pour trahison et corruption. »
« C’est quoi, ces conneries ? Qui êtes-vous, bordel ? Vous savez qui je suis ?! »
Tous ceux qui avaient trempé dans les affaires d’Alchemia se débattaient, capitulaient ou résistaient.
Ceux qui avaient parader en s’abritant derrière leur pouvoir réagirent tous de la même manière.
« Vous savez qui je suis avant de me faire ce coup-là ?! Hein ?! »
Ils vénéraient la loi du plus fort, selon laquelle le fort dévore le faible. Ils adoraient cette logique quand ils écrasaient les autres, mais, à l’idée d’être dévorés à leur tour, ils poussaient de faibles gémissements.
« Oui. Vous êtes convoqué par l’Ordre des Sentinelles. Vous pourrez vous expliquer là-bas. »
« […] Quoi ? De, de quoi vous parlez… »
« Suivez-nous. »
Une seule phrase.
La simple mention de cette institution leur brisa le moral.
« […] Directeur adjoint Valerian von Taxis. »
Valerian von Taxis. Héritier de la maison Taxis, l’une des grandes familles du Centre impérial, c’était un homme ambitieux d’une trentaine d’années qui avait servi dans la Garde impériale avant d’obtenir le poste de directeur adjoint de Georgen.
Il resta sans voix devant l’homme qui lui faisait face.
« Hans Wenzel. »
Hans Wenzel, l’homme qui lui avait rendu visite sous l’identité de l’avocat Thomas Idunas, sourit en retirant ses lunettes factices.
« Je suis un officier administratif de la première division de l’Ordre des Sentinelles, sous les ordres de messire chevalier Maximilian. »
Un officier administratif.
La brillante distinction de la maison Taxis et le haut poste de directeur adjoint de Georgen furent réduits à néant par un simple officier administratif de Maximilian.
« Nous nous sommes déjà rencontrés, n’est-ce pas ? »
Le visage de Valerian se déforma sous l’effet de la honte et de la peur.
« Ah, ne vous inquiétez pas. Messire chevalier est très attaché aux principes. Le directeur adjoint Valerian sera donc traité avec une parfaite impartialité, à la mesure de ses crimes. »
Hans balaya du regard le bureau vide.
Presque tous les dossiers avaient déjà été saisis comme pièces à conviction.
« Rien ne sera ajouté, rien ne sera retranché. »
« […] »
Valerian von Taxis serra les dents.
Des mots comme « Comment osez-vous ? » lui tournaient en boucle dans la bouche.
Il voulait lui cracher dessus, le piétiner, le battre à mort sur-le-champ.
« Ah. Messire chevalier m’a demandé de vous transmettre ceci. »
L’homme ajouta avec un sourire :
« Cette fois, même si vous en parlez à votre père, cela ne servira à rien. »
* * *
Frotte, frotte.
Je nettoyai soigneusement les espaces entre mes dents avec du fil dentaire.
Glou, glou.
Je me rinçai la bouche, puis recrachai l’eau.
Flouch.
Je laissai couler l’eau dans le lavabo.
Clic.
Je remis mon dentier dans ma bouche propre.
Brosse, brosse.
Je repoussai d’un geste brusque mes cheveux bruns, reflétés dans le miroir.
Froufrou.
Je pris le portefeuille posé sur l’étagère.
Un portefeuille pliant en cuir usé. Il contenait une carte d’identité et un livret de famille.
« […] »
Je sortis ma carte d’identité et la vérifiai.
[ Eli Zella ]
Un Mer né à Skashi, dans le Hailand, qui avait émigré dans l’ouest de l’Empire.
Désormais, sous le nom d’Eli, j’embarquerais sur un navire de contrebande au port.
« Je suis Eli Zella. Je viens du Hailand. »
Après m’être exercé à l’accent particulier d’une personne aux origines mixtes, je me changeai.
Un vieux costume et des chaussures usées. Une valise et une bourse remplie de pots-de-vin.
Une fois tout parfaitement préparé, je quittai la chambre.
Après l’affaire d’Alchemia, Victor Heim, l’homme d’affaires qui en était au cœur, avait disparu comme un fantôme.
Mais l’indice laissé par ces salauds d’Izenheim de la Faction révolutionnaire était resté gravé dans ma mémoire.
【 0820. Troisième port de l’Ouest. Ensemble. 】
Le troisième port de l’Ouest.
L’enquête suggérait que la contrebande y prospérait.
Des individus appartenant aux sous-races fuyant le glaive de l’Empire, des étrangers, des Mer, des criminels idéologiques et des prisonniers politiques sans autre refuge.
Les âmes désespérées de ceux qui voulaient s’échapper de la prison qu’était l’Empire se retrouvaient au port.
Si le noyau des Izenheim était en mouvement, ils emprunteraient forcément cette route.
Je me dirigeai vers le quai de la gare.
Boum.
Assis sur un banc en attendant, je percevais déjà une puissante présence Izenheim.
Boum.
Bientôt, le train arriva.
C’était un train local qui desservait le troisième port de l’Ouest. Je montai à bord, m’adossai à la fenêtre et m’installai sur mon siège.
« Les billets, s’il vous plaît. »
Je tendis mon billet au contrôleur qui venait d’apparaître.
Dès qu’il vit que j’étais un Mer, son visage se durcit.
« Tss. »
Comme si le billet était répugnant au toucher, il me le lança.
[…] La haine se répandait.
Il n’était jamais agréable de voir la haine se propager d’un point à l’autre, mais c’était une nécessité inévitable.
Un sacrifice pour la survie de l’humanité.
J’éprouvais un sentiment de dette et de culpabilité envers tous les peuples à l’exception des Izenheim.
Si nous remportions notre guerre, il nous faudrait absolument nous acquitter de cette dette…
Une dette bien trop lourde.
Tchiiii.
Le train arriva à destination.
« Hum… c’était où, déjà ? »
J’avais déjà obtenu de mes informateurs la marche à suivre pour la contrebande.
Au port, où l’odeur de la mer se mêlait à celle du pétrole, je me rendis derrière un entrepôt particulièrement isolé, dans le secteur D, déjà à l’écart.
« […] »
J’aperçus quelqu’un.
Une femme qui faisait semblant de travailler, le visage dissimulé sous un béret bleu rabattu bas.
Je m’approchai et lui tendis une bourse remplie d’objets de valeur, en guise de pot-de-vin.
Après en avoir soupesé le contenu, elle lâcha brièvement :
« […] Le livret de famille. »
Celle-ci vérifiait aussi les livrets de famille.
Mais son objectif était tout l’inverse de celui de l’Empire. Elle cherchait à écarter les Aran pur-sang.
Je lui remis le livret de famille que j’avais préparé.
Elle en vérifia l’authenticité à l’aide d’une loupe monoculaire, puis demanda :
« Eli. Hailand occidental, originaire de Skashi. Dites-le. En langue hail. »
« Oui. Je suis Eli Zella. Je suis né à Skashi et j’ai vécu à Eden pendant une dizaine d’années. »
C’était l’accent régional de Skashi, au Hailand.
J’avais travaillé ma prononciation avec acharnement pendant des semaines.
« Quand êtes-vous arrivé dans l’Empire ? »
« J’ai immigré il y a vingt ans. »
Skashi avait une intonation et une nasalité particulièrement marquées.
C’était donc une identité particulièrement difficile à imiter.
« […] Ha. Bien. Moi aussi, je viens du Hailand. Tu es vraiment un de ces Occidentaux. »
Elle eut un petit rire, fouilla dans la bourse, n’en prit qu’une montre et me rendit le reste.
« Gardez vos affaires. Ça suffira pour le billet. »
Sous son ton brusque se cachait une certaine solidarité.
Derrière son regard perçant, je sentais une bienveillance rude, mais sincère.
Elle faisait probablement partie de la Faction révolutionnaire.
« Merci. »
« Vous l’avez payé, pourquoi vous me remerciez ? Tenez, prenez d’abord votre billet. Le départ est demain, alors reposez-vous dans le coin et revenez plus tard. »
Elle me tendit un billet d’embarquement.
« Oui. Je vous laisse alors. »
Clop, clop.
Je tournai les talons et me dirigeai vers le port indiqué sur le billet.
Je marchais depuis quelque temps le long des quais crasseux quand…
« […] ? »
À un moment, le paysage autour de moi changea complètement.
L’air, au lieu de sentir le poisson, était chargé d’un parfum coûteux. Les vêtements des gens étaient d’un luxe excessif. Tout autour de moi résonnaient les conversations et les rires des nobles impériaux.
Au bout de cette foule se dressait une immense muraille d’acier, si vaste qu’elle semblait pouvoir remplir la mer.
Titan
« […] Titan ? »
Je répétai le nom étrangement familier du paquebot, bien trop imposant pour être un navire de contrebande.
Boum !
Le virus sous ma clavicule s’agita violemment.
Mes côtes tremblèrent un instant.
Cette réaction ne venait pas d’une ou deux personnes seulement.
Elle provenait de tout le paquebot…
« […] Merde. »
D’innombrables Izenheim rôdaient là-bas, assez pour me donner la nausée.
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