Chapitre 221
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Traducteur : Bébé qui tousse
Éditeur : Bébé qui tousse
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 221
──────
Edmund Bwindol regagna la tente de commandement.
Clac.
Il jeta son arme et son épée à terre, puis s’affala sur la chaise de campagne.
« …… »
La tente était vide. Il était seul.
Il poussa un soupir creux.
Il fixa le plafond sans vraiment le voir.
Les pensées s’accrochaient à tout son être, comme si elles sortaient d’un marécage.
Il avait passé toute sa vie au cœur d’une contradiction.
Sebestian avait reconnu son talent, mais le mur du sang mêlé l’avait empêché de devenir chevalier. Il avait accepté que ce soit impossible, sans jamais parvenir à renoncer à cette ambition enfouie quelque part au fond de lui. Il avait continué à se perfectionner, dans l’attente d’une occasion qui ne se présenterait peut-être jamais.
Ses adjudants étaient du même genre que lui.
Un effort sans relâche, jour après jour. Un état d’esprit qui aurait fait honte à bien des chevaliers.
Et pourtant, certains membres de la Garde impériale les méprisaient, les regardaient de haut.
Et pourtant, ils se tenaient à cette frontière.
Alors, que leur restait-il, au bout du compte ?
Avaient-ils vécu et travaillé si dur pour finir par perdre la vie à cause d’un bout de papier…
« …… »
Edmund ferma les yeux.
Une fatigue dont il n’avait même pas conscience l’emporta. Et quand l’aube se leva de nouveau…
« Edmund ! »
Le matin, au camp.
Un chevalier de l’Ordre des Sentinelles venait d’arriver. Il appela Edmund et s’avança vers lui en levant la main pour le saluer.
Les soldats se mirent en rang et le saluèrent à son approche. Edmund lui rendit son salut avec un sourire.
« Ça fait longtemps, Max.
— Oui. Ça fait un bail. »
Tout en lui serrant la main, Maximilian se pencha et lui murmura à l’oreille :
« On va se promener ? J’ai quelque chose à te dire, entre nous. »
Ses yeux dorés se posèrent tranquillement sur lui. Edmund fit semblant de ne pas comprendre ce que ce regard signifiait.
« D’accord. Suis-moi. »
Ils gravirent côte à côte le sentier de montagne, et Edmund prit la parole le premier.
« Qu’est-ce qui se passe ?
— Pas grand-chose, à vrai dire. »
Maximilian claqua la langue, légèrement agacé.
« Tu connais Georgen, cette nouvelle police politique ? »
L’Empire croulait sous les pouvoirs. L’agence directe, la Garde impériale du palais, la police politique fraîchement créée, Georgen, la police ordinaire, les ordres de chevalerie, l’armée régulière, le parlement, la famille royale, la noblesse… Les juridictions se chevauchaient sans cesse, chaque faction pointant sa lame vers la gorge des autres.
L’Empereur avait délibérément laissé proliférer toutes ces institutions, consolidant son propre pouvoir en les maintenant dans un équilibre mutuel.
« Ils ont tes deux adjudants dans le viseur. Une histoire de lignées suspectes et d’idéologie. »
Le capitaine Kane et le capitaine Heintz. Les adjudants d’Edmund depuis de longues années.
« …… »
Edmund ne répondit pas. Il jeta un coup d’œil derrière lui. À peu de distance, deux silhouettes les suivaient en gardant leurs distances avec déférence.
« Kane. Heintz. »
À son appel, les deux adjudants s’avancèrent, le visage grave.
« C’est un chevalier. Saluez-le.
— Loyauté. Capitaine Kane, à vos ordres.
— Loyauté. Capitaine Heintz, à vos ordres. »
Plutôt que de tourner le dos à la falaise et de s’enfuir, ils avaient choisi de rester et de prouver leur innocence.
Edmund avait lui aussi décidé de croire en cette innocence.
« Vos registres familiaux ?
— Les voici, monsieur. »
Ils lui tendirent les registres originaux. Maximilian s’en saisit et parcourut la page du regard.
« …… Bon. Je les examinerai en détail plus tard. »
Maximilian plia les registres et les glissa dans son manteau.
« Puisque je suis venu jusqu’à l’est, fais-moi visiter le front. Laisse-les se reposer.
— D’accord. »
Edmund lui fit visiter l’avant-poste. Ils traversèrent le terrain montagneux accidenté, passèrent devant des tentes alignées avec soin et des positions de canons magiques disposées au cordeau, puis devant des soldats en armes, disciplinés, sans rien qui dépasse. Toute la scène baignait dans la tension d’un véritable front.
Ils finirent par franchir une crête et atteindre le bord d’une falaise dégagée.
« …… Quelle vue. »
Le vent ébouriffait les cheveux de Max. La mer d’un bleu profond s’étendait à perte de vue. Au-delà, le territoire enneigé de Finnomia s’offrait à leurs yeux dans un vaste panorama.
« Edmund. »
Dans ce paysage digne d’une aquarelle, Maximilian prononça son nom.
Edmund se tourna vers lui sans un mot.
« Si on installait des batteries d’artillerie le long des côtes de Finnomia, pourraient-elles atteindre la capitale de Lobrus ?
— …… Qui sait. Je n’ai jamais pris la peine de calculer ça. Mais surtout, que donnent les registres familiaux ? »
Edmund ne s’intéressait qu’aux registres. Maximilian esquissa un sourire. Il lui tendit les deux documents qu’il venait de recevoir.
« Tu as déjà terminé l’analyse ?
— Oui. Ils sont authentiques. »
Maximilian hocha la tête.
« Le capitaine Heintz est Impérial Aran aux trois quarts et Hailandais au dernier quart. Le capitaine Kane est Aran aux sept huitièmes et Mer au huitième restant. Kane est à la limite. Les Mer ne sont tolérés que jusqu’à un huitième. »
Kane et Heintz étaient de sang mêlé, mais ils n’étaient pas Izenheim.
Edmund serra le poing malgré lui. Soulagé, il poussa un soupir avant de demander :
« Pour l’Empire, c’est une part de sang mêlé acceptable ? »
Il avait dit ça en plaisantant à moitié.
« Si tu sers loyalement l’Empire comme soldat, tu peux être considéré comme issu d’une lignée quasi admissible. C’est déjà mieux que pas mal d’Aran pourris, franchement. Mais ça ne t’intrigue pas ? Pourquoi Georgen s’en est pris à eux, au départ ?
— …… Qui sait. »
Maximilian réfléchissait.
C’était une manœuvre délibérée : s’en prendre aux proches d’Edmund pour tenter de le rallier. Quelque part au sein de Georgen se cachait un Izenheim. Ou, à tout le moins, quelqu’un qui équivalait à un agent de la Faction révolutionnaire.
« Je ne crois pas que les registres familiaux soient le vrai problème. C’est l’idéologie qui les inquiète. Si tes adjudants ne serait-ce que jettent un œil à un livre interdit, préviens-moi d’abord.
— Inutile de t’en faire. Ce sont des soldats jusqu’au bout des ongles. »
Maximilian regarda Edmund en disant cela.
Edmund. Peut-être avait-il été, avant la régression, le premier à comprendre la véritable nature monstrueuse des Izenheim.
« …… Bon. Tant mieux, au moins. »
Il replia soigneusement les registres des adjudants et les rangea.
« Edmund. »
Maximilian leva soudain les yeux. Il murmura, le regard posé sur l’horizon, ou peut-être bien au-delà.
« Je suis derrière toi. »
Un ami retrouvé après tant d’années interminables.
Ces mots qu’il voulait offrir à l’homme qui avait fait revenir le temps en arrière, alors que le monde courait déjà à sa perte, à celui qui l’avait ramené à ce présent miraculeux.
« Tu peux aller où tu veux, maintenant. »
Tout ce qu’il pouvait faire, c’était l’espérer.
S’il ne pouvait pas vivre et respirer dans ce monde qu’il avait pour ainsi dire restauré de ses propres mains, rien ne serait plus tragique.
« …… Alors. »
Il espérait que l’homme qui finirait un jour par se tourner vers la révolution reviendrait auprès d’eux.
« Quoi qu’il arrive, fais-moi confiance. »
Il espérait qu’Edmund choisirait Maximilian, et non la révolution.
* * *
« Le problème, c’est l’histoire ! Vous pouvez fouiller tous les textes anciens de l’Empire, vieux de mille ans, vous n’y trouverez pas la moindre trace d’une race appelée “Izenheim” ! »
Dans un amphithéâtre de l’Université impériale centrale, un étudiant à la tribune poursuivait son exposé d’une voix de plus en plus passionnée.
« Les Edellem, les Dromon, les Yaken… »
Il feuilletait un épais ouvrage d’histoire, retraçant les longues lignées des sous-espèces qui vivaient aujourd’hui sur le continent.
« Ils ont une histoire. Les Yaken, en particulier, servent l’Empire depuis longtemps… »
Presque toutes les sous-espèces avaient coexisté avec le continent depuis la fondation de l’Empire, voire avant. On en retrouvait des traces clairement consignées jusqu’à l’époque de la civilisation « centriste », berceau des Aran eux-mêmes.
« Mais les Izenheim font exception. Leur histoire est particulièrement floue. Ils apparaissent soudainement à une époque donnée, et même leurs origines restent inconnues. »
Au dernier rang de l’amphithéâtre.
Un chevalier écoutait avec intérêt l’étudiant débordant de ferveur.
« Il en va de même pour leur religion, l’Izent. »
Point par point. Pièce par pièce. Sous tous les angles.
Plus on creusait, plus les Izenheim semblaient suspects. Il y avait bien trop de détails inquiétants pour tout réduire à de la discrimination et de la haine envers une sous-espèce.
Pas de véritable histoire. Une religion apparue de nulle part.
L’ethnie comme la religion étaient censées se former au fil d’une longue accumulation d’une conscience communautaire partagée, mais les Izenheim n’avaient connu aucune continuité de ce genre.
Ils tentaient de masquer cette contradiction par la vague affirmation qu’ils étaient « une branche oubliée d’une race ancienne », mais leur argument ne tenait pas la route.
« Les Izenheim rassemblent leurs forces et parasitent le capital financier. Ils sucent le sang des purs Aran jusqu’à la dernière goutte par l’usure, s’agrippent aux compradores et sapent les intérêts de l’Empire. Rien que pour cela, ils méritent d’être considérés comme une race ennemie… »
« Qu’en pensez-vous ? »
À cet instant, le doyen assis à côté du chevalier posa la question avec prudence.
Hanna Usar, le chevalier, acquiesça.
« Pas mal. »
Elle était à présent en deuxième année à l’Ordre des Sentinelles. À ses côtés se trouvaient Mia, jeune chevalière et sa cadette, ainsi que Royce, de la même promotion qu’elle. Et ils n’étaient pas seuls : l’amphithéâtre débordait de nouveaux chevaliers dont l’admission à l’Ordre des Sentinelles venait d’être confirmée.
En bonne chevalière confirmée, elle les avait tous traînés ici pour asseoir les convictions de ses cadets et leur permettre d’assister à cette conférence.
« L’exposé est bien construit. La rhétorique est bonne aussi. »
L’autobiographie de Maximilian, « Clair de lune en contrebas ».
La thèse du docteur Johann, qui rassemblait ses arguments, « Mille ans d’Empire ».
Puisque Maximilian avait lui-même relu « Mille ans d’Empire » et lui avait donné son aval, l’ouvrage n’était, pour ainsi dire, qu’un prolongement de « Clair de lune en contrebas ».
« Je devrais reprendre certaines formulations de cet étudiant dans mon prochain article. »
Hanna marmonna en griffonnant dans son carnet. À côté d’elle, Royce la taquina, à moitié pour rire.
« Pitié. Tu n’as jamais eu une belle plume. Prends un prête-plume. »
Hanna fronça les sourcils.
« Ce qui compte, c’est le contenu et la profondeur de la réflexion, pas le style.
— Oui, oui. Je te présenterai un bon prête-plume, il saura mettre en valeur tes idées brillantes. Tu devrais essayer. Ah, au fait… »
Royce baissa brusquement la voix.
« Hé. Tu as entendu dire que les Izenheim ont récemment monté une sorte d’organisation pour défendre leurs droits ?
— …… Une organisation pour défendre leurs droits ?
— Oui. Pour mettre fin à la discrimination, garantir leur droit de survivre, ce genre de choses. On dirait qu’ils essaient de se regrouper discrètement, encore une fois. »
Hanna laissa échapper un bref rire méprisant. Le dédain s’était naturellement glissé dans sa voix, mais à un moment, ses lèvres se figèrent.
« Ridicule.
— Tu m’étonnes. »
Mia eut elle aussi un rire sans joie.
« …… Nous ne devons pas traiter cela comme une annexion ou un acte de violence. Chacune des actions de l’Empire a ses raisons. »
La race Aran était supérieure à toutes les autres, corps et âme ; il était donc parfaitement juste qu’elle détienne le pouvoir et la responsabilité de gouverner et de guider la civilisation. En vérité, c’étaient les Aran qui faisaient des sacrifices en œuvrant à purifier le continent de son « infériorité ».
Des paroles qui réchauffaient le cœur rien qu’à les entendre.
« Distinguer les races et leur assigner une hiérarchie afin de rétablir l’ordre. Voilà précisément la dévotion que l’Empire offre au continent. »
Un ordre établi depuis les origines du continent. Le devoir des forts : accueillir les faibles, les guider et restaurer la hiérarchie légitime de l’humanité.
Au bout du compte, c’était donc une vocation parfaitement naturelle, et parfaitement noble…
……
« Hanna, chevalière Hanna ! »
Après la conférence, dans le couloir de l’Université centrale, une voix appela Hanna avec empressement.
« …… ? »
Elle se retourna brièvement. Une jeune fille au visage poupin se tenait là. Elle avait le regard vif, la mâchoire anguleuse et un visage qui attirait aussitôt l’attention.
« Chevalière, je…
— Yaken ?
— Oui, oui ! C’est ça ! Je m’appelle Erka ! »
Erka. À la réponse de la jeune fille, qui s’était présentée d’une voix vibrante d’excitation, le visage de Hanna s’adoucit en un sourire bienveillant.
« J’ai aussi un officier administratif Yaken. Que puis-je faire pour vous ?
— Ah, ce n’est pas grand-chose, c’est juste que… »
Erka serrait nerveusement quelque chose entre ses mains tremblantes.
Hanna la rassura doucement :
« Détendez-vous, détendez-vous. Je ne vais nulle part. »
Les Yaken avaient récemment été officiellement reconnus comme l’une des « lignées quasi admissibles » de l’Empire, et leur traitement s’était considérablement amélioré.
Le simple fait qu’une étudiante Yaken de première année ait été admise à l’Université impériale centrale en disait long sur l’estime dont ils jouissaient désormais au sein de la société impériale.
« P-pourrais-je avoir un autographe, s’il vous plaît ? »
Erka lui tendit quelque chose. Un manuel de préparation à l’examen d’admission aux postes administratifs des ordres de chevalerie. Autrement dit, le manuel nécessaire pour passer l’examen de qualification si l’on voulait devenir secrétaire ou officier administratif d’un chevalier.
« …… Un autographe ? »
Prise au dépourvu, Hanna cligna un instant des yeux, puis éclata de rire.
« Eh bien, regardez-moi ça : une vraie célébrité ! »
Royce lui donna une petite tape taquine sur l’épaule. Les autres nouveaux chevaliers esquissèrent des sourires chaleureux.
Erka, elle, devint rouge comme une tomate prête à éclater.
« M-mon rêve, c’est aussi de travailler dans un ordre de chevalerie, alors… »
Sa voix s’éteignit, toute petite, tant elle était gênée. Mais son aspiration était sincère, et désormais à la portée d’une Yaken.
« Oui. Continuez à travailler dur. Vous y arriverez. »
Hanna griffonna sa signature sur la couverture du manuel.
Elle était elle-même partie de tout en bas, simple roturière, pour arriver là où elle se trouvait aujourd’hui. L’ardeur de la jeune Yaken ne lui semblait donc pas étrangère.
« J’espère vous retrouver un jour dans un ordre de chevalerie. »
* * *
Garnison du front oriental, bureau du colonel.
Edmund foudroya du regard les deux officiers de Georgen assis en face de lui.
Mâchonne, mâchonne.
Ils mastiquaient leur chewing-gum sans ciller, soutenant le regard d’Edmund.
« Le capitaine Kane et le capitaine Heintz. Nous avons envoyé des gens enquêter dans leurs villes natales et obtenu des témoignages laissant entendre que leur identité est douteuse. »
Une accusation étrange. Edmund demanda, d’un ton calme :
« Je ne comprends pas. L’authenticité des registres familiaux de mes adjudants a été confirmée, et vous prétendez qu’une poignée de témoignages incertains de villageois suffit à les déclarer faux ?
— Oui. C’est exact. »
Un des officiers de Georgen répondit avec un petit sourire en coin. Edmund ravala son amertume à la vue de cette face répugnante.
À un moment donné, un colonel de l’armée régulière était devenu quelqu’un que même des laquais de la Garde impériale comme eux pouvaient se permettre de mépriser.
L’Empereur protégeait la Garde impériale, et Sebestian n’obéissait qu’à la volonté de l’Empereur. Pour des hommes comme ces deux-là, le fait qu’Edmund ait été élevé par Sebestian ne signifiait donc rien.
« Les falsifications de registres familiaux se sont multipliées ces derniers temps, et beaucoup de gens volent de vrais registres pour blanchir leur identité. Même si le registre est authentique, plusieurs décisions récentes considèrent l’identité comme falsifiée lorsque les témoignages recoupés des villageois ne concordent pas. Vous n’étiez pas au courant ? »
Mais Maximilian, tel qu’Edmund avait appris à le connaître, possédait quelque chose que Sebestian n’avait jamais eu.
Il savait quand user de son pouvoir et quand se retenir. Et surtout, dans les fissures de cet Empire, il ne jurait pas une loyauté sans faille à l’Empereur. Ses paroles dessinaient plutôt le projet d’un homme qui voulait bâtir son propre ordre.
« Qui vous a fourni ces témoignages ?
— Je vous l’ai déjà dit. Je ne peux pas le révéler, c’est un témoin protégé.
— …… »
Edmund serra le poing.
Mâche. Mâche. Mâche. Mâche.
Le bruit de leurs mâchoires qui mâchaient à l’unisson lui râpait les nerfs. Une bordée d’injures faillit lui échapper.
Toc, toc.
Comme si le moment était bien choisi, on frappa à la porte du bureau, rompant le silence.
« Colonel, monsieur. Un pli urgent arrivé de la capitale. »
Edmund acquiesça. Son adjudant entra avec précaution, lui remit une épaisse enveloppe de documents, puis ressortit.
À cette vue, les officiers de Georgen froncèrent les sourcils, irrités.
« Colonel, monsieur. Je ne sais vraiment pas comment vous formez vos subordonnés. Entrer comme ça en pleine procédure officielle… »
Edmund ignora leurs récriminations et examina les documents.
Heureusement, il avait reçu précisément ce qu’il attendait.
« …… Je vais vous le demander encore une fois. Qui vous a fourni ces témoignages ?
— Allons, pourquoi vous acharner comme ça ? Si vous continuez à nous mettre la pression, nous n’aurons pas d’autre choix que de signaler à nos supérieurs cet abus de pouvoir… »
Clac.
Edmund brandit sous leur nez un document frappé d’un sceau rouge.
« Certificat d’authenticité du registre familial. »
En apercevant la signature élégante tracée au bas de la page, les officiers de Georgen pâlirent.
« Ce document a été vérifié par l’Ordre des Sentinelles. »
Il connaissait le précédent. Même un registre familial authentique pouvait être considéré comme falsifié si les témoignages des villageois ne concordaient pas. Tout cela reposait sur de simples conjectures.
Mais l’argument changeait du tout au tout selon l’autorité de la personne qui avait examiné le registre et garanti son authenticité.
« …… Si vous persistez à ne pas révéler qui vous a fourni ces témoignages. »
Edmund contempla leurs visages livides et murmura d’une voix basse :
« Je n’aurai pas d’autre choix que de remettre toute cette enquête corrompue… »
À ces vermines qui jouaient aux soldats sans en être, aux nobles sans l’être, et osaient exercer un pouvoir auquel elles n’avaient aucun droit.
« Directement au chevalier Maximilian lui-même. »
Edmund avait décidé, sans hésiter, d’emprunter le nom de Maximilian.
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