Chapitre 211
WeTried Translations
Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ L’impérialiste malgré lui
Chapitre 211
──────
Avant la régression, certains avaient arrêté la lame de l’Empire de leurs propres corps.
D’autres avaient donné leur vie pour ce qu’ils estimaient juste.
L’histoire du continent était la trace laissée par des gens comme eux.
Mais ils n’étaient jamais irréprochables. Pas davantage de nobles saints.
Ils étaient simplement pleins de contradictions, parfois cruels, et parfaitement disposés à piétiner les autres, voire eux-mêmes, au nom de leur cause.
Le futur Premier ministre de Hailand, Arthur Winston.
Il était de ceux-là.
Une figure imposante qui, par son tempérament fougueux et son audace indomptable, avait unifié une nation en ruines, tenu tête à l’Empire et remporté la victoire.
Si je lui ôtais la vie ici et maintenant, l’avenir de l’Empire s’en porterait-il mieux ?
Ou bien cela déclencherait-il quelque chose de plus étrange et d’imprévisible encore ?
L’histoire était comme un organisme vivant. Une place vacante ne le restait jamais. Quelqu’un d’autre viendrait occuper celle qu’il laisserait derrière lui, faisant naître des variables entièrement nouvelles que je ne pourrais pas anticiper.
[… La survie d’une nation ne procède pas du sang, mais du fer, du sang et d’une volonté inflexible.]
Je me rappelai cette phrase tirée de 『La force du fer』, le traité politique qu’Arthur Winston avait écrit avant la régression.
C’était un homme qui ignorait le sens du compromis. Un homme qui comprenait l’Empire mieux que quiconque, et le haïssait plus que quiconque aussi.
Et pourtant…
« Messire chevalier ! »
Au Quartier général de la Garde impériale de l’Ouest.
Tous les membres de la Garde impériale s’étaient rangés devant moi. Je leur souris tandis qu’ils me saluaient avec une raideur toute militaire.
« Je passais dans le coin pour affaires, et j’ai appris que vous aviez arrêté un ressortissant de Hailand, soupçonné d’espionnage. »
La plupart semblaient franchement déconcertés, mais aucun n’osa me barrer la route.
« Oui, oui. Nous vous sommes très reconnaissants de votre visite. »
Je pénétrai dans le quartier général.
« Par ici, je vous prie. »
Guidé par un membre de la Garde impériale, j’ouvris moi-même la porte d’une des salles d’interrogatoire.
Arthur Winston n’était pas là.
Se trouvaient à l’intérieur son épouse et sa fille, toutes deux livides de peur, ainsi qu’un officier de l’armée de Hailand qui l’avait accompagné.
* * *
Au même moment, dans la salle d’interrogatoire.
Arthur Winston fusillait du regard les deux membres de la Garde impériale assis en face de lui, avec une arrogance nonchalante. L’un assurait l’interprétation en langue hailande, tandis que l’autre lui criait dessus comme s’il était un vulgaire criminel.
« Alors. Voilà les preuves ! »
Arthur était moins gêné par leur impolitesse qu’inquiet pour son épouse et sa fille. On les avait séparées de lui et enfermées ailleurs.
« … Écoutez. »
Il prit la parole en contenant sa colère bouillonnante.
« C’est vous qui allez regarder ! »
Le garde répliqua en langue hailande.
« Qu’est-ce que c’est que ces photos ? Un étranger qui rôde ainsi dans l’Empire ? »
Ils lui poussèrent sous le nez les photos prises par sa fille, prétendues preuves à l’appui, et se mirent à crier.
Mais il ne pouvait pas perdre son sang-froid. Il était dans l’Empire, et sa famille était enfermée.
« Si vous avez des questions, adressez-vous au gouvernement de Hailand par les voies officielles. »
L’interprète lui traduisit ses paroles, et le front de l’autre membre de la Garde impériale se plissa. Il braqua alors son pistolet sur Arthur et lui aboya quelque chose, d’un ton furieux, mais les mots lui échappèrent presque entièrement.
« Il demande si vous voulez mourir avec votre famille. »
À ces mots, Arthur ouvrit de grands yeux.
« Si le moindre cheveu de ma famille est touché, tout Hailand fera déferler sa colère sur l’Empire. »
Le garde ricana.
« … Qu’est-ce qu’il raconte, le vieux ? »
« Il dit que si vous touchez à sa famille, il ne vous le pardonnera pas. »
« Ha ! Il n’a toujours rien compris à la situation. Il sait seulement où il se trouve ? »
Le garde abattit sa main sur le bureau et se leva.
« Avec autant de preuves, on peut le condamner sur-le-champ pour espionnage. Si vous avouez, alors… »
Toc, toc.
On frappa à la porte, qui s’ouvrit. Un autre membre de la Garde impériale se précipita à l’intérieur et murmura quelque chose à l’oreille de son supérieur.
« … Quoi ? »
En un instant, leurs visages se décomposèrent comme du papier, mêlant confusion et inquiétude. Arthur sentit lui aussi l’atmosphère changer radicalement.
« P-pourquoi ce chevalier viendrait-il ici ? »
Les gardes échangèrent quelques mots à voix basse, puis sortirent en trombe, laissant Arthur Winston seul dans la salle d’interrogatoire.
Clac.
La porte se verrouilla fermement.
Un silence soudain s’installa.
« Hé ! »
Arthur se leva, saisi d’un malaise qu’il ne parvenait pas à nommer.
Boum, boum ! Boum, boum !
« Ouvrez cette porte ! »
Il martela la porte en criant, mais personne ne lui répondit de l’autre côté.
Boum, boum ! Paf !
« Bande d’ordures impériales. »
Arthur Winston grinça des dents et se détourna.
« … Et ils appellent ça de la diplomatie. »
Le vrai danger de l’Empire résidait précisément dans cette agressivité effrénée et cette arrogance.
« Sales chiens… »
Cela dit, la situation pourrait peut-être jouer en leur faveur. L’Empire avait dangereusement confiance en lui, mais si les grandes puissances de l’Ouest s’unissaient, elles seraient de taille à lui tenir tête.
« … »
Arthur croisa les bras en silence et ferma les yeux.
« … Ha. »
Il attendit le retour des gardes. Des heures s’écoulèrent dans cette salle d’interrogatoire glaciale.
« Hé ! Combien de temps comptez-vous me garder ici ? »
Arthur, à bout de patience, venait de se lever et de crier une nouvelle fois quand…
Criiic.
La porte de fer s’ouvrit.
« Qu’est-ce que vous croyez que vous… »
« Veuillez me suivre, conseiller Winston. »
« … Quoi ? »
Le ton avait complètement changé : poli, respectueux.
L’homme inclina même légèrement la tête.
« Nous vous prions de nous excuser pour vous avoir traité sans égards avant d’avoir vérifié votre identité. »
« … »
« Par ici. »
Arthur Winston suivit l’homme, sans cesser de se méfier.
Pas. Pas.
Ils descendirent le couloir froid du Quartier général de la Garde impériale et s’arrêtèrent devant une porte richement décorée.
Une plaque indiquait : [Bureau du Commandant].
« Entrez, je vous prie. »
À l’ouverture de la porte, une bouffée d’air chaud l’accueillit, accompagnée d’une agréable odeur de thé et d’un léger éclat de rire.
« … ? »
Arthur Winston cligna des yeux devant la scène, sans tout à fait en croire ses yeux.
Son épouse et sa fille Sara, qui avaient été arrêtées en même temps que lui, étaient là. Loin d’avoir l’air anxieuses, elles étaient assises en face d’un homme et bavardaient en souriant avec entrain.
C’était un bel homme aux cheveux blonds bien coiffés, vêtu de vêtements civils impeccables.
Sara le regardait comme envoûtée, et chaque fois qu’il souriait, elle rougissait et lui rendait son sourire.
« Je vois. Plusieurs malentendus se sont accumulés. Je suis heureux de ne pas être arrivé trop tard. »
Il parlait aussi couramment la langue hailande. Son accent était élégant.
Un homme manifestement impérial, qui s’exprimait avec davantage d’inflexions aristocratiques que n’importe quel noble de Hailand de naissance.
« Messire chevalier, je l’ai amené. »
À ces mots du garde, tous se tournèrent vers Arthur.
« Papa ! »
Le visage de Sara s’illumina tandis qu’elle se levait.
« Mon cher. »
Son épouse aussi l’accueillit, l’air visiblement plus serein.
« Ah. Vous voilà. »
L’homme blond assis en face d’elles se leva et lui sourit avec douceur.
« Enchanté, conseiller Arthur Winston. »
Il s’approcha et lui tendit la main.
« Je suis Maximilian von Ebenholtz. »
« … »
Ebenholtz.
Maximilian von Ebenholtz.
Une douleur lancinante lui traversa la tempe. Il était impossible qu’il ignore le poids de ce nom.
De quoi sa femme et sa fille avaient-elles parlé avec cet homme ?
Une inquiétude soudaine monta en lui, mais il ne pouvait pas se permettre d’avoir l’air intimidé.
Même simple conseiller, il représentait sa nation. Il ne pouvait pas s’incliner.
« … Enchanté. Arthur Winston. »
Il serra la main de Maximilian. Son cœur s’emballa sous l’effet d’une tension qu’il s’efforça de ne pas laisser paraître.
Comme il est jeune, pensa-t-il. Alors c’est ça, le Monstre d’Ebenholtz.
« De quoi discutiez-vous avec ma famille ? »
« Ah, de rien d’important. »
Maximilian jeta un coup d’œil à Sara, qui baissa le visage, un peu embarrassée.
« Votre fille m’a dit qu’elle tenait absolument à visiter le musée Arte et l’Opéra royal pendant son séjour dans l’Empire. Je lui expliquais que je pouvais facilement m’en charger. »
Arthur resta un instant interdit.
« Bien. Madame, mademoiselle Sara, veuillez sortir et aller vous reposer. »
Maximilian s’adressa aux deux femmes avec une aisance courtoise.
« Mes hommes, à l’extérieur, veilleront à votre sécurité. »
Sa femme et sa fille se levèrent. Elles semblaient avoir déjà complètement oublié qu’on les avait traînées dans une salle d’interrogatoire de la Garde impériale ; toute inquiétude avait disparu de leurs visages.
« Papa ! On ira tous ensemble au musée plus tard ! »
À ces mots joyeux, Arthur Winston esquissa un sourire en coin et hocha la tête.
Paf.
La porte se referma.
Arthur Winston se retrouva seul avec Maximilian.
« … »
Maximilian l’observa en silence un instant. Son sourire avait déjà disparu. L’atmosphère chaleureuse s’était refroidie, devenue terne.
« À quoi pensez-vous ? » demanda Arthur.
Le silence se prolongea encore un peu avant que Maximilian ne réponde enfin, à voix basse.
« Je réfléchis, conseiller Winston. »
Il réfléchissait à ce qu’il ferait d’Arthur Winston, et sa décision était loin d’être anodine. Arthur, lui, n’avait aucun moyen de le savoir.
« Puis-je vous poser une question, pour commencer ? »
« Je vous en prie. »
Arthur expira longuement, comme s’il soufflait de la fumée de tabac.
« Pourquoi l’Empire méprise-t-il et persécute-t-il autant les minorités ? »
Un sourire étrange, à peine esquissé, effleura les lèvres de Maximilian.
« Dire que nous méprisons toutes les minorités serait quelque peu inexact. »
« … Vous ne méprisez que les Izenheim ? »
« Oui. Si vous réduisez mes sentiments au “mépris”, alors il ne concerne que les Izenheim. Depuis le début, c’est une espèce à laquelle il ne faut pas faire confiance. N’y a-t-il pas un sentiment similaire à Hailand ? »
Arthur Winston pinça les lèvres. Maximilian fit de même.
Inutile d’en dire davantage sur un sujet pareil.
Ils ne pouvaient que suivre des lignes parallèles, sans jamais se rejoindre.
« Conseiller Winston, je crois comprendre que vous êtes venu dans l’Empire pour écrire un livre. »
« C’est exact. »
La voix de Maximilian se fit plus grave.
« Vous avez pris un risque considérable. La Garde impériale aurait pu vous condamner sur-le-champ pour divulgation de secrets d’État. »
« Une condamnation immédiate ? Prendre quelques photos et se promener sur un bout de terrain, c’est divulguer des secrets ? »
« Oui. »
Maximilian répondit sans la moindre hésitation.
« Si l’Empire déclare qu’une chose est secrète, elle le devient. S’il veut en faire un problème, elle en devient un. »
« … »
« Monsieur Winston, si je n’étais pas tombé sur cette nouvelle par hasard, vous n’auriez peut-être jamais quitté cet endroit. »
La façon dont les gardes s’étaient comportés quelques instants plus tôt rendait cette menace parfaitement crédible.
Alors Maximilian me tirait-il vraiment de là parce qu’il savait qui j’étais ?
Il glissa la main dans son manteau et en sortit une feuille. Arthur se crispa un instant, mais Maximilian se contenta d’y griffonner quelques lignes avant d’y apposer sa signature.
« Vous auriez dû demander une autorisation préalable, au gouvernement impérial ou à la chevalerie. L’un ou l’autre aurait suffi. »
Il lui tendit la feuille.
« … Qu’est-ce que c’est ? »
« Une autorisation d’entrée au musée Arte et un billet pour l’Opéra royal. »
Ce n’étaient pas de véritables billets, mais un document que Maximilian avait rédigé et signé de sa main. Cela leur vaudrait tout de même un accueil bien plus favorable que de simples billets.
« Puisque vous avez fait le voyage jusqu’à l’Empire, j’espère que vous en profiterez avec votre famille avant de repartir. »
Maximilian se leva avec la courtoisie d’un chevalier.
« Sortons d’ici. Le Quartier général de la Garde impériale de l’Ouest n’est pas un endroit agréable. »
Il sourit et lui indiqua la porte. Arthur resta un instant planté là, quelque peu hébété.
Il avait tâché de rester sur ses gardes, mais Maximilian ne le menaça ni ne lui fit le moindre mal, pas même lorsque sa famille et lui montèrent dans leur voiture et s’éloignèrent.
Il resta même là à leur faire signe.
Ce n’est qu’alors qu’Arthur comprit enfin ce que Jean Pierre avait un jour écrit au sujet de Maximilian.
[Un sang-froid, une tenue irréprochable, en complète opposition — ou étrangement en harmonie — avec tout ce qu’il a fait. La qualité la plus aristocratique qu’un aristocrate de l’Empire puisse posséder.]
Extrait de l’essai de Jean Pierre, « La forme de l’Aran ».
Une phrase pleine de contradictions qu’Arthur s’était contenté de tourner en ridicule, autrefois.
Mais elle était vraie.
Le professeur Jean Pierre, de Prozen, était un véritable érudit de son époque quand il s’agissait de cerner les gens.
* * *
… Une question de nécessité.
Winston deviendrait un jour une figure d’influence considérable au sein de l’Alliance occidentale.
Mais s’il disparaissait maintenant, qui comblerait le vide ?
Une variable dangereuse. Dans le pire des cas, le tuer pourrait provoquer une situation encore plus grave que de le laisser en vie.
Varmil Makstun, le Secrétaire général de l’Alliance orientale, était un Izenheim. J’en étais désormais certain.
Et si, après la mort d’Arthur, l’Alliance occidentale tombait elle aussi sous l’emprise des Izenheim ?
Pour l’instant, mieux valait donc garder Arthur Winston en vie. Même s’il n’était pas anti-Izenheim, au moins n’était-il pas du genre à se laisser influencer par eux. Au contraire, il était fort et inflexible.
« Waouh… »
Le musée Arte.
Entourés de gardes, Arthur Winston, sa fille Sara et son épouse Maria parcouraient les galeries, laissant échapper des exclamations d’émerveillement à chaque pas. Arthur lui-même était complètement absorbé par les tableaux.
J’observai cette famille paisible depuis le balcon du deuxième étage, puis reculai discrètement.
Et quittai le musée.
J’avais eu l’occasion d’abattre l’homme qui deviendrait un jour un commandant ennemi. J’avais choisi de le laisser partir.
Je ne le regrettais pas.
Car je connaissais déjà Arthur Winston, son jugement et ses décisions, grâce à l’histoire que j’avais vécue avant la régression.
En le laissant en vie, je pouvais garder la guerre à venir sous mon contrôle.
Si je tuais Arthur Winston ici et maintenant, l’« opération de percée du col de la Montagne » et l’« opération de retrait de la plage de Deon », qui auraient bientôt lieu sur le front occidental, seraient toutes deux rayées de la carte et remplacées par des inconnues que je ne pourrais pas commencer à prévoir.
Pour mener l’Empire à la victoire dans la guerre continentale qui s’annonçait, je laissais en vie l’homme qui représentait pour moi la réponse la plus fiable.
* * *
Clang ! Clang !
Au nord de Lobrus, un camp de rééducation par le travail était ceint d’une inquiétante clôture de barbelés.
Même dans ce froid qui semblait leur écorcher la peau, les prisonniers s’acharnaient à briser le socle rocheux gelé.
La directrice de la prison « Maksim » — Yelena, vêtue d’un épais manteau — supervisait le chantier, au fond de la mine.
« … Qu’est-ce que c’est ? »
Elle s’arrêta net.
Dans un coin de l’étroit tunnel, un autel grossièrement assemblé portait un unique texte sacré.
« Ah, on dit que c’est un autel dédié à l’Izent », expliqua prudemment le chef des gardes qui la suivait, attentif à sa réaction.
« Le Parti central a donné l’ordre de ne pas intervenir dans les pratiques religieuses… »
Des pratiques religieuses. Yelena reprit, d’un ton curieux :
« C’est un ordre du Parti ? »
« Oui. Ils semblent avoir conclu que la foi contribuait grandement à améliorer le rendement du travail. »
« … »
Yelena fixa le texte sacré.
Les fragments de soupçons qui s’étaient dispersés dans son esprit, comme des échardes, s’assemblèrent soudain.
« Vous seriez Izenheim, par hasard ? » demanda-t-elle au chef des gardes.
« Non, non. Je suis un pur membre de la tribu Sled. »
« Quelle proportion des détenus ici est Izenheim ? »
« Pas tant que ça. Peut-être dix pour cent, à peu près. »
Une minorité assez réduite pour qu’on puisse l’ignorer, et pourtant le Parti fermait délibérément les yeux sur ses pratiques religieuses et les laissait perdurer ?
Bien sûr, la plupart des textes sacrés des autres religions étaient aussi autorisés dans le camp. Ces croyances aidaient les prisonniers à continuer de travailler dans un endroit sans rêves ni espoir.
« … »
Mais cet autel était différent.
Yelena passa une main gantée sur la pierre froide et retourna cette idée dans son esprit.
C’est certain.
Varmil Makstun, le Secrétaire général de l’Alliance orientale, était Izenheim.
Rien d’autre n’expliquait pourquoi le plus haut dirigeant lui-même se donnerait tant de mal pour préserver quelque chose comme l’Izent.
Alors n’était-il qu’un fanatique d’une secte marginale ? Avait-il éliminé la famille Yumanov et purgé des dizaines de milliers de camarades uniquement au nom des Izenheim ?
« … Tss. »
Yelena étouffa difficilement la colère qui couvait dans son ventre, pareille à des braises enfouies sous la cendre.
Tout en elle voulait fracasser et brûler sur-le-champ chacun de ces autels répugnants, mais elle ne pouvait pas attirer l’attention du Parti central en agissant inconsidérément.
Pour préserver son identité secrète, elle devait faire preuve d’une obéissance irréprochable. C’était la seule solution.
« Quelle part de la quota d’aujourd’hui reste-t-il ? »
« Il en reste encore un peu. Dois-je les faire travailler plus dur, directrice ? »
Le chef des gardes posa la question en faisant tourner sa matraque entre ses doigts.
« … Non. À partir de maintenant, répartissez tous les détenus en équipes. Toute équipe qui dépasse son quota recevra des rations supplémentaires sur-le-champ. »
« Hein ? Oui ? Nous manquons nous-mêmes de nourriture, madame. »
« Je paierai de ma poche. Mon salaire suffira. »
« … Waouh. »
Le visage du chef des gardes s’emplit d’une admiration sincère.
« Et les équipes qui n’atteignent pas leur quota ? Le fouet, ou… »
« Le fouet fait perdre du temps. Et s’ils sont blessés, nous perdons de la main-d’œuvre. Faites plutôt aider les autres équipes. Elles recevront des rations supplémentaires en échange de l’aide apportée. »
Yelena n’avait pas l’intention d’épuiser les travailleurs pour s’enrichir. Son salaire de directrice, les allocations du Parti et les fonds secrets que Maximilian lui fournissait suffisaient largement à mettre ses plans à exécution.
Sa priorité absolue, pour l’heure, était de prouver au Parti central sa compétence et son intégrité, ici, dans le nord.
« Autre chose : faites recenser tous les détenus par origine ethnique et consignez le tout dans un registre. Il faudra aussi le faire pour chaque nouvel arrivant. »
« Oui, bien compris ! »
« Continuons. »
Yelena reprit son inspection.
Dans ce camp de rééducation par le travail où les blizzards faisaient rage même en été, elle accomplissait sa tâche à sa manière.
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>