Chapitre 21
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Traducteur : Bébé qui tousse
Relecteur : Bébé qui tousse
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 21
──────
Au bout du compte, le problème, ce sont les gens (2)
Kiiiiiiing── ! Kiiiiiiing── !
Au pied des monts Rommilton, où les habitants se faisaient rares et où le terrain était si rude que les bêtes sauvages et les monstres surgissaient à tout moment,
une foreuse à mana dévorait le socle rocheux.
Krrr-krk-krk── !
Des arbres centenaires se brisaient comme du papier. Le versant s’effondra et des nuages de poussière s’élevèrent.
Kwa-dududud── !
« Eh bien, vous voilà donc. »
Le maire Jensen d’Hermès s’approcha du chantier minier en pleine effervescence, un grand sourire aux lèvres. Quelques jours plus tôt, il s’était montré hostile, mais il avait changé d’avis en un instant. C’était vraiment un politicien qui savait comment les choses fonctionnaient.
« Administrateur Dieter, tout se passe bien ? »
Jensen posa la question en enfilant un casque de chantier.
« Oui, tout se déroule sans accroc. »
« Ha ha, parfait, parfait. Ces derniers temps, de vilaines rumeurs prétendent que les mines du sud s’épuisent ; nous étions très inquiets, nous aussi. J’espère vraiment que ce sera une excellente affaire. »
Pour être honnête, Dieter avait des doutes.
C’était la première mission commerciale de Maximilian.
D’après ce que Dieter savait, la prospection de pierres de mana était un pari risqué, aux chances de réussite très faibles. Même si l’on trouvait une faible trace de mana à la surface, cela ne signifiait pas nécessairement qu’un filon important se cachait dessous.
Malgré tout, Maximilian était presque convaincu, et Dieter suivait ses ordres en tant qu’employé.
« Hum, Administrateur… »
À cet instant, un expert de terrain s’approcha en s’essuyant le visage.
« Si nous sommes déjà descendus aussi profond, je dirais qu’il faut creuser encore deux semaines. Si nous ne trouvons rien d’ici là, c’est qu’il n’y a rien. »
« Compris. »
« Ah, il y en aura, j’en suis sûr. On va en trouver. Ha ha ha… »
Jensen rit, tandis que Dieter observait le chantier en silence.
Ils devaient trouver un filon au plus tard dans les trois mois. Ce délai tenait compte du capital initial, des dépenses déjà engagées et de tous les frais d’exploitation à venir.
* * *
Sebestian reçut un rapport de son majordome, Engi. Il concernait la première entreprise de Maximilian.
« Alors, l’affaire lancée par ce gamin se résume à creuser une mine ? »
Tss. Il claqua la langue et jeta les documents de côté.
« Il a provoqué tout ce remue-ménage juste pour creuser une mine ? »
Un nombre considérable de pétitions étaient arrivées du sud de l’Empire. Bien sûr, dès que les gens avaient appris que la maison Ebenholtz était impliquée, ils avaient rentré leurs griffes.
Engi prit la parole avec prudence.
« Il semble que le jeune maître ait sa propre vision des choses. »
« Quelle vision ? Il a probablement entendu une rumeur à bon marché quelque part. Il a toujours été crédule. Il lui en faut peu pour se laisser convaincre. »
Sebestian excellait aussi bien dans les lettres que dans les armes. Il avait plus que doublé les biens de la maison Ebenholtz dont il avait hérité, et on le tenait lui-même pour l’un des meilleurs épéistes de l’Empire. Naturellement, ses exigences envers autrui, surtout envers un héritier, étaient extrêmement élevées.
« Si, par hasard, cela donne de bons résultats, alors… »
« Engi. Sais-tu pourquoi on prend les chercheurs de trésors pour des idiots ? »
Sebestian poursuivit d’un ton méprisant :
« Parce qu’ils sont incapables de renoncer. Une fois qu’ils ont commencé à creuser, ils ne peuvent pas s’arrêter avant d’avoir retourné chaque parcelle de terrain qu’ils ont achetée. Ils fouillent çà et là, perdent leur temps et leur argent, et tant qu’ils n’ont pas reposé leur pelle, ils se persuadent qu’ils n’ont pas encore échoué. Ce ne sont que des taupes. »
Engi esquissa un sourire amer.
« Le jeune maître change peu à peu. »
« … Il est déjà trop tard. »
Sebestian le coupa froidement en regardant par la fenêtre.
« L’avoir observé pendant plus de vingt ans m’a suffi. »
* * *
« … Je n’aurais peut-être pas dû accepter cette mission. »
J’effectuais en ce moment une surveillance clandestine en tant que chevalier de l’Ordre des Sentinelles.
Lieu : la rue des Nobles, dans la capitale impériale. Plus précisément, la résidence Kerios, un quartier résidentiel de luxe extrêmement coûteux. Un endroit où le Dévoreur de Têtes était fortement soupçonné de se cacher — non, où sa présence était confirmée.
Je l’observais depuis l’intérieur d’une voiture.
Sans l’ombre d’un doute, un Izenheim surnommé le Dévoreur de Têtes se tapissait là-dedans.
« Hum. »
Je descendis de voiture et m’arrêtai à quelque distance de l’entrée de la résidence Kerios.
« Qui êtes-vous ? »
Un garde m’intercepta aussitôt. Je portais des vêtements ordinaires.
« … Je suis venu visiter des maisons. »
« Des maisons ? »
Le garde me dévisagea avec méfiance.
« Veuillez présenter vos papiers. »
« Tiens ? Le chevalier Maximilian ? »
Au moment où le ton du garde se durcit, une voix mielleuse à l’excès prononça mon nom.
« Que faites-vous ici ? »
C’était Jun Kandel. Le type qui m’avait acheté cette porcelaine, la dernière fois.
« … Loyauté ! »
Le garde le salua, puis s’inclina devant moi et s’excusa pour son manque de courtoisie.
Après tout, je connaissais Jun.
Cela dit, quel genre de nom, Jun ? C’était vraiment agaçant.
« Je visite des maisons. »
« Encore ? On dirait que l’immobilier vous intéresse. »
Jun Kandel rejeta ses longs cheveux en arrière. Je détestais cette queue-de-cheval qu’il arborait sans cesse.
« J’ai entendu dire que vous en aviez acheté une récemment, vous aussi. »
« Oui. Il va de soi que les prix de l’immobilier dans la capitale vont augmenter, non ? C’est une bonne affaire. »
« Ha ha, quel livre allez-vous encore sortir pour justifier votre achat… Enfin, il n’y aura aucune annonce de vente à Kerios. Et votre petite combine de la dernière fois ne fonctionnera pas ici non plus. »
Je souris au ton moqueur de Jun Kandel.
M’énerver contre cette langue de vipère ne pourrait que me nuire.
« S’il n’y a rien à vendre… »
« Ah, c’est vrai. Vous êtes devenu chevalier des Sentinelles, cette fois, n’est-ce pas ? J’aurais dû vous féliciter, pardonnez-moi. J’ai été très occupé par les affaires de la Tour de magie. »
Pour information, monsieur était mage.
« Ce n’est pas la peine de me féliciter… »
« Mais pour des gens comme nous, apprendre la nouvelle au détour d’une conversation suffit amplement, n’est-ce pas ? »
« Ce que… »
« Venez donc. Je ne peux évidemment pas mettre Kerios en vente, mais puisque vous êtes là, je vais vous faire visiter. Pour votre gouverne, il m’a fallu beaucoup de temps pour acquérir ma place dans cette résidence, moi aussi. »
Espèce d’enfoiré, laisse-moi parler aussi.
« Pour commencer, un sort d’agrandissement a été appliqué à l’intérieur de Kerios. »
Jun me guida dans la résidence. Un vaste parc s’étendait à l’intérieur.
« Le parc est plus de trois fois plus grand qu’il n’en a l’air. Parfait pour profiter du soleil et méditer. Même si je ne vois pas très bien à quoi vous pourriez réfléchir en serrant une épée. Pour un mage de haut rang comme moi, en revanche, c’est très important… »
Je marchais, faisant à moitié abstraction du bavardage de cet imbécile, quand
— Boum.
mon cœur se mit soudain à battre la chamade.
— Boum.
C’était le signal du virus.
— Boum.
Je regardai aussitôt autour de moi.
— Boum.
Une femme descendait l’escalier central d’un pas élégant. Sa peau était blanche comme la neige. Ses cheveux d’un noir de jais lui tombaient jusqu’à la taille. Ses yeux bleus avaient une profondeur impossible. Un collier scintillait sur sa clavicule, une bague étincelait à son doigt.
Elle mesurait environ un mètre soixante-treize ; ses chevilles et ses poignets étaient fins. Son corps respectait le nombre d’or.
Toutes ces informations affluèrent dans mon esprit.
« … »
Jun Kandel s’était lui aussi arrêté.
Leurs regards se croisèrent un bref instant.
Jun connaissait cette femme.
Cette femme connaissait Jun.
Ils avaient donc un lien.
La femme jaugea la situation et passa devant nous sans un mot. Je demandai à Jun :
« Vous la connaissez ? »
« … Je l’ai déjà croisée. »
« Elle est belle. »
Le sourcil de Jun tressaillit un instant. Ce salaud était incapable de maîtriser ses expressions.
Pas étonnant qu’il se fasse toujours marcher dessus par son petit frère.
« Vous disiez être venu visiter des maisons. Vous êtes venu regarder les gens, plutôt ? »
Jun posa la question d’un ton revêche. Son air raffiné s’était fissuré à cause de cette femme.
Je dissimulai mon sourire et hochai la tête.
« Ah. Je me suis trouvé un petit passe-temps. »
« Un passe-temps ? »
« Oui. »
Je me sentis soudain de bonne humeur. Mon moral remonta lui aussi.
« Il y a eu quelques articles récemment. »
Je joignis tranquillement les mains derrière le dos.
« Ces derniers temps, je suis incroyablement doué pour repérer ceux qui se font passer pour des Impériaux. »
Cette femme était une Izenheim. Une Izenheim séjournait dans un endroit réservé aux nobles Impériaux purs-sang.
Jun le savait-il ?
« … Et alors ? »
« Je me disais que, peut-être, juste peut-être, il y avait aussi ce genre de personnes dans cette résidence… »
« … Quoi ? »
« Si c’était le cas, des logements se libéreraient naturellement. »
Jun se tut un instant. Son regard parcourut mon visage, puis un coin de sa bouche se releva.
« Comme si cela pouvait arriver. C’est Kerios. »
« On ne sait jamais. Pas avant une inspection générale, en tout cas. »
« Une inspection générale des nobles ? Vous êtes fou ? »
Les veines de son cou se gonflèrent soudain.
J’esquissai un sourire sans joie et passai une main dans mes cheveux.
« Je disais ça comme ça. »
« Quel genre de… »
« Bon, j’en ai assez vu. »
J’inclinai légèrement la tête. Une fois encore, je contemplai la silhouette de la femme qui s’éloignait, déjà plus loin.
« Je m’en vais. »
Un pas.
Je tournai le dos à Jun. Alors que je partais, il me lança un regard noir.
Grâce à lui, j’appris quelque chose que j’ignorais avant ma régression.
Jun Kandel était étonnamment romantique.
… Je rentrai au bureau. J’allumai l’ordinateur et consultai le registre des résidents de la résidence Kerios.
[Nom : Pexy von Arzen]
[Naissance : 1er novembre 1012 de l’Empire, capitale Arcadia]
[Statut : fille aînée de la maison Arzen]
[Profession : mage de cinquième rang, Tour de magie Sentio]
« J’ai identifié la coupable. »
Par la même occasion, j’avais trouvé le point faible de ma rivale.
Pourquoi le Dévoreur de Têtes avait-il brusquement cessé de tuer ? La réponse était simple : elle avait eu l’occasion d’agir à un niveau supérieur.
« Je l’ai identifiée, mais… »
J’avais beau y réfléchir, je ne pouvais pas m’en sortir seul. Mon travail de chevalier n’était pas de mener des opérations sur le terrain, et je ne pouvais pas me dédoubler.
Dieter pouvait très bien prendre en charge les tâches administratives d’Engi, mais il manquait de force.
« Des gens. »
Il m’en fallait. Un enquêteur ou un informateur. Quelqu’un capable de mener des opérations sur le terrain. Quelqu’un qui puisse diriger le front clandestin depuis l’ombre.
Je me frottai le menton. Sans que je m’en aperçoive, une barbe rêche y avait poussé.
« … Attends. »
Mon regard s’arrêta alors sur la liste des prisonniers affichée à l’écran.
Les chevaliers pouvaient créer leurs propres organisations. La loi impériale comportait une zone grise qui leur laissait une certaine marge de manœuvre, et il était tout à fait possible d’utiliser des criminels emprisonnés comme informateurs grâce à une « grâce conditionnelle ».
Je me penchai en avant. Je parcourus la liste des prisonniers affichée sur le moniteur.
Drk. Drk.
Je fis tourner la molette et cherchai un nom.
Au cas où je tomberais sur un nom qui me disait quelque chose… j’en trouvai un.
« Te voilà. »
* * *
La prison impériale. La treizième prison de l’Empire, située dans l’ouest du territoire.
« Bienvenue, messire. Loyauté. »
Lorsque je descendis sur le parking, le directeur et les gardes m’accueillirent. Je me contentai d’un petit signe de tête.
Ces derniers temps, j’avais compris une chose : il était beaucoup plus facile d’adopter un ton autoritaire avec ses subordonnés. Ce n’était pas qu’ils chercheraient à me traiter en égal si je me montrais conciliant ; ils se mettaient simplement à m’assaillir de questions.
« Votre administrateur m’a exposé les grandes lignes. Vous envisagez une grâce conditionnelle… »
« Veuillez me conduire. »
« Bien, messire. »
Le directeur me guida à l’intérieur de la prison.
Kouong ! Kouong ! Kouong !
De lourdes portes de sécurité s’ouvrirent les unes après les autres tandis que nous avancions.
Kouong ! Kouong ! Kouong !
Des portes à perte de vue. Après la cour et les quartiers ordinaires, nous arrivâmes devant un bâtiment séparé.
« Voici les cellules d’isolement. On y enferme les détenus qui ont commis les crimes les plus graves ou qui provoquent des troubles. »
Une personne était enfermée dans chaque petite pièce, comme dans les alvéoles d’une ruche. Le numéro du détenu, son chef d’accusation et son nom étaient inscrits devant chaque porte de fer.
Je les parcourus du regard en avançant dans le couloir.
Un pas. Un pas.
Puis je m’arrêtai.
« … »
Derrière les barreaux se tenait une femme au regard perçant. Ses cheveux noirs et ébouriffés masquaient la moitié de son visage ; son regard, visible à travers les mèches, était acéré comme une lame.
C’était celle que je cherchais.
Je désignai la rangée où se trouvait sa cellule.
« Je vais mener des entretiens. Avec tous les détenus de cette rangée. »
Si je n’en choisissais qu’une seule, cela risquait d’éveiller des soupçons inutiles.
« Bien, compris. Numéros 771, 3910, 391… »
Le directeur se comportait toutefois étrangement. Il sauta le numéro qui m’intéressait.
Je lui demandai :
« Pourquoi laissez-vous de côté le numéro 330 ? »
« Ah, euh… Le détenu 330 a commis des crimes très graves. Il ne montre aucun signe de remords et est lié à plusieurs autres affaires non résolues… Certaines font même encore l’objet de procès. Pour votre sécurité, chevalier, mieux vaudrait l’exclure. »
Le directeur se mit soudain à énumérer de piètres excuses. Je répondis d’un ton neutre :
« C’est moi qui en décide. »
Quelque chose sentait mauvais. Pour une raison quelconque, cette prison et cette détenue semblaient mêlées aux affaires de prétendus hauts dignitaires de l’Empire.
« M-mais, chevalier… »
« Silence. »
Et alors ?
À moins que ces hauts dignitaires ne soient l’Empereur, ils ne m’étaient pas supérieurs.
Je n’avais pas l’intention d’enquêter sur toutes les histoires qui empestaient derrière eux.
Alors.
« Ne me contredisez pas. »
« … Bien, compris. »
Le directeur baissa la tête et se mordit silencieusement la lèvre.
« Incluez le numéro 330. Mettez-les tous en attente. »
Bang ! Bang !
Dans un fracas lourd, les barreaux des cellules d’isolement s’ouvrirent les uns après les autres.
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