Chapitre 209
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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◈ L’impérialiste malgré lui
Chapitre 209
──────
…… Quelques soupçons que j’ai au sujet des Izenheim.
1. Les Izenheim utilisent une langue qui leur est propre.
C’est le fait le plus important. Ils ne communiquent pas par le son, mais par le mana… Non, par une longueur d’onde si étrangère qu’on ne peut même pas parler de mana. Ils s’en servent comme d’un code.
Une résonance qui écorche l’âme, impossible à imiter pour des cordes vocales humaines. Et pourtant, pour nos sens, elle ressemble à du mana. Ce qui signifie qu’ils ne peuvent pas la dissimuler complètement.
2. Comme ils sont apparus soudainement à un moment de l’histoire humaine, leur passé a été, dans une certaine mesure, « coupé ».
Il est donc impossible de déterminer précisément quand et où ils sont apparus. Néanmoins, divers documents historiques et indices indirects permettent d’en déduire une période approximative.
Il y a au moins trois cents ans. C’est à peu près à cette époque que les Izenheim firent leur première apparition dans l’histoire du continent.
3. Ils sont dispersés sur tout le continent, mais se regroupent en communautés dans certains endroits et pratiquent une religion appelée « Izent ».
Ils ont choisi la religion comme couverture, un moyen de s’enraciner profondément dans la société.
Peut-être parce qu’eux aussi ont besoin d’une base arrière.
4. Ils manigancent quelque chose sous terre.
Le témoignage d’Edmon l’avait confirmé avant ma régression. Ils sont disséminés dans les camps de rééducation par le travail de l’Alliance orientale, dans la république occidentale et aux quatre coins de l’Empire.
Kanillan, la nation insulaire, ne porte presque aucune trace de leur présence.
Là où il n’y a aucune raison de creuser sous terre, ils n’existent pas.
5. Les Izenheim ne peuvent pas se reconnaître entre eux à leur seule apparence.
Le cinquième point est l’hypothèse que je compte vérifier ici, de mes propres yeux, dès maintenant.
Avant d’employer leur « langue » ou d’accomplir certains rituels, ils ne peuvent pas identifier avec certitude les leurs à leur seule apparence.
C’est pourquoi les troisième et cinquième points sont liés.
Si toute la race des Izenheim était connectée, ils n’auraient pas besoin de former des communautés et de se réclamer d’une religion, révélant ainsi une faiblesse.
Comme ils ne peuvent pas reconnaître les leurs à leur apparence, ils se désignent comme Izenheim et rassemblent leurs semblables sous la bannière de la religion Izent.
— Alors…
Comment l’Izenheim qui se tient devant moi va-t-il réagir à cette « langue » que je viens d’employer ?
Boum.
Mon cœur continuait de battre. Le garçon ne bougeait pas.
Boum.
Qu’il me réponde ou non, j’allais le tuer. Mais je gardai enfouie jusqu’à la moindre trace d’intention meurtrière.
« …… »
Le visage du garçon était impassible. Comme si sa faculté même de ressentir des émotions s’était soudain éteinte.
Boum.
Dans ce silence, seul le virus palpitait. Puis, à un moment donné…
— Retourne d’où tu viens.
Le garçon ouvrit enfin la bouche.
Sa langue résonna dans mon crâne.
— Nous ne pouvons pas encore parler.
Qu’est-ce que cela signifiait ? Qu’attendait l’ennemi de l’humanité ?
Malgré tout, j’insistai.
« J’ai quelque chose à te dire. »
Une forme de pression psychologique, à sa manière. Il avait dit que nous ne pouvions pas parler, alors je m’adressai à lui dans une langue humaine.
« …… »
Le garçon me fixa longuement, puis…
Frot.
Il se détourna et s’éloigna. Une invitation à le suivre, sans doute.
Cela renforçait la crédibilité de ma cinquième hypothèse, mais il était encore trop tôt pour m’y fier pleinement.
Cela pouvait tout aussi bien être un stratagème pour me tromper.
Frot.
Je le suivis à bonne distance.
D’étranges motifs Izenheim étaient gravés dans les murs, et l’air qui circulait entre eux me râpait la peau. Une sueur froide perlait le long de mon dos.
La peur de l’inconnu.
Même moi, je ne pouvais y échapper, mais cela ne me gênait pas. Si les choses tournaient mal, je n’aurais qu’à massacrer tous les Izenheim de cet endroit, et l’affaire serait réglée.
Frot.
Le garçon s’arrêta. Nous nous trouvions devant un autel taillé dans la roche mère.
Sur la sculpture qui se dressait en son centre reposait un unique texte sacré, l’écrit Izent qu’ils vénéraient, posé là, solitaire.
— Parle.
Le garçon transmit sa longueur d’onde. Je scrutai les lieux, mais ne détectai ni micro, ni dispositif de surveillance, ni même la moindre trace de mana résiduel.
Sans doute parce que laisser une telle trace jouerait contre eux. Après tout, ils disposaient déjà de l’arme la plus parfaite : leur apparence.
« Le roi Batimus compte nous vendre à l’Empire. »
À ces mots, le garçon se figea complètement.
Et je compris à cet instant.
— Je me suis fait repérer.
Je ne savais pas encore ce qui m’avait trahi. Quelle partie de ce que je venais de dire était fausse ?
J’y réfléchirais plus tard.
Je soutins le regard du garçon et changeai de question.
« Qu’avons-nous fait de mal, exactement ? »
« …… »
Le garçon ne répondit pas.
Une colère immense jaillit du fond de mes entrailles, mais je ne pouvais pas la laisser prendre le dessus.
« Je te pose une question. »
« Je ne vois pas du tout de quoi tu parles. »
Le garçon répondit sans hésiter, en langue de Mekerel.
Je reposai ma question.
« Qu’a fait l’humanité pour mériter l’extinction ? »
Un rictus se dessina sur les lèvres du garçon.
Il me regarda d’un air étrange, où se mêlait de la colère.
« …… Ton existence même est une erreur. »
Il le dit à voix haute. Ouvrit la bouche et laissa sortir les mots.
C’est ainsi que naquit une sixième hypothèse.
6. Plus l’apparence d’un Izenheim est jeune, moins il est mûr.
« Je vois. »
Je n’hésitai pas. Je levai mon pistolet et tirai entre les yeux du garçon.
—.
Un mana discret traversa le garçon. Son petit corps s’effondra au sol. Le silence retomba sur le sanctuaire. Le sang de l’Izenheim éclaboussa mes chaussures, et le vent se fit creux.
« …… »
Sans réfléchir, je déplaçai mon regard vers le vide.
Quelque part, les yeux de Filty m’observaient.
……
Je me débarrassai du corps et remontai à la surface.
La nuit était tombée en silence sur cette ville maudite. Je m’apprêtais à partir quand… « Où courez-vous ainsi ? »
Quelqu’un m’interpella en langue impériale.
Je m’arrêtai dans la rue éclairée par des lanternes et me retournai.
« Vous êtes un Impérial ? »
Celui qui venait de parler était un homme vêtu d’une robe de prêtre grise. Il portait autour du cou un pendentif orné du symbole Izent et son teint était aussi pâle que celui d’un ascète.
Je le regardai sans répondre.
Mon cœur se remit à battre lourdement.
« Un Izenheim ? »
Celui-ci aussi était naturellement un Izenheim.
« Oui. Je suis un Izenheim. Et vous, il me semble, êtes un Impérial. »
Il ne détourna pas le regard et esquissa un doux sourire.
Pour ma part, j’avais l’impression que mon sang remontait à contre-courant.
Cette chaleur magnanime, cette attitude d’homme d’Église qui semblait prêt à accueillir tous les péchés du monde. Cette enveloppe répugnante me donnait envie de vomir. Je voulais le tuer sur-le-champ.
« Vous êtes différent des autres Izenheim d’ici. »
Je me retins et changeai de sujet. La peau de la créature était en effet nettement plus claire que celle des autres.
« Haha. Je suis né dans l’Empire, après tout. Y a-t-il une raison particulière à la visite d’un Impérial à Rondor ? »
Le prêtre Izenheim posa la question d’une voix ostensiblement douce.
« …… Oui. »
Sa question elle-même avait touché quelque chose qui couvait en moi.
« J’étais curieux de découvrir les vôtres. »
Je marmonnai ces mots, les doigts posés sur le pistolet à ma ceinture.
« Des créatures sous-humaines. »
« …… »
Le mépris et la condamnation ne le mirent pas en colère. Il joignit les mains comme pour prier.
« …… Je comprends. Les Impériaux méprisent les Izenheim. Mais ce n’est qu’un malentendu. »
Un malentendu.
« Nous ne faisons qu’attendre. Même un nœud de haine aussi serré finira un jour par se défaire devant la grande providence. Au bout du compte, nous connaîtrons tous ensemble la paix, une tranquillité sans discrimination ni souffrance. »
Une voix écœurante, comme s’il récitait une bénédiction.
« Quand ce jour viendra, vous aussi, vous comprendrez ce que nous cherchons. »
Des paroles répugnantes. Je levai mon pistolet et le mis en joue, le doigt posé sur la détente.
« …… La seule tranquillité sans discrimination ni souffrance, c’est la mort. »
La réaction de l’Izenheim fut exactement celle à laquelle je m’attendais.
Il baissa doucement la tête.
« Impérial. Agissez selon votre volonté. »
Agir selon ma volonté.
Je retournai ces mots dans mon esprit, puis, de mon plein gré…
Je choisis de dissimuler mes véritables intentions.
Je choisis de réprimer mon envie de tuer.
Parce qu’un jour, une occasion plus favorable se présenterait.
« …… »
J’abaissai le pistolet et le rengainai. Les yeux du prêtre Izenheim s’écarquillèrent de surprise.
Je me détournai sans un mot.
Et, à cet instant précis, j’en fus certain.
« — Impérial sans nom. J’aimerais vous dire quelque chose avant votre départ. »
Cette créature sous-humaine m’interpellait dans mon dos.
Même eux ont des failles.
On peut les tromper.
Je ne me laisserai pas tromper par eux, mais je peux leur faire croire qu’ils m’ont trompé.
« J’espère que la décision prise aujourd’hui marquera pour vous un tournant décisif… »
Car ma meilleure arme, c’est l’asymétrie de l’information que m’offre la régression.
* * *
— Pendant ce temps, loin de Mekerel, dans une cité souterraine de l’Empire.
[ Maximilian : Qu’avons-nous fait de mal, exactement ? ]
Gratte. Gratte.
La plume de Filty, l’artiste de bande dessinée, filait sur le papier.
[ Garçon : …… ]
Gratte. Gratte.
Ses pupilles étaient devenues blanches, et ses mains dessinaient les scènes observées par l’Œil qui voit tout.
[ Maximilian : Je te pose une question. ]
[ Garçon : Je ne vois pas du tout de quoi tu parles. ]
Dans quelque sanctuaire souterrain de Mekerel, un échange incompréhensible se poursuivait.
[ Maximilian : Qu’a fait l’humanité pour mériter l’extinction ? ]
À la question de Maximilian, l’expression du garçon changea un instant à peine.
[ Garçon : …… Ton existence même est une erreur. ]
Alors Maximilian grimaça et serra les dents.
Une colère qu’il n’avait peut-être pas reconnue en lui. L’Œil qui voit tout la capta, et Filty la représenta avec force sur sa feuille blanche.
[ — Une balle de mana traverse le front du garçon. ]
L’instant où Maximilian tua le garçon Izenheim.
La vie revint dans les yeux de Filty.
« …… »
Elle contempla en silence les cases achevées.
Maximilian. Dans le sanctuaire Izent, à l’est de Rondor, il avait tué le garçon. Un autre crime étrange à son actif.
« L’extinction de l’humanité… »
Mais, d’une manière ou d’une autre, cela ne lui semblait pas ordinaire.
Filty ne parvenait pas à comprendre ce qu’elle avait observé, ni la conversation entre Maximilian et le garçon.
« Autrice-nim~ »
Une voix s’éleva derrière elle, juste à point nommé.
Filty sursauta et se retourna. C’était son gérant, qui lui adressait un grand sourire.
« Vous avez mangé ? »
« Oui, j’ai mangé. »
Il s’approcha en souriant et posa une pile de journaux du matin sur la table.
« Regardez ça. Ce n’est pas seulement l’édition impériale : les éditions d’exportation en langue prozène et en langue hailandienne sont elles aussi en rupture de stock depuis ce matin ! »
La une du journal littéraire arborait des titres en gros caractères.
[ Sensation continentale : « Outcast » en rupture de stock dès son premier jour à Prozen ! ]
[ Les librairies de Hailand en ébullition ! Le phénomène « Outcast » ]
Elje, Meden, Pain, Kayden… Outcast. Le parcours de ses compagnons se répandait sur tout le continent et bouleversait les cœurs.
« Je suis contente. »
Filty éprouva un étrange soulagement, mêlé d’une profonde tristesse.
Le gérant jeta un coup d’œil aux feuilles sur le bureau, celles où elle venait de dessiner des scènes avec Maximilian, puis l’interrogea à leur sujet.
Filty tendit vivement les deux mains et couvrit son manuscrit.
« …… Je vous serais reconnaissante de ne pas franchir cette limite. »
« Ah, oui. Désolé. »
Un peu embarrassé, le gérant recula. Filty laissa échapper un léger soupir et ajouta :
« C’est un spin-off. L’histoire qui vient après Outcast. »
C’est tout ce qu’elle lui révéla.
Si Maximilian venait un jour à être vaincu et à tomber, elle comptait publier ces manuscrits. Elle exposerait au monde entier toutes les atrocités qu’il avait commises, tous les massacres qu’il avait perpétrés, et porterait contre lui une accusation complète devant l’humanité entière.
« Oh~ J’ai hâte de le lire. »
Les yeux du gérant s’illuminèrent. Filty le regarda et lui demanda soudain :
« Yam. Pourriez-vous me procurer des livres ? »
Son gérant s’appelait Yam. Yam Mikon, de son nom complet.
Sans doute parce qu’il était Yaken, son nom était assez inhabituel.
« Des livres ? »
« Oui. »
« De quel genre ? Des livres d’art ? Ou un roman pour vous inspirer ? »
À cette question, Filty répondit à voix basse :
« …… Sur les Izenheim. »
Les Izenheim.
Elle allait étudier les Izenheim.
Car, pour démanteler la logique vicieuse de Maximilian, faite de racisme et de haine, elle devait d’abord la comprendre elle-même.
« Des livres sur les Izenheim… Autant que vous pourrez en trouver. Des livres d’histoire, peu importe. »
« Les Izenheim ? Oui, compris. Je vais voir ce que je peux trouver. »
« Oui. Allez-y maintenant. »
« Oui ! »
Yam partit, et Filty reprit les cases de sa bande dessinée.
[ Maximilian : Qu’a fait l’humanité pour mériter l’extinction ? ]
Ces mots que Maximilian avait répétés juste avant de tuer le garçon, et qui semblaient étrangement presque désespérés.
[ Garçon : …… Ton existence même est une erreur. ]
Et, en face, la réponse glaciale du garçon.
L’Œil qui voit tout de Filty était imparfait. Il ne pouvait pas « se souvenir » de ce qu’il observait. Elle ne pouvait en garder une trace qu’en le dessinant sur une page.
Mais peut-être était-ce précisément pour cette raison que, dans la bande dessinée qui reproduisait le plus fidèlement ce que l’Œil qui voit tout avait vu, sans le moindre préjugé…
« Pourquoi… »
Maximilian semblait être le protagoniste, tandis que le garçon était représenté comme le méchant.
« …… Qu’est-ce que c’est ? »
Cette dynamique étrangement inversée…
Filty la contempla très, très longtemps.
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