Chapitre 202
Traductions WeTried
Traducteur : Bébé qui tousse
Éditeur : Bébé qui tousse
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 202
──────
Malveillance (3)
Fouuuuuush──
Un matin, tandis qu’un vent mordant hurlait dans les airs, une prison se dressait quelque part dans le nord de Lobrus, ceinte de hauts murs gris ardoise.
« …… »
Au poste de garde, un surveillant examina avec méfiance le livret d’identité. Il compara la photo à l’homme qui se tenait devant lui, puis lut son nom d’un ton plat.
« Maksim Eduardovich Voronin. Profession :… avocat ? »
« C’est exact. »
Cette voix grave et calme, que personne n’aurait hésité à prendre pour celle d’un homme, appartenait à Yelena Yumanov.
Elle s’était déguisée en homme et se faisait appeler Maksim.
« Entrez. »
Le surveillant lui fit signe d’avancer du menton.
──Kouuuung !
La lourde grille de fer de la prison racla le sol en s’ouvrant.
Clac. Clac.
Yelena parcourut le couloir obscur et déboucha dans une salle de visite exiguë. Elle s’assit en silence sur une chaise métallique et attendit.
Tic-tac. Tic-tac.
Pourtant, même après un long moment, le prisonnier qu’elle avait demandé à voir ne se présenta pas. Le surveillant revint à la place et lui annonça : « Le directeur souhaite vous voir. »
Elle s’y était attendue.
« Allons-y. »
Yelena monta au bureau du directeur.
La pièce était dominée par le rouge, et un portrait encadré de Bartun était accroché au-dessus de la tête du directeur.
« Asseyez-vous. »
Petrin, le directeur, désigna le siège de l’autre côté du bureau. Yelena s’assit et demanda :
« Et ma demande de visite ? »
Petrin eut un petit rire.
« Maître. Vous êtes vraiment venu ici pour défendre quelqu’un ? »
« Oui. J’ai entendu dire qu’une personne était emprisonnée pour avoir volé un pain. »
Pfft. Un ricanement incrédule lui échappa.
« Et alors ? Voler un pain n’est pas un crime ? »
« C’en est un, mais cette personne va-t-elle aussi être envoyée dans un camp de rééducation par le travail ? »
« Je suppose. »
« Pour avoir volé un seul pain ? »
Le directeur eut un sourire en coin.
« La discipline du Parti s’est considérablement durcie. Vous comptez défendre un petit voleur de ce genre ? »
« Et si c’était le cas ? »
« Dans ce cas, je ne serais pas surpris de vous retrouver bientôt ici comme détenu. »
C’était une menace à peine voilée, mais Petrin jouissait réellement d’appuis puissants au sein du Parti. La prison du Nord supervisait trois ou quatre camps de rééducation par le travail ; son autorité dans la région était donc considérable.
« Ah… En fait… »
Yelena se pencha en avant.
Sa voix s’abaissa.
« Je ne suis pas venu défendre quelqu’un qui a volé quelques pains. Je suis venu vous défendre, vous. »
« ……Quoi ? »
Le directeur fronça brusquement les sourcils. Son visage entier se déforma, comme s’il demandait : « Quelle absurdité racontez-vous ? » Mais Yelena prononça calmement un nom.
« Connaissez-vous Ivan Katrovich ? »
« …… »
Le visage du directeur se figea.
Ivan Katrovich. Un rival politique au comité central du Parti, qui guettait depuis quelque temps l’occasion de faire tomber Petrin.
Voyant le visage du directeur se crisper, Yelena ajouta à voix basse :
« Ivan compte vous accuser de réactionnarisme. »
* * *
Il y a longtemps, un incident d’intoxication au mana s’était produit dans une entreprise de l’ouest de l’Empire.
Des pierres de mana illégales en étaient la cause. Des pierres de mana synthétiques interdites avaient été utilisées sur un site de l’entreprise ; un gaz toxique s’en était échappé et des dizaines d’employés avaient été empoisonnés. Hermann était du nombre.
Hermann, le frère cadet d’Otto, avait vu ses circuits détruits par le syndrome d’intoxication au mana. Il avait développé une maladie incurable du cœur.
Mais le puissant noble à l’origine du trafic de pierres de mana illégales, Gregory, avait accédé aux hautes sphères de la politique impériale. L’affaire avait donc été étouffée de bout en bout.
L’entreprise avait abandonné Hermann sans même lui fournir des soins convenables, et encore moins une indemnisation.
Otto, qui avait été soldat, n’en avait appris la nouvelle que trop tard. Il avait ramené Hermann chez lui, mais il était déjà trop tard.
Hermann était mort, assassiné de fait.
C’était pour cela qu’Otto avait choisi la vengeance.
Il avait pris le nom et le visage de son frère cadet, Hermann. Grâce au soutien minutieux et à la technologie de la Faction révolutionnaire, il s’était entièrement métamorphosé.
Otto n’avait jamais déclaré la mort d’Hermann. Au lieu de cela, il avait fait effacer son identité par la Faction révolutionnaire, puis avait intégré la section d’élite de l’Empire sous le nom de son frère cadet.
Avant ma régression, son plan avait manifestement réussi.
L’Empire était tombé et la révolution avait triomphé.
Mais, dans cette vie, sa maison avait été anéantie.
Il avait disparu de ce continent, simple individu parmi des milliers d’autres.
Il ne me restait qu’une chose à faire : annoncer publiquement la mort d’Hermann.
J’organisai une conférence de presse.
Je comptais ne laisser d’Hermann que le souvenir d’Hermann. Je modifiai à ma convenance les traces et les preuves qu’il avait laissées, et reconstituai même les circonstances et le déroulement de sa mort de façon à servir les intérêts de l’Ordre.
Otto avait été un espion de la Faction révolutionnaire, mais je ne pouvais laisser l’Ordre des Sentinelles se déshonorer.
Non, une tache pouvait être tolérée. Si elle créait une cause qui devait exister, elle pouvait même mériter qu’on l’accepte.
Mais il ne fallait pas que la Faction révolutionnaire en soit à l’origine.
C’était pour cela que……
……
Un jour, sous un ciel limpide à l’heure de midi.
Leutern II se rendit à l’Ordre des Sentinelles.
Il n’avait aucune raison particulière de le faire. Il s’ennuyait, tout simplement. Il en avait assez de rester enfermé dans ses appartements privés.
« ……Qu’est-ce que c’est que ça ? »
Mais la place devant le quartier général des Sentinelles était noire de monde.
Brouhaha. Bousculade.
La plupart étaient des journalistes, appareils photo et carnets en main. Parmi eux se trouvaient aussi bon nombre de chevaliers en uniforme, ainsi que des nobles bien connus du palais impérial.
Brouhaha. Bousculade.
« Oh ? C’est le duc Leutern. »
Quelqu’un dans la foule repéra Leutern. Celui-ci inclina légèrement la tête et demanda :
« Que se passe-t-il ? Qu’est-ce que tout le monde fait ici ? »
« Ah ! Veuillez m’excuser ! Par ici, je vous prie ! »
Il avait posé la question par simple curiosité, mais les gens s’écartèrent à la hâte.
« Non, je vous demande ce qui se passe. »
« Ah, oui. Bien compris. Tout le monde, écartez-vous, je vous prie ! Le duc Leutern arrive ! »
Ils lui dégagèrent même un passage entier.
« Non… »
« Par ici, je vous prie. »
Leutern les suivit pour l’instant.
Ainsi, presque escorté, il se retrouva au premier rang de l’auditorium des Sentinelles.
« Oh ? C’est Max. »
Maximilian était assis au centre de l’estrade. Avant même de comprendre ce qui se passait, Leutern s’était installé sur le siège libre à côté de lui.
« …… »
Maximilian regarda Leutern sans mot dire. Celui-ci cligna des yeux et répondit :
« On m’a dit d’entrer. »
« ……Ah bon ? »
« C’est toi qui m’as fait venir, Max ? »
« ……Comme si je l’aurais fait. »
Leutern baissa la voix jusqu’au murmure.
« Mais de quelle conférence de presse s’agit-il ? »
Maximilian lui répondit tout aussi discrètement.
« Hermann est mort. »
« Qui est Hermann ? »
« …… »
Chuchotis. Chuchotis. Un photographe prit les deux hommes en photo tandis qu’ils se murmuraient à l’oreille.
« Le chevalier qu’on a vu dans ce petit théâtre. »
« Ah, lui ? Pourquoi est-il mort ? »
« La Faction révolutionnaire l’a attaqué. »
« Quelle horreur. »
Maximilian fixa un instant Leutern, puis hocha la tête.
« Enfin, je suis content que tu sois venu. Le duc Leutern a également été mêlé à cette affaire. »
« Moi ? »
« Oui. Il est tout naturel que tu assistes à cette conférence. »
Il attira aussitôt le micro vers lui et commença son exposé.
Une embuscade avait été tendue alors qu’Hermann transportait Dominik ; Hermann et son équipe d’adjoints avaient été vaincus par Dominik. Ils étaient parvenus à le poursuivre et à l’abattre, mais le corps d’Hermann n’avait pas encore été retrouvé…
Leutern II se caressa le menton et se contenta d’acquiescer d’un air grave.
« ……Duc Leutern, pourriez-vous nous dire quelques mots, vous aussi ? »
Un des journalistes l’interpella. Maximilian tendit sans hésiter le micro à Leutern.
« Euh… »
« Vous pouvez dire ce que vous voulez. »
« Ah, oui. Hum. »
Il s’éclaircit la gorge et prit le micro. Puis il improvisa quelques phrases suffisamment solennelles.
« Cet incident est véritablement tragique et regrettable. Qu’un chevalier aussi talentueux qu’Hermann… Cependant, à l’Ordre des Sentinelles, qui a agi promptement pour maîtriser la situation et éviter de plus lourdes pertes… et à ceux qui ont malheureusement perdu la vie, j’adresse mes condoléances… »
Clic ! Clic ! Clic ! Les journalistes mitraillèrent la scène. Leutern bomba le torse autant que possible et prit l’air le plus grave qu’il put.
« Hum. »
À côté de lui, Maximilian hocha discrètement la tête.
Leutern II.
Il n’avait guère de poids en tant que variable, mais employé de cette façon, il pouvait devenir un outil assez utile.
Cette affaire ne faisait pas exception. Quelques mots prononcés sous le poids de son autorité conféreraient à notre version des faits une légitimité et une crédibilité que personne n’oserait contester.
« ……Duc Leutern, ce nouvel accessoire vous va très bien. »
Maximilian le dit avec un léger sourire.
« Hmph ! Tu ne le remarques que maintenant ? »
Enfin, quelqu’un avait remarqué son collier. Leutern sourit avec assurance.
……
Sous un ciel gris, le silence s’étendait sur un champ verdoyant.
Les chevaliers des Sentinelles s’étaient rassemblés à Sention, où seuls reposaient les héros de l’Empire.
[ Hermann von Berg ]
Ce jour-là avait lieu la cérémonie funèbre d’Hermann.
Le cercueil était vide, mais il attendrait le jour où son corps serait enfin ramené.
« ……Hermann. Tu n’as fait que souffrir toute ta vie. »
Mia déposa délicatement un chrysanthème blanc devant la pierre tombale.
Elle n’était pas seule.
Plusieurs cadets étaient présents, dont Mia, Leon et Tiana ; il y avait aussi des chevaliers plus anciens, comme Hanna Usar, et même les hauts gradés qui formaient les piliers des Sentinelles.
Seul un silence solennel se lisait sur les visages de ceux qui se tenaient en rang, muets.
« Idiot… »
Une rancœur contenue perça entre les dents de Mia.
Il s’était toujours précipité en première ligne et jeté dans les missions avec plus d’ardeur que quiconque.
C’était un noble qui traitait les gens du peuple sans le moindre préjugé, qui se démenait sans relâche et se consumait jusqu’au bout.
Il s’était consumé avec tant de fougue qu’elle en avait presque eu peur. Elle s’était inquiétée pour lui, au fond d’elle-même, mais il avait fini par disparaître sans raison, pour rien.
« ……Ah. »
À cet instant, les chevaliers tournèrent les yeux dans une même direction.
──Clac.
Maximilian von Ebenholtz avançait sur le sentier du cimetière sous une pluie fine.
Son uniforme était plus impeccable que d’ordinaire et ses yeux dorés, froids et impassibles.
Il déposa un chrysanthème devant la pierre tombale. Puis il ferma doucement les yeux et observa quelques instants de silence.
« Le commandant adjoint arrive. »
Quelqu’un murmura ces mots, et le Commandant adjoint Kairon suivit.
Kairon posa d’abord une main sur l’épaule de Maximilian, puis déposa des fleurs sur la tombe d’Hermann.
Il serra les dents, puis se tourna en silence vers les chevaliers alignés.
« ……À tous. »
La voix de Kairon, chargée de chagrin, fendit l’air humide.
« Je crois que chacun d’entre vous a tiré une leçon de cette affaire. »
Son regard se posa tour à tour sur les chevaliers.
Un chevalier tombé sous les coups des ennemis de l’Empire.
Le sacrifice d’une jeune recrue.
« ──Sentinelles. »
Kairon serra le poing.
« Les Sentinelles ne transigent pas. »
Ces mots simples résonnèrent dans le champ.
Il n’éleva pas la voix, ne cria pas, mais sa phrase s’imprima clairement dans l’esprit de chaque chevalier.
« Même si l’un de nos camarades a perdu la vie… »
Kairon leva le poing fermé.
« Nous leur renverrons leur malveillance, portés par notre propre volonté. »
Tous les chevaliers fixèrent Kairon.
─Tap. Tap.
Les gouttes de pluie tombèrent du ciel et frappèrent le visage de Kairon, y traçant des sillons pareils à des larmes.
« ……Nous transformerons ce chagrin en colère et nous déchirerons les ennemis de l’Empire. »
───Fchhhhh.
La pluie fine frappa les épaules des chevaliers et s’éparpilla.
Après avoir perdu l’un des leurs, les Sentinelles ne purent que s’enfoncer dans un lourd silence.
* * *
« Messire chevalier, une lettre nous est parvenue de l’Est. »
Une lettre de Yelena venait d’être livrée.
« ……Hum. »
Elle rendait compte des camps de rééducation par le travail qui avaient récemment commencé à pousser dans toute l’Alliance orientale comme des champignons après la pluie.
On les appelait des camps de rééducation, mais ils différaient peu des camps d’extermination : rares étaient ceux qui y entraient vivants et en ressortaient vivants.
Il existait malgré tout une différence nette entre ces camps et ceux de l’Empire.
Si les camps de l’Empire n’avaient d’autre but que d’exterminer certaines races et les réactionnaires, les camps de rééducation par le travail de l’Est faisaient trimer leurs prisonniers sans relâche.
Racheter ses crimes en défrichant des terres arides. Telle était l’idée.
[ Les purges à Lobrus visent les nobles, les éléments bourgeois et les figures clés de l’armée. ]
L’écriture soignée de Yelena se poursuivait.
[ Mais la soif de pouvoir de Varmil est immense. Les soupçons et la paranoïa qui en découlent semblent peu à peu gagner jusqu’aux simples civils. À l’heure actuelle, la police secrète LKGD arrête et traîne dans les camps de rééducation par le travail quiconque lui fournit le moindre prétexte… ]
En parcourant sa lettre, je m’arrêtai soudain sur une phrase.
« Paranoïa. »
Varmil Makstun avait sombré dans la paranoïa.
Avant ma régression, c’était de notoriété publique.
Même après la chute de l’Empire, Varmil était resté obsédé par son pouvoir, et les camps de rééducation par le travail avaient continué de fonctionner pendant dix ans après la guerre.
Cela me semblait étrange.
Les Izenheim, qui ne partageaient que le grand dessein de l’extinction de l’humanité, pouvaient-ils vraiment sombrer dans la paranoïa et la méfiance par simple crainte de voir leur pouvoir menacé ?
Non. C’était impossible.
Leur manière de penser devait obéir à une logique entièrement différente de la soif de pouvoir des humains.
« ……Le travail. »
Une intuition me traversa soudain l’esprit.
« Le travail. »
Ils forçaient les prisonniers à accomplir des travaux d’une brutalité extrême. Ils creusaient la terre et éventraient les montagnes.
Dans les immenses territoires inexplorés de l’Est, ils avaient établi des dizaines, des centaines de camps de rééducation par le travail, arrachant au labeur des centaines de milliers, voire des millions de personnes, tandis qu’elles excav avaient « quelque chose ».
« …… »
Les Izenheim.
L’Histoire avait dépeint Varmil, le dirigeant de l’Est, comme un homme rongé par une profonde paranoïa et une méfiance maladive. Les camps de rééducation par le travail étaient, eux aussi, considérés comme une autre atrocité née de ces travers.
Mais pourquoi sa paranoïa et sa méfiance l’avaient-elles poussé à créer précisément des camps de rééducation par le travail ?
Pourquoi y avait-il envoyé non seulement des détenteurs du pouvoir, mais aussi d’innombrables civils ?
En broyant tant d’êtres humains, qu’avait-il donc cherché à mettre au jour dans les profondeurs de l’Est, ou qu’avait-il tenté d’y construire ?
« Ville souterraine. »
La voix d’Edmund résonna soudain à mes oreilles.
« ……Te souviens-tu des villes souterraines qu’ils ont creusées ? »
Le point de départ de ma régression.
« Nous pensions qu’ils s’y étaient rassemblés pour survivre, mais c’était pour développer la Porte dimensionnelle. Ces démons nous ont dupés… »
L’indice que m’avait donné Edmund, vieilli, en me libérant.
« Je devrais préparer un voyage. »
Je n’avais pas le temps de rester avachi dans mon bureau.
Il semblait que je devrais retourner dans l’Est.
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>