Chapitre 200
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste réticent
Chapitre 200
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Malveillance
Hermann referma les menottes en pierre de mana autour des poignets de Dominik.
Clic.
« Dominik Bauman. Vous êtes en état d’arrestation pour avoir fomenté une insurrection, mis en péril la sécurité impériale et commis d’innombrables actes de trahison envers la Maison impériale. »
Hermann récita les formules d’usage des chevaliers.
Yulian l’observa en silence. Pas la moindre agitation ne troublait son regard voilé.
« Hoo. »
Toujours en train de plaquer Dominik au sol, Hermann releva la tête. Un large sourire illuminait déjà son visage.
« Waouh. Vous êtes incroyable, chevalier Yulian. »
Il en faisait des tonnes, comme s’il était réellement impressionné. Dans le regard plissé qu’il posa sur Yulian, la moquerie discrète et le lourd soupçon claquaient comme une langue de serpent.
« Mais dites-moi, quelle est cette lettre que vous tenez ? »
Hermann tendit la main vers la lettre de Laura, serrée dans le poing de Yulian.
« Puis-je y jeter un œil, moi aussi, chevalier Yulian ? »
Son sourire s’accentua.
« …… »
Yulian lui tendit la lettre. Hermann la lui arracha presque des mains.
« Merci. »
Hermann baissa les yeux sur la requête de Laura.
Si elle mourait, elle souhaitait être enterrée près d’Ashton. Pas de cause révolutionnaire ni de secret menaçant l’Empire. Juste un vœu de dernière heure, simple et sans prétention.
« Hmm…… »
Tandis qu’Hermann lisait chaque ligne comme s’il la mâchait avant de l’avaler tout entière, Yulian regarda Dominik, étendu sur la scène.
« Kof, kof…… »
Un homme qui haletait comme s’il crachait ses poumons.
Jadis jeune prodige de la Tour de magie Sentio, il était à présent un cadre de la Faction révolutionnaire qui avait trahi l’Empire.
Une odeur âcre de mort s’élevait de son corps.
La tuberculose ? Ou un cancer ?
Quoi qu’il en soit, il ne lui restait plus longtemps à vivre, et Yulian connaissait trop bien la nature de la Faction révolutionnaire.
Ses membres se servaient même de leur propre mort.
S’ils pouvaient devenir le combustible qui ouvrirait la voie à un monde nouveau, ils le faisaient de bon gré.
Ils se sacrifiaient.
……
Je sortis sur le parking de l’Ordre des Sentinelles. Devant la voiture qui m’attendait, un officier d’état-major m’ouvrit poliment la portière.
Je m’apprêtais à m’installer à l’arrière quand…
« Max ! »
Une voix m’appela soudain.
« Max ! Max ! Max ! »
« Qu’est-ce que… »
Je fronçai les sourcils et me tournai vers lui.
« Max ! Max ! »
C’était Leutern II.
Qu’est-ce que ce crétin foutait ici ?
Je n’eus même pas le temps de me poser la question qu’il traversait déjà le parking à grandes enjambées.
« Max ! »
Leutern bomba le torse et cria mon nom.
« Max ! »
Ce type était une sorte d’animal.
« Max ! »
Avait-il soudain oublié tous les mots à part Max ?
« Max ! »
« …… Duc Leutern. Veuillez vous calmer. Que se passe-t-il ? »
Je répondis aussi posément que possible.
« Eh bien, voyez-vous… »
Leutern afficha un sourire nonchalant et traîna sur les mots, mais je n’avais pas le temps de l’écouter.
« Je vous prie de m’excuser. Je dois m’occuper d’une affaire. »
Je montai aussitôt dans la voiture. J’attachai ma ceinture et jetai un coup d’œil à côté de moi : Leutern s’y était installé tout naturellement.
« …… »
Je le dévisageai, abasourdi.
Clic. Leutern boucla sa ceinture à son tour. Puis il resta assis bien sagement, comme s’il attendait le départ.
« …… Qu’est-ce que vous faites ? »
« Hein ? Pourquoi ? »
Il se contenta de me retourner la question en bombant le torse, et j’en eus le tournis.
Vroum.
La voiture démarra.
On aurait dit que l’officier d’état-major avait pris cet idiot pour l’un des membres de mon groupe.
« Oh, Max, elle est chouette, cette voiture. C’est le nouveau modèle ? »
« Oui. »
« J’en ai une nouvelle, moi aussi. Comment elle s’appelle, déjà… »
« …… »
Je décidai de le laisser venir. Pour l’instant, lui demander ce qu’il avait en tête ou pourquoi il s’était collé à moi me semblait une perte de temps.
« Au fait, Max. Où est-ce qu’on va ? »
Leutern posa la question en regardant par la fenêtre.
« Une affaire de chevaliers. Ça pourrait être dangereux. Non, très dangereux. Vous voulez descendre maintenant ? »
« Ah, je vois. Ça va, je n’avais rien de prévu aujourd’hui, de toute façon. Ça tombe bien. »
Espèce de salaud.
Je n’en laissai rien paraître. Je serrai légèrement les dents et donnai un ordre à l’officier d’état-major.
« Emmenez-nous là-bas aussi vite que possible. »
« Aussi vite que possible ? Ça promet d’être amusant. En route ! »
Les yeux brillants, Leutern fixa le paysage qui défilait à toute vitesse dehors.
……
[ Yulian, je ne t’en voudrai pas de m’avoir trahie. ]
[ Ashton et moi avons choisi cette voie ; nous porterons donc seuls le poids de notre destin. ]
La dernière lettre de Laura.
Hermann, le jeune chevalier, la lut en prenant délibérément un air accablé.
Il feignait la tristesse.
[ Mais, en souvenir de l’affection que nous partagions autrefois, quand nous riions ensemble, j’ai une dernière requête. ]
[ Si je meurs, pourrais-tu m’enterrer dans un endroit ensoleillé, non loin de là où repose Ashton ? ]
[ Nous n’avons pas pu rester ensemble de notre vivant ; alors, au moins dans la mort, je veux demeurer à ses côtés. ]
« …… Ashton, hein. »
Après avoir terminé sa lecture, Hermann poussa un profond soupir.
« Haa…… Alors elle était l’amante du chevalier Ashton. »
« Vous connaissez Ashton ? »
À la question de Yulian, Hermann plia la lettre et releva la tête.
« Comment pourrais-je l’ignorer ? L’affaire figure même dans les manuels de la section d’élite de l’Empire. »
Hermann eut un sourire en coin.
« L’Opération du Chemin des rêves est présentée à tous les cadets de la section d’élite de l’Empire comme un récit héroïque et tragique qui remue le cœur. »
Yulian le fixa. Plus précisément, il observa le pli qui se formait entre les sourcils d’Hermann.
« Hoo…… Quand même, qui aurait cru que l’amante d’un chevalier aussi remarquable soit une passeuse de la Faction révolutionnaire ? »
Hermann claqua la langue, comme s’il le regrettait.
« Je me demande ce que le chevalier Maximilian pensera en lisant cette lettre…… Il doit être bien perplexe. »
Il s’apprêtait à rendre la lettre, mais s’arrêta, retira la main et reprit :
« Ah, c’est vrai. Il faut la saisir comme preuve, n’est-ce pas ? C’est un objet que la Faction révolutionnaire a laissé au chevalier Yulian. »
Yulian acquiesça sans un mot. Ce silence irrita Hermann, mais il sourit et applaudit.
Clap, clap, clap.
C’était sans doute un signal. Ses officiers d’état-major se précipitèrent dans le théâtre.
« Fouillez partout ! »
Sur l’ordre d’Hermann, ils inspectèrent le dessous de la scène, les interstices entre les sièges, la loge, la régie, partout, mettant le théâtre sens dessus dessous.
Des nuages de poussière s’élevèrent dans la petite salle.
« …… Ça sent mauvais. »
La voix de Dominik s’éleva de la scène. Il semblait s’être momentanément libéré de la douleur et avoir retrouvé son calme.
« Ça sent mauvais…… »
Contrairement à Dominik, qui répétait sans cesse ces mots, Yulian contemplait en silence tout ce tumulte, tel un spectateur assistant à une pièce.
……
Dans la voiture en marche, je regardais le paysage défiler par la fenêtre, perdu dans mes pensées.
Hermann von Berg.
Un petit noble de l’ouest de l’Empire. Une maison déchue qui avait tout juste réussi à survivre dans un village agricole isolé. Là-bas, Hermann était connu comme le deuxième fils.
Mais ses deux parents étaient morts depuis longtemps, et son frère aîné, le premier fils, avait lui aussi péri dans un attentat à la bombe de la Faction révolutionnaire.
Hermann était donc le dernier membre de la maison Berg.
Une situation familière.
L’isolement, quand toute trace du passé a disparu et qu’il ne reste personne pour confirmer qui l’on est vraiment.
« …… Oh. La vue est belle. »
Cette voix enjouée interrompit mes pensées.
« Voilà pourquoi il faut sortir. Ça vous change les idées. »
Je lançai un regard noir au siège voisin. Je voulais qu’il se taise, mais Leutern II avait le nez collé à la vitre et s’émerveillait du paysage.
« Si je reste trop longtemps au Palais impérial, je finis par tourner en rond. »
En le regardant, une idée me traversa l’esprit.
Simple et légère.
« Duc Leutern. »
« Hmm ? »
Leutern répondit en bombant une nouvelle fois le torse.
Quel genre de paon était-il donc ? Je n’en avais aucune idée. Mais son comportement bizarre n’était pas ce qui m’importait à cet instant.
« Vous faites des soins de la peau ? »
« …… Hein ? Ah, eh bien… J’utilise des cosmétiques de première qualité. Hahaha ! »
Leutern gloussa en se frottant la joue.
Il avait effectivement un visage jeune. Mais on avait beau y étaler tout l’argent du monde, impossible de cacher les fines rides que les années y avaient laissées.
Jeune.
Oui, jeune, mais avec des traits qui trahissaient malgré tout son âge.
« Pourquoi ? Vous voulez aussi que je vous recommande une marque de cosmétiques ? Ah, et surtout, ne prenez jamais de cosmétiques à l’extrait de pierre de mana. Ils rendent la peau rouge vif. »
Tandis que j’écoutais les inepties de Leutern, je revins à mes doutes.
« Ça ira. »
« Ah oui ? Alors pourquoi cette question ? »
Le rapport affirmait-il vraiment que son frère aîné était mort aux mains de la Faction révolutionnaire ?
« Ce n’est pas important. »
Hermann était-il réellement le deuxième fils de la maison Berg, au départ ?
« …… Vous m’avez fait penser à un ami qui avait l’air anormalement vieux pour son âge. »
Une page blanche, recouverte de mensonges.
Sur cet espace vide, une hypothèse tout à fait plausible s’imposa peu à peu.
……
« Oui. Théâtre Nostalgie. Ouest, district de Camel. Oui, oui. Nous demandons des renforts sans délai. »
Hermann demanda l’aide des chevaliers par son terminal.
Dominik, criminel recherché de première classe, avait été maîtrisé et menotté avec des menottes en pierre de mana, et la lettre de Laura avait été scellée comme pièce à conviction.
« Mmm… »
Hermann s’étira d’un air satisfait, maintenant son travail terminé.
« Ah, chevalier Yulian. »
Baissant son terminal, il lui adressa un sourire en coin.
« Vous mentionnerez aussi mon nom dans votre rapport, n’est-ce pas ? Les jeunes recrues ont désespérément besoin de résultats comme celui-ci, de temps en temps. »
Yulian ne répondit pas.
« Merci. »
Hermann l’interpréta comme bon lui semblait tandis que ses officiers d’état-major découvraient toujours plus de preuves.
Sous les accessoires de scène. Dans les coutures de cuir déchirées des fauteuils.
Puis un officier qui avait ouvert une cavité dissimulée sous le plancher en bois poussa un cri pressant.
« J’ai trouvé ! »
Des symboles inconnus. Des formules complexes. Toutes sortes de faux papiers d’identité et de lettres échangées par la Faction révolutionnaire. L’officier en sortit des piles de documents qui en étaient remplis.
« Donnez-moi ça. »
Hermann prit plusieurs pages.
« …… Qu’est-ce que c’est ? Un texte chiffré ? »
Son regard parcourut les feuilles. Il fronça les sourcils, se concentra, puis secoua la tête, comme s’il n’y comprenait rien.
« Ah, merde. Qu’est-ce que tout ça…… Chevalier Yulian, vous voulez regarder ? »
Il lui tendit les pièces à conviction. Yulian les prit et examina les traces de mana laissées sur les pages.
« Nous transférerons tout d’abord l’ensemble au quartier général des Sentinelles. Ensuite, il faudra demander à la Tour de magie et à plusieurs autres institutions de déchiffrer tout ça. »
Hermann arborait un sourire entendu, tandis que ses officiers s’affairaient à emballer chaque nouvel objet découvert et que le brouhaha emplissait la salle.
« …… »
Le regard de Yulian se posa soudain sur Dominik.
Les yeux de Dominik, couvert de sang, se plissèrent en un arc bienveillant.
Un sourire étrange, comme s’il disait : je te connais.
« Emballez tout, ne laissez rien derrière vous ! »
Hermann cria à ses hommes et leur tourna le dos.
À cet instant, les lèvres de Dominik bougèrent.
Un murmure silencieux.
« …… Monsieur Yulian. Vous l’avez lue, n’est-ce pas ? »
La dernière lettre que Laura avait laissée à Yulian.
Mais des lignes secrètes y étaient dissimulées.
Une quantité dense de mana y avait été imprégnée, gravée de manière à ce que seuls les membres de la Faction révolutionnaire, ou ceux capables de lire les filaments de mana, puissent en discerner la vérité cachée.
« C’est le dernier message de Laura pour vous. »
La vérité cruelle que les lèvres de Dominik façonnèrent.
« Elle… vous hait à en mourir. »
Une malédiction muette.
Le piège de Laura.
« Elle compte le faire, même si elle doit y laisser sa vie… »
Toutes les preuves accumulées ici désigneraient probablement Yulian.
Les preuves que Laura avait forgées avec tant de soin seraient présentées en même temps que Dominik, dont la vie touchait à sa fin.
Cette affaire deviendrait le plus grand fait d’armes du siècle et propulserait un chevalier au cœur de l’Ordre des Sentinelles.
« Elle veut votre mort. »
Yulian hocha légèrement la tête.
Il le savait.
Toutes ses fautes.
Tout le poids de ses actes.
Le crime d’avoir abandonné son ami et de l’avoir envoyé à une mort certaine sous prétexte de servir l’Empire en tant que chevalier.
Dès qu’il avait appris qu’Ashton était un sous-espèce, il s’était servi de lui et, pour finir, l’avait vendu au cartel.
La fin misérable d’Ashton était indéniablement de son fait.
Une faute qu’il devait humblement assumer comme sienne.
« Messire chevalier. L’Empire finira par vous jeter. »
Le regard de Yulian glissa sur le côté.
Il s’arrêta sur Hermann.
« Manipulez tout avec précaution, ne l’abîmez pas ! Les renforts ne vont pas tarder ! »
Au moment même où le cri d’Hermann résonna dans le petit théâtre…
Grincement.
La porte du théâtre s’ouvrit la première.
Tous les regards convergèrent vers elle.
Derrière, elle s’ouvrit lentement, baignée par la lumière éclatante du soleil.
Leutern II se tenait là.
« C’est quoi, cet endroit ? »
Écartant le jeune homme au visage radieux qui bombait le torse, Maximilian entra.
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