Chapitre 2
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste réticent
Chapitre 2
──────
Je dois tuer
Par une journée d’été, Sebestian, chef de la maison Ebenholtz, signait des documents quand il demanda :
« Où est Max ? »
Edmund, le chevalier qui se tenait devant lui, répondit :
« Il doit être avec les cadets de l’académie militaire. »
« Vraiment ? »
« Oui. »
« Il ne fait donc que perdre son temps. »
Sebestian se leva et écarta le rideau. La lumière du soleil inonda la pièce. Sa lourde mâchoire se crispa de mécontentement. Tout ce que faisait son fils semblait l’irriter.
Edmund reprit :
« Il a tout de même rejoint le meilleur ordre de chevalerie. Et sans passe-droit. »
« Il sera utile à la propagande. »
Maximilian von Ebenholtz. Des cheveux blonds, des yeux dorés, la peau pâle, des traits réguliers, de longs membres et des proportions parfaites : le spécimen idéal de ce que la science raciale appelait un « Impérial pur-sang ».
Sa seule apparence faisait de lui un symbole de l’Empire, mais, pour Sebestian, il n’était rien de plus.
« Au fond, il n’a rien d’un Impérial. Ce garçon est trop tendre. »
« …… »
Edmund baissa la tête sans mot dire. S’il était né dans une famille noble ordinaire, Max aurait été au-dessus de la moyenne, mais Sebestian et la lignée Ebenholtz étaient loin d’être ordinaires.
On ne gagnait pas le titre de « Rempart de l’Empire » pour rien.
« Ça suffit. Va-t’en. »
Sebestian apposa sa signature d’un geste rageur sur le document.
« Oui, Commandant. »
Les documents approuvés sous le bras, Edmund se retourna et sortit.
Il monta dans le véhicule qui attendait devant la résidence.
« En route. »
« Oui, major. »
L’adjudant au volant régla le rétroviseur.
« Au fait, j’ai entendu dire que le jeune maître avait été admis dans l’Ordre des Sentinelles ? »
Edmund brandit le document qu’il venait de faire approuver.
« Voici le document d’approbation. Autrement dit, un formulaire de consentement. »
« Ah. Mais il en est vraiment capable ? L’Ordre des Sentinelles… ils ne lui feront pas de cadeau sous prétexte qu’il est le jeune maître de la maison Ebenholtz. »
L’adjudant guetta la réaction d’Edmund. Celui-ci était plus qualifié que quiconque pour rejoindre l’Ordre des Sentinelles, et pourtant, il n’avait pas pu y entrer. Il était de sang mêlé.
Rejeté par la doctrine du sang pur des Sentinelles, il avait choisi de servir l’armée impériale.
« Son père est le Seigneur de la Montagne. Inutile de s’inquiéter. »
Sebestian n’était pas un tigre comme les autres : c’était le roi de la montagne. De fait, le domaine Ebenholtz était cerné de hautes chaînes montagneuses ; le surnom lui allait à merveille.
« Nous nous arrêterons quelque part en chemin. »
« Bien. Où ça ? »
« …… À la bibliothèque. »
Sur ces mots, il prit discrètement un livre.
Barré par le mur du sang, Edmund en vint naturellement à nourrir un autre rêve.
Un grand rêve appelé révolution.
* * *
Sous le soleil brûlant du terrain d’entraînement, je terminai mon jogging matinal. La sueur me trempait de la tête aux pieds. Les cadets s’empressèrent de venir me tendre des serviettes sèches.
« …… Euh, merci. »
« Je vous en prie, messire chevalier ! »
Un simple merci illumina leurs visages.
Trois hommes et une femme. Tous suivaient le cursus de la « section d’élite de l’Empire », la filière la plus prestigieuse de l’académie.
Autrement dit, c’étaient des prodiges réunis des quatre coins de l’Empire.
Ils devaient me suivre pendant une semaine et apprendre en m’observant. J’avais rejoint l’Ordre des Sentinelles, et je devais m’y faire. Cela faisait aussi partie des obligations d’un chevalier à part entière.
« Jusqu’à vendredi, messire ! »
« Je vois. »
Je m’essuyai avec la serviette, puis la rendis au cadet à la coupe en brosse.
Il la prit à deux mains, comme s’il recevait une relique sacrée.
À cet instant,
─── Crac !
Une douleur aiguë me transperça près de la clavicule gauche. Je plaquai instinctivement la main contre ma poitrine.
« Euh, messire chevalier, vous allez bien ? »
Le cadet à la coupe en brosse sursauta et scruta mon visage.
« …… Oui, ça va. J’ai juste l’estomac un peu barbouillé. Je vais aux toilettes. »
Comme si de rien n’était, je m’éloignai rapidement.
Le château Ebenholtz était immense. Ridiculement immense. Même les toilettes les plus proches du terrain d’exercice se trouvaient à cinq minutes de marche.
Clic.
J’entrai, verrouillai la porte et arrachai ma chemise. Dans le miroir apparut le haut de mon corps, trempé de sueur.
Sur le côté gauche de ma poitrine, près du cœur, une masse noire grouillait.
Ce n’était ni une tache ni un grain de beauté. Pareille à une ombre vivante, elle pulsait faiblement et remuait sous ma peau.
« Haa…… »
On aurait dit une cellule cancéreuse, ou peut-être un parasite. J’ignorais exactement ce que c’était, mais je savais d’où cela venait.
Juste avant ma régression, dans ce monde en ruines, une créature appelée « prédateur dimensionnel » avait essayé de me dévorer. Cette chose en faisait partie.
Un fragment de cette entité étrangère vivait désormais en moi.
« …… Tu pourrais rester tranquille, pour une fois ? »
À sa manière, cette chose m’était précieuse. C’était la preuve la plus tangible de ma régression.
J’étais revenu dans le passé, à l’époque où j’avais vingt ans.
L’Empire était tombé quand j’avais trente-trois ans ; treize années s’étaient donc écoulées.
Puis vingt autres années avaient passé avant la fin du monde. J’étais donc remonté de trente-trois ans au total.
Trente-trois ans.
Un laps de temps vertigineux.
J’étais resté un jeune noble immature jusqu’à ma mort, mais, même en fouillant mes souvenirs, mon séjour dans la prison souterraine ne m’avait semblé durer qu’un an ou deux. C’était bien trop différent des vingt années dont Edmund avait parlé.
Soudain, la voix d’Edmund, alors qu’il avait perdu tous ses cheveux, résonna dans ma tête.
« On dirait que tu es né avec un talent dont tu ignores toi-même l’existence. C’est la seule explication à cette situation irréelle. »
Je pris une profonde inspiration et sortis des toilettes.
Dehors m’attendait Engi, le majordome de la famille. C’était un homme d’une cinquantaine d’années, au regard aussi fin qu’un fil. Ce visage familier m’accueillit d’un doux sourire.
« Oh, Engi. Qu’y a-t-il ? »
« C’est l’heure de votre leçon, jeune maître. Je suppose que je devrais désormais vous appeler messire chevalier. Le professeur de mana vous attend. »
J’avais vingt ans. J’avais même intégré l’Ordre des Sentinelles, le meilleur ordre de chevalerie de l’Empire. Malgré cela, mon emploi du temps de cours particuliers était plus chargé que celui de la plupart des cadets.
Tout cela était dû à la pression de ma famille. Mon père voulait que je fasse honneur au nom des Ebenholtz, aussi bien par mon apparence que par mes capacités ; il m’avait donc engagé des précepteurs dans toutes les matières.
En vain.
« Vraiment ? Alors dites à ces jeunes de venir aussi. »
Je désignai les cadets rassemblés sur un côté du terrain d’entraînement.
« Vous en êtes sûr, messire ? »
« Bien sûr. Je ne suis pas si mesquin. »
Ces jeunes avaient décroché le gros lot aujourd’hui. Ils allaient assister gratuitement à un cours de mana haut de gamme qui coûtait plus de trente mille dollars la séance.
« Bien, entendu. Veuillez vous y rendre en premier. »
« D’accord. »
Je parcourus le long couloir de la demeure principale.
Dans ce lieu étincelant, qui s’effondrerait dans treize ans, je songeai à l’Empire.
« Si seulement l’Empire avait duré plus longtemps, si seulement nous ne l’avions pas fait tomber, alors peut-être que l’humanité… aurait pu survivre plus longtemps. »
C’était ce qu’avait dit Edmund, consumé par le désespoir, mais l’Empire avait aussi été une horreur.
L’Empereur et les flagorneurs qui l’entouraient étaient pourris jusqu’à la moelle, et la plupart des grandes maisons qui prétendaient défendre l’Empire n’étaient qu’un ramassis d’ordures.
Comme j’avais été faible et incompétent, je m’étais assez vite affranchi de leur endoctrinement fanatique. J’avais fini par voir clairement leur abjection.
L’impérialisme était une chimère, et la hiérarchie raciale qu’ils prêchaient n’existait pas.
Pourtant, je n’avais jamais osé m’opposer à eux. Là encore, c’était parce que j’étais faible et incompétent.
Le problème, c’était que, comme une horloge cassée qui donne l’heure juste deux fois par jour, leur haine aveugle et leur discrimination avaient visé juste pour une seule race.
« Les Izenheim…… C’était eux, le fléau. Ce n’étaient pas des humains. Ces enfoirés ont détruit le monde. »
Je baissai les yeux vers mon propre corps.
Tout cela me semblait être une illusion de plein été. Comme un cauchemar provoqué par une fièvre qui aurait duré trop longtemps.
« Ah…… j’ai un de ces maux de tête, sérieusement. »
Je posai la main sur ma clavicule gauche.
Pour l’instant, la seule preuve de mon existence était cette étrange masse noire qui grouillait en moi.
* * *
« Qu’est-ce qu’un circuit de mana ? C’est un organe biologique, un outil qui permet aux humains de sentir le mana dans leur corps et de le manipuler de manière quantifiable. »
Vêtu d’un uniforme impeccable, le professeur de mana projeta dans les airs un schéma du corps humain.
Les veines et les organes complexes disparurent, remplacés par de simples lignes bleues.
« Le circuit de mana est le canal qui permet au mana de circuler dans le corps en toute sécurité et avec efficacité. En faisant circuler le mana dans ce circuit et en le concentrant dans des zones spécifiques, les humains peuvent déployer une force surhumaine ou utiliser la magie pour maîtriser les phénomènes naturels. »
Des particules de mana bleues s’écoulèrent sans heurt le long des circuits.
Le grand circuit qui parcourait le corps entier s’appelait le « circuit de mana », et ses ramifications étaient nommées « circuits auxiliaires ».
« Plus le diamètre du circuit est important, plus la quantité totale de mana qu’il peut transporter à la fois et la vitesse de circulation augmentent. En revanche, plus vous avez de circuits auxiliaires, plus votre maîtrise du mana est précise. »
Au bout du compte, tout dépendait du circuit de mana. Sa forme, sa longueur, sa robustesse : chaque caractéristique comptait.
Chevalier ou mage, il fallait naître avec un bon circuit de mana.
« Autrefois, on avait aussi étudié la possibilité de rassembler le mana en un point à l’aide d’un centre virtuel appelé noyau de mana. Mais les effets secondaires étaient graves et la méthode peu efficace ; elle a donc presque été abandonnée. À présent, je vais vous exposer ces théories en détail…… »
Des formules. Des pages denses, couvertes de symboles complexes et de chiffres. Il s’agissait de magie de renforcement corporel, celle qu’utilisaient les chevaliers.
La magie de renforcement corporel reposait entièrement sur la mémorisation. Il fallait apprendre les formules par cœur pour pouvoir s’en servir.
Comme j’avais été paresseux, je n’en avais appris que quelques-unes.
Le professeur donna son cours avec passion pendant quarante minutes, et je ne m’endormis même pas.
« …… Faisons une courte pause, puis je vous expliquerai comment manipuler le mana en pratique. »
Je me levai et m’étirai. Les quatre cadets s’approchèrent aussitôt et s’inclinèrent.
« Merci ! Grâce à vous, messire chevalier, nous avons pu assister à un cours vraiment précieux ! »
« Merci ! »
« Merci ! »
── Crac !
Ma clavicule gauche se remit à grouiller. Cette fois, ce n’était pas seulement douloureux : j’avais l’impression que quelque chose se déchaînait à l’intérieur. J’appuyai fermement ma main dessus et m’efforçai de garder mon calme.
« Oui. Pas la peine de me remercier. Contentez-vous de travailler dur. »
« Messire chevalier, puis-je aller aux toilettes ? »
Le cadet à la coupe en brosse posa la question, l’air tendu.
« Tu n’as pas besoin de demander la permission chaque fois. Vas-y. »
« Oui, messire ! Merci ! »
Les quatre cadets filèrent aux toilettes. Je fixai les places qu’ils venaient de quitter.
Leurs instruments d’écriture étaient rangés avec soin. Leurs cahiers étaient remplis de notes méticuleuses.
Rien d’extraordinaire. Ils étaient même touchants, pour leur âge.
Et pourtant, mon estomac se noua soudain.
Une sensation désagréable ne cessait de monter, comme si quelque chose bouillait en moi.
« …… »
Celui à la coupe en brosse, il s’appelait Jacob, c’est ça ?
Je regardai sa place. Je pris le sac accroché à sa chaise et en vidai le contenu.
Floc, floc, floc.
Des instruments d’écriture, un carnet de croquis, un roman.
Le roman attira mon attention. Je ne savais pas pourquoi. Je le pris simplement et en tournai les pages. Sur une page en particulier, certains mots étaient marqués d’une faible trace de mana.
[Bientôt, réu, nion, pos, sible, puis, ren, dez, vous]
[Com, muni, cation, pos, sible, par, ce, moyen, transmettre, aux, cama, rades……]
On aurait dit une simple phrase codée, mais c’était un double stratagème. Sous le mana, dissimulée plus profondément, je distinguai une sinistre « trace ».
Un résidu d’énergie froide et étrangère, qui n’avait rien à voir avec le mana ordinaire.
Je posai la main sur ce passage. Une voix glaçante pénétra mon esprit. Au même instant, le fragment noir en moi se mit à se tordre violemment.
La langue étrangère se traduisit d’elle-même.
━J’ai faim. Je dois manger des cœurs frais pour refaire mes réserves de mana. Plus l’enfant est jeune et pur, mieux c’est. J’ai besoin de sa vitalité.━
━Tu seras choisi comme chevalier impérial ; nous t’aiderons donc à te procurer de la nourriture chaque fois que tu en auras besoin. Lexi viendra bientôt te voir. Suis ses instructions.━
« …… Argh ! »
Je retirai brusquement ma main du livre. Un mal de crâne atroce et une vague de nausée m’assaillirent, presque insupportables.
Les Izenheim.
Cette race se cachait ici.
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