Chapitre 190
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 190
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Le sens des dispositions (5)
Un champ saturé par l’odeur de la poudre et du sang. La police militaire ramassait les corps qui s’étaient effondrés dans les fossés. Sur les uniformes criblés de balles, les insignes de grade étaient de tous niveaux : lieutenant-colonel, major, capitaine, lieutenant, sergent-major, sergent-chef, adjudant… La plupart des cadavres seraient brûlés après autopsie de leur cœur. Pourtant, parmi eux, les simples soldats, ceux du bas de l’échelle, étaient rares.
Maximilian avait suivi une règle claire dans ses exécutions.
« … »
Les soldats observaient Maximilian, debout dans ce lieu rouge de sang. Même sur le théâtre d’un massacre de plusieurs centaines de personnes, son visage ne trahissait pas la moindre émotion. Seul un calme sec l’entourait, comme s’il s’agissait d’un jour ordinaire.
« Lieutenant-colonel Goetz. »
Soudain, Maximilian appela le lieutenant-colonel Goetz.
« Oui, messire chevalier. »
« Comment va Edmund, ces derniers temps ? »
À ce nom lâché sans prévenir, Goetz baissa discrètement la tête. Edmund Bwindol, le plus jeune colonel de l’Armée régulière impériale.
« … Oui. Il se trouve dans le Nord, en ce moment. »
« Je vois. »
Goetz étudia l’expression de Maximilian, puis demanda ses instructions.
« Comment devons-nous présenter les faits… au haut commandement ? »
Exécution sommaire du haut commandement, fusillade de masse ayant fait des centaines de morts.
Les chevaliers disposaient de pouvoirs extrajudiciaires en tant que gardiens de l’Empire, mais une opération de cette ampleur, c’était autre chose. Elle pouvait bouleverser toute l’armée.
« Révélez les faits tels qu’ils se sont déroulés. Nous avons découvert un détournement de matériel militaire et de la contrebande avec des États ennemis ; les traîtres ont donc été abattus pour servir d’exemple… »
Les preuves ne manquaient pas.
Le lieutenant Adel avait conservé presque tous les enregistrements interceptés avec sa diligence habituelle. Les fragments captés sur plusieurs fréquences, qu’il avait recueillis sans même savoir à quoi ils serviraient, seraient maintenant interprétés par les officiers d’état-major de Maximilian.
« Quant à vous… »
Maximilian tourna lentement la tête. Son regard se posa sur les survivants.
« Vous recevrez une récompense à la hauteur de vos mérites. »
Une récompense de sa part. Les visages changèrent autour de lui.
« Mais retenez bien ceci : ce ne sera pas la dernière fois. »
Ses yeux dorés les balayèrent.
« J’ai désormais mémorisé vos visages et vos noms. »
Il esquissa un léger sourire avant d’ajouter :
« J’espère que vous continuerez à faire vos preuves et à vous donner du mal, afin de rester dignes que je me souvienne de vous. »
Les survivants le dévisagèrent un instant, hébétés, puis le saluèrent avec un temps de retard.
… La loyauté.
Ainsi, Maximilian avait remarqué leur existence. Mais la peur était à la mesure de ce sentiment écrasant.
Aujourd’hui, Maximilian avait exécuté des centaines de soldats impériaux. Pourtant, aucune de ses actions n’avait été dictée par la malveillance. Ses meurtres avaient une raison claire. Il s’était contenté de faire ce qui devait être fait, sans la moindre émotion.
Et c’était précisément pour cela…
qu’ils ne pouvaient pas le comprendre.
…
La maison Weiss était une famille fortunée et célèbre, même dans l’Empire. Son réseau militaire, patiemment tissé au fil des ans au sein des forces armées, était profond et tenace. Le lieutenant-colonel Eaton avait mobilisé ses propres ressources pour prendre le contrôle de la frontière orientale.
C’était un choix plutôt avisé.
L’Ouest comptait trop de vieilles maisons nobles, tandis que le Centre était trop surveillé et trop contrôlé. Il avait donc tenté d’imposer sa volonté dans l’Est.
Le défunt général de brigade Juken, qui s’était accroché à Eaton et avait vécu de ses miettes, avait suivi la même voie.
Le supérieur direct de Juken à l’école des officiers était le commandant de division Caleb, une figure de premier plan sur le front oriental. Caleb était particulièrement proche du commandant du corps d’armée de l’Est.
Autrement dit, ces hommes étaient liés depuis plus de dix ans par des liens aussi étroits que ceux du sang.
« … Commandant du corps d’armée. »
Cette relation, qui semblait indestructible, se rompit en un instant.
— Vous n’avez que deux choix, Caleb.
Un seul pas de Maximilian von Ebenholtz.
Ou un petit toussotement désinvolte.
Il n’avait fallu que cela pour déraciner l’Est tout entier.
— Enlevez votre uniforme.
Le commandant de division Caleb déglutit difficilement en entendant la voix qui sortait du récepteur.
— Ou tendez votre cou.
Ils avaient vendu du matériel à l’Alliance orientale, l’ennemi. Même si cette pratique était de coutume, dès qu’Ebenholtz avait décidé d’en faire une affaire, elle devenait un motif d’accusation plus solide que tout autre. Impossible, donc, de prétendre que les subordonnés avaient agi seuls.
— Même la maison Weiss est tombée. Tous ont été convoqués par les Sentinelles, de la branche principale aux branches cadettes.
Les Sentinelles. Dans tout l’Empire, elles inspiraient la terreur.
Même la maison Weiss s’était disloquée en une demi-journée après une convocation des Sentinelles.
— Abandonnez tout et restez tranquillement à l’écart. Si vous tenez à la vie.
« … Compris. »
La voix de Caleb tremblait.
— Souvenez-vous-en, Caleb.
En vérité, le commandant du corps d’armée n’était pas différent.
Un homme qui avait gravi les échelons jusqu’à un rang et une position enviables, mais qui n’avait d’autre choix que de trembler de peur. Un noble tout en haut de la société impériale.
— Ce n’est pas quelqu’un que nous pouvons affronter.
« … Oui. »
Clic.
La communication s’interrompit. Les jambes du général de division Caleb se dérobèrent et il s’effondra au sol.
Il se couvrit le visage des deux mains et ravala le nom du désastre qui s’était abattu sur eux.
…
République occidentale de Prozen, laboratoire de l’Université nationale.
Le professeur Jean Pierre laissa échapper un rire sans joie en lisant le rapport de renseignement que lui avait remis le directeur Akenji.
« Hein. »
Une tempête de sang avait balayé la frontière orientale de l’Empire.
Les soldats impliqués dans la corruption militaire et la trahison avaient été exécutés en masse.
« Des centaines d’exécutés à eux seuls ? »
Même l’estimation approximative des services de renseignement de Prozen approchait les trois cents.
« Oui. Un général de brigade et des dizaines d’officiers supérieurs ont perdu la tête. Exécution sommaire sur place, sans procès. »
Ce qui choqua Jean Pierre, c’était l’identité des exécutés.
Jean Pierre connaissait l’histoire. Il connaissait celle de l’armée impériale.
Dans ce genre d’affaires, les grades inférieurs servaient d’ordinaire de boucs émissaires. Même lorsqu’on remontait assez haut pour que cela paraisse crédible, on s’arrêtait généralement aux officiers subalternes ; le plus souvent, l’affaire était étouffée et minimisée avant d’en arriver là.
Pour l’armée impériale, et surtout pour les forces frontalières, c’était le quotidien.
Au sein de ce groupe fermé qu’était l’armée, le haut commandement faisait bloc pour protéger ses privilèges et sa sécurité. Voilà pourquoi il était extrêmement rare que des généraux perdent la tête.
« Si les cours martiales se poursuivent, d’autres étoiles pourraient tomber. On dit que les généraux impliqués dans l’affaire seront convoqués les uns après les autres. »
« … »
Dans l’obscurité derrière ses paupières closes, une silhouette indistincte se dessina.
Des cheveux blonds soigneusement rejetés en arrière. Des traits ciselés.
« … Akenji. Qui a mené cette purge ? »
À la question de Jean Pierre, Akenji esquissa un sourire amer.
« Vous le savez déjà. Pourquoi me le demander ? »
Ce regard glacial lui revint soudain en mémoire.
« La seule personne capable de purger autant de militaires et de s’en tirer sans une égratignure. »
Ces yeux qui souriaient en lui tendant la main au musée.
Sans qu’il s’en rende compte, le visage de ce jeune homme s’était imposé à lui.
« Non. Celui qui rend même cette purge naturelle. »
C’était le monstre d’Ebenholtz que tous connaissaient.
« Ce doit être Maximilian. »
Jean Pierre ouvrit doucement les yeux et regarda par la fenêtre. Tic. Une goutte. Des perles de pluie se formèrent sur la vitre et glissèrent le long du verre. La saison des pluies était arrivée sans qu’il s’en aperçoive, et le ciel avait pris la couleur de l’encre.
« Il va pleuvoir, et longtemps. »
Jean Pierre prépara son cours du lendemain et esquissa un nouveau sourire amer.
…
Musée Arte.
La princesse Justine se tenait depuis le début de l’après-midi au milieu d’un couloir désert. Elle avait appris qu’une grande collection de nouveaux chefs-d’œuvre venait d’arriver au musée.
« Oh… »
De vastes murs blancs étaient couverts, une à une, de peintures imprégnées d’histoire et patinées par le temps.
La « Marche de l’aube », peinte par Raffaello von Strauss, un maître de l’époque fondatrice de l’Empire.
La sombre résolution des chevaliers brandissant des étendards tachés de sang paraissait si vivante qu’elle semblait prête à jaillir de la toile.
À côté se trouvait la « Promenade au bord de la rivière bleue » d’Edouard Manet, fondateur de l’impressionnisme de Prozen. Ses couleurs douces étaient magnifiques.
Puis venait le « Portrait du déchu », œuvre laissée par Titian, génie de la peinture du Sud. Son contraste singulier entre ombre et lumière avait longtemps été ignoré, mais il était désormais reconnu comme l’un des peintres les plus chers du marché.
À cela s’ajoutaient cinq ou six autres chefs-d’œuvre classiques, estimés à plusieurs millions lors des ventes aux enchères du continent, qui captaient la lumière à intervalles parfaits, comme s’ils avaient enfin trouvé leur place.
« … Vous êtes là. »
Le directeur Verdi s’approcha prudemment d’elle tandis qu’elle admirait les tableaux.
« De très belles œuvres sont arrivées, en effet. »
« Oui. Nous avons aussi davantage de visiteurs. »
Après avoir répondu avec politesse, le directeur Verdi observa le profil de la princesse, à demi caché sous la capuche de sa robe.
« Vous semblez particulièrement contente, aujourd’hui. »
À ces mots, le sourcil de Justine tressaillit légèrement.
« … Moi ? »
« Oui. Vous avez l’air bien plus détendue que d’habitude. »
La princesse tourna brusquement la tête vers le miroir décoratif installé dans le couloir.
Son propre visage s’y reflétait.
Au coin de ses lèvres flottait un sourire discret, comme une touche d’aquarelle, mais impossible à manquer.
« … Je vois. Je ne fais pas très attention à l’expression de mon visage. »
Peut-être que la raison… peut-être…
« C’est peut-être à cause des nouvelles de l’Est. »
La tempête de sang qui avait balayé le front oriental.
Le commandement corrompu de la brigade et des centaines de soldats véreux avaient été exécutés sur place, sans procès, par un seul chevalier. La nouvelle s’était propagée bien au-delà de l’armée, jusqu’aux hautes sphères de la société impériale.
Une purge impitoyable et précise dont son père, le duc Sebestian, aurait même été secrètement fier.
« L’Est… vous voulez dire… »
Le directeur Verdi affichait une mine sombre. Sans doute parce qu’il était un intellectuel.
Les hommes instruits, les érudits, n’aimaient pas la brutalité. Le savoir et l’intelligence ne produisaient-ils rien d’autre qu’une compassion inutile ?
Quoi qu’il en soit, il n’était que directeur de musée.
Pour un directeur de musée, cette délicatesse était acceptable.
« Oui. L’Est. »
Maximilian avait massacré sans pitié cette vermine qui méritait de mourir. Ces déchets, ceux que Justine détestait le plus, avaient tous été tués sans qu’il se soucie le moins du monde de sa réputation.
« Après tout ce temps, j’ai enfin entendu quelque chose de vraiment réjouissant… »
La princesse appréciait sincèrement cette fermeté et cette résolution.
En contemplant son reflet dans le miroir, elle sentit une étrange impatience lui monter aux yeux.
* * *
Je revins de l’Est. Mais au lieu de me rendre au quartier général de l’Ordre, je pris le chemin de la ville souterraine.
« Studio Out. »
C’était un espace de travail aménagé à la périphérie de la ville souterraine pour Filty, l’unique membre survivante d’Outcast. Elle était assise à un bureau, sur une chaise.
« La bande dessinée a l’air de bien se vendre. »
Je pris un volume dans la pile de livres posée sur la table.
Comme prévu, Outcast avait connu un succès considérable dès sa première impression.
Deuxième tirage, troisième, quatrième… La série sortirait bientôt des ruelles de la ville souterraine pour attirer aussi les lecteurs de la capitale impériale.
« C’était intéressant. »
Le premier volume racontait le passé misérable des membres d’Outcast et leur fuite du laboratoire T24.
Le deuxième volume, encore inédit, que je tenais entre les mains commençait ainsi :
[ Meden : Ah, je tombe de sommeil. On ne pourrait pas arrêter de travailler, pour une fois ? ]
[ Elje : Arrêter quoi ? Tu sais bien que, pour les mercenaires, le temps, c’est la vie. Dès qu’on se repose… ]
Il s’agissait d’une série d’épisodes indépendants où l’équipe s’installait dans la ville souterraine et se faisait un nom comme mercenaires.
[ Et puis, un jour, tandis qu’« Outcast » s’enfonçait au plus profond de ce monde souterrain. ]
Vers la dernière page du deuxième volume, j’apparus.
[ Dans le lieu le plus profond et le plus éblouissant de l’Empire. ]
[ Sur une place dotée d’une haute estrade, où la foule s’était rassemblée. ]
[ Sous les applaudissements et les acclamations de tous… ]
[ Ouaaaais ! Ouaaaais ! Clap clap clap clap ! ]
La somptueuse cérémonie d’intronisation de l’Ordre des Sentinelles. Filty avait représenté la scène avec une précision troublante.
[ « Max Eben » ]
[ Il avait rejoint les Sentinelles. ]
Elle avait habilement évité d’utiliser les vrais noms, mais n’importe qui aurait compris qu’il s’agissait de moi.
« … La mise en scène n’est pas mal non plus. »
Filty m’observa en silence tandis que je tournais les pages de la bande dessinée.
« Si tu as quelque chose à dire, dis-le. »
Avec mon accord, elle prit la parole.
« Une seule question. Pourquoi m’avoir laissée en vie ? »
Tac.
Je refermai le livre. Je levai les yeux vers elle et soutins son regard.
« … En fait, c’est moi qui voudrais te poser la question. »
À partir de maintenant, l’histoire d’Outcast serait bien plus courte que l’originale.
Et sa fin, loin d’être pleine d’espoir, verrait les protagonistes mourir misérablement.
Alors, franchement…
« Pourquoi es-tu encore en vie ? C’est juste pour terminer cette bande dessinée ? »
Je m’étais attendu à ce que Filty se suicide.
Hector Mason était mort, T24 avait fermé, et Outcast avait compté davantage pour Filty que sa propre vie.
« … J’étais curieuse. »
Filty serra les poings.
Elle me fixa droit dans les yeux et dit :
« Je voulais voir de mes propres yeux quelle fin tu connaîtrais. Les histoires de crapule se terminent rarement bien. »
Filty attendait de voir le sort de celui qui avait anéanti Outcast.
Je souris légèrement.
Puis je tirai une chaise et m’assis naturellement en face d’elle.
Filty reprit :
« Maintenant, réponds à ma question. Pourquoi m’avoir laissée en vie ? »
« … »
Je croisai les doigts et réfléchis.
Jacob. Le premier Izenheim que j’avais tué.
L’espèce des Izenheim semblait poursuivre un unique objectif, l’extinction de l’humanité. Pourtant, même dans cette nuée, il y avait toujours des individus anormaux, très éloignés de la norme.
« Filty. Parce que tu pourrais peut-être voir ce que je vois. »
Jacob avait été l’un de ces individus, et sa rencontre m’avait porté chance.
Si, parmi mille — non, parmi dix mille —, je pouvais ne serait-ce qu’une fois rencontrer quelqu’un d’autre comme Jacob…
« Parce que je veux croire que c’est possible. »
« … Ce que tu vois ? »
Elle fronça les sourcils, sans comprendre.
Je m’enfonçai dans le dossier de ma chaise et murmurai à voix basse :
« C’est ça. Si tu veux, tu peux prendre ça pour de l’imagination de bande dessinée. »
Le regard de Filty se fixa sur mes lèvres.
« Les Izenheim. »
Ses épaules tressaillirent à ces mots.
« Ce ne sont pas une sous-espèce. Ce ne sont pas des humains. »
Son expression se figea. Elle avait le regard de quelqu’un qui écoutait les délires d’un fou.
« Leur véritable objectif, c’est… »
Mais si c’était elle, avec sa clairvoyance…
Si elle pouvait jeter un coup d’œil dans chaque fissure du monde…
« L’extinction de l’humanité. »
Un jour, elle pourrait peut-être saisir le fil de cette vérité que j’étais le seul à connaître.
« C’est pourquoi ma cause est de les tuer jusqu’au dernier et de sauver l’humanité. Et c’est pour cela… »
Je la regardai droit dans les yeux et lui révélai la raison pour laquelle je l’avais laissée en vie.
« Je veux que tu continues à m’observer. »
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