Chapitre 19
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Traducteur : Bébé qui tousse
Éditeur : Bébé qui tousse
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 19
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Tuer ou sauver (4)
Le commissariat central de Gennen était tristement célèbre dans toute la région. Non seulement pour les méthodes brutales de ses agents, mais aussi pour ses liens étroits avec le Bureau du renseignement de la Garde impériale.
Il avait également la réputation de ne jamais plier facilement. Pourtant, aujourd’hui, pour une raison inconnue, même le chef était venu en personne accueillir un visiteur.
« Chevalier Maximilian. C’est un grand honneur de vous recevoir en personne… »
Maximilian von Ebenholtz. Chevalier de l’Ordre des Sentinelles et héritier de l’un des trois piliers de l’Empire, il était venu en personne.
« Mais puis-je vous demander ce qui vous amène dans un endroit aussi modeste… »
Maximilian était assis, tandis que le chef et tous les autres agents se tenaient devant lui, tête baissée.
Maximilian déclara : « J’ai reçu une lettre m’informant que vous aviez arrêté les responsables de cet attentat terroriste. »
Le chef esquissa un sourire.
« Ah, oui, oui. Nos enquêteurs les ont appréhendés. »
« Vous en êtes certain ? »
Maximilian observa le chef. Son regard était impénétrable.
« … Pardon ? »
Le chef pencha la tête, et Maximilian répéta calmement sa question.
« Je veux dire : ce sont bien les véritables coupables ? »
« Ah, oui ! Absolument ! »
Le chef répondit d’un ton enjoué. Les enquêteurs toussotèrent pour dissimuler leur sourire. Ils s’attendaient probablement à recevoir des félicitations.
« Dans ce cas… »
« Nous en sommes certains ! »
Un enquêteur leva la main et s’avança.
« Nous avons obtenu leurs aveux. »
C’était Zendo, qui affichait une confiance absolue. Maximilian le fixa. L’homme gardait le cou aussi raide qu’un bambou.
Maximilian demanda : « Des preuves. »
« … Leurs aveux. Ceux que nous avons obtenus des manifestants de la faction indépendantiste. »
« Des aveux ? »
« Oui. Nous les avons fait avouer. »
Des aveux, des aveux, des aveux. Zendo répéta le même mot encore et encore. Maximilian l’observait, le regard légèrement incliné. Même alors, Zendo ne fléchit pas.
« Il semble que vous vous mépreniez. »
La voix du chevalier se fit soudain glaciale.
« Quand je parle de preuves, je ne parle pas de déclarations extorquées à coups de poing. Je parle de preuves matérielles solides. »
« Ah, chevalier Maximilian… »
Le chef eut un rire gêné.
« Eh bien, voyez-vous, ces indépendantistes sont très discrets… »
« À quelle heure et à quel endroit ont-ils posé les bombes ? Comment se sont-ils procuré le matériel ? Et quelles circonstances prouvent qu’ils les ont posées ? »
Coupant court aux excuses du chef, Maximilian poursuivit :
« Je veux des preuves précises, qui ne puissent en aucun cas être contestées. »
« … »
Le chef se tut. Le silence tomba brusquement dans la pièce.
Maximilian était assis, une jambe croisée sur l’autre, tandis que les enquêteurs se tenaient autour de lui, presque en formation. Aucun ne s’avança. Ils gardèrent le silence, se contentant de se regarder les uns les autres.
De leur point de vue, ils ne comprenaient pas pourquoi Maximilian agissait ainsi. Il n’était pas censé avoir le moindre lien avec la faction indépendantiste.
Maximilian regarda le chef d’un air qui exigeait son nom.
« Ah, Elon. Je m’appelle Elon. »
« Chef Elon. »
En prononçant son nom, Maximilian haussa un sourcil.
« J’étais là. »
« … »
Alors seulement, les enquêteurs comprirent l’origine de cette froide colère.
« Pas quelqu’un d’autre. »
Maximilian était furieux à cause de l’affaire qui l’avait entraîné là-dedans. Il était venu non pas en chevalier, mais en noble.
« Moi. »
S’ils ne retrouvaient pas le véritable coupable qui avait failli s’en prendre à lui, son orgueil était en jeu. Et l’orgueil d’un noble impérial dépassait tout ce que les habitants d’un territoire autonome pouvaient imaginer.
« Euh… eh bien… »
De la sueur perlait sur les mains jointes du chef Elon, derrière son dos. Ses doigts ne cessaient de glisser.
« Je veux connaître toute la vérité. Pas une histoire inventée. »
Maximilian, lui, resta calme. Comme s’il réglait une simple formalité administrative, il maîtrisait la pièce et l’instant sans laisser paraître la moindre émotion.
« Je vais donc interroger moi-même ceux que vous prétendez coupables et découvrir si leurs témoignages ont été falsifiés. »
Maximilian promena son regard dans la pièce, puis demanda : « Vous comprenez ? »
« Oui, oui. Je comprends ce que vous voulez dire. »
Le chef s’inclina à quatre-vingt-dix degrés. Les enquêteurs ne bougèrent pas.
« Non. Vous n’en avez pas du tout l’air. »
En les voyant, Maximilian eut un geste froid de la main. Il fit signe aux enquêteurs du fond.
« Je vous ai clairement demandé de faire sortir les suspects. »
Maximilian n’éleva pas la voix. Depuis son arrivée, son ton était resté égal. Il ne l’avait pas haussé une seule fois, et pas une trace d’émotion ne s’y décelait.
Il se contenta de fixer le chef dans les yeux.
« Maintenant. »
Il émit un avertissement à peine perceptible.
« Tout de suite. »
* * *
Dans le commissariat central, on fit agenouiller les suspects, l’un après l’autre. Ils avaient tous le visage si meurtri que leurs traits en étaient presque méconnaissables. Yan Novak, présenté comme l’un des principaux coupables, était à moitié inconscient.
« … Article cinq, alinéa trois du Statut d’autonomie. Tous les organismes d’enquête du territoire autonome doivent mener leurs investigations dans le respect de la procédure légale garantie par la Constitution impériale et le présent statut. »
Tout en récitant le texte, Maximilian parcourut les rapports à peine lisibles rédigés par les agents.
« Les méthodes d’enquête excessivement coercitives sont interdites. »
Il tourna les yeux vers les agents.
« Une loi lettre morte. Gennen a-t-elle vraiment besoin de l’autonomie ? »
« Je vous prie de m’excuser. »
Le chef baissa la tête. Il s’était excusé tant de fois qu’il en avait perdu le compte.
« Inutile de vous excuser. Je n’attendais rien de vous depuis le début. »
La voix de Maximilian était claire, tranchante comme une lame contre l’oreille. C’était sans doute son timbre grave, allié à la diction nette d’un noble.
« Ces rapports regorgent de mensonges, il n’y a pas de déclarations de témoins dignes de ce nom et, bien sûr, aucune preuve matérielle… À ce niveau, il n’est pas étonnant que vous ne soyez capables que de ça. »
Les enquêteurs serrèrent les lèvres, blessés dans leur orgueil.
« Faites sortir ces vauriens. »
Maximilian jeta un coup d’œil aux détenus de la faction indépendantiste.
« Si la torture ne vous a permis d’obtenir que ça, ils ne savent probablement rien d’utile. »
« … Je… »
À cet instant, Zendo s’avança.
« Le pouvoir d’enquête est indépendant dans le territoire autonome. Nous avons donc le droit de mener nos propres investigations. »
« Si l’on peut seulement appeler ça une enquête. »
À ces mots, le visage de Zendo se durcit. Il laissa échapper un soupir chargé de colère.
Maximilian hocha la tête comme s’il comprenait.
« Vous n’avez toujours pas repris vos esprits. »
Il glissa une main dans sa poche intérieure. Un terminal brillait sous son uniforme.
« C-chevalier Maximilian ! »
En un instant, le chef blêmit et tomba à genoux.
Les relations de Maximilian et de la maison Ebenholtz s’étendaient jusqu’aux plus hautes sphères de l’Empire.
Il lui suffisait d’un mot pour qu’un chef de territoire autonome perde la tête en un clin d’œil.
« Je suis profondément désolé, vraiment ! Espèce de petit… de sale… ! »
Le chef foudroya Zendo du regard et l’injuria en silence. Si Maximilian n’avait pas été là, il lui aurait craché à la figure toutes les grossièretés qu’il connaissait.
« Pourquoi n’êtes-vous pas tous à genoux ?! »
« Nous sommes désolés ! »
« Nous sommes désolés ! »
À l’éclat du chef, tous les enquêteurs tombèrent à genoux. Non, ils se plaquèrent le front contre le sol. Maximilian promena les yeux sur leurs têtes courbées.
Sans se départir de son calme, il désigna les faux coupables.
« Faites-les sortir. »
« Oui, oui ! Qu’attendez-vous ? Détachez-les, tout de suite ! »
Les enquêteurs s’empressèrent de remettre les suspects debout. Les innocents arrêtés injustement sortirent du commissariat en titubant. Maximilian suivit du regard Yan Novak qui s’éloignait avec eux, puis hocha la tête.
Son objectif initial était atteint, mais il lui restait du travail.
« À partir de maintenant, je vais vous donner l’occasion de vous racheter. »
Il se leva et jeta dans une corbeille les rapports qui détaillaient les actes de torture.
« Retrouvez les véritables coupables. »
C’étaient des incapables qui ne savaient que s’en prendre aux faibles, mais il n’avait pas l’intention de les écraser complètement. Après tout, ils n’étaient que de modestes agents de terrain.
« Je le répète : je veux la vérité. »
Les Izenheim étaient forcément impliqués dans cette affaire.
Les compagnons de Sage, ceux que j’avais abattus ce jour-là, se cachaient quelque part.
Le Printemps de Gennen. Ce drame qui avait coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes avait probablement été provoqué par leurs agissements et leurs incitations.
« Si vous me livrez les véritables meneurs qui ont organisé cet attentat… »
Je les retrouverai et je les tuerai.
J’arracherai les pousses avant qu’elles ne grandissent, leur tordrai le cou et ne laisserai aucune menace se profiler à l’horizon.
« Mon opinion sur vous pourrait changer. »
« Oui ! Fidélité ! »
Le chef cria et salua.
« Nous avons tout compris ! »
« Fidélité ! »
Les enquêteurs l’imitèrent. Maximilian inclina légèrement la tête, puis quitta le commissariat d’un pas mesuré, digne d’un noble.
Le chef et les enquêteurs gardèrent leur salut jusqu’à ce qu’il disparaisse.
* * *
Libéré du commissariat, Yan erra sur une grande artère de Gennen, sans savoir où aller. Il avait l’esprit embrumé. Il ignorait où il se trouvait et ne savait pas où il marchait. Il avançait en titubant, tout simplement.
Screeech—
À cet instant, une voiture s’arrêta devant lui. La vitre descendit et une voix grave s’éleva de l’habitacle.
« Vous êtes bien monsieur Yan Novak ? »
La portière s’ouvrit en même temps. Yan agita vivement les mains.
« Je… ah, non. Je n’ai… je n’ai rien fait. »
« Tout va bien. Je ne suis pas de la police. »
Yan regarda enfin le visage de celui qui l’interpellait.
Un homme aux lunettes sans monture, à l’allure raide et démodée. À en juger par ses vêtements, du moins, il n’était pas policier.
« Montez, je vous prie. »
Yan déglutit. Il hésita, puis s’installa sur le siège passager.
La présence de l’homme ne lui semblait pas menaçante.
« Euh… qui… qui êtes-vous… ? » demanda Yan avec prudence.
« Vous n’avez pas besoin de le savoir, mais, si je dois me présenter, je suis employé d’une entreprise. Je suis aussi administrateur. Je m’occupe de toutes sortes de choses. »
L’homme ajusta ses lunettes sans monture et tendit une enveloppe à Yan.
« Qu’est-ce que… ? »
« Regardez vous-même. »
Yan ouvrit l’enveloppe. Elle contenait plusieurs documents, des papiers plastifiés et même une liasse de billets.
« M-mais, qu’est-ce que… »
Une liasse de cent billets de 100 dollars. Dix mille dollars, une somme qu’il n’avait jamais touchée, ni même vue de sa vie.
« Votre bourse et votre nouvelle identité. Il y a aussi une lettre de recommandation. Vous devriez pouvoir suivre les études de votre choix, où que vous le souhaitiez. »
« Une bourse ? Pour… pour moi ? »
« Oui. On m’a dit que monsieur Yan avait du potentiel. »
« Qui… ? »
Quelqu’un lui vint soudain à l’esprit.
Cache-toi, jusqu’à ce que tu sois assez fort.
Ce jour-là, ce chevalier de l’Ordre des Sentinelles. L’homme blond qui l’avait sauvé pendant l’attentat.
« … Pourquoi… pourquoi moi ? »
« Je ne fais qu’exécuter des ordres. Je n’ai pas à leur donner un sens. C’est à vous de le trouver, monsieur Yan. »
Vroooom. L’homme démarra.
Ils arrivèrent bientôt dans une ruelle familière et, peu après, la voiture s’arrêta.
Yan tressaillit de surprise. Ils étaient juste devant chez lui.
L’homme demanda : « Comment s’est passé le trajet ? Cela ne fait que deux jours que j’ai commencé à apprendre à conduire. »
« Ah. Ah. Oui. Très. Très bien. »
« Alors, descendez. »
« … Oui. Merci. »
Yan sortit de la voiture. Il se dirigea vers la maison, puis se retourna pour demander à l’homme au volant : « Est-ce que je pourrais connaître votre nom… ? »
L’homme ajusta ses lunettes sans monture et répondit : « Dieter. Dieter Schmidt. »
Un visage las, très professionnel. Une voix qui lui ressemblait.
« Pour finir, mon patron m’a chargé de vous transmettre un message. »
Hum… Il s’éclaircit la gorge et le récita d’une voix basse.
« Si vous continuez à vous battre là où vous êtes, nous nous reverrons un jour… »
« Ah… oui. »
Yan hocha la tête, hébété.
« Alors, au revoir. Ne laissez pas passer cette chance. »
Dieter s’éloigna en voiture. Yan Novak le regarda disparaître longtemps, au fil des ruelles sinueuses du bidonville.
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