Chapitre 185
WeTried Translations
Traducteur : Coughing Baby
Relecteur : Coughing Baby
Discord : https://dsc.gg/wetried
◈ L’Impérialiste réticent
Chapitre 185
──────
Les conséquences (4)
Un refuge de son enfance.
La lumière de la lune, portée par le vent, filtrait à travers les lianes épineuses qui entouraient la cachette douillette. Les broussailles ondulaient dans un long bruissement sifflant.
Dans cette atmosphère étrangement silencieuse, Schatz regarda l’homme qui lui faisait face.
« … Messire chevalier. »
Sa voix trembla légèrement.
Maximilian lui fit face sans un mot.
« Devant la tentation du pouvoir, même le Maximilian que vous servez finira par vaciller. »
La raillerie de Falkenrat résonna dans ses oreilles.
Le poing serré, Schatz plongea en elle-même.
Est-ce que je doute de Maximilian, en ce moment ? Est-ce que j’ai peur ? Ou est-ce que je veux simplement que toi, au moins toi, tu sois différent de ces monstres ?
Non. Qu’est-ce qu’un « monstre », au juste ?
« Schatz Heizen. »
Maximilian prononça son nom.
« … Oui. »
Schatz se rappela le jour où elle avait pu venir ici. Elle repensa à la raison pour laquelle elle avait réussi à se venger.
Maximilian.
Tout avait commencé avec Maximilian.
Mais à présent, Schatz redoutait quelque chose.
Et si Maximilian devenait comme Hector ? Et si le pouvoir l’aveuglait et lui faisait perdre la raison ?
… Non.
Hector avait été mauvais depuis le début.
Mais Maximilian ne partageait pas le monde entre le bien et le mal.
Il n’était ni un homme bon ni un homme mauvais.
Il regardait simplement vers des endroits qu’ils ne pouvaient voir, et avançait vers des lieux qu’ils ne pouvaient atteindre.
C’était pour cela qu’il avait pu gifler Hector et qu’il avait refusé de plier, même devant l’ordre de l’Empereur.
Il était le chevalier le plus noble et, en même temps, le plus impérial de tous…
Schatz leva ses bras tremblants. Elle lui tendit le coffret de son père.
Maximilian le prit sans expression et l’ouvrit. Son contenu apparut.
« … Ah. »
Schatz eut le souffle coupé. Une sphère de mana rougeoyante s’éleva au-dessus du coffret.
Une petite source d’énergie qui rayonnait de mana. Ses yeux tremblèrent tandis qu’elle la contemplait.
Maximilian demanda : « C’est l’œuvre de votre père ? »
« … Oui. Je crois. »
Combien de personnes avait-on sacrifiées pour achever cette sphère ?
Combien de corps humains avait-on disséqués ?
Son propre père, Arthur Heizen, avait-il lui aussi participé de son plein gré à ce processus ?
Encore aujourd’hui, elle ne pouvait en être certaine.
Elle s’était vengée de Mason, qui avait tué son père, mais la vague certitude que celui-ci avait au moins été un homme bon s’était effondrée depuis longtemps.
Et pourtant…
« Cet arrogant chevalier choisira le “pouvoir” que nous lui offrons plutôt que la loyauté d’un chien comme toi. »
Si les paroles de Falkenrat lui revenaient sans cesse à l’esprit, c’était probablement parce qu’elle avait vaguement perçu les ténèbres les plus profondes de Maximilian.
Parce qu’elle connaissait son cœur, cette part de lui qui détestait les sous-races, et surtout les Izenheim.
« Messire chevalier… comptez-vous vous en servir ? »
Sa voix tremblait, pitoyable. La sphère rouge se reflétait dans les yeux de Maximilian. Schatz commença à tendre la main, puis s’arrêta.
Elle voulait effacer cette sphère de son regard. La cacher là où il ne pourrait jamais la voir.
« Au bout du compte, il deviendra un monstre qui regarde dans la même direction que nous. »
Maximilian observa la sphère en silence. Il la fixa alors qu’elle flottait devant ses yeux, comme si elle dansait pour le séduire…
Puis il la broya dans son poing.
Du mana argenté ondula dans sa main.
Crac !
Elle se désagrégea en un instant, comme du verre brisé.
« … ! »
Schatz ouvrit de grands yeux.
L’héritage de mana cristallisé que son père lui avait laissé disparut en un battement de cils.
Des cendres rouges glissèrent entre les doigts de Maximilian et tombèrent au sol.
« Schatz. »
En enjambant les débris éparpillés par terre, Maximilian prit la parole.
« Nous sommes Aran. »
Aran. Nous.
Ces mots s’insinuèrent dans les oreilles de Schatz. Ils touchèrent son cœur et s’enfoncèrent plus profondément en elle.
Une émotion qu’elle ne parvenait pas à nommer parcourut tout son corps.
« … »
Schatz garda le silence, et Maximilian épousseta négligemment sa main.
Toujours impeccable, sans la moindre tache, il posa une main sur son épaule.
Et puis…
« Nous ne sommes pas assez faibles pour devoir dépendre d’une matière étrangère comme celle-ci. »
Sur fond de ciel nocturne, il lui adressa son sourire le plus éclatant. La lumière argentée de la nature se déversa sur ses cheveux blonds. En le regardant, presque comme une apparition, Schatz comprit soudain.
Je ne l’oublierai probablement jamais…
Non. J’en suis certaine.
Je n’oublierai jamais cet instant…
* * *
Sur le chemin du retour vers le Centre impérial, à l’arrière de la voiture.
Je regardai en silence l’arrière de la tête de Schatz, qui tenait le volant.
La route devait être mauvaise, car ma tête cahotait à chaque virage.
« … »
Elle avait douté de moi. Elle s’était demandé si le Moteur de mana ne me tenterait pas, ou ne me corromprait pas.
Mais moi aussi, j’avais douté de Schatz. À vrai dire, mes doutes étaient bien plus grands. Quand je lui avais fait face, mon épée longue était dans mon dos.
Au fond, Schatz n’était pas si différente d’Outcast. Elle était de nature bonne et, avant ma régression, elle avait abattu le duc Sebestian.
Si nous avions suivi des chemins différents, si elle n’avait pas pu me faire entièrement confiance, ou si je n’avais pas réussi à la garder à mes côtés…
J’aurais dû la décapiter de mes propres mains.
Un battement sourd.
Soudain, mon virus pulsa lourdement.
Arthur Heizen, le père de Schatz, avait été un génie bien plus grand que je ne l’imaginais. Il avait peut-être créé quelque chose de proche du Moteur de mana.
Je l’avais détruit, mais mon virus en avait absorbé quelques fragments et les digérait à présent.
Un battement sourd.
Il semblait lui falloir du temps, comme s’il avait trop mangé. Il continuait de pulser irrégulièrement et ne répondait pas quand je l’appelais.
J’ignorais toujours ce que cette « prédation » impliquerait pour moi et quel genre de changement elle provoquerait…
« Est-ce que tout va bien ? »
Schatz me posa soudain la question.
Je lui répondis brièvement :
« À quel sujet ? »
« C’était peut-être quelque chose d’important que mon père avait laissé dans ce monde. Hector l’a cherché partout. Si c’était vraiment un Moteur de mana… »
Je souris.
Elle avait raison.
Si ce que j’avais détruit était le Moteur de mana, ou du moins quelque chose de proche, et si une analyse minutieuse nous avait permis de l’utiliser pleinement, nous aurions pu prendre un avantage considérable sur les Izenheim.
« Non. »
Pourtant, Schatz comptait tout autant.
C’était le talent qui avait vaincu le duc Sebestian.
Comme je ne pouvais pas mesurer avec précision la puissance d’un Moteur de mana, inutile de prendre un risque alors que j’avais déjà un billet gagnant en main.
« Votre père a laissé un autre trésor dans ce monde. »
Je n’avais pas besoin de le dire explicitement.
Plutôt que de miser sur une technologie incertaine, je choisissais de faire confiance à la personne bien réelle qui se trouvait devant moi.
Telle était ma décision.
« … Hum. »
Schatz se racla la gorge. Elle voulait dire qu’elle allait se concentrer sur la conduite, mais le sommet de sa tête continuait de remuer bizarrement.
Je fermai doucement les yeux.
* * *
Hector avait été neutralisé, mais il restait à démanteler Mason Industries.
« La structure de Mason Industries est très inhabituelle. L’entreprise compte de nombreuses filiales de valeur, mais ce complexe de recherche accumule de lourdes pertes. »
Dieter, que je retrouvais après une longue absence, ajusta ses lunettes et me tendit le rapport.
Lui et ses hommes avaient passé au crible chaque aspect de la structure financière de Mason Industries et de ses flux de capitaux.
L’argent détourné par Hector avait été réparti entre des dizaines de sociétés-écrans, ce qui compliquait les recherches, mais avec la persévérance de Dieter, nous finirions par le récupérer.
« Si vous acquérez vous-même ce complexe de recherche, messire chevalier… »
L’élément que Dieter me désignait était le complexe de recherche de Mason Industries, ainsi que T24, qui en était, de fait, une filiale.
« Il devrait perdre des dizaines de millions de dollars impériaux chaque année, et la majeure partie des dettes de Mason Industries est concentrée dans ce genre de complexe. »
Cela aussi faisait partie de la corruption. On empruntait en donnant en garantie un complexe de recherche auquel le Palais impérial faisait confiance. Sous la pression du Palais, les banques ne pouvaient ni refuser le prêt ni réclamer le remboursement.
C’est pourquoi le complexe de recherche de Mason Industries croulait sous des dettes bien trop lourdes pour sa taille.
« Je sais. Acquérez-le quand même. »
Je répondis d’un ton ferme.
« Il faut reconnaître la valeur de la loyauté. »
Dans cette affaire, j’avais désobéi à l’ordre de l’Empereur.
Quels qu’aient été mes objectifs, cela au moins était indéniable.
« Bien. Je comprends. »
« Faites retirer l’enseigne et reconstruisez le site pour en faire un nouvel institut. »
Le lieu appelé T24 serait tout simplement rayé de la carte, sans laisser la moindre trace.
« Devons-nous conserver la plupart des employés actuels ? »
« La plupart, oui. Mais il faut passer les chercheurs en poste au crible. »
Je rayai plusieurs noms de la liste au stylo rouge.
Nous garderions ceux qui exécutaient les ordres de leurs supérieurs « normalement », ceux qui se consacraient à la recherche comme des machines, sans jugement éthique.
Mais ceux qui s’adonnaient à un sadisme gratuit envers les sujets d’expérimentation ou franchissaient les limites par plaisir…
Les déchets comme Gennady, que Elje avait tenté de tuer, seraient tous écartés.
Des hommes comme eux ne serviraient absolument à rien dans les recherches que je prévoyais. Ils n’étaient que des variables menaçant la sécurité.
« Envoyez cette liste à Schatz. »
Éliminer les déchets et ne recruter que les talents essentiels.
Tout ce qu’il me fallait, c’était des chercheurs ordinaires, incapables d’éprouver de la culpabilité.
« Bien. Je m’en occupe. »
Dieter prit la liste.
…
Un institut de recherche souterrain nouvellement construit.
Pas de nom particulier. Juste un institut.
« Bienvenue. »
Dieter Schmidt accueillit poliment les chercheurs qui venaient d’y être affectés.
À titre d’information, ceux que Maximilian avait épargnés pendant l’assaut d’Outcast contre Mason Industries ignoraient que le « docteur Gert » de ce jour-là avait été Maximilian.
« Vous travaillerez désormais dans un nouvel institut de recherche du district impérial 35. »
À ces mots de Dieter, les chercheurs affichèrent une légère confusion. Un transfert soudain. Pour ceux qui avaient une famille, c’était une réaction naturelle.
Mais ces gens avaient l’habitude d’obéir aux ordres de leurs supérieurs sans filtre moral ni remise en question. Ils correspondaient parfaitement aux besoins des recherches que Maximilian projetait.
« Voici vos conditions d’embauche. »
Le salaire et les avantages inscrits dans les contrats dépassaient de loin tout ce qu’ils avaient pu imaginer.
Les chercheurs se figèrent, les documents à la main. Un lourd silence tomba.
« … Est-ce vraiment vrai ? »
Miro, choisi pour diriger l’institut, leva la main et posa la question, incrédule.
« Oui. »
Dieter leur répondit en les observant à travers ses lunettes.
« C’est un contrat officiel. Il n’y a pas un seul mensonge. »
Plus de quatre fois ce qu’ils touchaient chez Mason Industries.
Leurs fonctions précises étaient encore « indéterminées », mais ce qu’ils faisaient chez Mason Industries l’avait également été « dès le départ ».
« Mais vous devez vous souvenir d’une chose. »
La voix de Dieter se fit soudain glaciale.
« Vous devrez garder le silence absolu sur tout ce que vous verrez, entendrez et ferez dans cet institut. »
Un contrôle strict et une rémunération colossale.
Une vie où ils faisaient ce qu’on leur disait, étaient payés pour leur travail, ne révélaient rien à l’extérieur et vivaient confortablement avec leur famille.
« À la moindre fuite d’information, vous perdrez immédiatement tout, conformément à la clause de violation de la confidentialité figurant au bas du contrat. »
Pour ce genre de chercheurs, c’était peut-être exactement la vie qu’ils désiraient le plus.
C’est pourquoi une personne signa.
Puis deux.
Ensuite trois.
Le bruit des signatures se répandit peu à peu.
…
Pendant ce temps, dans la cité souterraine, hors de portée de la loi et de l’ordre impériaux.
Sonnet Kandel, la grosse pointure du coin, inspectait les rues pour vérifier la sécurité lorsqu’elle s’arrêta devant une librairie.
« … ? »
Au début, elle se demanda simplement : Qu’est-ce que c’est ?
Une couverture inconnue, empilée sur le présentoir à l’entrée, attira son regard. Un nom familier. Mais une illustration parfaitement soignée.
« Outcast : Origines »
Outcast. Un groupe de mercenaires assez célèbre dans la cité souterraine. Sonnet le connaissait bien.
Ces mercenaires stupides qui avaient attaqué Mason Industries et s’étaient tous fait décapiter par Maximilian.
Malgré tout, Mason Industries avait été détruite, comme ils le souhaitaient, et Hector avait été exécuté sans que cela soit officiel. On pouvait donc dire qu’ils avaient atteint leur objectif.
« Hmm. »
Sonnet prit la bande dessinée.
Frouf.
Au départ, elle ne la feuilleta que par curiosité, là où elle se tenait.
[Les personnages, noms de lieux, entreprises et organisations, ainsi que tous les autres noms, sans oublier les événements et épisodes présentés dans cette œuvre, sont des créations fictives. Toute ressemblance avec la réalité serait purement fortuite.]
L’histoire commençait par une phrase de ce genre.
Frouf.
Elle tourna une page, puis une deuxième, et son regard se concentra de plus en plus.
Avant même de s’en rendre compte, elle était complètement absorbée.
Frouf.
Puis, tandis qu’elle lisait…
Quelqu’un s’approcha soudain à côté d’elle et prit la même bande dessinée. Sonnet se décala légèrement pour lui faire de la place, puis renifla sans y penser.
Ce n’était pas une odeur ordinaire.
Malgré le déguisement, un léger parfum noble se dégageait encore.
Elle rabattit la capuche de sa robe et jeta un coup d’œil de côté.
Une femme affublée d’un déguisement plutôt maladroit. Mais Sonnet était certaine de savoir qui elle était.
Ezel Runselot.
Une femme qui avait failli devenir la fiancée de Maximilian autrefois. Une consœur mage de son frère aîné, Jun Kandel.
« … »
Ezel parcourut la bande dessinée en silence, puis se tourna soudain vers le propriétaire de la boutique.
« Hé ! Ça coûte combien ? »
Elle demanda le prix dans un argot maladroit.
C’était l’erreur que commettaient les nobles lorsqu’ils descendaient pour la première fois dans la cité souterraine. Ils croyaient que l’endroit n’avait ni loi, ni règles, ni hiérarchie, ni rien du tout.
« … C’est quoi, le problème de cette gamine ? »
Le propriétaire fronça les sourcils. Ezel brandit la bande dessinée et cria :
« J’ai demandé combien ça coûte ! Cette bande dessinée ! »
« Quoi ? »
« Je l’achète. Tu comprends pas ? »
Dans la cité souterraine, elle croyait qu’il fallait se montrer agressive. Si on avait l’air faible, les gens vous prenaient pour une poire… Qui avait bien pu lui donner ce conseil ?
« Dégage, espèce de tarée. »
« Quoi, quoi ? T’es dingue ? J’ai dit que je l’achetais ! »
La cité souterraine avait aussi ses bonnes manières. Après quoi, les gens remontaient à la surface et crachaient sur la cité souterraine.
« Hé ! Je l’achète ! »
« Casse-toi. Je te la vends pas, connasse. »
« Quoi ? Connasse ? »
« Ouais, connasse ! Espèce de petite garce, tu vas crever aujourd’hui. »
« Hé, a-attendez ! »
Le propriétaire se rua dehors, un balai à la main. Sonnet releva légèrement sa capuche et demanda :
« Combien ? »
« … 20 dollars. »
« Deux exemplaires, s’il vous plaît. Gardez la monnaie. »
Après avoir payé 100 dollars, elle tendit un exemplaire à Ezel Runselot.
Ezel la remarqua et ouvrit de grands yeux.
« Sonnet… »
« Chut. »
Sonnet lui indiqua du regard la ruelle voisine.
« Suivez-moi. »
Ezel balaya rapidement les alentours du regard, puis acquiesça et lui emboîta le pas.
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>