Chapitre 183
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 183
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Les conséquences (2)
Ploc, ploc, ploc.
Par une après-midi lumineuse, sous un soleil radieux, je pris une tasse de café fraîchement préparé.
Dans une chambre VIP de l’hôpital du Centre impérial, situé sous la juridiction de la maison Bertem, Qwanda Snopf était assis, le visage anxieux. Mais la véritable patiente, c’était sa petite fille, qui dormait dans le lit.
À mes mots, Qwanda laissa échapper un long soupir, comme si le soulagement le vidait de toute force.
« Haa… »
En le regardant, je songeai aux étranges réflexes de l’Empire.
Les nobles du Palais impérial trouvaient tout naturel de se débarrasser des gens après s’en être servis. Était-ce parce qu’ils détestaient dépenser le moindre sou ? Ou parce qu’ils estimaient la vie d’un roturier moins précieuse que celle d’une mouche ?
Quelle qu’en fût la raison, leur vision était d’une étroitesse extrême.
« Si elle continue à prendre ses médicaments, elle devrait vivre longtemps. »
Malgré tout, ceux qui trahissaient les leurs, leur nation et même leurs camarades devaient être traités à la mesure de leurs actes.
Quelle qu’en fût la raison, si leur trahison profitait à l’Empire, il fallait les récompenser sans équivoque.
C’était ainsi que les humains justifiaient leurs choix et s’enfonçaient toujours plus profondément dans le bourbier.
« … Merci, messire chevalier. Merci infiniment. »
Les yeux rougis, Qwanda n’arrêtait pas de s’incliner. C’était un tavernier des ruelles mal famées, mais aussi un sommelier au palais et à l’odorat exceptionnels.
Dans le futur qui avait précédé ma régression, Paria lui avait pardonné, mais il avait perdu sa fille adorée.
« Comme je vous l’ai dit, c’est une juste compensation. »
Si j’avais recruté Qwanda, ce n’était pas seulement parce qu’il saurait évaluer les grands crus de mon propre établissement, Lilac Vita.
Un élixir.
Il avait un talent inné pour analyser et mélanger les composants liquides. Sa maîtrise précise des préparations pharmaceutiques, où se mêlaient liquides, mana et plantes, pouvait naturellement améliorer l’efficacité des stimulants de combat, ces drogues capables de renverser le cours d’une bataille.
Yulian avait réussi à Berkina. Les matières premières et le pavot noir allaient affluer de la grande ferme qu’il gérait. Il me fallait absolument un expert capable de transformer tout cela en médicaments parfaits.
Je souris.
« Monsieur Qwanda Snopf. Vous êtes un Aran pur-sang, n’est-ce pas ? »
Je sortis un document de mon manteau et le lui tendis.
C’était un certificat de filiation de la famille Snopf, officiellement délivré par un bureau du gouvernement impérial.
« Si vous vous rangez aux côtés de l’Empire, votre enfant pourra grandir dans le bonheur et l’insouciance, comme n’importe quelle autre, à la surface plutôt que sous terre. »
Les épaules de Qwanda tremblèrent quand il prit le document, puis il s’inclina profondément.
« Relevez la tête. »
Je contemplai le ciel limpide par la fenêtre de l’hôpital et ajoutai d’un ton égal :
« En tant que père, vous avez fait ce qu’il fallait. »
« — Nng. »
À cet instant, sa fille émergea de l’anesthésie en gémissant et ouvrit les yeux.
« Papa… ? »
Qwanda se précipita au chevet et lui serra la main.
« Ma chérie, tout va bien. Tout va très bien se passer, maintenant… »
Je contemplai silencieusement le père et sa fille.
Pour que cette enfant continue à vivre en sécurité, et pour que toute l’humanité connaisse la mort naturelle et paisible à laquelle elle aspirait, la marche à suivre était limpide.
……
Je rencontrai la Princesse Justine.
Nous nous retrouvâmes dans la même cachette secrète, celle dont le passage d’Arcane débouchait dans son armoire. J’étais venu à sa demande.
« … Donc, si je comprends bien, un sujet d’expérience a survécu ? »
« Oui. »
La Princesse me dévisagea froidement. Le sens de son regard doré demeurait ambigu.
« Le Palais impérial vous avait clairement ordonné de ne pas vous mêler des affaires de Mason Industries. »
« En effet. Je ne m’en suis pas mêlé. Je me suis contenté d’infiltrer leur laboratoire pendant une semaine et de les surveiller de près. »
« Vous cherchez à jouer sur les mots ? »
Un de ses sourcils se crispa. Mais je ne reculai pas. Ma justification était solide et je disposais de preuves matérielles.
« Pour aller droit au but, leurs recherches étaient impossibles à reproduire dès le départ. »
Le Moteur de mana n’avait aucune application générale.
C’était le comble de l’inefficacité : des dizaines de milliers de morts pour trouver quelques sujets compatibles.
« Alors pourquoi avoir exécuté les sujets d’expérience ? Vous avez désobéi à un ordre impérial. »
« Ils étaient incontrôlables. Falkenrat a été vaincu par eux, et les gens de Mason n’avaient même pas les moyens de base pour les maîtriser. Plutôt que de les laisser tomber aux mains de l’ennemi ou de la Faction révolutionnaire, qui aurait pu en faire des armes impossibles à contrôler, j’ai jugé préférable de les tuer sur place. »
La Princesse semblait toujours douter de moi.
« Plus important encore, Hector Mason n’était pas un Aran pur-sang. »
Une lueur étrange parut enfin dans ses yeux. Plus que tout, c’était cette phrase qui venait de la faire réagir vivement.
« Son grand-père était Mer, et sa grand-mère était issue d’un mélange d’Edellem et d’Aran. »
Je lui tendis un carnet contenant l’arbre généalogique et des photographies de Hector Mason.
Vu son caractère pourri, Hector n’aurait jamais traité ses proches avec bonté. Mon réseau de renseignement avait retrouvé sa famille d’autrefois. Ceux qu’il avait dépouillés de leurs biens avaient témoigné de bon gré.
« Son vrai nom était Yuzen May. Certains de ses proches vivaient dans l’Est. »
La Princesse feuilleta les documents et les photos, s’attardant surtout sur les témoignages de ces proches, puis dit à voix basse :
« … Hector Mason n’est pas un Aran pur-sang. »
La logique de l’Empereur était la suivante : même si l’on implantait des circuits de mana impurs à des Aran pur-sang, on pouvait tolérer ce sacrifice au nom de la grande cause impériale, à condition que la personne supervisant tout le processus fût elle-même un Aran pur-sang. Mais si Hector n’était pas Aran, ce principe s’effondrait.
Dès lors, il s’agissait d’une insulte impardonnable : une race inférieure avait osé s’emparer de sujets impériaux pour les utiliser comme matériel d’expérimentation.
« C’est exact. Cependant, l’installation appelée T24 et les ressources de recherche qu’ils ont accumulées restent utilisables. »
« Et ensuite ? »
La Princesse leva les yeux vers moi.
« Nous devons mener des recherches sur les sous-espèces. »
Les Izenheim. Ces salauds que nous devions absolument massacrer.
« Pour l’instant, nous savons seulement que leur cœur a une forme différente. »
Le coin des lèvres de la Princesse tressaillit. Ce n’était pas son expression acérée habituelle. On y devinait une satisfaction discrète, contenue à dessein.
« Ainsi, si nous les disséquons, physiquement et sous l’angle du mana, puis les analysons méthodiquement jusqu’à mieux les comprendre… »
Je savais déjà quel mot elle voulait entendre.
« Nous pourrons les exterminer avec une efficacité maximale. »
* * *
Au même moment, au Quartier général de l’Ordre des Sentinelles, le Commandant adjoint Kairon convoqua en urgence un conseil des chevaliers.
« Vous avez tous entendu ce qui est arrivé à Maximilian. »
Kairon ouvrit la séance d’une voix grave.
Hector, le dirigeant de Mason Industries, avait déposé une plainte officielle contre Maximilian auprès du Palais impérial. Il fulminait, dénonçant un acte de trahison et une défiance envers l’ordre du Palais de mettre fin à l’enquête. Le Palais étudiait désormais l’affaire avec sérieux.
« Je n’ai pas dormi hier soir, ni la veille, ni même le jour d’avant. C’était impossible. »
Sa colère était sincère.
Qu’un simple homme d’affaires ait défié un chevalier des Sentinelles, et que le Palais ait toléré une telle outrecuidance : Kairon en éprouvait une rage presque incontrôlable.
« Nous défendons ce qui est juste. Et Maximilian avait clairement raison d’agir comme il l’a fait. »
Kairon balaya lentement du regard les chevaliers réunis autour de la table ronde.
Raynel, Zionne, Cliff, Tiana, Leon, Hanna… De nombreux chevaliers s’étaient rassemblés ici, toutes factions et tous rangs confondus.
« Les Sentinelles resteront toujours les Sentinelles. »
Peu de temps auparavant, lorsque l’Ordre avait été menacé de division, Maximilian les avait rassemblés grâce à ces mots.
À présent, c’était au tour de l’Ordre de lui rendre la pareille.
« Comment ose-t-il ? Avec quelle arrogance un simple dirigeant d’entreprise s’en est-il pris à un chevalier des Sentinelles ? »
Mason Industries comptait parmi les entreprises les plus riches et les plus puissantes de toute l’histoire impériale ; dans l’ouest impérial, elle se hissait au sommet du pouvoir et de la fortune.
Malgré tout.
« Les Sentinelles sont l’épée de l’Empire. Ces gens ne sont que de riches marchands. »
Chaque chevalier des Sentinelles devait le comprendre clairement. Comme Maximilian l’avait affirmé, l’Ordre devait reconnaître son autorité et son pouvoir absolu.
Et, le moment venu, savoir s’en servir.
« Nous allons mobiliser toutes nos forces. »
Boum !
Kairon abattit le poing sur la table et déclara :
« Nous allons écraser Mason. »
……
Hector Mason, le dirigeant de Mason Industries, tenta de contre-attaquer en mobilisant ses immenses réseaux et sa puissance financière, solidement établis dans tout l’ouest impérial.
Pourtant, chaque fois qu’il sollicitait quelqu’un, les figures influentes du pouvoir central lui tournaient le dos, l’une après l’autre. Même ceux qui lui avaient assuré avec aplomb qu’il pouvait compter sur eux cessèrent de répondre à ses appels.
Il avait beau répéter qu’il s’agissait d’un projet d’intérêt national, entièrement soutenu par le Palais impérial, rien n’y faisait.
« Bande de salauds… »
Hector respirait bruyamment en fusillant du regard l’homme assis en face de lui.
C’était Valdemar, un noble influent du pouvoir central et proche de Grossman, le secrétaire en chef. Ce vieil ami de longue date avait longtemps servi de solide passerelle entre la maison Mason et le Palais.
« Valdemar. Je vais dresser la liste de tous ces opportunistes qui m’ont trahi. Transmets-la au Palais et fais-les tous envoyer au loin. Au camp, en prison, n’importe où. »
« Euh… non, enfin… »
Valdemar se gratta la tempe, l’air profondément embarrassé.
« Hector. Je te dis ça pour ton bien. La situation actuelle… »
« Quelle situation ? Tu n’as pas dit que Sa Majesté était furieux ? »
« … Ah, si, vraiment. Pendant un instant. J’ai entendu dire qu’il avait haussé le ton. Sa Majesté se met rarement en colère. »
Pendant un instant.
Ces mots s’accrochèrent à l’oreille de Hector.
« Alors pourquoi ? »
L’Empereur pouvait effacer quelqu’un de l’existence d’un seul souffle. Saisir cette occasion pour abattre ce jeune effronté nommé Maximilian — par l’exécution, l’exil ou une sanction — et maintenir l’autorité du Palais à son apogée aurait dû être tout à son avantage.
« Quelqu’un qui désobéit une fois peut recommencer deux fois, trois fois. Sa Majesté le sait mieux que quiconque, non ? »
« Eh bien… hum. »
Valdemar toussota, puis poursuivit avec prudence :
« Des rumeurs circulent au Palais : tu ne serais pas un Aran pur-sang… »
À ces mots, le visage de Hector se figea comme de la pierre.
Un instant seulement.
Puis il sourit de nouveau.
« Impossible. La vérification de ma lignée a été menée à bien, et tous les documents du bureau du Centre impérial sont parfaitement en règle. Ce sale gamin de Maximilian les a évidemment falsifiés. Oser falsifier des documents officiels impériaux… ce salaud veut vraiment se faire déclarer grand traître— »
« Connais-tu un homme nommé Epen May ? »
« … »
Hector se tut. Ses pupilles s’agitèrent violemment.
« … Qui est-ce ? »
Valdemar claqua la langue et secoua la tête devant la question éhontée de Hector.
« Eh bien, peut-être son fils ? Cet homme a témoigné que tu avais volé tout l’argent de ta famille avant de t’enfuir, à l’époque. Ton ancien nom était… Yujin May ? Yuzen May ? »
Un nom qu’il avait passé toute sa vie à essayer d’oublier.
Il avait cru l’avoir effacé sans laisser de trace, au fil des années.
En restait-il donc une ?
« Bref. Ils ont fourni des preuves concernant ta lignée. Des photos de famille, de ton enfance, par exemple. »
Le pouls de Hector s’emballa, prêt à éclater. Une sueur froide lui coula dans le dos. Il ne parvenait plus à garder contenance.
« Quoi… »
« Écoute, Hector, je dis ça en ami. En vieil ami. Enfin, on ne peut plus vraiment se dire amis, pas vrai ? Légalement, ça ne tient pas. »
Hector fixa Valdemar d’un regard vide.
« Enfin. En tant qu’ancien ami, je voudrais d’abord te poser une question. »
Valdemar.
Ce salaud qui, toutes ces années durant, lui avait soutiré des pots-de-vin et des objets de valeur à n’en plus finir.
Ce salaud qui, grâce à son argent, avait gravi les échelons jusqu’à des postes clés du pouvoir central.
« Hector. Qu’est-ce que tu crois être, au juste ? »
Et maintenant, il lui posait cette question absurde avec un visage si froid.
« Qu’est-ce qui t’a fait croire que tu pouvais t’opposer à Ebenholtz ? »
« … Quoi ? »
« Reprends-toi. »
Valdemar reboucla sa veste.
« Tu sais, tu n’es qu’un… »
Un profond rictus lui retroussait le coin de la bouche. Ou peut-être était-ce une sincère compassion.
Une trace d’affection pour un vieil ami qui s’était enivré de ses propres chimères, avait oublié sa place, s’était déchaîné et avait couru à sa perte.
« Tu n’es qu’un chef d’entreprise. Depuis ta naissance, jusque dans tes fondations, tu es fondamentalement différent de Maximilian. »
Une tradition forgée au fil des siècles. Une maison si lointaine et si élevée qu’elle était devenue l’un des symboles de l’Empire.
Tous, dans l’Empire, connaissaient sa noblesse. Tous reconnaissaient son autorité.
Les innombrables nobles qui respectaient Ebenholtz en voulaient aux nouveaux venus qui tentaient de s’élever depuis les bas-fonds et de convoiter leur place.
Ebenholtz est accepté, mais pas toi.
Ebenholtz est noble, mais toi, tu es de basse extraction.
Voilà tout simplement l’ordre naturel de la société nobiliaire.
« Hector… non, dois-je t’appeler monsieur Yuzen ? »
Même si Mason Industries avait dominé les sommets du commerce continental pendant des décennies et amassé des montagnes d’argent, elle ne pourrait jamais acheter le poids de cette histoire, de cette lignée et de cette autorité.
« Ebenholtz est une maison de cette trempe. »
— C’est comme ça, tout simplement.
Une absurdité manifeste, et pourtant une vérité indéniable.
« Ils touchent au plafond de cette nation qu’on appelle l’Empire. Qui oserait convoiter le plafond ? »
Si l’Empereur était le ciel, eux étaient le plafond.
« Porte-toi bien. Merci pour tout. »
Valdemar se leva.
Laissant derrière lui Hector, pétrifié et abasourdi, il se détourna sans hésiter et quitta le salon privé.
« … »
Le silence se fit dans l’obscurité.
Au milieu de celle-ci, Hector…
resta assis seul, très longtemps.
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