Chapitre 182
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Traducteur : Coughing Baby
Correcteur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste réticent
Chapitre 182
──────
Les conséquences
Devant le siège de Mason Industries.
Un véhicule blindé s’enfonça au cœur des ruines, couvertes de débris d’explosion et de corps entassés.
Avait-il observé la scène de loin ? N’avait-il jamais douté de la victoire de Falkenrat, pas même un instant ?
La portière s’ouvrit et Hector Mason descendit.
« … Qu’est-ce que c’est que ça ? »
Le visage d’Hector était déjà déformé par la rage. Son regard s’attardait moins sur le siège à moitié détruit que sur les corps exécutés des Parias.
« Maximilian. Tu comprends seulement ce que tu as fait ? »
Les veines du cou d’Hector saillirent. Je me contentai d’envelopper mon épée longue dans des bandages, puis la récupérai et la posai contre mon dos.
La décapitation était trop douce pour ce salaud. Il méritait un avenir bien plus douloureux.
« C’est ce que Sa Majesté voulait. Il fallait garder ces salauds en vie pour les utiliser comme sujets d’expérience. »
Hector continuait à vociférer, mais, franchement, je l’entendais à peine.
Avant l’affrontement contre les Parias, j’avais déjà injecté environ une demi-dose de super stimulant, au cas où un imprévu surviendrait.
« Tu as défié le commandement suprême de Sa Majesté. »
Le super stimulant avait pour avantage d’accroître les capacités physiques, mais son inconvénient venait précisément de ce surcroît de puissance. Mon corps amplifié ne pouvait pas supporter entièrement cette tension ; la charge m’accabla, mes cellules cérébrales surchauffées s’illuminèrent, et les souvenirs de mon ancienne vie me revinrent avec une netteté saisissante.
Voilà pourquoi je n’arrivais pas à cesser de penser aux Parias, même en les exécutant.
« Maximilian von Ebenholtz. C’est de la haute trahison. »
Sans que je m’en rende compte, je me retrouvai juste devant Hector. Je baissai les yeux vers sa petite silhouette.
« … »
Je le dévisageai un instant, puis lâchai un rire méprisant.
« Tu ne comprends toujours pas. »
Les vaisseaux sanguins des yeux d’Hector éclatèrent.
Cet homme avait déjà perdu la raison.
« C’est toi qui ne comprends pas. »
Pathétique. Il n’arrivait toujours pas à saisir la situation et continuait d’aboyer.
Enfin, s’il ne comprenait pas, je n’avais qu’à l’écraser tel qu’il était.
J’avais déjà envoyé des hélicoptères évacuer les chercheurs du toit de Mason Industries.
J’avais mis la main sur toutes les preuves, matérielles comme humaines.
« Sa Majesté… »
« Sa Majesté. »
Hector tenta de nouveau d’invoquer l’Empereur, mais je l’interrompis.
« … Ha. »
J’étais simplement agacé.
Je n’avais aucune envie de gaspiller ma salive avec de la vermine pareille. Les longues explications m’ennuyaient. Une peine inutile, sans le moindre intérêt.
À la place, je tendis la main et le giflai.
« — Gnh ! »
Le corps d’Hector Mason fut projeté en arrière, lamentablement. La force physique d’un chevalier suffisait à broyer le visage d’un homme ordinaire d’un seul coup. Sa joue s’ouvrit tandis qu’il roulait sur le sol, et ses dents brisées claquèrent sur l’asphalte.
« S-salaud… ! »
Hector recula en titubant, le visage couvert de sang.
« T-toi, gnh, fils de…, khh ! »
Il n’arrivait même pas à former des mots. L’air qui sifflait entre ses dents cassées avait quelque chose de ridicule.
Son secrétaire et ses gardes du corps se précipitèrent vers lui, mais pas même eux n’osèrent pointer leurs armes sur moi.
« T-toi ! Tu es un traître ! Sa Majesté m’a nommé, m’a… ! »
Je me moquai d’Hector, qui s’agrippait au sol en débitant des absurdités.
« Ce poste te va bien. »
« Q-quoi… ! »
Je l’ignorai tandis qu’il s’agitait et poursuivis mon chemin.
Il en restait une.
Hector avait lui aussi déjà compté les corps étendus au sol.
Quatre sur cinq.
Filty manquait à l’appel.
Hector Mason et moi savions déjà tous les deux où elle irait.
* * *
Ville souterraine, taverne Qwanda.
Filty regagna sa cachette et balaya du regard la salle vide.
« … »
Il n’y avait personne.
Ni maître Qwanda, qui l’accueillait toujours avec un sourire chaleureux. Ni les clients bruyants qui entrechoquaient leurs verres. Ni les camarades qui se rassemblaient autour d’elle en disant que ses bandes dessinées étaient amusantes.
À présent, ils avaient tous disparu.
Les mains tremblantes, Filty ramassa les pages qu’elle avait dessinées.
[ Elje : Meden… tu peux arrêter, maintenant… ]
[ Meden : … ]
Elle relut ces lignes et leurs derniers instants encore et encore, repassant du doigt sur ceux qui ne reviendraient jamais.
Filty força les émotions qui montaient en elle à se calmer.
Elle étouffa un chagrin si profond qu’elle pouvait à peine respirer.
Bam !
Soudain, la porte de la taverne s’ouvrit à la volée. Filty sursauta et se retourna.
« Filty. »
Des hommes au visage dissimulé sous des masques — probablement des soldats privés de Mason Industries — envahirent la salle. Filty les observa d’un regard à moitié résigné.
« C’est donc bien toi, Filty… »
L’un des soldats s’arrêta et sortit un document. Il avait l’air de ne presque rien savoir d’eux.
Filty répondit à sa place.
« … Je n’ai pas de nom de famille. »
Filty n’était que Filty.
Meden n’était que Meden, Elje n’était qu’Elje, Kade n’était que Kade et Pain n’était que Pain.
Parce que c’étaient les noms qu’ils s’étaient donnés entre eux.
Parce qu’ils n’avaient aucune maison à laquelle appartenir.
« Je vois. »
Les soldats sortirent des appareils à décharge électrique.
Ils étaient venus en sachant déjà qu’elle ne possédait aucune aptitude au combat létal.
Mais elle aussi avait une arme.
Une grenade d’autodestruction.
Si elle devait mourir, autant en emporter quelques-uns avec elle.
Un pas, puis deux.
Elle serra la grenade dans sa main tandis qu’ils approchaient lentement. Juste avant qu’ils ne fassent un troisième pas…
---.
Un arc argenté inconnu jaillit le premier.
Frrt —
Un éclair silencieux fendit l’air. Les têtes des soldats s’envolèrent toutes en même temps.
« Euh… »
Filty resta à fixer la scène, hébétée.
Des gerbes de sang jaillirent lorsque les corps s’effondrèrent. Au-delà, une silhouette d’homme vacillait dans la brume.
La main de Filty se relâcha.
— Frouu.
Les pages de bande dessinée qu’elle tenait contre elle se répandirent sur le sol.
« N-non… ! »
Affolée, elle s’accroupit pour les ramasser, mais les pages couvertes de sang ne cessaient de lui glisser entre les doigts.
— Floc.
Une botte militaire maculée de sang écrasa sans ménagement une page.
« Lève-toi. »
Sa voix était glaciale. Filty trembla et releva la tête.
« … »
C’était lui.
Le chevalier blond qui avait remarqué qu’elle l’observait et massacré tous ses camarades : Maximilian von Ebenholtz.
« Filty des Parias. »
L’ennemi de ses camarades se tenait devant elle.
Assez près pour qu’elle puisse le toucher en tendant la main.
Mais elle n’avait aucune chance.
Elle ne pouvait même pas l’égratigner.
Même si elle faisait exploser la grenade, elle seule mourrait pour rien.
« Filty. C’est bien ça ? »
À sa question sèche, Filty remua ses lèvres gonflées et répondit avec effort.
« … Ouais. »
Maximilian plia alors un genou et ramassa une page de la bande dessinée trempée de sang.
[ Maximilian : Mason Industries va s’effondrer. ]
En lisant ces mots, un coin de sa bouche se tordit.
[ Maximilian : J’ai obtenu des preuves d’expériences humaines illégales au regard du droit impérial. Ainsi, plus jamais des salauds comme vous ne réapparaîtront. ]
« Tu possèdes un don inhabituel. »
Boum.
Il posa son épée longue sur la table. Il y déposa aussi la page tachée, puis demanda :
« Je vais te poser une question. Comptes-tu me résister ? »
L’homme qui avait abattu tous ses camarades lui posait cette question.
« … »
Une rancœur profonde vacillait encore dans les yeux de Filty.
Les dernières images de ses camarades, qu’elle avait dessinées, lui revinrent à l’esprit.
[ Maximilian : Tu as quelque chose à dire ? ]
[ Meden : Ah. Ouais. J’ai un truc à dire. Ça fait bizarre de sortir ça la première fois qu’on se rencontre, mais… va te faire foutre ! ]
[ Elje : Va te faire foutre, pauvre crétin, esclave de l’Empire ! ]
Le chevalier tenait son épée en les regardant tous les deux.
[ Maximilian : … D’accord. ]
Mais lorsqu’il les décapita, le sourire que Filty avait dessiné sur son visage…
[ Maximilian : Tu as fait du bon travail. ]
Ce n’était pas de la joie.
C’était du chagrin.
« … Ce que tu as dit, là-bas. »
Quoi qu’il en soit, Maximilian avait bien tué ses camarades. Rien que pour cela, il était son ennemi. Pourtant, il lui restait un souhait.
« Est-ce que tu le pensais vraiment ? »
Filty lui tendit la page.
[ Maximilian : Mason Industries va s’effondrer. Je vais les faire tomber. ]
Maximilian répondit sans la moindre hésitation.
« Sur mon honneur. »
Filty inspira profondément.
Si c’était vrai, alors, pour l’instant…
Il lui restait une raison de vivre encore un peu.
« Et si je te disais que je ne te résisterai pas ? »
Le regard de Maximilian s’inclina légèrement.
« Tu n’as pas été prise en flagrant délit de participation directe à un acte terroriste au regard du droit impérial. La manière dont tu seras traitée relève de mon autorité, puisque c’est moi, le chevalier, qui assure ta garde. »
« … »
Filty serra les poings.
Après une longue hésitation, elle poussa un profond soupir et hocha la tête.
Elle le ferait.
Maximilian demanda :
« Ça ne te dérange pas de ne plus être avec eux ? »
« … Je veux voir ces salauds tomber. »
Filty remit ses priorités en ordre.
« Meden, Elje, Pain, Kade… »
Un chevalier faisait le travail d’un chevalier, et les Parias faisaient le leur.
En tant que Parias, ils avaient toujours défendu une cause plus grande, qui passait avant leur propre mort.
« Eux aussi voudraient voir ces salauds s’effondrer. »
Une intention meurtrière se glissa dans sa voix.
« Ce n’est qu’alors… ce n’est qu’alors… »
Elle ne put poursuivre. Son cœur était un océan. Des larmes lui montèrent aux yeux et tombèrent, goutte à goutte, dans la mare de sang.
Maximilian la regarda en silence.
……
Qwanda Snopf. Il avait vendu à Mason Industries le plan d’Elje tel quel, puis quitté la ville souterraine et pris place dans leur véhicule.
Le jour convenu, à l’heure fixée, ils étaient censés se rendre au meilleur hôpital du Centre impérial.
Sa petite fille reposait dans ses bras, le souffle court et irrégulier.
« Encore un peu, tiens bon encore un peu… »
Le syndrome d’intoxication au mana.
Une maladie causée par des récepteurs de mana anormalement petits dès la naissance : plus le corps absorbait le mana ambiant, plus les vaisseaux sanguins brûlaient, jusqu’à ce que la mort s’ensuive.
Quand Qwanda avait appris ce diagnostic, il avait compris que sa fille ne pouvait pas survivre dans la ville souterraine, où le mana pollué saturait l’air.
Mais à la surface, c’était différent.
Si elle se faisait opérer dans un établissement médical digne de ce nom et continuait ensuite à recevoir des médicaments coûteux, elle pourrait vivre.
Autrement dit, s’il avait assez d’argent et le droit d’accéder à un hôpital haut de gamme, il pouvait sauver son enfant.
« Tiens encore un peu. Après, tu pourras vivre comme les autres enfants. »
En vérité, Mason Industries lui avait déjà fourni un traitement de maintien en vie.
Alors, puisque sa fille respirait encore grâce à eux, il ne lui restait plus qu’à la faire opérer pour qu’elle guérisse complètement…
« … ? »
Qwanda regarda par la fenêtre.
Soudain, quelque chose lui parut étrange.
La direction n’était pas la bonne.
Au carrefour qu’ils venaient de dépasser, ils auraient dû tourner à droite.
Cette route menait au Centre impérial, où se trouvait l’hôpital.
Pourtant, le conducteur continua tout droit vers l’ouest, sur une route désertique en périphérie.
« Excusez-moi. Je crois que vous avez pris la mauvaise route… »
Aucune réponse. Le conducteur et le passager avant se contentèrent de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur.
« Excusez-moi ! »
Qwanda lança d’une voix pressante :
« Ce n’est pas la bonne route ! »
Les hommes froncèrent les sourcils.
« Q-qui êtes-vous ?! »
« Ah. Tu es pénible. »
Le passager glissa une main dans son manteau, et la respiration de Qwanda s’accéléra.
Screeeech !
À cet instant, quelqu’un apparut au milieu de la route.
Le conducteur arracha le volant. Le véhicule fit une violente embardée et s’arrêta.
« Ah, ce putain de salaud… »
« … On s’en charge ? »
Le conducteur et le passager échangèrent un regard. Le passager sortit un pistolet et descendit.
« O-où sommes-nous ?! »
À cet instant, Qwanda interpella le conducteur.
L’homme se tourna vers lui, l’air agacé, et marmonna :
« Fais pas de bruit, d’accord ? On sait tous les deux de quoi il s’agit. »
À peine eut-il prononcé ces mots brutaux que…
Fchaaa !
Une épée longue surgit de l’extérieur. Elle transperça le pare-brise, fit voler le crâne de l’homme en éclats, puis repartit soudain dans les airs et se posa dans la main de quelqu’un.
« … »
Qwanda en perdit la voix. L’homme qui était descendu ne revint jamais, et le conducteur était déjà mort.
Le silence retomba. Seule la respiration de sa fille, de plus en plus faible, se faisait entendre.
— Toc. Toc.
Des pas approchèrent par-devant.
Avant que Qwanda ait repris ses esprits, clic.
La portière arrière s’ouvrit.
« Qwanda Snopf. C’est bien vous ? »
« … »
Pâle comme un mort, Qwanda fixa l’homme qui se tenait dehors. La première chose qu’il remarqua fut ses yeux dorés, baignés par le clair de lune et rivés sur lui.
Qwanda savait qui il était.
Un chevalier de l’Empire, Maximilian von Ebenholtz.
« Sortez. »
Il en donna l’ordre. Le poids de ces paroles lui écrasa les oreilles, mais Qwanda secoua la tête en serrant sa fille contre lui.
« M-ma fille… ma fille est en train de mourir… »
« Je sais. »
Un sourire doux se dessina sur les lèvres de Maximilian.
Avec une courtoisie à laquelle Qwanda ne s’était absolument pas attendu, il lui tendit la main.
« Vous avez pris une décision difficile pour l’Empire. Je vous ai préparé un cadeau à la hauteur. »
* * *
Hector Mason, propriétaire de Mason Industries, adressa un rapport directement au palais impérial.
Il détailla les actes violents commis par Maximilian von Ebenholtz, qui frôlaient la rébellion, et affirma que Maximilian avait défié le commandement suprême de Sa Majesté et massacré tous les précieux sujets d’expérience.
Il ajouta même une plainte, prétendant que Maximilian l’avait frappé au visage et lui avait infligé des séquelles presque paralysantes.
La réponse à cette requête, déversée comme du sang, ne tarda pas à arriver.
« … C’est donc ce qui s’est passé ? »
Estio, secrétaire et plus proche conseiller de la Princesse Justine, se rendit au domaine des Mason, dans l’ouest de l’Empire.
Hector Mason le foudroya du regard et gronda entre ses dents.
« Exactement. Cet arrogant morveux a tué tous les précieux sujets d’expérience que Sa Majesté voulait. »
Estio fit un geste en direction d’Hector, l’air perplexe.
« Et alors ? »
« Il reste un espoir. L’un des sujets d’expérience est encore en vie… »
« Et si Maximilian essaie aussi de tuer le dernier ? »
À la question d’Estio, les pupilles d’Hector brillèrent comme celles d’une vipère.
« Ce serait une rébellion incontestable contre la Maison impériale, sans la moindre excuse possible. »
« … Hum. »
Hector semblait souhaiter précisément cette issue. Estio se tut, plongé dans ses pensées.
« Quoi qu’il en soit, je transmettrai cette affaire à Son Altesse la Princesse. »
Estio se leva lentement. Hector, toujours rongé par la haine, siffla entre ses dents :
« Fais-le ! Tu as intérêt à lui transmettre ! »
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