Chapitre 174
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 174
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Observation
Du papier couché. Une page divisée en cases rectangulaires. Des scènes exagérées et des dialogues entassés dans des bulles, le tout peint à l’encre vive et colorée.
KWA-GWA-GWA-GWANG !
Dans la bande dessinée, un bâtiment de Mason Industries s’effondra.
Les débris jaillirent dans toutes les directions. Tout en bas de la structure qui s’écroulait, une femme chutait.
[ Elje : … Meden ! ]
C’était Elje, l’héroïne d’« Outcast ». Elle appela Meden et tendit la main dans le vide. Ses cheveux platine fouettaient l’air et ses yeux bleus luisaient comme s’ils étaient emplis de mana.
[ Meden : Elje ! ]
Meden, l’autre protagoniste, fit un pas de plus alors qu’il tombait et attrapa la main d’Elje. Ils se serrèrent l’un contre l’autre et atterrirent sans encombre sur la route.
Mais leur soulagement ne dura qu’un instant.
[ Falkenrat : Haha. ]
Dans ce chaos apparut Falkenrat, le boss final de l’arc « Mason Industries » d’Outcast.
Boum !
La moitié de son corps avait été remplacée par des machines. Il s’arrêta juste devant eux.
[ Falkenrat : Tu m’es utile. ]
Des effets sonores crépitaient au fil de ses paroles. Même le blanc de ses yeux était rouge sang. Ses deux jambes avaient été remplacées par du mana et de l’acier. À chacune de ses respirations, une fumée sombre s’élevait.
Meden contempla cette chose monstrueuse et sourit.
[ Meden : Évidemment que je suis utile. Je vais aussi te faire sauter la tête. ]
… Oh.
Avant ma régression, le moi de ces souvenirs sentait un frisson lui parcourir l’échine et s’émerveillait devant la scène.
« Tu apprécies ? »
Le sans-abri à côté de moi ricana.
Nous étions dans un coin du métro.
« … Hum. »
Sans raison, je pris un air important et baissai la bande dessinée.
« Continue de lire, gamin. Pourquoi tu te soucies du regard des autres ? »
Je la repris tranquillement.
« Outcast : Raid contre Mason Industries »
C’était le passage marquant où les troupes privées de Mason Industries enlevaient Elje et où tous les membres d’Outcast, Meden compris, se ruaient à son secours.
C’était l’âge d’or de la bande dessinée, à l’époque où elle faisait un tabac dans la République.
« … Alors, je vous en serais reconnaissant. »
« Héhé. T’es un drôle de type. »
À cette époque, j’errais dans les rues et lisais les bandes dessinées dont les gens se débarrassaient. Parfois, je les volais aussi. Il me restait un peu des capacités physiques que j’avais eues à l’époque où j’étais chevalier.
« Tiens, prends-la. »
« … Merci. »
Je vivais en fuite, sans jamais savoir quand on m’attraperait, et pourtant…
À cette époque, je pouvais rire de tout mon cœur.
« Au fait, il paraît que c’est inspiré d’une vraie histoire, à l’époque. Qu’est-ce que t’en penses ? »
Comparée à l’époque où Sebestian m’écrasait sous sa botte, comparée à aujourd’hui, où je poursuivais le grand espoir de l’humanité, cette période où je n’avais rien et où j’avais tout perdu était…
peut-être plus libre.
« Hé ! »
J’ouvris brusquement les yeux. Quelqu’un se tenait juste devant moi.
« Waouh, Max, tu fais encore la sieste en plein jour ? Je croyais que tu avais changé, même là-dessus. »
C’était Ezel. Je fronçai les sourcils et me redressai.
Depuis ma fusion avec le virus, mon corps était devenu plus fort que jamais, mais le sommeil restait indispensable pour reposer l’esprit.
« Qu’est-ce que tu fais là ? »
« … Tu perds la mémoire ? La Tour de magie a envoyé un avis officiel pour dire que je venais aujourd’hui. »
Ezel claqua la langue et sortit une épaisse chemise.
« Tiens, voici l’analyse que tu m’as demandée. »
L’affaire Cliff. Ezel était devenue une mage de haut rang à Sentio et apportait les résultats au nom de la Tour.
« C’est confirmé. Le détonateur était fixé au condenseur. Le chevalier Cliff est donc innocent. »
« Ah. Merci. »
Je pris le dossier avec un sourire. Ezel me dévisagea un moment.
Elle avait encore quelque chose à me dire, semblait-il.
« Quoi ? »
…
Elle prit lentement la parole.
« Ce n’est pas grand-chose, mais il y a une rumeur qui circule ces derniers temps… Non, je vais être directe. La Tour de magie a reçu une demande de sous-traitance suspecte. »
Je croisai tranquillement les bras.
« Le client, c’est un laboratoire qui s’appelle T24. Quelque chose cloche. À voir ce qu’ils demandent… je dirais que leurs intentions sont douteuses. »
« Dans ce cas, Sentio ne devrait-elle pas refuser ? »
« Tu crois que je suis la Maîtresse de la Tour de magie ? Ils ont l’air d’être un client énorme, alors même la Maîtresse a du mal à leur tenir tête. »
Je trouvai la situation étrange, une fois de plus.
Parce que c’était exactement ce qui se passait dans la bande dessinée que j’avais lue autrefois.
« Alors, tu me demandes un service ? »
« … Les chevaliers sont les gardiens de l’Empire. Ces salauds sont manifestement pourris, mais les mages ne peuvent rien faire. »
Mason Industries avait capturé le tueur en série à la croix, autrement dit Outcast. Leur expérience sur des humains, qu’ils croyaient ratée, avait en réalité réussi. Ils avaient donc repris leurs recherches et sous-traité à la Tour de magie le travail sur leur équipement…
C’était le prologue de l’arc « Mason Industries » d’Outcast.
« Très bien. J’accepte le signalement d’intérêt général de la mage Ezel Runselot. »
« … Hein ? »
J’acceptai la demande d’Ezel. J’avais de toute façon besoin d’un prétexte pour les examiner de plus près.
« Je vais enquêter moi-même. »
Pour une raison ou une autre, j’avais l’impression d’être un personnage de cette bande dessinée.
* * *
« Merci. »
Dans le bureau du commandant adjoint de l’Ordre des Sentinelles, Jerome se tenait devant le bureau de Kairon et s’inclina profondément. Kairon s’adossa à son fauteuil et haussa simplement les épaules.
…
Pour être honnête, c’était ce que Kairon pensait vraiment.
Il n’y avait aucune raison de le remercier.
Il avait affirmé avec aplomb qu’il convaincrait Maximilian au sujet de Cliff, mais Maximilian avait déjà pardonné à ce dernier avant même qu’il ait pu aller le voir.
Il restait néanmoins une chose.
L’attitude de Jerome continuait de le déranger.
Alors Kairon ne dit rien. Il se contenta de feuilleter des documents.
« Hum. »
Jerome sembla s’en apercevoir avec un temps de retard. Il se racla la gorge et reprit poliment :
« … Merci, Commandant adjoint. »
Ce n’est qu’alors que Kairon leva les yeux de ses papiers.
Évidemment. Même s’ils avaient le même âge, leurs grades avaient changé. Le respect des titres était nécessaire au maintien de l’ordre.
Kairon esquissa un sourire.
« Ce n’est rien, Jerome. L’affaire Cliff relevait de l’Ordre des Sentinelles depuis le début. Ni le Palais impérial ni la Garde impériale ne pouvaient s’en mêler. »
L’Ordre des Sentinelles était l’épée au service de l’Empire. Des gardiens, le soleil dans le dos, et des sentinelles qui scrutaient les ténèbres.
C’était naturellement à nous de régler l’affaire en interne. Enfin, cela n’avait pas été facile.
Il ajouta cette dernière remarque d’un ton léger, comme s’il avait dû se démener pour convaincre Maximilian. Ce genre de gestes était aussi nécessaire pour bien gérer ses subordonnés.
« Oui. Dans ce cas, je vais prendre congé. »
« Bien. »
Jerome s’inclina poliment et quitta le bureau.
Kairon se massa la nuque raide et regarda par la fenêtre.
« … Yulian me manque. »
Ce type était toujours à l’Est, à essayer d’obtenir par ses propres moyens ce qu’il désirait.
Comme moi, j’espérais qu’il finirait par obtenir ce qu’il voulait.
Quant au Palais impérial…
Ces derniers temps, Kairon prêtait une oreille attentive au vent subtil qui soufflait depuis le palais.
L’atmosphère y était inhabituelle.
« Leutern est au cœur de tout ça ? »
Le responsable n’était autre que Leutern II.
Après avoir soudainement montré les crocs, il était désormais largement reconnu comme celui qui avait rendu public le compte rendu de l’enregistrement d’Anton Jefren.
Kairon en éprouvait à la fois de la gratitude et de la méfiance.
Cela signifiait que Leutern II était une figure centrale du palais qu’il fallait surveiller de près.
…
… Leutern II était de bonne humeur ces derniers temps. Voir ce salaud de Kents Bertem se ridiculiser et se faire éjecter de la course au poste de ministre des Affaires exécutives lui avait procuré une profonde satisfaction.
De toute façon, ce salaud ne remonterait jamais la pente. Leutern comptait donc tout ignorer et étudier enfin la stratégie militaire.
Ding.
Encore un message sur son terminal. Même son parchemin de mana frétillait.
« Ah, merde. Pourquoi tout le monde est aussi pénible… »
Ces derniers temps, il recevait beaucoup trop de sollicitations. Invitations à déjeuner, banquets, demandes… Il y en avait tant qu’il ne pouvait pas toutes les accepter et qu’il en refusait la plupart.
« C’est ridicule, complètement ridicule. »
Il devinait — non, il n’avait même pas besoin de deviner — que tout cela était à cause de Lilac Vita.
Les types qui prétendaient être trop occupés quand je les invitais à sortir se mettaient maintenant à me flatter comme ça. Les gens me dégoûtaient.
Toc, toc.
« Qui c’est, cette fois ? Qui est là ? »
Leutern s’emporta. La porte s’ouvrit et Bern, son aide de confiance, entra.
« Duc Leutern, le Secrétaire général Grossman a proposé une rencontre. »
« … Hein ? Lui ? »
Leutern fronça légèrement les sourcils.
Même pour un membre de la famille impériale, Grossman était extrêmement difficile à gérer. Le plus proche conseiller de l’Empereur, un vieux serpent impossible à lire. Refuser une rencontre à la légère était délicat.
« Oui, monseigneur. C’est exact. Il a dit vouloir nouer des liens… »
« Ah, attends. Pas possible. »
Les yeux de Leutern s’illuminèrent.
« Grossman n’est jamais allé à Lilac Vita, lui non plus ? »
« … Oui. C’est probablement le cas. Le Secrétaire général sort rarement du Palais impérial. »
…
« Eh bien, eh bien. Même Grossman n’a pas résisté aux charmes de Lilac Vita et a dû me contacter. »
« Dis-lui que j’accepte. Je vais lui réserver une place spécialement. »
Leutern releva le menton d’un air arrogant, puis ajouta :
« Ah. Dis-lui qu’il peut aussi amener ce salaud de Kents. »
« Ce pauvre type mourrait probablement sans jamais obtenir de réservation. Alors, dans ma grande générosité, je vais lui offrir au moins un repas. »
« … Oui. Je lui transmettrai le message. »
Le magnanime Leutern.
C’était moi.
« Mouahaha ! »
* * *
Dans l’ouest de l’Empire, dans un bâtiment délabré non loin de la cité souterraine.
J’arrivai devant le laboratoire T24.
De l’extérieur, il avait l’air banal et n’était pas très haut, mais c’était un repaire de démons où l’on menait de cruelles expériences sur des humains.
« … Exactement comme dans la bande dessinée. »
Qui diable était ce dessinateur, et comment pouvait-il avoir vu si juste ?
Un grand garde m’empêcha d’entrer.
« Zone réglementée. Entrée interdite. »
Je sortis silencieusement ma carte de chevalier des Sentinelles et la lui tendis. L’homme tressaillit de surprise et s’empressa de saisir sa radio pour contacter quelqu’un, mais je ne l’attendis pas.
Je pénétrai directement dans le hall.
« A-attendez, je vous prie ! Un instant, messire chevalier ! »
Sans prêter attention à sa voix paniquée, je regardai autour de moi. Le rez-de-chaussée, recouvert de carreaux blancs, ne se distinguait en rien d’un hôpital ou d’un centre de recherche ordinaire.
Clac-clac-clac.
Plusieurs chercheurs en blouse blanche et lunettes dévalèrent l’escalier.
« … Messire chevalier ! »
Celui qui les précédait se planta devant moi, à bout de souffle.
« Votre visite inattendue nous a pris au dépourvu. J’ignore la raison de votre venue, mais l’accès à ces lieux est strictement réglementé par la loi. Je suis désolé, mais veuillez suivre la procédure et revenir une autre fois. »
Je baissai les yeux vers lui et secouai la tête.
« En territoire impérial, aucune loi ni aucun lieu ne prime sur le devoir d’un chevalier. »
Le chercheur fronça les sourcils.
« Pardon ? Qu’est-ce que vous… »
« Ça veut dire que ma parole fait loi. »
Je lui arrachai la carte d’identité accrochée à son cou.
Directeur Manuel. Plus tard, il serait pendu pour crimes de guerre après avoir mené des milliers d’expériences sur des humains.
Il était célèbre, même avant ma régression, pour s’être défendu en prétendant que l’Empire lui avait donné l’ordre et qu’il n’était donc pas coupable.
« M-messire chevalier ! Messire chevalier ! Rendez-moi ma carte, je vous en prie ! »
Je m’engageai dans le couloir.
C’était fascinant de voir à quel point tout correspondait à la bande dessinée.
Il y avait probablement une salle d’expérimentation humaine au sous-sol, et les laboratoires des étages supérieurs devaient regorger de données de recherche.
Les recherches touchant à la vie et à l’éthique n’étaient légales que lorsque l’Empereur choisissait de fermer les yeux.
« M-messire chevalier ! Vous ne pouvez pas aller là-bas ! C’est une zone classifiée ! »
Les chercheurs pâlirent et m’agrippèrent le bras. Je les repoussai et défonçai la porte en acier d’un coup de pied.
Boum !
Le laboratoire se dévoila à ma vue.
Dans des cylindres transparents, du sang rouge bouillonnait avec des fragments de pierre de mana. Sur les bureaux, des dossiers étaient éparpillés, couverts de schémas de dissections humaines et de circuits de mana.
« … Messire chevalier ! »
« Si vous faites ça, n-nous n’aurons pas d’autre choix que de porter plainte ! »
Je ne répondis pas à leurs jérémiades et me contentai de ramasser les dossiers. C’était le chaos typique de la Garde impériale.
« Messire chevalier ! »
… ?
Je m’arrêtai un instant. J’avais l’impression que quelqu’un m’observait.
« Ça suffit. »
Une voix froide résonna dans le laboratoire.
Je me tournai vers elle.
Boum. Boum.
Une ombre sortit du couloir à l’extérieur du laboratoire. Un instant, j’eus l’impression de contempler une case de bande dessinée.
…
Un humain modifié à l’apparence irréelle. Il s’appelait Falkenrat.
Boum. Boum.
La moitié de son corps était faite de métal froid et de machines ; du mana bleu palpitait dans chaque jointure.
Fusion de chair humaine, de machines et de mana, il me fixa de son œil artificiel sombre et demanda :
« Chevalier impérial. Sais-tu seulement pour qui nous travaillons et quelle cause nous servons ? »
Il parlait peu. C’était son caractère, alors je laissai passer.
« Est-ce que j’ai besoin de le savoir ? »
Je jetai la pile de dossiers au sol et répondis calmement.
« … Explique clairement la raison de ta visite. »
Des étincelles jaillirent du bras mécanique de Falkenrat. Il était redouté dans le milieu interlope, mais je ne détournai pas le regard.
Je le fixai droit dans les yeux et répondis :
« Le Tueur à la croix. Le tueur en série à la croix. »
Les chercheurs tressaillirent visiblement.
Toutes les victimes de ce salaud venaient d’ici, du laboratoire T24.
Falkenrat baissa les yeux vers moi. Il dépassait les deux mètres et était bâti à peu près comme Sebestian.
La bande dessinée le décrivait ainsi aussi ; du moins, son apparence correspondait.
Là, tout de suite, plus que jamais.
Pourtant, je n’avais pas peur de cet homme. Je ne pensais pas non plus que je perdrais contre lui.
Il ne me faisait l’effet que d’un tas de métal.
Quand je me demandai pourquoi, la réponse me vint : ma force.
Mon statut, mes origines, mon pouvoir, mon autorité, et même ma propre force martiale, qui s’était accrue sans que je m’en rende compte.
Je le surpassais de très loin sur tous les plans.
« Je n’aime pas ton attitude. »
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