Chapitre 171
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 171
──────
Sentinelle……
── District central impérial 14.
Je fouillais le site de l’explosion. Sonnet aussi ne cessait d’arpenter les lieux. Elle allait rapidement d’un endroit à l’autre, inspectant chaque recoin tout en faisant un peu de tourisme, puis s’accroupit soudain devant un tas de béton brisé.
Sans raison, ça m’agaça.
« Mademoiselle Sonnet, si vous êtes venue pour une affaire immobilière, nous devrions nous arrêter là… »
« Hum ? »
Les yeux de Sonnet s’écarquillèrent soudain.
« Messire Maximilian. »
En m’interpellant, elle ramassa quelque chose de sa main gantée.
« À votre avis, qu’est-ce que c’est ? »
« Quoi… ? »
Un morceau de métal de la taille d’une paume. Mon sourcil tressaillit. J’avais bel et bien fouillé les lieux de fond en comble. Même mon sens des virus ne l’avait pas détecté. Comment Sonnet avait-elle fait ?
« Il était là ? »
« Oui. Juste ici. »
Je m’approchai et lui pris le morceau de métal. Elle me fixa sans expression, puis se leva et se dirigea vers la sortie.
Clic. Clic.
On aurait dit qu’elle rentrait tout à coup chez elle.
« … Ah. »
Puis elle s’arrêta de nouveau.
« À propos de cette phrase, “un chevalier n’abandonne pas ses camarades”… »
Elle se tourna vers moi et demanda :
« Puis-je savoir pourquoi Anton a été écarté ? »
Elle avait peut-être elle aussi compris la valeur d’Anton.
Je laissai échapper un soupir qui ressemblait à un sourire.
« C’était la meilleure façon de protéger Anton. »
« … »
Sonnet garda le silence. Son regard réclamait des explications. Je baissai les yeux vers le métal dans ma paume. J’ignorais toujours ce que c’était, mais puisqu’elle venait de me remettre une pièce à conviction très suspecte, je pouvais bien lui rendre la pareille.
« Un jour, dans un lointain avenir, quand l’Empire sera un peu plus paisible. »
Je parlai de cet avenir.
Je ne songeai ni à un éventuel échec ni à une défaite de l’humanité.
Nous sauverions notre monde, notre foyer, de la destruction de nos propres mains.
Après avoir balayé le grand mal que représentait Izenheim.
« Le jour viendra sans aucun doute où nous aurons besoin de quelqu’un comme Anton Jefren. »
L’époque que je désirais.
Même si nous devions nous battre, pleurer, rire et nous emporter, l’avenir qui suivrait tout cela aurait encore besoin de lui.
« C’est pour préserver cet avenir. »
Un homme comme Anton saurait apaiser cette génération.
« … »
Sonnet plongea les yeux dans les miens, comme si elle cherchait à sonder mes véritables intentions.
Puis elle hocha la tête, toujours aussi impassible, et remonta ses lunettes cerclées d’or.
Cette fois, ce n’était pas son majeur.
Clic. Clic.
Je la regardai s’éloigner.
Puis je baissai de nouveau les yeux vers le fragment de métal dans ma main.
« ── C’est un détonateur. »
Au bureau extérieur des chevaliers de l’Ordre des Sentinelles, dans le Centre impérial.
Aux paroles de Yukia, je fronçai les sourcils.
« Un détonateur ? »
« Oui. »
J’avais transmis à Yukia tous les débris recueillis par la police sur le site et lui avais demandé de les analyser. Parmi les centaines de fragments et de morceaux, elle avait posé devant moi le « détonateur ».
« Cette petite amorce était fixée au cœur du condensateur. Je pense que quelqu’un a envoyé un signal depuis l’extérieur pour provoquer délibérément l’explosion. »
« … Vous en êtes sûre ? »
« Oui. Le détonateur est fortement imprégné de mana depuis l’explosion. Nous pouvons l’envoyer à la Tour de magie pour analyse. »
Un détonateur.
L’affaire Cliff entrait dans une nouvelle phase.
« Donc, tout l’incident a été manigancé… »
Je n’étais pas un homme de principes, pas plus que je n’étais obnubilé par une doctrine. Je poursuivais simplement mon objectif. Cliff n’en était qu’un élément.
Une fracture au sein de l’Ordre des Sentinelles servirait la faction révolutionnaire et Izenheim.
Si les chevaliers étaient écartés par les jeux politiques et les factions, privés du traitement qui leur était dû comme avant ma régression, puis dégradés et trahis par leur « patrie », ils n’auraient aucune raison de ne pas embarquer sur le navire de la révolution.
« C’était hors de question. »
Chaque chevalier de l’Ordre des Sentinelles constituait une force majeure dans la guerre à venir. En sacrifier un revenait à les sacrifier tous.
L’autorité des chevaliers et la puissance de l’Ordre devaient être absolues.
Quel que soit l’incident, quelle que soit la faute commise, il fallait étouffer l’affaire au nom de l’Ordre des Sentinelles seul.
Comme l’avait fait autrefois la Garde impériale.
« Yukia. Demandez une analyse à la Tour de magie. »
Désormais, l’Ordre lui-même servirait de fondement.
* * *
… Les enregistrements et les écoutes étaient étonnamment utiles dans la vie.
Encore plus pour Sonnet Kandel.
Elle avait soudoyé depuis longtemps un proche collaborateur de Kents. Une grande partie de ses propos lui parvenait donc.
À vrai dire, c’était monnaie courante au palais impérial.
C’est pourquoi chacun devrait partir du principe que tout le monde espionne tout le monde.
Bien entendu, Kents avait lui aussi vécu avec cette idée en tête. Jusqu’à ce que ce qu’il désirait se trouve juste devant lui. Jusqu’à ce que le succès soit si proche qu’il en devienne insensible, comme un ivrogne.
« Servez-vous de ce salaud de Cliff. C’est le roturier le plus fidèle à Anton. Soudoyez un informateur et faites-lui passer les renseignements. »
Le plan de Kents consistait à se servir de Cliff, le fidèle partisan d’Anton.
« Une fois qu’il sera déployé, une catastrophe majeure se produira. La presse s’occupera du reste. Insistez sur la nécessité d’un contrôle plutôt que sur l’incompétence de l’Ordre, et soulignez que Cliff vient de la classe roturière la plus basse. Ensuite, même au sein de l’Ordre… »
Sonnet avait entendu ce charmant projet en premier. Et, à l’instant où Cliff avait été déployé dans le district 14 et où l’explosion s’était produite…
KWAHHHHH─── !
Avant que le groupe de Kents puisse faire disparaître les preuves, elle avait récupéré le détonateur parmi les débris et l’avait remplacé…
« … »
Dans la voiture en marche, Sonnet contempla l’obscurité derrière la vitre et se perdit dans une pensée étrangement « aristocratique ».
Quelqu’un m’avait-il déjà attrapée par le col de ma vie ?
Pour une femme élevée au palais impérial depuis son enfance, la réponse était non. Si quelqu’un saisissait par le col un membre de la maison Kandel ou de la maison Ebenholtz, il disparaîtrait de ce monde l’instant d’après.
« Comme c’est intéressant. »
Maximilian avait subi cette humiliation et affirmait tout de même qu’il protégerait Cliff.
Pourtant, ce même homme était devenu un raciste qui haïssait les sous-races jusqu’au plus profond de lui-même.
Un homme qu’elle ne comprenait absolument pas.
Elle sortit de son manteau un petit enregistreur magique et le fit tourner dans sa main.
Maniaque de l’archivage, elle enregistrait et consignait presque tout ce qu’elle voyait, entendait et vivait, par écrit comme à l’oral.
Pas seulement une liste d’incidents, mais des archives obsessionnelles classées par personne, par date, par expression, par conversation, le tout parfaitement ordonné dans le temps.
Plus qu’un passe-temps, c’était une vocation.
« … Que comptez-vous faire maintenant ? »
Ruben, son garde du corps installé au volant, posa prudemment la question. Il était son fidèle collaborateur et la servait depuis le palais, comme ses mains et ses jambes.
« Je devrais remettre cet enregistreur à Cliff. »
L’enregistreur contenait les réflexions de Maximilian sur Anton. Sonnet l’effleura du doigt.
« Pourquoi aidez-vous Ebenholtz ? »
Ruben reposa la question, perplexe.
« … Qui sait. »
La raison pour laquelle elle avait remis à Maximilian la preuve du détonateur, qui pouvait lui permettre de saisir Kents Bertem et de le faire vaciller.
« Peut-être que je suis simplement… »
Elle marqua une pause. En silence, elle observa les lumières qui emplissaient les rues impériales dans la nuit.
« Quelqu’un qui doit s’acquitter d’une dette. »
Lors de l’affaire du Mangeur de têtes, Maximilian avait dissimulé l’implication de Jun et protégé la réputation de la maison Kandel.
Une dette considérable, contractée ce jour-là.
« Aujourd’hui, elle est réglée. »
À présent, elle et lui étaient de nouveau à égalité.
Sonnet ferma doucement les yeux.
* * *
« … Que ce soit une manœuvre du palais ou une tentative de semer la discorde, cela n’a plus d’importance. »
Frouf…
Le chevalier supérieur Jerome tira les rideaux. L’intérieur du manoir sombra dans la pénombre.
« C’est là que se trouve désormais le cœur de Cliff. Dans cet état, l’esprit troublé, les bribes divulguées par le palais lui ont fourni une justification. »
Plus que la véracité d’une rumeur, c’était l’état d’esprit de celui qui l’avait acceptée qui comptait.
« Maximilian a peut-être vraiment attaqué messire Anton, ou peut-être pas. Quoi qu’il en soit, cela ne change rien. Nous ne pouvons pas établir la vérité avec certitude. »
Car si Maximilian lui-même disait : « Ce n’était pas moi », il enfreindrait lui aussi la règle tacite du palais.
« Ouf… Enfin. »
Tiana s’adossa à sa chaise. Son regard balaya les personnes présentes.
Les derniers partisans de feu Anton s’étaient réunis dans le manoir de Jerome. Ils discutaient de l’affaire Cliff.
« … Alors, ces rumeurs d’écoutes au palais n’étaient pas que des rumeurs ? »
Jerome acquiesça. C’était pour cela qu’il avait délibérément invité les chevaliers dans son propre manoir.
« Le malaise… Après plus de dix ans passés comme chevalier, il arrive parfois que d’étranges coïncidences s’enchaînent. »
Il arrivait que les éléments essentiels d’une affaire qu’il enquêtait en secret semblent avoir fuité quelque part.
« D’ordinaire, on soupçonne les gens de l’intérieur. C’est ce que j’ai fait, moi aussi. »
Vers sa cinquième année, Jerome avait même suivi ses propres officiers et employés de bureau.
« Mais quand j’ai retracé en détail qui tirait profit de ces fuites, tout menait au même endroit. »
Le palais impérial.
Alors, vers sa septième année, Jerome avait délibérément lancé un appât. Au sein de l’Ordre des Sentinelles, il avait parlé d’une enquête sur un réseau de jeux clandestins soutenu par un noble du palais.
Comme prévu, l’information avait fuité, et la Garde impériale avait démantelé le réseau la première.
« … Pour être honnête, j’ai moi aussi un élément qui me paraît suspect. »
Tiana se frotta le côté du nez en parlant.
« Où et comment le chevalier Cliff a-t-il obtenu des renseignements sur le district 14 ? Les pierres de mana illégales n’étaient même pas sa spécialité. »
Jerome et les autres chevaliers tournèrent les yeux vers Tiana.
« En plus, la production de pierres de mana illégales avait lieu dans le district 14, pas dans un quartier inférieur. Et ce pâté de maisons était rempli de commerces civils. Vous ne trouvez pas ça suspect ? »
La « production » de pierres de mana illégales se déroulait généralement dans les quartiers inférieurs. Statistiquement, c’était le cas dans 97 % des affaires. Elles attiraient naturellement moins l’attention du centre.
« Et si quelqu’un avait délibérément divulgué l’information pour attirer Cliff là-bas ? »
Jerome réfléchit un instant aux paroles de Tiana.
« Cliff était un chevalier qui ne reculait jamais devant une mission. »
Il avait été déployé simplement pour accomplir son devoir.
« … Et c’était un vétéran. Un chevalier du niveau de Cliff aurait instinctivement évité des substances de mana instables et dangereuses. »
Face à un explosif volatil comme un condensateur de mana, les sens d’un chevalier auraient dû l’inciter à s’en écarter.
Pourtant, Cliff avait délibérément projeté son aura d’épée dessus, déclenchant une réaction en chaîne.
« Il est possible qu’une force extérieure ait manigancé tout cela. »
Telle était la conclusion de Jerome. Tiana acquiesça.
« Oh, et puis aussi. Je ne crois pas que Max ait attaqué le Commandant adjoint Anton. »
Plusieurs chevaliers tressaillirent en l’entendant l’appeler Max.
« Ce n’est pas le genre d’homme à médire de quelqu’un dans son dos. Tout son parcours ne le prouve-t-il pas ? »
« … Ce ne serait pas une manière noble d’agir. S’il avait quelque chose à dire, il tuerait de face. »
À la remarque de Rupton, chevalier de huitième année, tous esquissèrent un sourire amer.
Jerome se plongea un instant dans ses pensées.
Comme il l’avait dit, il semblait chercher à tâtons ce qui échappait aux regards. Les yeux fermés, il réfléchissait.
« Je vais rencontrer le Commandant adjoint Kairon. »
Il se leva brusquement.
Au cœur de l’Empire, la douceur du printemps commençait à éclore le long des rues.
Une audition publique s’ouvrit sur la création du poste de ministre des Affaires exécutives et la confirmation de Kents Bertem. Contrairement à l’époque d’Anton Jefren, l’atmosphère de la grande salle baignait déjà dans la douceur printanière.
Une ambiance chaleureuse et détendue, presque festive.
« Hahaha ! Permettez-moi de vous féliciter d’avance pour votre nomination au poste de ministre des Affaires exécutives, duc Bertem. »
Vêtu d’un costume impeccable, Kents Bertem feignit la modestie, mais ne put dissimuler le sourire au coin de ses lèvres.
« Après l’audition, j’ai réservé chez Beat Gigas. »
« … Hum. Vraiment ? Eh bien, fort bien. »
Les restaurants haut de gamme avaient poussé partout après le succès phénoménal de Lilac Vita. Pourtant, disait-on, aucun n’arrivait à la cheville de l’original.
S’il devenait ministre des Affaires exécutives, il pourrait lui aussi se rendre dans ce Lilac Vita.
« Je vous prie de prendre place. »
À l’heure dite, les nobles du palais et les personnalités importantes s’assirent à leurs places.
Les tribunes étaient bondées. Chevaliers, hommes d’affaires, soldats, nobles…
Kents Bertem avança dignement parmi eux et gravit les marches jusqu’au siège réservé au candidat, au centre de l’estrade.
« Nous allons à présent ouvrir l’audition publique de Kents Bertem, candidat au poste de ministre des Affaires exécutives. »
Le président déclara la séance ouverte.
Les responsables du palais et les députés déroulèrent les questions et réponses convenues à l’avance. Les échanges restèrent fluides et formels.
« Candidat Bertem ? »
« Oui. »
Un député prit la parole.
« Le poste nouvellement créé de ministre des Affaires exécutives comprend un pouvoir de contrôle pratique ainsi qu’une autorité budgétaire sur l’Ordre des chevaliers, qui jouissait jusqu’ici d’un statut indépendant. J’aimerais connaître votre avis à ce sujet. »
« Oui, c’est une excellente question. Comme l’a montré la tragique explosion survenue récemment dans le district 14, l’Ordre des chevaliers a lui aussi clairement besoin de directives appropriées et d’une meilleure coordination… »
Il ne calomniait pas ouvertement l’Ordre. Il brouillait simplement les termes.
Inutile de susciter leur ressentiment sans raison.
« … En d’autres termes, j’ose affirmer que, pour ce poste de ministre des Affaires exécutives, qui doit faire le lien entre les institutions de l’Empire, les civils et l’Ordre des chevaliers, moi, Kents Bertem, suis le candidat idéal. »
« Hum. Je me demande précisément quelles qualités vous recommandent pour ce poste, et quelle philosophie vous défendez. »
« Tout repose sur la confiance et le respect mutuel. Nous traiterons l’Ordre des chevaliers, le glaive de l’Empire, avec les égards qui lui sont dus, tout en respectant le cadre légal… »
Alors que Kents débitait le discours qu’il avait préparé…
Une agitation s’éleva soudain parmi les spectateurs.
Tout au fond de la salle d’audition, dans les rangées réservées à la presse, d’étranges murmures se propagèrent comme des vagues.
Quelques journalistes sortirent précipitamment. Peu après, l’un d’eux revint en courant, à bout de souffle, remit un livre à un député et l’ouvrit à une page précise.
Le sourcil du député tressaillit légèrement lorsqu’il le prit.
Mais ce n’était pas tout.
Le journaliste montra le livre à une personne, puis à une autre, puis à une autre encore… Les chuchotements se répandirent en un instant dans toute la salle et devinrent incontrôlables.
« Silence dans la salle ! Qu’est-ce que cette agitation ? »
Le président cria, mais la salle était déjà en pleine effervescence.
Finalement, même un ministre assis près de l’estrade reçut ce « livre ».
« Tout va bien. Nous allons poursuivre. »
Kents força un sourire détendu.
Il s’éclaircit la gorge et tenta de reprendre son discours.
« … “Le candidat Anton est resté célibataire toute sa vie, mais il a bien eu, par le passé, une amante avec laquelle il a entretenu une relation passionnée.” »
Une voix se mit à lire quelque part dans la salle.
Des mots autrefois adressés à Anton dans une pièce secrète du palais.
La nuque de Kents se raidit.
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