Chapitre 167
WeTried Translations
Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 167
──────
Extraction d’un agent (1)
La capitale de Lobrus. Le vent froid hurlait encore autour du manoir de Yelena.
« … Il a été pulvérisé ? »
« Oui. C’est exact. »
Yelena fronça les sourcils en écoutant le rapport urgent de son adjudant. Boris, l’un de ses Commissaires du peuple, avait péri dans une mystérieuse explosion.
« Alors, beaucoup de gens sont convoqués au Palais d’Hiver. Ils disent qu’ils cherchent le responsable de l’assassinat… »
À cet instant, un mauvais pressentiment traversa l’esprit de Yelena. Boris était mort, c’était certain. Mais pour mener une enquête, y avait-il vraiment une raison de convoquer tout le monde au Palais d’Hiver…
Boum !
La porte de la résidence s’ouvrit à la volée et une cavalcade de pas envahit les lieux. Yelena et son adjudant se retournèrent.
C’étaient des Adversaires de Lobrus.
« Commissaire Yelena. »
Son visage se durcit tandis qu’elle les dévisageait.
« Vous êtes convoquée d’urgence par le Palais d’Hiver. »
S’efforçant de garder son calme, Yelena demanda : « Une convocation ? À cette heure-ci ? Pour quelle raison ? »
« Une enquête d’urgence sur l’assassinat du Commissaire Boris. Venez avec nous. »
C’était exactement ce que son adjudant venait de lui annoncer, et les yeux des Adversaires brillaient d’une lueur meurtrière.
Les doutes qui s’agitaient dans son esprit se muèrent en certitude.
« Très bien. Attendez dehors. »
« Non. »
Un Adversaire lui coupa la parole et s’avança.
« Vous devez nous accompagner immédiatement. »
Yelena laissa échapper un ricanement glacial devant ce ton arrogant.
« Si le Palais d’Hiver me convoque, là où se trouvent le Secrétaire général et mon père, laissez-moi au moins me changer. »
Elle désigna sa tenue. Elle n’avait encore qu’un déshabillé de soie.
« Vous vous attendez à ce que je sorte comme ça ? Sérieusement ? »
« … »
Même les Adversaires hésitèrent un instant, échangeant des regards.
Pendant cette brève pause, Yelena monta dans sa chambre. Elle ouvrit l’armoire et enfila un manteau militaire imprégné de magie protectrice.
Puis elle remarqua un morceau de parchemin dans un coin.
« … »
Le parchemin de communication par mana que Maximilian avait laissé derrière lui.
Après une brève hésitation, elle le glissa au fond de son manteau.
« Commissaire. Partons maintenant. »
Les Adversaires l’avaient déjà suivie à l’étage.
« Très bien. Allons-y. »
Yelena quitta la pièce et descendit le couloir de la résidence avec eux.
Les nombreux gardes et domestiques qui auraient dû protéger le manoir avaient disparu. Il n’en restait pas la moindre trace. Avait-on déjà fait le ménage ?
« Mon père est-il aussi au Palais d’Hiver ? »
« Oui. »
Le visage de Yelena se figea un instant. Un goût amer se répandit dans sa bouche, comme une odeur de pourriture.
Peut-être parce que ces seuls mots lui apprenaient ce qui était arrivé à son père.
« J’ai reçu une lettre il y a trois jours. Il disait que tout allait bien. »
Les Adversaires gardèrent les yeux droit devant eux et ne répondirent pas. Yelena ferma doucement les yeux. Elle glissa la main dans la poche de son manteau militaire. Ses doigts rencontrèrent une grenade et une bombe fumigène.
Yelena y insuffla du mana, démultipliant leur puissance.
Crac…
Des étincelles crépitèrent à l’intérieur. Les yeux des Adversaires s’écarquillèrent, et Yelena leur adressa un grand sourire.
Kwooooom !
La grenade explosa dans son manteau militaire. Les Adversaires furent projetés en arrière et une épaisse fumée s’éleva, engloutissant tout autour d’eux. Yelena profita de l’ouverture pour s’enfuir, n’importe où.
* * *
… Le temps passa sur le continent. Sans que personne s’en aperçoive, l’hiver céda la place au printemps, porté par des vents doux.
Le Palais impérial annonça publiquement la création du poste de ministre des Affaires exécutives. Kents Bertem fut choisi pour occuper le premier cette fonction.
Au sein des Ordres de chevalerie, des rumeurs circulèrent : l’audience à huis clos qui se tenait actuellement se déroulait dans une ambiance très cordiale, contrairement à celle d’Anton Jefren.
Pendant ce temps, je me rendis à l’Académie Lorenzo. J’avais reçu une bonne nouvelle.
« Vous voilà, messire chevalier. »
Au laboratoire, le directeur Lorenzo m’accueillit le premier. Aujourd’hui, il avait le visage étrangement émacié.
« Voici le prototype du casque, terminé. »
Il le posa délicatement sur la table : un casque noir aux courbes lisses.
« Nous l’avons conçu presque exactement comme vous l’aviez demandé… »
Je pris le casque. J’en examinai la forme et hochai la tête, satisfait.
Quelle était la chose la plus importante pour un chevalier sur le champ de bataille ?
Une arme pour tailler les ennemis en pièces ? Une Garde d’aura sphérique pour neutraliser les bombardements ? Une stratégie et des tactiques parfaites ? Ou le mana que maniait le chevalier ?
Aucune de ces choses.
Mes souvenirs de ma précédente régression me l’avaient appris : la plus grande faiblesse d’un chevalier humain sur le champ de bataille, celle qu’il fallait absolument maîtriser, c’était ses émotions.
« Ce casque bloque la vision. Plus précisément, il reconstitue les informations visuelles. »
Lorenzo désigna la visière en m’expliquant son fonctionnement.
« Il efface tous les détails humains : le visage de l’ennemi, son expression, et même la couleur de son sang. Tout. Il ne reste qu’une cible simplifiée, composée de chaleur rouge et bleue et de mana condensé. »
« Le son fonctionne de la même manière, n’est-ce pas ? »
« Oui. Il a été conçu pour que seules les communications alliées et les bruits nécessaires sur le plan tactique parviennent aux oreilles. »
On voit des flux de chaleur perturbés à la place du visage d’un mourant, et on entend des pas et des coups de feu au lieu de voix et de cris.
« … Essayez-le. »
J’enfilai le casque avec plaisir. En un instant, les bruits alentour s’évanouirent. Lorenzo, devant moi, n’était plus humain : il n’était qu’une masse thermique.
Je souris et retirai le casque.
« Excellent. »
En parallèle, j’écrivais une nouvelle doctrine d’engagement des chevaliers, qui serait introduite dans la section d’élite de l’Empire.
Son principe fondamental était le suivant : quitter immédiatement le champ de bataille une fois le combat terminé.
En partie, cela réduisait l’exposition des chevaliers, une force asymétrique. Mais surtout, ils n’avaient ainsi pas le temps de contempler de leurs propres yeux le carnage qu’ils avaient perpétré.
« … Mais, messire chevalier. »
Soudain, la voix de Lorenzo se fit grave.
« Depuis l’entrée en vigueur de la Loi civile impériale… un bon nombre d’étudiants et de chercheurs ont avoué leur identité. »
Je regardai Lorenzo. Incapable de soutenir mon regard, il baissa la tête.
« Que devons-nous faire d’eux… ? »
« Dressez-en la liste et envoyez-la-moi. »
« … »
Le corps de Lorenzo trembla. Je lui tapotai l’épaule pour le rassurer.
« Directeur Lorenzo. »
« … Oui. »
« Ne vous inquiétez pas trop. Au bout du compte, tout se résume à ce qui est utile à l’Empire, et j’ai une grande confiance en votre jugement et en votre conscience. »
J’adoucis le ton. Lorenzo releva enfin les yeux et croisa mon regard.
« Si certains étudiants ou chercheurs de sang hétérogène possèdent un talent que vous estimez véritablement, inutile de les renvoyer. Vous pouvez les garder ici, comme outils utiles et comme atouts de l’Empire. »
Lorenzo parut surpris.
Après tout, l’Académie Lorenzo n’était ni une université officielle ni un service public. Elle n’enfreignait donc pas la loi.
« C’est ça, être utile à l’Empire. À l’exception d’une lignée de sous-espèce. »
« … Vous voulez dire les Izenheim. »
« Oui. »
Lorenzo semblait éprouver la curiosité d’un érudit devant ma constance sur ce point.
« Puis-je vous demander… pourquoi rejetez-vous les Izenheim avec une telle véhémence ? »
Je le regardai en silence.
Je fermai les yeux un instant, puis les rouvris.
« Ils sont… »
Je m’interrompis.
Le silence s’installa.
Si je prononçais cette vérité à voix haute, pourrait-il me croire ?
Pourrait-il comprendre ce que je voulais dire ?
« Parce qu’ils sont les ennemis de l’humanité et qu’un jour, ils la détruiront. »
Lorenzo me dévisagea, interdit, puis esquissa un sourire gêné et toussota sèchement.
Cette réaction me le fit comprendre une fois de plus.
Personne ne pouvait me croire, personne ne pouvait me connaître.
Au bout du compte, je devais suivre cette voie seul.
J’avais déjà accepté cette solitude ; elle ne m’effrayait donc pas.
Elle ne faisait qu’aiguiser davantage ma mission.
Froufrou.
À cet instant, un bruit de parchemin retentit dans mon manteau.
Je le sortis.
[Il semblerait que l’approvisionnement en caviar risque d’être perturbé. Je souhaiterais donc vous demander de l’aide.]
Je souris simplement à cette phrase plutôt amusante.
* * *
Wiiiiiiiiii, wiiiiiiiiii…
Une sirène stridente retentit dans toute la capitale de Lobrus.
[Attention, citoyens.]
Des policiers militaires lourdement armés furent aussitôt déployés dans les rues. Des policiers secrets en civil et des Adversaires piétinèrent le quotidien des habitants en fouillant les maisons.
[Un décret d’urgence a été promulgué pour la sécurité nationale.]
Yelena n’était pas leur seule cible. Ils traquaient les criminels par la pensée, les criminels politiques et les hauts fonctionnaires, procureurs, membres du Comité central du Parti et membres du Politburo que le Secrétaire général et Zerof voulaient purger…
[Citoyens, si vous remarquez une personne au comportement suspect, signalez-la immédiatement.]
Une chambre exiguë dans une auberge.
Bzzzt, crac !
Une voix s’éleva de la vieille radio posée sur la table.
[Kirov Yumanov, chef de la maison Yumanov, qui avait comploté pour renverser l’État, a été exécuté à l’aube aujourd’hui.]
Yelena s’adossa au mur et regarda dehors par la fente de la fenêtre.
Le cou de son père avait-il déjà été posé sur la guillotine alors qu’elle dînait avec Maximilian au Lilac Vita ?
Elle avait été trop naïve.
Trop incompétente.
[Kirov Yumanov a détourné l’argent des impôts du peuple et vendu des biens nationaux à des États étrangers, entre autres crimes…]
Ces salauds attribuaient à son père toutes sortes de sales actes qu’il n’avait jamais commis : trahison, détournement de fonds, exploitation… Ils les énuméraient les uns après les autres.
[Son Excellence le Secrétaire général ne tolérera jamais ces forces corrompues qui sucent le sang du peuple…]
Clic.
Yelena éteignit la radio. Elle leva les yeux vers la lune suspendue dans le ciel de Lobrus et serra les dents.
« Une issue… »
Elle n’en voyait aucune.
Elle avait beau réfléchir, impossible de trouver un moyen de survivre et de fuir cet endroit.
… Ffffffou.
Le clair de lune s’infiltra avec le vent froid. Dans cette lueur, elle tâtonna doucement dans l’obscurité.
Boum, boum !
La porte de la chambre trembla comme si elle allait céder.
« Inspection. »
Boum, boum !
« On sait que vous êtes là. Ouvrez tout de suite. »
Boum, boum !
« Si vous n’ouvrez pas, on enfonce la porte. »
Le bruit de ceux qui s’apprêtaient à défoncer la porte se rapprocha.
Yelena enfila son manteau sombre et sauta par la fenêtre.
« Arrêtez ! »
Mais les hommes qui fouillaient la ruelle retrouvèrent sa trace. Des canons de fusil se braquèrent aussitôt sur elle.
Boum ! Boum, boum, boum !
Elle dévia les tirs avec son mana. Une balle lui effleura la cheville, mais elle endura la douleur et s’enfonça dans la ruelle en courant. Elle bifurqua dans un dédale après l’autre.
Mais l’espace était limité et les ennemis semblaient presque inépuisables.
« … »
Elle arriva dans une impasse. Tandis que Yelena serrait les dents, elle entendit :
Clac. Clac.
Des pas, non loin.
Clac. Clac.
Lentement, suivant ce rythme régulier.
Clac. Clac.
Une silhouette apparut au détour du coin de la rue.
Au moment où Yelena le fusilla du regard et saisit le poignard à sa ceinture,
« Chut. »
L’homme posa un doigt sur ses lèvres. Cette réaction étrange poussa Yelena à l’examiner de plus près.
Un homme en uniforme de Lobrus. Il la regarda et ôta son chapeau. Ses cheveux noirs, désormais entièrement visibles, lui étaient inconnus, mais en dessous…
Ces yeux dorés si calmes et ce visage, elle les avait déjà vus, c’était évident.
« On dirait que l’approvisionnement en caviar a bel et bien été perturbé. »
Murmurant ces mots, Maximilian s’approcha d’elle et, sans la moindre hésitation, brandit son poignard.
Fchit.
Il lui coupa les longs cheveux pour les raccourcir jusqu’à lui donner presque une coupe d’homme, puis lui passa les menottes.
Tout alla si vite qu’elle n’eut pas le temps de tressaillir. Comme s’il avait tout préparé depuis longtemps…
« Vous vous êtes bien débrouillée pour arriver jusqu’ici. »
Avec un léger sourire, Maximilian leva le parchemin.
« Ce parchemin entre en résonance avec de minuscules ondes de mana quand nous sommes assez proches. Grâce à ça, il m’a été très facile de vous retrouver. Suivez-moi. »
Il marcha aux côtés de Yelena comme s’il escortait une détenue. Quelques soldats s’approchèrent et l’interrogèrent, mais il leur répondit dans un lobrusien courant qu’elle était une voleuse à la tire, puis les renvoya.
« Montez. »
À la sortie de la ruelle, il la poussa dans un véhicule militaire qui les attendait.
Yelena laissa échapper un rire incrédule.
« Comment avez-vous pu vous procurer tout ça ? »
« Lobrus est un État ennemi. Avoir ce genre de renseignements, c’est la base. »
Vroum.
Il prit place au volant et conduisit lui-même le véhicule.
« Mais cette mission ne sera pas facile. Vous êtes trop célèbre, madame Yelena. »
C’était précisément pour cela qu’elle ne comprenait pas. Cette unique phrase qu’elle avait écrite sur le parchemin, qu’il aurait pu ignorer sans que cela lui porte préjudice. Était-il vraiment venu jusqu’à cette contrée lointaine de l’Est pour ça ?
« Pourquoi ? »
Yelena résuma toutes ses questions en un seul mot. Rien n’aurait pu exprimer plus parfaitement ce qu’elle ressentait.
Maximilian eut un bref rire.
« À cause de ma haine profonde. »
Les yeux de Yelena vacillèrent un instant.
« Le Secrétaire général Varmil Makstun est sans aucun doute un Izenheim. »
Elle observa le profil de l’homme au volant. Ses yeux dorés, pareils à un désert, brillèrent d’une lueur meurtrière. On aurait dit que du sable brûlant tourbillonnait en leur sein.
« Une saleté vile et méprisable, une sous-espèce répugnante qui ne devrait jamais diriger un pays. »
Sa voix se fit sauvage. Dès qu’il parlait des Izenheim, son beau visage se tordait comme celui d’une bête.
Il était bel et bien un impérialiste bien plus féroce, bien plus fou que tous ceux qu’elle avait connus.
« Comme je vous l’ai déjà dit, les Izenheim ne peuvent pas occuper de postes clés dans l’État, et votre situation en est la preuve. »
Pour l’instant, du moins, nos intérêts convergeaient.
« … Ça, c’est mon opinion personnelle. »
Maximilian reprit rapidement contenance. Les mains posées sur le volant, d’un calme glacial, il poursuivit :
« Je vais maintenant vous donner une raison plus pragmatique. Vous êtes une exilée d’un État ennemi. Une initiée de premier plan, détentrice d’informations très précieuses sur l’Alliance orientale. »
Cette raison était plus rationnelle.
« La capacité militaire de Lobrus, sa structure du pouvoir, les techniques des Adversaires, les effectifs réels de l’armée et ses déplacements. L’Empire a beaucoup à gagner à vous sauver. »
« … Vous me demandez de trahir ma patrie ? »
À ces mots, Maximilian contempla le grésil qui défilait par la fenêtre avant de répondre :
« C’est votre patrie qui vous a trahie la première. »
Il hocha la tête vers l’avant.
« Enfin, ce calcul n’a d’importance que si nous parvenons à franchir la frontière sans encombre. »
Devant eux, un poste de contrôle apparut. Des soldats lourdement armés y formaient une ligne.
« Il vous reste environ trois minutes pour répondre. Si vous avez du mal à vous décider, prenez la photo dans la boîte à gants. »
Elle observa son profil, puis ouvrit la boîte à gants côté passager d’un clic.
À l’intérieur se trouvaient quelques photos en noir et blanc.
« … »
Son visage se décomposa.
Sur la photo, son père fixait l’objectif, le visage émacié et le regard vide.
Kirov Yumanov.
« On m’a dit que c’était une photo d’identité judiciaire prise juste avant son exécution. Elle fera probablement la une du journal officiel de Lobrus demain. »
« … Ha. »
Cric.
Yelena ferma les yeux en serrant la photo dans sa main.
Rejoignez notre Discord sur <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>