Chapitre 165
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Traducteur : Coughing Baby
Relecteur : Coughing Baby
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◈ The Reluctant Imperialist
Chapitre 165
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Exploration (2)
Après le repas, nous regagnâmes l’hôtel de Lobrus.
Dans la voiture, l’atmosphère pesait encore plus lourd que dans le restaurant.
« Tu étais sérieux quand tu as parlé d’harmonie ? »
Yelena se détourna soudain de la fenêtre pour me poser la question.
Je lui répondis brièvement.
« Oui. Je le pensais. »
Elle réprima un rire sec qui faillit lui échapper.
« Tu es donc venu ici pour la diplomatie. »
Je me contentai de sourire.
Elle semblait croire que l’harmonie était impossible en soi. Même au sommet du pouvoir, ils n’avaient donc pas encore décelé les signes annonciateurs de la Grande Purge.
Mais la tempête sanglante approchait, lentement et sûrement.
« Quel genre d’homme est le Commissaire Zerof ? »
Je changeai de sujet. À Lobrus oriental, une douzaine de personnes environ portaient le titre de Commissaire. Yelena était de leur nombre, et tous jouaient un rôle central dans le pouvoir d’État.
« Un Commissaire, et le chef du corps de police, entre autres. Pour le reste, c’est exactement l’homme que vous avez vu de vos propres yeux, messire chevalier. »
Yelena éprouvait un étrange dégoût envers Zerof.
Rien d’étonnant. Zerof était un ambitieux solitaire, sans famille influente. À ses yeux, il était une pierre venue rouler de l’extérieur. Un rat qui était devenu le secrétaire du Secrétaire général à force de flatteries et d’intrigues politiques.
Une maison traditionnelle ne pouvait que mal voir un homme comme lui s’emparer du pouvoir réel et parader ainsi.
« Le Commissaire Zerof vous recevra probablement demain. »
En vérité, dans la ligne temporelle précédant ma régression, Zerof était presque considéré comme un criminel de guerre de l’Empire. Après l’effondrement, il était même apparu dans la rubrique d’experts de la République intitulée « Généalogie des scélérats ».
Les érudits décrivaient sa vie presque tous de la même manière : une dépendance extrême envers les puissants, et une soif de reconnaissance et d’apparat née du dénuement.
« Il ne m’a pas laissé une très bonne impression. »
À ma remarque, Yelena laissa échapper un bref rire approbateur.
La voiture atteignit alors le hall de l’hôtel.
« Reposez-vous bien, messire Maximilian. »
« Oui. »
Je pris congé de Yelena. Guidé par le directeur, je montai au dernier étage. Tout le dernier étage était occupé par une seule suite.
« … Pour les invités d’État ? »
On aurait dit qu’on me traitait avec égards, mais il était hors de question que je leur fasse confiance.
En retirant mon manteau, je commençai par sonder les flux de mana à l’intérieur de la pièce.
À ma surprise, je ne sentis aucun signe de micros ni d’appareils d’écoute. Même face au mana d’Ebenholtz, pas la moindre onde impure ni la moindre trace.
Cela dit, plutôt que de supposer qu’il n’y avait pas de surveillance, mieux valait penser qu’elle était simplement très bien dissimulée.
Je sortis une petite plaque de mana de ma poche intérieure et la posai.
Son fonctionnement s’apparentait à celui d’un magnétophone : elle rejouait des voix enregistrées à l’avance.
« Ah… Je suis épuisé. Je devrais me laver et me coucher tout de suite. »
Ainsi, je pouvais remplir la pièce de bruits ordinaires, programmés selon les heures.
Fssssssss.
Après m’être douché, je me changeai.
Je dissimulai mon identité sous des cheveux noirs et des yeux bleus, puis enveloppai tout mon corps de mana d’Ebenholtz et effaçai ma présence.
Je montai ensuite sur l’encadrement de la fenêtre et me jetai dans le vide sans un bruit.
Fouuuuuuu !
Sauter du dernier étage d’un hôtel pouvait aussi s’appeler une descente.
Un vent assez glacial pour geler la chair. Je le traversai en silence et atteignis une ruelle à l’arrière de la capitale de Lobrus.
Poum.
À peine avais-je touché terre que mon cœur se mit à battre à tout rompre. Comme je m’y attendais, les Izenheim étaient nombreux ici.
Bien plus que dans l’Empire, ces salauds grouillaient dans les veines de ce pays comme des parasites.
« … »
Parfois, un sentiment de désespoir me submergeait.
Je devais en tuer tant que ça. Je devais les effacer de ce continent, de ce monde.
Une tuerie qui semblait devoir durer sans fin. C’était là le but de ma régression, et la cause que je défendais : la survie de l’humanité…
« Messire chevalier. »
Schatz sortit d’un coin sombre.
« Vous avez sécurisé la base ? »
« Oui. »
Nous voyagerions par voie terrestre. Pour quitter la capitale de Lobrus, la marche était la seule option.
« Alors, allons-y. »
La Grande Purge comptait parmi les épreuves les plus dangereuses que j’aie jamais affrontées. Je comptais donc faire un petit exercice préparatoire.
* * *
Lobrus, cabinet privé du Secrétaire général.
Au-delà d’un bureau noyé dans l’ombre, Zerof fit un compte rendu détaillé de son entretien avec Maximilian.
« … Je vois. »
La voix de Varmil Makstun, Secrétaire général, s’éleva des ténèbres, lourde comme le fer.
« Oui, Votre Excellence. »
Zerof acquiesça gravement.
« Un chevalier de l’Empire a fait tout ce chemin pour parler d’harmonie. Cela signifie qu’ils la souhaitent aussi. Si nous pouvons profiter de leur empressement pour leur arracher quelque chose, ce serait idéal, mais… »
L’Empire voulait la guerre. Il voulait frapper l’Ouest et étendre son territoire. Quant à ses raisons et à ses justifications, franchement, il était difficile d’y voir quoi que ce soit de rationnel.
Les actes insensés d’un Empereur fou.
« Ce n’est que mon avis personnel, mais je crois qu’ils se sont présentés au moment idéal. »
Pour faire la guerre, l’unité intérieure comptait plus que tout. L’Empire voulait manifestement éviter une guerre totale contre l’Alliance orientale et frapper l’Ouest tout en gardant l’Est à l’œil.
Mais, selon Zerof, la puissance militaire de l’Ouest n’était pas si faible que l’Empire pouvait la prendre à la légère.
« Que proposez-vous ? »
« D’abord, je pense qu’il faudrait conclure un pacte secret. »
Un pacte secret.
Le meilleur outil diplomatique pour se tromper mutuellement.
« Si nous signons un pacte secret, ces salauds d’impériaux se sentiront en sécurité sur leurs arrières et engageront toutes leurs forces sur le front occidental, s’enfonçant au cœur du bourbier de la guerre. »
Il suffirait ensuite d’attendre que la guerre entre l’Empire et l’Alliance occidentale s’éternise, jusqu’à ce que les deux camps s’épuisent mutuellement.
« Pendant ce temps, nous éliminerons jusqu’au dernier opposant intérieur et renforcerons notre puissance militaire. Puis, quand ils seront au plus faible et complètement épuisés… »
Un éclat froid traversa le regard de Zerof.
« Nous leur mordrons la gorge. »
-…
Le Secrétaire général ne dit rien pendant un moment. Le silence pesa lourdement sur la pièce, mais Zerof y vit un signe d’approbation.
« Vous avez dit que Maximilian était à l’origine de la “Loi civile impériale”. »
Le Secrétaire général prit la parole à voix basse.
« Ces derniers temps, j’ai même entendu des rumeurs selon lesquelles je serais une sous-espèce. »
Des propos profondément subversifs circulaient dans la politique de l’Alliance orientale. Une ignoble rumeur prétendait que Varmil lui-même, le Secrétaire général de Lobrus, était un Izenheim.
« Ce ne sont que de mesquines calomnies malveillantes lancées par des réactionnaires qui vous envient et cherchent à limiter votre pouvoir, Votre Excellence. »
Zerof coupa court sans hésiter, une intention meurtrière affleurant dans son regard.
« Justement, le moment est parfait. L’occasion se présente de débusquer jusqu’au dernier de ceux qui osent répandre ces rumeurs blasphématoires et de les purger tous… »
* * *
Maximilian arriva au Palais d’Hiver, cœur de Lobrus, qui conservait encore toute la splendeur de l’ancienne époque impériale.
Cette imposante forteresse, où les vestiges de l’ancien Empereur subsistaient partout, était désormais la résidence du Secrétaire général Varmil et le siège du gouvernement de l’Alliance orientale.
« … Réservez-lui les plus grands égards. »
Zerof rajusta ses vêtements. Comme le disaient les rumeurs, toutes les montres-bracelets avaient été retirées. Même les minorités comme les Izenheim et les Mer avaient été chassées du palais. On voulait éviter toute friction éventuelle.
« Quel que soit le degré de folie sanguinaire de ce fou impérial, il reste avant tout un invité d’État. »
Clac, clac.
À cet instant, tout le monde se tourna vers les pas réguliers qui résonnaient sur le marbre.
« … Il arrive. Pourquoi a-t-il l’air comme ça ? »
Un visage qui semblait n’avoir aucun rapport avec ses actes violents ni avec ses paroles violentes, que ce soit dans l’Empire ou ailleurs. Certains le vénéraient comme une idole des Aran ; d’autres grinçaient des dents de jalousie et de ressentiment.
Maximilian von Ebenholtz.
Sa démarche était assurément élégante et irréprochable. Son maintien était si parfait qu’il en paraissait irréel.
« Vous voilà. »
Zerof l’accueillit en compagnie de ses assistants.
« Ravi de vous rencontrer, messire Maximilian. »
« Oui. C’est un honneur de vous revoir, Commissaire Zerof. »
Après s’être inclinés avec courtoisie, Maximilian prit place en face de Zerof.
Tous deux souriaient, une tasse de thé devant eux.
« Bien. »
Zerof fit signe à ses assistants, qui sortirent aussitôt.
Cette obéissance immédiate, obtenue d’un simple regard, lui procura un plaisir considérable.
« J’aimerais approfondir un peu… le sens de l’“harmonie” entre l’Empire et l’Alliance orientale dont vous avez parlé hier. »
Zerof prit la parole sur un ton délibérément solennel.
Maximilian acquiesça avec calme.
« Je vous écoute. »
Zerof n’apprécia pas ce sang-froid, mais n’en laissa rien paraître.
« J’y ai beaucoup réfléchi. Mais, euh… si l’on veut être réaliste, ne pensez-vous pas que l’harmonie sera difficile à atteindre tant que nos deux États resteront dans cette confrontation ? »
Pendant un instant, sa prononciation impériale s’emmêla. Zerof fronça les sourcils.
Cette langue était inutilement complexe et difficile, mais il n’avait pas le choix. Impossible de faire venir un interprète pour discuter d’un pacte secret.
« … Je n’en suis pas sûr. »
Aux mots de Maximilian, les yeux de Zerof s’écarquillèrent.
« Je ne crois pas que ce soit difficile. »
Cette phrase n’était pas en impérial.
« … Vous parlez le ro ? »
La langue de Lobrus, communément appelée le ro, était la langue commune officieuse de l’Alliance orientale.
« Oui. J’ai pris soin de l’apprendre. Mais, pour l’instant, le plus important… »
Maximilian posa sa tasse et poursuivit à voix basse.
« L’harmonie. »
Son regard transperça Zerof.
« L’essence de ce que l’Empire souhaite exprimer par cette proposition est simple. D’abord, éliminons notre ennemi commun. »
« Notre ennemi commun… Messire chevalier, n’avez-vous pas parcouru les rues de Lobrus ? Tous les citoyens de Lobrus critiquent la “Loi civile impériale”. »
Maximilian sourit.
« Oui. C’est ce qu’ils diront en public. Mais, Commissaire Zerof, au fond, vous aussi, vous approuvez fermement au moins certaines de ses dispositions, n’est-ce pas ? »
Zerof fronça les sourcils. Maximilian se pencha légèrement en avant.
« Les Izenheim, un pseudo-groupe assoiffé d’argent, semblable à une sangsue qui suce la sève du continent. Et, au-delà d’eux, les sous-espèces et les minorités qui refusent absolument de coopérer avec la société. Notre “répression” a une longue histoire. »
« Dans les relations internationales, on appelle cela de la discrimination raciale. »
Zerof tenta de répliquer avec dignité, mais…
« Je préférerais vous poser une question, Commissaire. »
Maximilian lui répondit d’un ton glacial.
« Si l’un de vos collègues, ou votre supérieur direct, était un Izenheim, pourriez-vous le garder à vos côtés et le tolérer ? »
La remarque de Maximilian était lourde de sous-entendus. Mais Zerof savait déjà pourquoi il avait dit cela.
Il sourit avec aisance.
« … Le Commissaire Yelena vous a donc rapporté “cette rumeur”. »
Parmi les adversaires de Yelena, plusieurs étaient déjà aux ordres de Zerof.
La conversation que Maximilian et Yelena avaient eue ce jour-là lui était donc déjà parvenue dans son intégralité.
« … »
Maximilian sembla saisir le sous-entendu. Il garda le silence un instant, puis murmura en hochant la tête :
« Comme je m’y attendais, vous êtes un géant, comme on me l’avait dit. »
Un géant.
Une simple expression. Pourtant, sa voix laissait percer une surprise sincère, sans la moindre feinte.
Un grand noble impérial de très haut rang, un chevalier aussi parfait, soutenu par la maison Ebenholtz, reconnaissait en moi, un homme sorti de la rue, un géant.
« Eh bien… »
Le cœur de Zerof fit un bond. Un sentiment de fierté difficile à nommer l’envahit. Les jours où il rampait comme un chien, simple ouvrier de terrain subalterne, lui revinrent en mémoire, mais ce n’était pas le moment de s’y attarder.
Il réprima l’orgueil et la joie qui montaient en lui, puis s’éclaircit la gorge.
« Hum. Pas du tout. À l’Est, il n’y a qu’un seul géant. »
Il reprit un air grave.
« Mais quand vous dites “comme on me l’avait dit”… l’Empire me connaît-il lui aussi ? »
Ces mots, « comme on me l’avait dit », restaient dans l’esprit de Zerof.
Il se demandait si sa réputation avait atteint l’Empire et, le cas échéant, sous quelle forme.
« Bien sûr. Les rumeurs de l’Est se répandent vite dans l’Empire aussi. Lobrus est un grand pays. »
Zerof sirota son thé, faisant mine de n’y accorder aucune importance.
« Mais maintenant que je vous ai rencontré et que je vous ai parlé directement, je trouve que vous dépassez de loin ces rumeurs. »
« Hmm. Vraiment ? Je les dépasse de loin… »
« Oui. Si je devais résumer en une expression… »
Maximilian l’observa avec intérêt.
Même ce regard ne lui déplaisait pas.
Non, il lui faisait du bien.
« Le tranchant le plus affûté. »
Le tranchant le plus affûté.
Zerof posa sa tasse. Il inspira brusquement et s’adossa à sa chaise.
« … »
… Maximilian le regarda sans ciller.
Il aimait ça. Complètement.
La diplomatie était une affaire entre nations, mais, au bout du compte, elle se faisait entre des personnes.
Alors, ce qui comptait, c’était toujours les gens.
« Le tranchant le plus affûté… »
D’après la « Généalogie des scélérats », Zerof avait un besoin extrême de reconnaissance et d’apparat.
C’était pourquoi il avait tué dix mille personnes quand mille auraient suffi, puis cent mille quand dix mille auraient suffi, avant de finir par en massacrer un million.
« Qu’entendez-vous par là ? »
Zerof posa la question en feignant le mécontentement.
« Il y a un proverbe dans l’Empire : quand on tire l’épée, autant couper au moins un radis. »
Maximilian reporta son regard sur Zerof.
« Mais le Secrétaire général de Lobrus vous tient, vous, le tranchant le plus affûté de tous. C’est bien pour trancher quelque chose. »
« … »
Zerof se cala au fond de sa chaise. Cet homme avait assurément l’esprit vif.
Si le Secrétaire général tenait la grande lame appelée Zerof — moi — sans la brandir contre des ennemis extérieurs, il était naturel que cette lame se tourne vers l’intérieur.
« … Ha. »
Depuis quand l’avait-il compris ? Depuis mon ascension à un poste clé ? Ou depuis que Yelena lui avait transmis cette rumeur absurde ?
Avait-il compris qu’un pacte secret était envisageable et était-il venu en personne pour négocier ?
Zerof esquissa un faible sourire et sortit une pipe de luxe.
« Alors, laissez-moi vous poser une dernière question. »
Désormais, il ne pouvait plus contenir sa curiosité grandissante.
« Pour vous… non, pour l’Empire, quel genre d’homme suis-je ? Soyez précis. »
Maximilian observa Zerof, qui se léchait les lèvres avec excitation en exhalant la fumée.
« Est-ce qu’on a parlé de moi dans des livres ou des articles de journaux ? »
La diplomatie était de la politique, et la politique consistait à ravaler son dégoût encore et encore.
S’il fallait ravaler mon dégoût et dorer le blason d’un salaud pareil, je pouvais le faire autant de fois qu’il le faudrait.
Pour la grande cause de l’humanité, et elle seule…
Maximilian releva un coin des lèvres.
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