Chapitre 164
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 164
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Exploration
Une aube où l’on aurait dit que le ciel se déchirait.
Dans les bureaux de l’Ordre des Sentinelles, Kairon rassemblait encore tous les documents en sa possession.
C’étaient les fruits d’une traque acharnée, menée grâce à la mobilisation totale du réseau de renseignement qu’il avait organisé en cellules dispersées pendant des années. Le résultat de cette obsession, bâtie dans le sang et la sueur, allait enfin éclater au grand jour.
Lors de l’audience publique qui devait juger le Commandant adjoint Anton.
Martel, l’ancienne amante d’Anton, qui avait rejoint la faction révolutionnaire. L’enfant qu’ils avaient perdu, le témoignage d’un médecin. Les lettres d’amour qu’ils s’étaient échangées.
Kairon ficela l’épaisse pile de dossiers et la glissa dans une mallette en cuir de première qualité.
Il se leva et sortit dans le couloir désert de l’Ordre. Un sourire irrépressible s’étira sur ses lèvres.
S’il livrait tout cela à la presse, Anton ne tarderait pas à s’effondrer. Il tomberait dans l’abîme sans la moindre chance de se relever.
Certain de son fait, il descendit au parking souterrain.
« … ? »
Quelqu’un se tenait là, sous les lumières tamisées.
Dans l’obscurité, ses cheveux blonds luisaient froidement. Il sembla remarquer Kairon lui aussi et se tourna vers lui.
« Messire Kairon. »
Maximilian.
« Pourrais-je m’entretenir un instant avec vous ? »
Il le demanda avec politesse, un léger sourire aux lèvres. Kairon acquiesça, de bonne humeur.
« Bien sûr. De quoi s’agit-il ? »
« … »
Au lieu de répondre, Maximilian observa en silence la mallette que tenait Kairon.
« Ah, ça ? »
Kairon leva la mallette.
« Vous pouvez vous en réjouir d’avance. C’est le dernier clou qui achèvera de couper le souffle au vieux Anton. »
Maximilian le regarda sans rien dire.
Lui aussi avait fourni des efforts.
Un homme qui n’avait jamais cessé de courir après ce qu’il désirait.
Kairon était un homme qui ne changeait pas.
Et les gens qui ne changeaient pas étaient remarquables pour cette seule raison.
Même lorsque les vagues de la guerre viendraient bientôt s’abattre sur eux, Kairon resterait Kairon.
Pourtant.
« Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de lui porter le coup de grâce. »
Maximilian secoua lentement la tête.
« … Pardon ? »
Le sourire de Kairon se figea. Il regarda Maximilian, le visage légèrement déformé.
« Nous sommes des Aran impériaux, et aussi des chevaliers des Sentinelles. »
Sur ces mots, Maximilian tendit la main à Kairon. Il lui demandait les documents qui se trouvaient dans la mallette.
« Et les Sentinelles restent les Sentinelles, en fin de compte. »
Les yeux de Kairon s’agitèrent violemment. L’espace d’un instant, il ne comprit pas.
C’était l’occasion rêvée d’écraser Anton et de mettre toute sa faction à terre.
Puis, à son oreille troublée, parvint la voix de Maximilian.
« Messire Kairon. »
Maximilian l’appela à voix basse.
« Qu’est-ce qui vous a mené jusque-là ? Le rêve du chevalier nommé Kairon, ou bien… »
Dans le parking à l’aube, l’odeur de poussière stagnante et le souffle du vent se faisaient inhabituellement distincts.
Dehors, les flocons scintillaient, froids, presque chaleureux.
« … ce sentiment auquel vous ne parvenez toujours pas à renoncer. »
Un sentiment.
Kairon regarda Maximilian.
Il resta là, hébété, à fouiller son propre cœur.
Il déterra les vieilles strates enfouies au plus profond de sa poitrine.
Le complexe d’infériorité qui s’était incrusté dans ses os, tandis que les nobles de vieille souche le méprisaient et le traitaient avec dédain comme un parvenu.
Cette vérité hideuse qui l’habitait : il cherchait à traîner Anton dans la boue, alors même que celui-ci, issu d’une lignée noble déchue, avait brillé plus haut que lui. Tout cela pour compenser ce féroce complexe d’infériorité.
Maximilian avait raison.
Anton avait déjà assez souffert.
Et pourtant, cette malveillance, qui cherchait à l’enterrer en exhument des faits sans rapport avec l’audience, n’était pas là pour réaliser mon rêve. Elle ne visait qu’à le détruire.
« … Je n’ai plus rien à y gagner. »
Comme l’avait dit Maximilian, Anton était lui aussi un Aran, et un membre des Sentinelles.
Pour les Sentinelles, pour l’Empire, et surtout pour mon propre avenir, au-delà de lui.
Rien ne m’obligeait à lancer des insultes répugnantes et à jeter de la boue par-dessus la ligne.
« … »
Un profond soupir monta de la poitrine de Kairon.
Il se massa les sourcils, puis tendit la mallette à Maximilian.
« … Prenez-la. »
« Merci de votre compréhension. »
Maximilian l’accepta avec courtoisie.
« Venez avec moi. Quelqu’un vous attend. »
Il désigna une voiture derrière eux. Un chauffeur était assis au volant.
Kairon monta à l’arrière. Maximilian s’inclina brièvement avant de disparaître au-delà du parking.
Vroooom.
Dans la voiture qui filait sur les routes désertes de l’aube, Kairon s’abîma dans ses pensées en observant la nuit d’hiver glaciale qui enveloppait l’Empire enneigé. Ses idées s’emmêlaient, trop nombreuses.
Ils arrivèrent bientôt devant un restaurant aux lumières tamisées.
« Nous sommes arrivés. »
Comme il ne restait plus beaucoup de temps avant la fermeture, Kairon entra, guidé avec déférence.
Il parvint à une salle privée, tout au fond.
« … »
Dans la vaste pièce, derrière la lourde porte en chêne, il n’y avait qu’une seule personne.
Anton Jefren était assis là, seul.
……
Ailleurs, dans une chambre secrète du palais impérial.
Kents Bertem était assis en face du secrétaire en chef Grossman et sirotait un grand cru. Glou, glou. Les verres de cristal se teintaient de rouge et scintillaient sous les lustres majestueux.
« On dirait qu’Anton Jefren est sur le point de renoncer au poste de commandant. »
Kents parlait d’une voix ivre de victoire.
Anton avait échoué, et les Sentinelles s’étaient divisées entre roturiers et nobles. La faction du palais avait désormais d’innombrables avantages à tirer de la situation.
Déjà, Kairon serait bien plus facile à maîtriser que le récalcitrant Anton. Si la politique du palais et la capitale n’avaient pas réussi à pénétrer les Sentinelles jusqu’ici, c’était avant tout à cause de l’intransigeance d’Anton.
« Dans ce cas, Kents, le moment semble bientôt venu pour vous de vous lancer sérieusement. »
Grossman savoura une gorgée de vin et aborda le sujet avec désinvolture.
« Me lancer, c’est-à-dire ? »
« Un nouveau poste ministériel sera bientôt créé. »
À ces mots, les yeux de Kents brillèrent d’excitation.
« Il est temps de prendre enfin en main l’Armée régulière et les Sentinelles. »
Un poste clé chargé de superviser à la fois l’Armée régulière et les Sentinelles. Un objectif de longue date que Grossman préparait depuis des années.
S’il obtenait ce poste, il pourrait gravir les échelons plus haut et plus vite que son frère aîné, héritier de la maison.
« Ha, hahaha, hahahaha. Voilà une excellente nouvelle. »
Kents éclata d’un rire sonore. Grossman garda son doux sourire et fit tournoyer son verre.
« À propos de cette audience à huis clos, j’ai entendu dire que vous aviez délibérément évoqué la fausse couche. »
Pour devenir ministre impérial, il fallait passer par une audience, comme Anton venait d’en faire l’expérience.
« Oui. Je voulais m’en assurer. »
« Vous pouvez vous charger d’étouffer l’affaire ? »
Kents hocha la tête, comme si cela allait de soi.
« C’était une audience à huis clos, après tout. »
Les propos tenus lors des audiences à huis clos du palais étaient gardés secrets. Des bribes circulaient de bouche à oreille, mais personne ne pouvait les confirmer avec certitude.
La loi impériale les classait parmi les secrets d’État, et toute fuite était passible de sanctions.
« Malgré tout, les gens peuvent deviner certaines choses. »
« Tant mieux pour nous. Nous n’aurons qu’à faire circuler d’abord des mensonges, en les mêlant au reste. »
Kents répondit calmement en faisant tourner son verre.
« Les rumeurs s’entremêleront d’elles-mêmes. Nous avons déjà tout préparé. On ne dira sans doute pas que c’est moi qui ai parlé de la fausse couche, mais… »
Comme s’il devinait la réponse, Grossman haussa légèrement un sourcil.
« On finira probablement par dire que c’est Maximilian von Ebenholtz qui en a parlé. »
C’était une audience à huis clos. Maximilian ne pouvait pas déclarer publiquement que ce n’était pas lui, et se justifier aurait paru suspect.
Mais surtout, les factions des Sentinelles qui avaient perdu Anton croiraient ce qu’elles voudraient croire. Elles auraient envie de haïr quelqu’un qui se trouvait clairement dans le camp adverse.
« N’est-ce pas cela, la politique ? »
Éliminer Anton, diviser l’Ordre et ternir la réputation de Maximilian.
Même Kents trouvait cette manœuvre admirable.
* * *
Grand Hall des Sentinelles.
C’était là que se tenait l’audience publique de confirmation d’Anton Jefren au poste de commandant, et la salle était bondée. Des centaines de chevaliers, en activité ou à la retraite, des fonctionnaires du palais et des journalistes des principaux médias impériaux fixaient l’estrade, le souffle suspendu. La tension qui régnait dans la salle était presque palpable.
Soudain.
« Dernière minute ! »
Quelqu’un déboula de l’entrée du grand hall en criant, affolé.
« Le Commandant adjoint Anton Jefren vient de renoncer définitivement à sa confirmation au poste de commandant ! »
À cette première annonce, tous se levèrent d’un bond : Anton retirait sa candidature au poste de commandant.
« Et il quitte la ligne de front des Sentinelles ! »
À cette deuxième annonce, la salle d’audience explosa. Les journalistes se précipitèrent pour récupérer leurs appareils photo et leurs carnets avant de se faire doubler, puis s’égosillèrent et se ruèrent dehors en masse.
Les nobles du palais restèrent un instant bouche bée, puis sourirent de satisfaction. Les chevaliers roturiers se mirent à marmonner, le visage rouge de colère.
« … »
Au milieu de ce chaos, je restai simplement assis en silence à regarder la scène.
« … Hé, Max. »
Tiana fendit la colère des chevaliers roturiers et vint à mes côtés.
« Qu’est-ce que tu as dit, exactement, pendant cette audience à huis clos ? »
La déception qu’elle ne parvenait pas à dissimuler se lisait dans ses yeux.
« … Moi ? »
Je me désignai du doigt. Tiana hocha la tête, comme si c’était évident.
« Oui. »
« Hmm. C’est confidentiel. »
Je n’avais effectivement pas le droit d’en parler, surtout dans un lieu aussi public.
Je répondis sèchement et me levai, mais Tiana m’attrapa par la manche et murmura :
« Dis au moins quelque chose. Tu sais seulement quelles fichues rumeurs circulent sur ce que tu as dit pendant cette audience à huis clos ? »
C’était peut-être inévitable. Depuis la Loi civile impériale, mon image s’était sans doute figée sous cette forme.
Non.
Quelqu’un, au palais, avait peut-être répandu ces rumeurs exprès.
Ce que j’avais dit à Anton pendant l’audience à huis clos avait peut-être irrité certains participants.
Kents Bertem, en particulier.
Cette politique leur était peut-être familière, mais je n’avais aucune raison de réfuter chaque point ni de me justifier.
La transcription finirait par fuiter.
« Les rumeurs ne sont que des rumeurs. Ne crois pas ce que tu as envie de croire. Crois seulement ce que tu peux voir. »
Je laissai Tiana derrière moi et sortis du grand hall sous les regards froids, chargés d’intentions meurtrières, des chevaliers roturiers.
J’avais encore beaucoup à faire.
* * *
Anton Jefren renonça à sa confirmation au poste de commandant et quitta l’Ordre des Sentinelles. En conséquence, l’âge de départ à la retraite du Commandant Alberich fut repoussé de force de six mois.
Alberich, qui désirait désespérément prendre sa retraite alors qu’il avait déjà plus de soixante-dix ans, avait l’air accablé, mais il n’y pouvait rien.
En contrepartie, Kairon devint le seul candidat au poste vacant de commandant adjoint.
Il s’était enfin rapproché de l’objectif qu’il convoitait depuis toujours, et moi, je montai à bord du tout dernier avion de transport militaire fabriqué à Kanillan.
« … J’ai envie de sauter. »
À bord du transport qui fendait le ciel lointain, j’avais mal à la tête.
Pas le temps de me reposer. J’avais envie de manger quelque chose de bon.
Mon corps était plus résistant et plus fort que jamais, mais je devais ménager mes nerfs. Peut-être devrais-je simplement sauter en parachute.
Boum.
Sans que je m’en aperçoive, nous avions atterri à l’aéroport militaire de Lobrus. L’écoutille s’ouvrit tandis que l’appareil s’immobilisait.
Fouuu. Le souffle glacial me fit tressaillir.
Ce n’était même plus du froid. On aurait dit que l’air lui-même était gelé, mais je n’en laissai rien paraître. C’était ça, être noble. De toute façon, mon mana s’adapterait bientôt à l’environnement. Ebenholtz ressemblait à la nature, et le froid n’était qu’un élément de la nature, après tout.
Fiiiiou.
Au milieu du vent glacial déchaîné, une silhouette familière m’accueillit.
« Ravi de vous revoir, messire chevalier Maximilian. »
Yelena Yumanov. Une figure de pouvoir de l’Alliance orientale et Commissaire du peuple aux Affaires intérieures. Son visage m’était désormais familier, et elle se tenait là, en uniforme.
« Vous êtes venu seul, sans même une escorte, messire chevalier. Est-ce cela, être chevalier ? »
Elle jeta un regard derrière moi et demanda, l’air perplexe.
« Oui. Je voulais que cette visite reste discrète. »
Je répondis avec un calme étudié.
En vérité, Schatz, ma force la plus redoutable, avait déjà pénétré sur le territoire de Lobrus par voie terrestre, sous une fausse identité. Inutile de dévoiler mon jeu aux salauds de l’Est.
« Je vois. Allons-y. »
Je montai dans la voiture qui nous attendait avec Yelena. Le moteur gronda lourdement et nous emporta en direction de la capitale de Lobrus.
Même les voitures de Lobrus étaient lourdes. On se serait cru à dos d’ours brun géant.
Autrement dit, le confort de conduite laissait à désirer.
« … »
Je regardai le paysage défiler par la fenêtre. L’architecture massive et austère, propre à l’Alliance orientale, les gens emmitouflés de la tête aux pieds, et les Izenheim.
Pour l’instant, je comptais établir plusieurs points d’appui à Lobrus.
Qui que je sois, je ne pouvais pas l’arracher sans risque au tourbillon de la Grande Purge qui approchait sans prendre quelques précautions élémentaires.
Non, je devais d’abord vérifier si Yelena avait la volonté et les moyens de survivre à cette lutte de pouvoir.
Si elle se laissait emporter et mourait ainsi, je n’aurais aucune raison de la sauver.
Je n’étais pas venu chercher une faible réfugiée. J’étais venu trouver une partenaire stratégique, puissante et fiable, capable de façonner avec moi l’avenir de l’Empire.
« Nous sommes arrivés. »
Nous arrivâmes rapidement au restaurant. Je descendis de voiture. À vrai dire, j’étais impatient : je n’avais jamais goûté à la cuisine de l’Est.
« Ce n’est pas le Lilac Vita, mais c’est tout de même digne d’être considéré comme le meilleur restaurant de l’Est. »
Si le repas était bon, mon stress s’apaiserait.
Quand je repris mes esprits, un plat débordant d’œufs d’esturgeon se trouvait devant moi.
J’en coupai un morceau avec mon couteau et le goûtai. C’était assurément une saveur nouvelle. Le plat méritait son titre de mets délicat.
« … Votre tenue et votre savoir-vivre sont vraiment impressionnants. »
Yelena semblait fascinée par ma façon de manier le couteau et de me déplacer.
« Plus important : quels sont les ingrédients de ce plat, exactement ? Je connais le caviar, mais… »
« Oui. Des œufs d’esturgeon, du caviar et de la patte d’ours. »
« … Ah. De la patte d’ours. »
Ça n’y ressemblait pas. Yelena esquissa un sourire en coin.
« Cet ours est très difficile à chasser. Alors, qu’en pensez-vous ? »
« Il n’a pas l’air d’avoir été préparé selon une recette particulière, mais il est excellent. J’aurais même envie d’importer ce caviar dans l’Empire. »
Yelena hocha la tête.
« La maison Yumanov contrôle le commerce du caviar. Alors, pourquoi ne pas rédiger un contrat d’import-export tout de suite ? »
Elle plaisantait, mais moi, j’étais sérieux.
« Excellente idée. Rédigeons-le maintenant. Je l’emporterai avec moi quand je rentrerai dans l’Empire. »
La bonne cuisine était mon passe-temps. Goûter aux délices de la terre, de la mer et du ciel me faisait sentir tout le sens de l’existence de ce monde. Cela me faisait comprendre, de tout mon être, pourquoi il ne fallait jamais laisser ce monde être détruit.
« Euh… oui. Je vous ferai parvenir le contrat plus tard. »
« Ah, vous étiez donc déjà là. »
À cet instant, la porte du restaurant s’ouvrit et un autre invité apparut.
Un homme de petite taille au visage plutôt déplaisant.
Je le reconnus.
Zerof. Celui qu’on considérait comme le bras droit du Secrétaire général. Un pilier de la lutte pour le pouvoir qui allait mener à cette Grande Purge.
« Un chevalier impérial. Comme je l’avais entendu dire, vous êtes éblouissant au point de susciter la jalousie. »
Zerof sourit et prit place à côté de nous. Yelena ne l’aimait manifestement pas, pas plus que moi, mais cette rencontre était nécessaire.
« Messire chevalier. »
Zerof me fixa droit dans les yeux.
Son regard gluant me parut répugnant.
« Je vais vous poser la question sans détour. »
Je posai un instant mon couteau, pris une serviette et m’essuyai la bouche.
« Pourquoi êtes-vous venu ici ? Pourquoi êtes-vous venu dans l’Est ? »
Son impatience était telle qu’il s’embrouillait jusque dans ses tournures impériales.
« Eh bien, c’est simple. Pour parvenir à l’harmonie avec vous tous. »
J’allai droit au but.
L’harmonie. Zerof dissimula son expression, comme s’il avait compris l’essentiel.
« Hmm. L’harmonie. »
Il marmonna, pris au dépourvu, mais je savais déjà ce qui se tramait dans l’esprit de l’homme qui préparait la Grande Purge.
Eux aussi auraient désespérément besoin d’harmonie.
La diplomatie que je comptais mener, et au cours de laquelle je parlerais de non-agression, ne serait donc pas difficile.
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