Chapitre 162
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 162
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Blizzard (4)
District 3 de la capitale, dans ma résidence de la cossue rue von Kleinschmidt.
[Je le garderai précieusement comme un cadeau. Merci~]
C’était une réponse de Yelena.
Je caressai Leo, installé sur mes genoux, puis posai le parchemin.
C’était à peu près la seule occasion que je pouvais offrir à Yelena pour l’instant.
Avant ma régression, je n’avais lu des récits sur la Grande Purge que dans des livres. Je pouvais deviner les grandes lignes des événements, mais rien ne me permettait de connaître précisément la façon dont ils se dérouleraient.
Elle devrait se sauver elle-même grâce à ce parchemin.
« La Grande Purge… »
L’événement qui allait baigner l’Alliance orientale dans le sang. Dans cette tempête meurtrière, la maison Yumanov, les Ebenholtz de Lobrus, serait détruite.
La raison était simple. Kirov Yumanov, l’homme que le monde connaissait comme le père de Yelena, était mû par une ambition démesurée. Si Izenheim devenait Secrétaire général, il ne pourrait jamais le tolérer.
En ce sens, tout se jouait entre Yumanov et Ebenholtz à la tête de leur maison.
Sebestian, lui, était différent. Il avait renoncé à l’ambition. À la place, il était devenu, en toute sincérité, le glaive de l’Empereur. Il accueillait chaque parole de l’Empereur avec humilité et faisait siennes toutes ses pensées.
Un sujet loyal, dont la dévotion servait une cause plus grande que lui ; l’un des meilleurs de l’histoire impériale.
« … »
Une pensée me traversa l’esprit.
Quelqu’un pouvait le vénérer toute sa vie, tandis qu’un autre le maudirait jusqu’à son dernier souffle.
Mais, dans un cas comme dans l’autre, le simple fait de se tenir à vos côtés faisait de cette personne l’influence la plus déterminante de votre vie.
« … C’est ce qu’on appelle un père. »
Sebestian ne m’avait jamais aimé. Il ne m’avait jamais aidé non plus. Avec le temps, j’avais cessé de désirer ces choses.
Écrasé par ses jugements incessants et des exigences impossibles à satisfaire, j’étais devenu une épave sans valeur, aussi mou que du tofu pourri.
Mais après avoir vécu tout cela, puis être revenu dans ce monde.
Sebestian m’avait exaspéré. Je ne le comprenais pas.
Il avait abandonné les affaires du palais et la politique, et même lorsque l’Empereur se laissait mener par le bout du nez par des flagorneurs et lançait des guerres absurdes, il continuait de le servir en silence. Je le trouvais même pitoyable.
Mais si Sebestian avait été animé par la même avidité et la même ambition incontrôlables que Kirov Yumanov…
Ou s’il avait été un ambitieux incapable de renoncer à son pouvoir et à son ego…
Aurais-je moi aussi été purgé, comme Yelena autrefois ?
C’était pour cela que Sebestian avait toujours été une contradiction à mes yeux.
Il n’avait jamais été un père digne de ce nom. Il ne m’avait jamais pris tendrement dans ses bras, jamais appelé par mon prénom avec affection.
Et pourtant, le pouvoir et l’autorité qui me permettaient aujourd’hui de poursuivre de grandes ambitions au cœur de l’Empire s’enracinaient dans la loyauté irréprochable que Sebestian avait bâtie par sa dévotion.
Je le haïssais, mais sans son ombre, je ne pouvais rien accomplir.
C’était précisément pour cela que j’étais le fils de Sebestian.
* * *
… Un vent glacial balaya le centre impérial.
Une tempête de neige si violente qu’on ne distinguait pas le moindre pouce devant soi.
L’audition du Commandant adjoint Anton approchait, et l’atmosphère au sein de l’Ordre des Sentinelles était aussi fragile qu’une fine couche de glace.
Dans les couloirs, dans la salle de repos ou au moment de partir en mission, on sentait partout les lignes invisibles qui se tendaient entre les chevaliers.
Les chevaliers issus du peuple soutenaient Anton, leur unique espoir, tandis que ceux de naissance noble se ralliaient à Kairon, la nouvelle figure de pouvoir.
« Hanna. »
Alors que Hanna préparait du café, un chevalier chevronné du camp d’Anton s’approcha d’elle. Il s’appelait Cliff ; c’était un chevalier de neuvième année. Il semblait désespéré de gagner ne serait-ce que le soutien d’un chevalier supplémentaire.
Il venait de lui saisir l’épaule et s’apprêtait à parler quand…
« Va-t’en, Hanna. »
Tiana surgit et se plaça devant lui.
Elle congédia Cliff d’un geste, puis chuchota à Hanna :
« Si tu le peux, tiens-toi à l’écart de cette guerre de boue. Les chevaliers travaillent en solo, de toute façon. Chacun se débrouille tout seul. »
« … Oui. »
Tiana entamait maintenant sa deuxième année complète, tandis que Hanna venait tout juste de se débarrasser de son insigne de première année.
Au sein de l’Ordre, elles n’avaient qu’environ un an d’ancienneté d’écart, mais leur expérience et leur vision du monde étaient clairement différentes.
« Hanna. Ça te dit de dîner avec moi ce soir ? »
« Non. Je suis très occupée en ce moment. Je vis pratiquement à la cafétéria. »
En vérité, elle devait économiser. Il lui restait encore beaucoup d’équipement à acheter.
« Ah bon ? Dommage. À plus tard, alors. »
Hanna regagna son bureau.
[Chevalier Hanna Usar]
Son bureau avait bien changé depuis sa première année. Il était plus spacieux, mieux équipé et meublé.
Mais ce qu’elle appréciait le plus, c’était le salaire plus élevé de son personnel administratif et opérationnel. Cela signifiait qu’elle était devenue quelqu’un capable d’offrir autant aux autres.
« Slurp. »
Hanna sirota son café en fixant le mur en silence.
Sur son bureau, les certificats originaux du registre familial de ses subordonnés étaient soigneusement alignés. Le sien s’y trouvait aussi.
Ils étaient tous authentiques, après vérification minutieuse par les services du gouvernement impérial.
Hanna venait d’une région reculée de l’Empire ; son sang était donc très pur.
Dans un village frontalier désolé et délabré, aucune raison n’aurait poussé des sous-espèces comme les Izenheim ou d’autres races, attirées par l’odeur de l’argent, à venir s’y incruster.
Quelle bande d’imbéciles.
Ces derniers temps, Hanna commençait à comprendre l’expression : « des parasites qui ne font que sucer la sève et croquer les fruits de l’Empire ».
S’ils se contentaient de cultiver les provinces et d’y vivre tranquillement, soit. Mais non, ils s’imposaient au centre, tous en quête d’un gros coup. Des escrocs à tous les coins de rue.
« … Monsieur. Nous avons repéré quelques autres individus suspects. »
À cet instant, un officier opérationnel apporta plusieurs nouvelles photos. Hanna les épingla au panneau de liège.
« Comme vous l’aviez dit, monsieur, après avoir vérifié leurs domiciles légaux, nous les soupçonnons fortement d’être des Izenheim. »
Hanna n’était pas une sainte, mais elle n’oubliait jamais ceux qui escroquaient les pauvres gens comme elle. Les usuriers qui saignaient les gens du peuple à blanc, les marchands prédateurs qui s’en prenaient aux étudiants fauchés, les imposteurs.
« Dites aux informateurs de surveiller leurs déplacements. Nous obtiendrons des preuves matérielles ou des témoignages. »
« Oui, monsieur. »
Après le départ de l’officier, Hanna s’assit et se perdit dans ses pensées.
Jacob.
Tout avait commencé avec ce salaud.
Une sous-espèce qui avait pris le masque d’un camarade de classe pour tenter de la piéger. Des années avaient passé, mais Hanna ne comprenait toujours pas sa malveillance.
Qu’est-ce que je t’avais fait, au juste ?
… Crac.
En grinçant des dents, Hanna observa les photos de ceux qu’elle avait envoyés devant la Cour des chevaliers et fait exécuter.
[Ezra, homme, 57 ans]
À la section d’élite de l’Empire, cet escroc vicieux avait volé l’argent de poche durement gagné de centaines de pauvres cadets issus du peuple, en prétendant qu’il posterait leurs lettres à leurs familles, puis s’était enfui.
[Résultat de l’autopsie : sous-espèce, présence confirmée d’un cœur muté par le mana]
Résultat de l’autopsie : une sous-espèce.
Résultat de la recherche généalogique : Izenheim.
[Leah, femme, 33 ans]
Une pharmacienne prédatrice des taudis en périphérie de la capitale. Elle vendait comme remèdes miraculeux de vulgaires antidouleurs au mana, puis poussait ses victimes, accablées d’effets secondaires, à s’endetter auprès d’usuriers en prenant leurs organes en garantie.
[Résultat de l’autopsie : sous-espèce, présence confirmée d’un cœur muté par le mana]
Encore une sous-espèce, d’après l’autopsie.
Et, une fois de plus, la recherche généalogique remontait aux Izenheim.
« Intéressant. »
Tac. Hanna reposa sa tasse de café.
Elle fixa les photos épinglées au panneau.
Par une étrange coïncidence, ils étaient tous Izenheim, mais il en restait beaucoup d’autres.
L’Empire regorgeait de déchets qu’il fallait traquer et tuer.
« Chevalier Hanna Usar. Si votre conclusion est juste, ne vous souciez ni des moyens ni des méthodes. »
Les paroles de Maximilian, prononcées longtemps auparavant, résonnèrent soudain à ses oreilles.
« Nous n’avons pas beaucoup de temps, et vous avez votre propre pouvoir et votre propre autorité. »
J’ai ma propre autorité.
Hanna Usar avait l’impression de commencer seulement maintenant à comprendre ce que ces paroles signifiaient.
* * *
L’audition de confirmation d’Anton, pressenti pour devenir le prochain commandant, commença enfin.
Elle s’ouvrit selon le principe strict du huis clos.
Anton fut convoqué seul dans la chambre la plus profonde et la mieux verrouillée du palais impérial.
Une procédure brutale et éreintante. Deux semaines d’auditions à huis clos, puis trois jours en séance publique, avant un dernier examen privé et la confirmation de sa nomination.
Grâce à des personnes au palais, je pouvais recevoir des nouvelles de la situation d’Anton. Inutile de demander qui.
… Je connais très bien un type aux cheveux bouclés. Vous voyez, Leutern II.
Premier jour.
Quand Anton sortit de la chambre, après cette longue audition, de nombreux chevaliers des Sentinelles vinrent à sa rencontre. Ceux qui le respectaient lui posèrent toutes sortes de questions, mais Anton garda le silence.
D’après ce que j’avais appris, le contenu de ses lettres avec des érudits de l’Alliance orientale et des amis de la République occidentale avait été divulgué ; chaque phrase avait été disséquée et retournée contre lui.
Anton s’était défendu, mais l’un de ses amis avait témoigné et l’avait trahi.
« Bref, c’est ce qui se raconte là-bas~ Tu veux savoir ce qu’il y avait dans les lettres ? Je peux te le dire~ »
Voilà ce qu’avait déclaré un initié dont je ne pouvais révéler l’identité.
Deuxième jour.
Kents Bertem et des officiers de la Garde impériale comparurent comme témoins du palais pour attaquer les idées d’Anton. Les déformations et les sophismes qui leur sortaient de la bouche traversaient même les épaisses portes de fer.
« Ouah~ Kents a été féroce. On dirait que les officiers de la Garde impériale en avaient aussi après Anton~ Mais Kents est un parfait idiot. Plus je le vois, plus je le trouve idiot. Ah, et s’il te demande un bon de réservation pour Lilac Vita, ne lui en donne jamais… »
Ce jour-là, je regardai de loin Anton, épuisé, quitter le palais pour rentrer chez lui. Je n’étais sans doute pas le seul. De nombreux chevaliers des Sentinelles avaient dû l’observer eux aussi.
Troisième jour.
Cette fois, des témoins de l’Ordre favorables à Anton vinrent déposer. Jerome, une figure de proue parmi les chevaliers issus du peuple, était du nombre.
Ils témoignèrent de l’innocence, de la chevalerie et de la loyauté d’Anton.
« J’ai entendu dire que des chevaliers avaient pleuré. Tu sais, le poilu. Enfin, pleurer pour ça ? Franchement, ridicule~ »
D’après Leutern II, plusieurs personnes avaient effectivement versé des larmes.
Les quatrième et cinquième jours furent des jours de repos.
Je pensais qu’on me convoquerait vers la deuxième semaine, mais le palais me fit directement appeler pendant cette pause.
« Chevalier Maximilian. »
L’homme qui m’accueillit dans la chambre verrouillée était le plus proche aide de l’Empereur, le Secrétaire général Kurt Grossman.
« L’Ordre est en ébullition à cause de l’audition d’Anton, votre esprit doit donc déjà être bien occupé. Je regrette de vous convoquer pendant un jour de repos. Mais Sa Majesté tenait personnellement à cette affaire, nous n’avions donc pas le choix. »
« N’y pensez pas. Si telle est la volonté de Sa Majesté, je suis prêt à tout. »
J’acquiesçai avec fermeté.
J’imitais Sebestian. Je feignais de n’être loyal qu’à l’Empereur.
En vérité, chaque fois que Sebestian parlait de l’Empereur, il arborait exactement cette expression.
« … Cette fois, cependant, il s’agit d’une mission particulièrement dangereuse. »
Un sourire froid étira les lèvres de Grossman.
« Et, sur le plan politique, d’une diplomatie extrêmement délicate. »
Dangereuse et délicate.
S’il le disait, ce devait être vrai. Pourtant, tandis qu’il me confiait cette mission, son visage affichait une satisfaction étrange.
« Entendu. Donnez-moi vos ordres. »
Je répondis calmement, mais je sentis moi-même la tension monter en moi.
« Lobrus, la puissance dominante de l’Alliance orientale. »
Grossman commença par là. Tout en parlant, il m’offrit un cigare de première qualité, mais je le déclinai poliment.
« Vous ne fumez donc pas. C’est un remède miracle qui dissipe le stress. »
« Dites-le-moi si vous en avez besoin un jour. J’ai ma propre plantation de tabac. »
Il en alluma un et inspira profondément la fumée.
« … Chevalier Maximilian. Sa Majesté veut s’assurer que la menace venue de l’Est, qui vise les arrières de notre Empire, soit réduite. »
Toc, toc. Il tapota du doigt la carte du continent étalée sur le bureau.
« L’Est est immense ; une occupation à court terme est presque impossible. Dans le même temps, les États de l’alliance occidentale sont trop proches du cœur de l’Empire. Si l’Empire entre en guerre contre l’Est en premier… »
Alors l’alliance occidentale poignarderait l’Empire en plein cœur.
Il fallait donc éviter une guerre sur deux fronts et sécuriser d’abord nos arrières.
C’était tout à fait logique.
« Le moment était bien choisi : Yumanov, une personnalité influente de l’Est, est venue d’elle-même dans l’Empire. Cela nous a naturellement donné une raison de prendre contact avec son camp. »
Grossman souffla une bouffée de fumée et me fixa droit dans les yeux.
« Maximilian. Pouvez-vous vous rendre directement à Lobrus ? »
« … Moi ? »
« Oui. Observez en détail la situation désastreuse qui y règne et, si possible… »
Il laissa sa phrase en suspens, d’un ton rusé. À cet instant, je compris l’objectif véritable de cette mission.
C’était ça.
« Un pacte de non-agression. »
Grossman m’adressa un large sourire, comme si j’avais vu juste.
« Vous comprenez vite. Mais, vu l’attitude actuelle de l’Est, rien que d’aborder le sujet sera très difficile. »
En public, ils maudissaient et dénonçaient à tout-va la Loi civile impériale.
Nous entretenions toujours des relations diplomatiques et commerciales, mais ils estimeraient qu’aucun des deux camps ne pouvait évoquer à la légère un pacte de non-agression.
« Il vous suffit néanmoins d’obtenir une base solide pour entamer les négociations. »
J’avalai le rire qui me montait dans la poitrine.
Une mission presque impossible.
Voilà ce que penseraient les vieux renards du palais et l’Empereur. Selon le bon sens de l’époque, ils auraient raison. Quiconque savait lire la politique impériale et continentale comprendrait que l’Est n’avait absolument aucune raison de signer un pacte de non-agression avec l’Empire.
Peut-être que toute cette mission n’était qu’un piège tendu par ces salauds de la Garde impériale pour me blesser politiquement.
« C’est très difficile. Nous le savons tous. »
Au contraire, Varmil Makstun, de l’Alliance orientale, accueillerait cette proposition avec faveur.
À cause de la Grande Purge.
Au milieu du chaos, tandis que l’armée vacillerait et que des généraux seraient décapités, il aurait désespérément besoin d’une chose : la garantie ferme que l’Empire ne l’attaquerait pas par-derrière.
Du côté de l’Empire, c’était pareil. Même si la puissance militaire de l’Est était temporairement paralysée par la Grande Purge, provoquer imprudemment cet ours géant relevait du suicide. Lobrus avait une population immense et un territoire gigantesque.
Surtout, dès que l’Empire lancerait une attaque préventive contre l’Est, les États occidentaux s’uniraient contre la menace impériale. Ce serait le pire scénario possible.
« … »
Je fermai les yeux et pris lentement une inspiration.
Une manœuvre diplomatique qui semblait impossible, mais qui ne l’était pas.
Je ne pouvais toutefois pas le montrer. Je devais jouer la comédie inverse.
« Qu’en pensez-vous ? »
demanda Grossman.
J’ouvris lentement les yeux. Les dents serrées, contenant à grand-peine mon sourire, je répondis :
« Si c’est la voie à suivre pour servir Sa Majesté, je porterai volontiers ce fardeau. »
« … Comme on pouvait s’y attendre de vous, Maximilian von Ebenholtz. »
À Grossman, qui affichait lui aussi une expression résolue, j’adressai une dernière phrase :
« Uniquement pour l’Empire… »
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