Chapitre 16
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Traducteur : Bébé qui tousse
Éditeur : Bébé qui tousse
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◈ L’Impérialiste réticent
Chapitre 16
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Tuer ou sauver
L’armurerie des Ebenholtz ressemblait à un petit musée. Le long des murs, les armures ouvragées et les épées des anciens chefs de la maison étaient exposées par ordre chronologique. Au-delà se trouvaient d’innombrables artefacts magiques dignes d’être qualifiés de trésors.
Parmi toutes ces armes et ces pièces d’équipement, aucune ne m’appartenait. Je n’avais encore ni les compétences ni les titres requis.
« Hum… »
Je déambulai lentement en regardant autour de moi. Engi ne m’accompagnait pas. Seuls les membres de la lignée directe des Ebenholtz pouvaient entrer ici.
« … Hé. Tu sais quelque chose, par hasard ? »
Je m’adressai au virus.
Il remua.
Il réagit vraiment. La pulsation était faible, mais indéniable.
« Tu me comprends plutôt bien. »
Est-ce que je devrais au moins lui donner un nom ?
Sensible à l’attraction du fragment, je m’enfonçai davantage dans l’armurerie.
Boum !
Mon cœur fit soudain un bond violent. Le virus réagit avec intensité.
« Où ça ? Qu’est-ce qu’il y a ? »
Dans un coin, au pied d’un râtelier couvert de poussière, une vieille épée longue gisait sur le sol, comme si on l’avait jetée là.
Elle ressemblait à une antiquité.
« Celle-ci ? »
La lame était étroitement enveloppée de bandages usés, mais ses un mètre soixante de long en faisaient clairement une lame longue des Ebenholtz. Elle était toutefois légèrement plus étroite qu’une lame longue ordinaire et s’apparentait davantage à un sabre affûté sur un seul côté.
Je la ramassai. Elle se logea dans ma main avec une familiarité étrange.
« Je ne sais pas ce que c’est, mais… »
J’attachai la lame longue à ma taille. Elle adhéra au bas de mon dos comme un aimant. Porter une épée aussi longue était généralement une corvée en soi, mais au moins, je n’aurais pas à m’en soucier.
« … »
J’allais partir lorsque je remarquai, dans un coin, des élixirs entassés derrière une vitrine.
Ils étaient si précieux que les qualifier de rares ne suffisait pas, et pourtant, ils vieillissaient là en silence. C’étaient les mêmes élixirs que je buvais comme de l’eau quand j’étais enfant.
Ces élixirs avaient leurs effets les plus puissants pendant la croissance. Que le talent de l’utilisateur soit grand ou faible, le mana de haute pureté s’accumulait durablement dans le corps encore immature d’un enfant.
Chez les adultes, en revanche, leur effet était minime. Une fois le corps achevé, sa compatibilité avec le mana diminuait ; et plus le mana était pur, moins le corps pouvait le retenir, si bien qu’il finissait par s’échapper.
La méthode de respiration du mana des Ebenholtz existait déjà pour digérer la « pureté » déposée dans le corps. Ces élixirs étaient sans doute mis de côté pour mon fils ou ma fille, pour les descendants à venir.
Un fils. Une fille.
Pourrais-je vraiment connaître un tel avenir ? Je n’arrivais même plus à me le figurer.
Boum !
Le virus s’agita soudain, et une idée me traversa l’esprit.
« … C’est impossible. »
En temps normal, les élixirs ne produisaient des effets explosifs que pendant la croissance, vers l’âge de onze ans.
Mais si cela ne s’appliquait pas seulement aux « humains » ? Si le virus en moi était concerné, lui aussi ?
« Tu es encore en pleine croissance ? »
Le virus ne répondit pas, mais j’ouvris la vitrine. Je saisis une bouteille d’élixir par le col et en retirai le bouchon.
Boum.
Sentant le virus pulser, je versai le contenu directement dans ma bouche.
Boum.
Après avoir tout avalé, je baissai les yeux vers ma clavicule. Le virus absorba l’élixir. L’endroit précis où il avait élu domicile s’illumina d’un éclat bleu.
Je laissai échapper un rire sec.
« Ouais. Restons en vie tous les deux. »
Retiens bien ça.
Si je meurs, tu meurs aussi.
* * *
La maison où je venais d’emménager était parfaitement aménagée. L’extérieur, que Rodriguez avait saccagé, avait été entièrement réparé, et l’intérieur avait été refait dans un style minimaliste, à mon goût.
Le mobilier avait été réduit au strict minimum, et les murs comme les sols étaient recouverts d’un marbre monochrome.
Dehors, on avait installé un système de sécurité dernier cri. Le terrain d’entraînement à l’arrière, en particulier, était une véritable forteresse couverte de toutes sortes de cercles magiques.
Je me tins au centre du terrain et me préparai à donner dix mille coups d’épée.
« Alors, je dois aussi venir travailler ici, maintenant ? »
Freya était apparue sans que je sache quand. Je sursautai. Comment avait-elle réussi à entrer ?
« Tu n’avais pas dit que tu ne viendrais pas travailler avant que j’aie donné mes dix mille coups ? »
« Ça ne change rien, je suis ton instructrice. Si mon élève fait une connerie, je dois l’arrêter. »
Elle était encore venue me soutirer quelque chose ?
Je serrai d’une main la longue lame enveloppée de bandages.
« Oh, une nouvelle arme. Je suis jalouse. Montre-la-moi. »
« D’accord. »
Fouic !
Je balançai le bras. Une simple coupe horizontale.
En tendant la lame, je comptai : un.
Puis je traçai une diagonale : deux.
Trois, quatre, cinq…
Je continuai ainsi, enchaînant les coups par dizaines.
La sueur ruisselait comme la pluie. J’avais l’impression que ma poitrine allait exploser, mais je ne m’arrêtai pas. Malgré la douleur de mes articulations grinçantes, je continuai à trancher. Je ne comptai que jusqu’à cinq cent soixante-treize.
« Arrête-toi. »
« … »
Sans un mot, je laissai retomber l’épée. Je ne la lâchai pas.
Je me connaissais bien. Si je la lâchais, je n’aurais plus jamais envie de la soulever. J’étais paresseux à ce point.
« Maintenant, enchaîne les coupes. »
« … Les enchaîner ? »
De quoi parlait-elle, cette fois ?
Je repoussai mes cheveux trempés de sueur et fronçai les sourcils.
« Oui. Comme un cours d’eau. Fais de la première coupe le début de la deuxième, et de la deuxième le début de la troisième. Comme une longue respiration. »
Freya ramassa une branche et me fit une démonstration.
Fouic, fouette, fwoosh !
Trois traits tracés d’un seul mouvement fluide, comme si elle peignait un tableau.
« Ça s’appelle l’Enchaînement des Ebenholtz. »
Enchaînement. Je répétai le mot dans ma tête et repris ma position.
Fwoosh !
Je lançai une coupe horizontale. Au moment où le centre de gravité de la lame atteignit son point culminant, au lieu de laisser retomber la force, je profitai de la force centrifuge pour enchaîner avec la deuxième coupe.
Fchaa !
La lame fendit l’air. Je la relevai d’une coupe ascendante.
Trois coupes dessinèrent leur trajectoire dans l’espace, puis mon poignet pivota naturellement pour lancer la quatrième.
« … ? »
Les coupes s’enchaînaient. Je n’avais même pas dépensé trente pour cent de la force et de l’endurance que je croyais avoir mobilisées.
Je clignai des yeux, stupéfait.
« Voilà. »
Mon instructrice m’adressa un sourire en coin.
« Il ne s’agit ni de force ni de vitesse. Ce qui compte, c’est le flux. Le flux de la force, du mana et du corps. Il faut tout unir. »
Je hochai la tête. Chaque coupe n’était pas un geste isolé.
Elle faisait partie d’une immense vague, d’un fleuve qui ne s’arrêtait jamais.
L’escrime des Ebenholtz était celle des nobles : elle prolongeait ce flux.
« Recommence. »
« Oui. »
Dès que je compris, l’épée me parut incroyablement légère. Je n’avais plus besoin de frapper de toutes mes forces. La rotation des hanches, le jeu de jambes, même ma respiration : tout devint une manière d’enchaîner les coups. L’épée bougeait comme mes propres membres, comme le prolongement de ma volonté.
Freya sourit, satisfaite.
« Tu sais quel est le véritable avantage de l’escrime des Ebenholtz ? Pas besoin de grands mouvements. La lame est très longue. »
Elle avait raison. Une lame longue d’un mètre soixante avait à elle seule une portée écrasante.
« Dès que des imbéciles maladroits tentent d’entrer dans ton espace, leur tête a déjà roulé. Tu n’as qu’à rester où tu es et à frapper avec élégance. Personne ne peut même s’approcher de toi. »
Freya avança d’un pas et me demanda :
« À ce propos… Maximilian. Qu’est-ce qu’un noble ? »
Je repris mon souffle, encore saccadé, et affichai un sourire en coin.
« Nous ne laissons pas les gens de basse extraction s’approcher. »
« Exact. Les Ebenholtz étaient des nobles qui érigeaient d’abord leur propre clôture. Ils possèdent de nombreuses techniques secrètes, transmises uniquement aux parents par le sang. Aussi arrogants soient-ils, ils sont raffinés et discrets. »
Elle ramassa la branche. La faisant tournoyer d’un geste léger, de haut en bas, elle poursuivit :
« Pendant très longtemps, les Ebenholtz ont vu se succéder des générations d’Hommes de Fer. Je pensais que ton père, Sebestian, en était l’aboutissement. »
Freya me dévisagea d’un regard étrange.
« … Bref. Tu comprends maintenant pourquoi j’ai appelé l’escrime des Ebenholtz l’épée des nobles ? »
« Oui. Je comprends, mais j’ai encore beaucoup à apprendre. »
Elle hocha la tête.
« Bien. Deviens un vrai Ebenholtz, Maximilian. »
Sur ces mots, je lançai contre Freya une série de frappes enchaînées. Elle se glissa entre les arcs de mon épée et fondit sur moi en un instant.
« Gnh ! »
Sa main, formant un couteau, me frappa au plexus. Ma respiration se bloqua.
« Debout. »
Sa force dépassait de loin la mienne, mais je souris et me relevai.
À l’époque, ce genre d’entraînement était d’un ennui mortel. La raison était simple : j’étais mauvais.
« On recommence. »
Plus on était doué, plus on s’amusait. Moins on l’était, moins c’était amusant.
« Oui. À toi. »
À présent, je prenais un plaisir fou à m’entraîner.
* * *
… La veille, je m’étais endormi avec l’impression que des douleurs musculaires me déchiraient le corps entier.
Quand j’ouvris les yeux, au matin, je me sentis frais et dispos, comme si on m’avait lavé de toute fatigue.
C’était probablement aussi grâce au noyau de mana.
Dès que je me levai, je pris la clé de ma voiture et quittai la maison. Tandis que je me rendais moi-même à l’Ordre, une idée me traversa l’esprit.
« Je devrais peut-être aussi engager un chauffeur ? »
À cet instant, je reçus un appel de Dieter sur mon terminal personnel. Quelques jours seulement s’étaient écoulés depuis que je lui avais acheté un ordinateur et un terminal, mais il semblait déjà savoir s’en servir.
« Messire chevalier, ici Dieter Schmidt. »
« Oui. »
« Je vous fais mon rapport sur les achats de terrains dans le district méridional de Vermus. »
« Vas-y. »
« Nous avons divisé le secteur en cinq zones et commencé les achats par l’intermédiaire de différentes sociétés-écrans. Afin d’éviter d’éveiller les soupçons du marché, nous avons volontairement échelonné les achats, tant pour les dates que pour les prix. Les contrats des zones 1 et 3 sont finalisés, et nous procéderons aux autres zones l’une après l’autre. Lors de la dernière étape, notre société Veritas s’assurera l’ensemble des droits de propriété. Le coût total d’acquisition devrait s’élever à environ 2,2 millions de dollars. »
J’écoutai en silence tout en conduisant. Certaines phrases de Dieter m’échappèrent. Je n’arrivais pas à suivre clairement tous les détails.
Boum !
Le virus pulsa et rembobina la voix de Dieter.
« … commencé les achats par l’intermédiaire de différentes sociétés-écrans. Afin d’éviter d’éveiller les soupçons du marché, nous avons volontairement échelonné les achats, tant pour les dates que pour les prix, et les contrats des zones 1 et 3… »
Pas besoin de réécouter, même ça.
Le virus avait pourtant clairement restauré ma mémoire. Je n’oublierais plus rien de ce que j’aurais vu ou entendu une seule fois.
« Continuez. »
« Oui. Bien compris. »
C’est alors qu’une forte alarme retentit sur mon terminal.
C’était une alerte d’urgence de l’Ordre des Sentinelles.
[Territoire autonome de Gennen oriental — Éclatement de manifestations de grande ampleur]
[Les forces de sécurité locales pourraient ne pas parvenir à contenir la situation. Tout chevalier sans affectation particulière doit se rendre immédiatement sur place et rendre compte de la situation.]
Je venais de recevoir mon premier ordre officiel de déploiement.
Je fouillai dans mes souvenirs. Le territoire autonome de Gennen était la poudrière de l’Empire.
À cette époque, des manifestations et des troubles éclataient toujours.
« Ici le chevalier Maximilian. Je me déploie à Gennen. »
J’envoyai ma réponse par le terminal et tournai le volant.
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